RÉPONSE UE M. UE SÉGUR
quelque délicate qu’elle soit, l’est moins que les yeux d’un lecteur solitaire ; elle est moins attentive ; elle a moins de temps pour comprendre ; la même langue ne convient donc pas entièrement à l’une comme aux autres. Il fallait, dès lors, que ce style, toujours clair, fût toujours et surtout expressif ; que, pour pénétrer simultanément des milliers d’intelligences, il répétât les propositions principales sous plusieurs formes différentes, et souvent brusques, heurtées, pittoresques, aiin de saisir comme au passage ces nombreux esprits , de s’en emparer comme par surprise, de les frapper vivement, fortement , et d’y laisser de longues et profondes impressions.
Tel en fut l’effet dans ces jours brillants où l’on vous voyait , saisissant votre auditoire suspendu à la nielle éloquence de vos paroles, le transporter tout entier jusqu’aux premières sources de notre histoire, ci, de cette hauteur, lui faire redescendre graduellement le grand cours des âges. Heureux, admirable voyage de cette foule d’esprits avides de science, suivant avec une confiance toujours croissante , avec des acclamations chaque jour redoublées , l’esprit supérieur qui les guide.
Mais enfin, après nous avoir conduits des ténèbres de la barbarie jusqu’à cette diffusion de lumières, peut-être un peu éblouissantes à des yeux encore inaccoutumés, il était à propos d’ajouter, à cette instruction historique de la jeune France, son éducation constitutionnelle; il convenait, en constatant les forces, d’apprendre à en user; en déroulant les
droits, de montrer les devoirs; en proclamant la victoire, d’indiquer les moyens d’en profiter. C’est là, Monsieur, l’effort que vous avez tenté dans ces nombreux ouvrages politiques, dont l’éloge serait superflu. Leur succès est si populaire que partout ailleurs, comme au milieu de nous, cette simple indication suffirait. Il ne faut pas craindre d’ètre trop court lorsque chacun peut achever nos paroles.
Il y avait un autre à-propos à saisir. Les souvenirs d’un peuple voisin éclataient d’exemples fameux ; ils offraient de glorieuses, de cruelles et surtout de frappantes similitudes, aussi instructives pour les rois que pour les peuples.
Relever, comme vous le fîtes, au milieu de la France de 1826, le flambeau de l’histoire d’ Angleterre de 1640, c’était placer à temps le fanal le plus élevé sur le plus grand de tous les écueils. Aussi, tous les yeux l’aperçurent , hors ceux pourtant qu’il aurait dû surtout éclairer.
Le mérite du citoyen, comme celui de l’historien,
ne vous en reste pas moins, Monsieur. Dans celle noble entreprise , comme dans celle de Y Histoire de la Civilisation, le siècle est venu à votre aide ; et l’Angleterre, étonnée de se voir mieux connue hors d’elle que par ses propres auteurs, a senti que sa révolution n’avait pu être entièrement comprise et racontée que par la nôtre. De tels résultats avaient excité la curiosité générale ; ils avaient inspiré le désir de remonter aux sources mêmes d’où tant de lumières furent puisées. Vous avez secondé cet heu-