‹ Discours académiques, suivis des discours prononcés pour la distribution des prix au concours général de l'université et devant diverses sociétés religieuses, et de trois essais de philosophie littéraire et politiqueChapitre 28 sur 36 · MINISTRE DE L’INSTRUCTION PUBLIQUE · texte numérisé non relu

MINISTRE DE L’INSTRUCTION PUBLIQUE

Jeunes élèves,

Au milieu des agitations publiques, vous avez vécu tranquilles et studieux, renfermant dans l’enceinte de nos écoles vos pensées comme vos travaux, uniquement occupés de vous former à l’intelligence et au goût du beau et du vrai.

Je vous en félicite et je vous en loue, jeunes élèves.

Le monde vous appartiendra un jour; mais gardez-

vous de vous associer , avant le temps , à ses intérêts et à ses passions. Votre âme s’énerverait, votre esprit s’abaisserait dans ce contact prématuré. Vous vivez, au sein de nos écoles, dans une région élevée et sereine, où l’élite seule de l’humanité vous entoure et vous parle. Le temps présent est toujours chargé des misères de notre nature ; le passé nous transmet surtout ce qu’elle a de noble et de fort, car c’est ce

DISCOURS DE M. GUIZOT

qui résiste à l’épreuve des siècles. Les idées hautes, les actions mémorables, les chefs-d’œuvre, les grands hommes, c’est là votre société familière. Vivez, vivez longtemps au milieu d’elle; consacrez -lui avec affection cette ardeur que n’altèrent point encore les intérêts agités de la vie. Ainsi, vous vous préparerez à la mission sociale qui vous attend.

Mission difficile , qui veut des esprits fiers et modestes, sentant leur dignité et n’ignorant pas leur faiblesse. Nous avons vécu dans des temps pleins à la fois de passion et d’incertitude , qui ont exalté et confondu sans mesure l’ambition humaine, où l’âme de l’homme a été troublée aussi profondément que la société. Nous en sommes sortis travaillés de maladies contraires , enivrés d’orgueil et vaincus par le doute , offrant tour à tour le spectacle de l’emportement des désirs et de la mollesse de la volonté. Ce sera votre tâche de lutter contre ce double mal, de retrouver pour vous-mêmes et de répandre autour de vous des convictions fermes avec des désirs modérés, de la tempérance et de l’énergie. Il faudra que la société apprenne de vous à régler ses prétentions sans abandonner ses généreuses espérances. Vous aurez à contenir et à relever en même temps l’esprit humain, encore superbe et pourtant abattu.

J’espère, Messieurs, qu’il vous sera donné de faire à notre chère patrie ce bien immense. Mais , pour vous en rendre dignes et capables , écartez de votre pensée les préoccupations étrangères ; concentrez vos forces sur l’étude, l’étude profonde et désintéressée.

A LA DISTRIBUTION DES PRIX DE l’ UNIVERSITÉ. 191

L’étude poursuivie avec sincérité élève et purifie le cœur, en même temps qu’elle enrichit et arme l’esprit pour toutes les carrières de la vie. L’étude donne à l’enfance même ces habitudes sérieuses qui feront, dans l’âge viril, la dignité et la puissance. Jamais elle ne s’offrit à vous plus vaste , plus variée et avec plus de moyens de succès.

Vous avez des maîtres d’un dévouement infatigable , qui ont recueilli les traditions de la sagesse et contribué aux progrès de la science.

Grâce â la haute prévoyance du Roi, le système général de nos écoles reçoit successivement des améliorations adaptées aux besoins divers de la société. Toutes les connaissances qui honorent ou servent l’homme sont accueillies dans la mesure de leur importance morale ou de leur utilité pratique. La religion , qui nous prête pour l’éducation populaire son salutaire concours, ne se montrera pas moins empressée d’occuper, â tous les degrés de l’enseignement , la place qui lui convient. Plus que jamais peut-être les destinées de l’instruction publique sont l’objet de la sollicitude bienveillante, j’oserai dire, affectueuse de la patrie. Secondez- nous , jeunes élèves; secondez votre pays, votre Roi, vos parents, vos maîtres, dans leurs efforts pour votre avenir, et il vous aura été réservé d’effacer les traces des douloureuses épreuves que nous avons subies; et nos belles institutions, si laborieusement conquises par vos pères, prospéreront entre vos mains, pour passer fortes et pures â vos enfants.

DISCOURS DE M. GUIZOT

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