‹ DiscoursChapitre 6 sur 16 · LA FOI · texte numérisé non relu

LA FOI

Jean XX. 29.

Heureux ceux qui n'ont p»> vu e:

qui onl cru ! «

Les apôtres n'ont point prétendu apporter au monde autre chose qu'un message, une grande nouvelle , la nouvelle de ce fait que les anges annoncèrent aux bergers de Bethléem en ces paroles : « Gloire soit à Dieu au plus haut des eieux, paix « sur la terre, et bienveillance envers les hommes! » Messagers fidèles, mais non pas indifférens, émus eux-mêmes de la grande nouvelle qu'ils apportaient au monde , ils en ont parlé avec toute la chaleur de la joie et de l'amour. Prédicateurs de la justice , ils ont pressé avec force les conséquences pratiques des faits qu'ils annonçaient ; et, dans leurs admirables instructions, un sentiment principal , la reconnaissance, se ramifie en une foule de devoirs et de vertus , dont l'ensemble forme la plus sainte morale. Mais là s'est borné leur ministère; et certainement ils n'ont point eu la prétention d'apporter au monde une nouvelle philosophie. Ils l'ont fait toutefois, mes chers auditeurs; et ceux qui s'attachent -f de nos jours, à chercher quelles idées se cachent derrière les grands faits de l'Evangile , à en pénétrer l'esprit , et , s'il est permis de s'exprimer ainsi , à en construire le système , ne peuvent se défendre d'admiration en considérant l'enchaînement des parties de ce grand corps, leur parfaite harmonie les unes avec les autres, et l'harmonie de chacune d'elles avec les caractères constans et les besoins ineffaçables de la nature humaine. Ce caractère philosophique de l'Evangile serait déjà frappant si les apôtres paraissaient l'avoir imprimé volontairement à leurs instructions ; mais combien ne l'est-il pas davantage , combien n'est-il

(48) pas propre à faire croire à la divinilé de l'Évangile quand on voit que les écrivains de l'Evangile n'en ont pas eu la conscience, eL que c'est malgré eux , pour ainsi dire, qu'il s'est imprimé à leur ouvrage ! Ce caractère philosophique serait déjà frappant dans une religion simple, d'un aspect rationnel , rapprochée , en un mot, de la religion naturelle autant que peut l'être une croyance positive; mais combien ne l'est-il pas quand on considère que celte religion est toute tissue de dogmes étranges , dont la première vue épouvante la raison. Si ces dogmes, si arbitraires en apparence, recouvrent des idées éminemment naturelles et un système éminemment conséquent , qui n'en sera frappé, mes frères? et qui ne voudra chercher par quel secret la raison la plus sublime jaillit de la folie de la croix, la philosophie du dogme, et la clarté du mystère?

Nulle part, à ce qu'il nous semble, ce caractère philosophique du christianisme n'est si vivement empreint que dans la doctrine de l'Evangile sur la foi. Non-seulement la nécessité générale de la foi y est reconnue comme dans toutes les religions; mais ce principe y tient une place, y jouit d'une importance , y déploie des effets qui témoignent que l'Evangile a seul saisi le principe dans toute sa force , l'a seul appliqué dans toute son étendue , en un mot a seul connu à fond et pleinement satisfait les exigences de la nature humaine. Ce sera donc, mes frères, un digne sujet de votre attention que la proposition suivante: Les religions humaines et la religion de Jésus-Christ sont, sur le principe de la foi, dans la vérité philosophique, avec cette extrême différence qu'il n'y a dans les premières qu'un faible et inutile commencement de vérité, et que dans la seule religion de Jésus-Christ se trouve la vérité dans toute sa plénitude et dans toute son énergie Prouver cette proposition , ce sera développer dans ses applications lesplus diverses, le mot du Sauveur: Heureux ceux qui n'ont pas vu et qui ont cru !

Je dis d'abord que les religions humaines ont rendu hommage à la vérité philosophique en plaçant la foi à leur base , ou, plutôt , qu'elles sont elles-mêmes un hommage à la vérité , en ce que, par leur existence seule , elles ont proclamé la néces-

site et la dignité de la foi. C'est la première idée que nous avons à développer.

La nécessité et la dignité de la foi : rien de plus philosophique , rien de plus raisonnable que cette idée. Et cependant si Ton en croit les déclamations vulgaires et les propos des gens du monde , la foi ne serait l'apanage que des esprits faibles et des imaginations malades. Elle est au contraire , dans une certaine mesure , l'apanage commun de l'espèce humaine , et dans une mesure plus haute, la dotation particulière des caractères élevés, des plus nobles esprits, et la source de tout ce qui, dans le monde, porte l'empreinte de la grandeur.

Si je ne vois la marque des clous dans ses mains , et si je ne mets mon doigt dans la marque des clous , et si je ne mets ma main dans son côté , je ne le croirai point. Ce mot de Thomas est le mot favori du vulgaire des raisonneurs. La sagesse dont ils se piquent consiste à ne rien croire que sur le témoignage immédiat des sens ou après une démonstration rigoureuse. Ils ne seraient point en faute s'ils se bornaient à prétendre qu'on ne peut croire sans quelque raison de croire. Mais ces raisons de croire se peuvent trouver ailleurs que dans le rapport des sens ou dans l'évidence mathématique. Il y a des preuves pour l'ame comme pour l'esprit. Thomas devait croire sans toucher les plaies de son maître ; il devait croire, parce que Jésus avait prédit sa résurrection , et qu'il ne pouvait pas supposer que Jésus eût pu proférer un mensonge ; il devait croire par une confiance du cœur à la véracité de son Sauveur ; l'ame devait croire à l'ame. Son incrédulité , dans cette occasion , n'était pas une simple erreur de jugement , mais la fâcheuse preuve que son cœur n'avait pas adhéré à Jésus , n'avait pas goûté , embrassé Jésus comme le cœur des autres apôtres. Le cœur a ses motifs de croire , ses preuves, aussi bien que l'esprit.

Mais en dehors même de la sphère du cœur, combien de choses dont ni les sens ni le raisonnement ne peuvent nous procurer la connaissance , et que toutefois il faut croire! Les vérités les plus fondamentales, celles sur lesquelles repose la vie entière, sont d'une telle nature que qui entreprendrait de les démontrer ne ferait probablement que les obscurcir. Tous

les raisormemens que nous pouvons faire s'y rattachent , et elles ne se rattachent à aucun raisonnement. Ceci n'est pas moins sensible dans la vie active et dans les relations journalières de la société. Si nous attendions toujours, pour agir, la preuve de la bonne foi des autres, ou l'expérience personnelle d'un fait quelconque, croyez-vous que nous agirions fort souvent? Et cependant n'arrive-t-il pas tous les jours que, dans cette absence de preuves, nous agissons avec une pleine assurance et une parfaite décision ?

Eh bien! mes frères, cette force qui supplée l'évidence, cette force qui , au moment où l'homme , s'avançant dans l'océan de la pensée, commence à perdre pied, et se sent surmonté par les eaux, cette force qui le prend alors, le soulève le soutient, et le fait nager à travers l'écume du doute jusqu'au port tranquille et pur de la certitude, c'est \nfoï, C'est par la foi , selon l'Apôtre , que ce que nous espérons nous est rendu présent , et que ce que nous ne voyons pas nous devient visible. C'est la foi qui supplée la vue , le témoignage des sens, l'expérience personnelle, l'évidence mathématique. La foi n'est pas l'adhésion forcée et passive d'un esprit vaincu par des preuves; c'est une force de l'aine aussi inexplicable dans son principe qu'aucune des qualités natives qui distinguent l'homme entre ses semblables, force qui n'attend pas que la vérité vienne à elle , mais qui la provoque, lui fait appel , l'oblige pour ainsi dire à se lever devant elle.

La foi n'est pas non plus la crédulité; l'homme le plus crédule n'est pas toujours celui qui croit le mieux; une croyance se perd d'autant plus aisément qu'on l'a plus facilement adoptée* et les convictions les plus fermes sont bien souvent celles qui ont le plus coûté. La crédulité n'est que la servile complaisance d'un esprit faible; tandis que la foi réclame tout le ressort et toute la vigueur de l'ame. Ajoutons que c'est une capacité dont la mesure , un ressort dont l'intensité varie selon les individus , tandis que l'évidence immédiate est pour tous égale et identique. Parmi les partisans d'une même doctrine ou les défenseurs également sincères d'une même vérité , les uns croient plus fortement , l'objet leur est plus réel , plus

proche , plus présent ; d'autres , dont la conviction est pleine , libre de doutes , n'ont pourtant pas une aperception aussi forte une vue aussi vive de l'objet.

Mais nous n'avons point encore , mes frères, assez étendu le domaine de la foi. Dans les choses même qui sont du ressort du raisonnement , la foi trouve encore son usage. On aura beau faire : les conclusions auxquelles on sera parvenu par une série de déductions logiques , feront difficilement sur l'esprit l'impression de la réalité. Il y aura toujours une grande différence entre raisonner et voir , entre conclure et expérimenter. Il semble qu'après tout, l'esprit ait encore besoin de voir; il semble qu'il n'y ait de conviction énergique et efficace que celle qui tient de l'impression sensible ; et c'est à quoi est bonne la foi : elle est une sorte de vue. D'ailleurs, mes frères eût-on rassemblé tous les élémens de la certitude , le raisonnement dont on est le plus satisfait n'a pas toujours en luimême un gage de parfait repos pour notre esprit. On dirait que, pour quelques personnes, plus le chemin des prémisses à la conclusion est long et détourné , plus la conviction perd en plénitude ; comme si elle se fatiguait dans ces détours et qu'à l'issue du raisonnement elle arrivât épuisée. Souvent à la suite des raisonnemens les plus logiques viendra se placer un doute obstiné , doute singulier qui n'apporte point de preuves, qui n'essaie point de se légitimer, mais qui n'en jette pas moins un nuage sur les convictions les mieux acquises. Et quand il ne naît pas du dedans, il vient du dehors. Répandu dans la foule qui nous environne , il nous assiège avec la masse de toutes les incrédulités étrangères. On ne sait pas combien il est difficile de croire au milieu d'une foule qui ne croit pas. C'est ici un noble exercice de la foi , et c'est ici que paraît sa grandeur. Cette foi à des vérités contestées, lorsqu'elle est calme, patiente et modeste, est un des attributs essentiels de tous les hommes qui ont été « grands dans l'ordre des esprits. » Qu'estce qui donne tant de sublimité, dans notre imagination, aux grands noms de Galilée , de Descartes et de lîacon, sinon leur foi aux vérités dont ils avaient enrichi les esprits? Un Newton règne avec majesté sur le monde des sciences , mais il a ré^né

sans combat; sa figure est d'un souverain, non d'un héros; mais nous sentons plus que de l'admiration pour les grands hommes que j'ai nommés : une reconnaissance mêlée de tendresse et de respect est le seul sentiment qui puisse nous acquitter: notre ame les remercie de n'avoir pas douté, d'avoir conservé leur foi au milieu d'un dissentiment universel , et de s'être héroïquement passés del'adhésionde leurs contemporains.

Dans toutes les régions de l'activité intellectuelle et morale, la foi a ce même caractère. On ne s'avancerait pas trop en disant qu'elle est le point de départ de toute action, puisque agir c'est quitter la position ferme du présent et porter la main sur l'avenir,- mais ce qui est sûr au moins, c'est que la foi est la source de tout ce qui porte aux yeux des hommes un caractère de dignité et de force. Les âmes vulgaires veulent voir, loucher, palper ; les autres ont l'œil de la foi, et elles sont grandes. C'est toujours pour avoir eu foi aux autres , à soi-même , au devoir ou à la Divinité que les hommes ont fait de grandes choses. La foi fut en tout temps la force des faibles et le salut des malheureux. Dans les grandes crises, dans les grandes détresses , la chance favorable a été pour celui qui a espéré contre toute espérance. Et l'on peut mesurer la grandeur des individus et des peuples exactement à la grandeur de leur foi.

C'est par la foi que Léonidas, chargé avec trois cents hommes du salut de la Grèce, affronta huit cent mille Perses. La patrie l'avait envoyé mourir aux Thermopyles; il y mourut. Ce qu'il fit n'était point raisonnable selon les vues ordinaires. Toutes les probabilités étaient contre lui. Mais en jetant dans la balance le poids de sa grande ame et de trois cents trépas héroïques , il fit violence à la fortune. Sa mort , comme on l'a dit avec bonheur, « fut bien employée». La Grèce, liée par un aussi grand exemple, s'engagea d'être invincible. Et ce même esprit de foi , j'entends de foi à sa propre force , fut le principe de toutes les actions de cette fameuse guerre persique , qui assura l'indépendance de la Grèce.

Qu'est-ce qui soutenait dans les déserts de l'Océan l'intrépide mortel qui nous a donné un nouveau monde? C'était une ardente foi. Son esprit convaincu avait déjà touché l'Amérr

( 55 ) que , en avait déjà foulé les rivages , y fondait déjà des colonies et des états. 11 conduisait ses compagnons dans une terre connue ; il allait chez lui. Aussi , dès le moment qu'il a accueilli cette conviction , avec quelle patience l'avez-vous vu aller de souverain en souverain, les suppliant d'accepter un monde! 11 poursuit durant de longues années sa sublime mendicité , sensible aux refus, mais peu touché des mépris; supportant tout pourvu qu'on lui fournisse les moyens de donner à quelqu'un cette terre merveilleuse qu'il a placée au milieu de l'Océan. Parmi les dangers d'une navigation aventureuse, parmi les cris d'un équipage mutiné , voyant sa mort écrite dans les yeux irrités de ses matelots, il garde sa foi, il vit de sa foi, et ne demande que trois jours, dont le dernier lui présente sa conquête.

Que le dernier Brutus eut de force jusqu'au moment où sa foi l'abandonna ! Depuis la vision funèbre , produit de la diminution de cette foi, on put prédire que ses destins et ceux de la république étaient accomplis. Il le sentit lui-même: ce fut avec le pressentiment d'une défaite qu'il combattit à Philippes ; et un tel pressentiment se réalise toujours.

Les Romains, àleurs commencemens, se persuadèrent qu'ils fondaient la ville éternelle. Cette conviction fut le principe de leur désastreuse grandeur. Perpétuée de génération en génération , cette idée leur soumit le monde. Une politique inouïe les fit résoudre de ne jamais traiter avec l'ennemi que vainqueurs. Quel cas ne faisaient-ils pas de la foi , puisqu'après la bataille de Cannes, ils remercièrent l'imprudent Varron de n'avoir pas désespéré du salut de la république? C'était assurément une pétition de principe que de se dire : Croyons à la victoire , et nous vaincrons ; mais ce ne sont pas les peuples qui raisonnent le mieux qui sont les plus forts ; et la force de l'homme en général est plus dans sa conviction même que dans la bonté des preuves dont il l'appuie.

A quoi , mes frères , a pu tenir la longue durée de certaines formes de gouvernement , de certaines institutions , qu'aujourd'hui nous trouvons si peu conformes au droit et à la raison? A la foi des peuples; à un sentiment peu raisonné , peu distinct ,

mais énergique et profond , à une sorte de religion politique. Il est bon qu'un gouvernement soit juste , qu'une dynastie soit bienfaisante , qu'une institution soit raisonnable ; mais la foi peut jusqu'à un certain point suppléer ces choses, et ces choses ne suppléent pas toujours la foi. Les meilleures institutions, sous le rapport de la solidité et de la durée , ce ne sont pas les plus conformes à la théorie ; la foi les préserve mieux que la raison; et elles ne sont guère consolidées qu'après que les convictions de l'esprit sont devenues la propriété de l'ame, et que, ne cherchant plus sans cesse les raisons de son obéissance , le citoyen obéit par une vive et involontaire impulsion, dont le principe n'est autre que la foi. Quand verrons-nous pénétrer cette foi dans nos nouvelles formes de gouvernement?

Chose encore plus étonnante ! souvent la foi s'attache à un homme. Il est de grands caractères, des volontés fortes auxquelles un empire mystérieux a été donné sur les natures moins énergiques. La plupart des hommes vivent de cette foi à des hommes forts. Un petit nombre d'individus entraînent l'espèce humaine dans leur orbite. On ne pèse pas toutes les raisons qu'ils donnent , on ne calcule pas toutes les chances qu'ils développent ; on ne les juge pas : on croit à eux. Beaucoup d'hommes , pour se décider , pour agir, pour croire , attendent leur impulsion de ces natures privilégiées. Et, qui peut assez s'en étonner? leur faiblesse se tourne en force sous cette puissante influence, et ils deviennent capables , par sympathie , de choses dont , abandonnés à eux-mêmes , ils n'eussent conçu ni la pensée ni le désir. Dans les dangers, quand le trouble est dans tous les cœurs , la foule aspire le courage , s'abreuve de confiance dans les paroles assurées d'un homme qui n'a pour lui que lui-même; tout le monde croit à celui qui croit en soi ; et son espérance audacieuse est souvent la meilleure des ressources dans un moment d'anxiété générale.

Nous vous laissons le soin de multiplier les exemples. Nous sommes certain que de tous les points de l'histoire s'élève la preuve de la vérité que nous exposons. Partout où l'homme a pu donner à l'avenir la vivacité du présent, et aux représentalions de son esprit la puissance de la réalité, partout ofc l'homme

( 55 ) i roi taux aunes, ou à lui-même, ou à Dieu, il est fort; j'entends d'une force relative; fort à un égard, peut-être faible à tous 'es autres; fort pour un temps, peut-être faible au-delà ; fort pour le bien , mais aussi pour le mal.

Les religions humaines ont donc rendu hommage à une vérité , satisfait à un besoin général, en fournissant aux hommes un objet de foi, supérieur, par sa nature, à tous les autres. Elles donnaient un appui aux âmes nombreuses qui ne peuvent croire à elles-mêmes; et en plaçant dans le ciel le recours et l'espérance , elles dominaient de si haut les événemens qu'elles enveloppaient et protégeaient toute la vie.

Je ne parle que de leur intention; car, en réalité, qu'ontelles fait? Elles ont trompé le besoin qu'elles prétendaient satisfaire.

Et d'abord elles étaient de pures inventions humaines. Ce n'est pas que la foi , considérée comme mobile d'action et source d'énergie, ait absolument besoin de reposer sur la vérité. Mais ce qui est faux ne saurait durer , et doit faire place tout au moins «à une nouvelle erreur. La foi à des inventions humaines peut être ferme et vive tout le temps qu'il y a proportion entre ces inventions et le degré de culture des esprits ; cette époque passée, la foi s'évapore graduellement, laissant à sec, pour ains1 dires » une classe après l'autre de la société ; la lie des croyances reste a la lie du peuple ; les classes plus élevées sont sceptiques ou indifférentes, et les penseurs sont fatalistes ou athées. Si, par cas extraordinaire , la vieille religion persiste , c'est , comme nous l'avons vu dans un précédent discours , aux dépens du mouvement intellectuel et du progrès en tout genre ; et à l'ordinaire , ces vieilles religions , au lieu de donner à l'aine du ressort, l'en privent, et l'oppriment au lieu de la soutenir.

Sous un autre rapport la foi des païens est encore moins recoinmandablc. Elle est entièrement étrangère au perfectionnement de l'homme moral ; souvent même elle y est directement contraire. Elle se propose de consoler l'homme, plus souvent de le dominer; nulle part elle n'a pour dernier but de le régénérer; nulle part elle ne s'élève à l'idée sublime de lui faire trouver son bonheur dans sa régénération.

Dirons-nous quelque chose de la foi des déistes ? Pour 1 apprécier au plus juste dans une époque comme la nôtre, il faudrait pouvoir la dépouiller d'abord de ce qu'elle a involontairement emprunté à l'Evangile. Le déisme de nos jours est plus ou moins coloré de christianisme ; c'est pourquoi il ne va pas nécessairement , comme celui de l'antiquité , se fondre et se dissoudre dans le fatalisme. Mais, quel qu'il puisse être, et à le prendre dans ses meilleurs exemplaires , avouons que la foi du déiste n'est qu'une opinion , une opinion très vague , très chancelante , et qui , comme mobile d'action , ne vaut pas la foi des païens. Que le déisme ait au moins des fakirs , qui se fassent , pour plaire à leur divinité , écraser sous les roues de son char, et nous avouerons que le déisme est une religion.

Aussi ne voyons-nous pas sans une espèce de plaisir les incrédules de nos jours, ne sachant que faire de leur religion naturelle , et poursuivis du besoin de croire , s'adresser franchement à d'autres objets, et se faire , chose remarquable ! une religion sans divinité. Je ne parle pas ici des avares, qui, selon saint Paul, sont de véritables idolâtres, ni des sensuels, qui, selon le même apôtre , font de leur ventre leur dieu. Il est des âmes qui sont tombées moins bas , qui , moins infidèles à leur origine, ont conservé le besoin , la soif de l'infini , mais qui en ont dés~ appris le vrai nom. Ce besoin de divinité et de religion qui les tourmente à leur insu , leur fait chercher sur la terre quelque objet d'adoration ; car il faut que l'homme adore quelque chose. Il est difficile de dire comment on parvient à revêtir d'un caractère d'infini des objets dont la nature finie doit incessamment nous frapper; mais il est sur que cette illusion est fréquente. Les uns font de la science l'objet de leur culte passionné ; les autres, évoquant devant eux le génie de l'humanité, ou, comme ils disent, son idéal , vouent à son perfectionnement, à son triomphe , également idéal , tout ce qu'ils ont d'affection , de pensée et de force. Les autres , et c'est de nos jours le plus grand nombre , se sont fait une religion de la liberté politique ; le triomphe de certains principes de droit dans la société est pour eux ce qu'est pour le Chrétien le règne de Dieu et la vie éternelle; ils ont leur culte, leur dévotion, leur fanatisme; et ces mêmes

hoinnies qui sourient avec pitié du mysticisme des sectes chrétiennes, ont aussi leur mysticisme, moins tendre, moins spirituel, mais plus inconcevable.

Ainsi , mes frères, en dépit de tous les efforts contraires et de toutes les prétentions, chacun a sa religion , n'en doutez pas, chacun a son culte; chacun déifie quelque chose ; et quand on ne sait quelle idée encenser, on se déifie soi-même.

C'est par-là , mes frères , que l'infidélité a commencé dans le jardin d'Eden; et comme c'a été son commencement, c'estson dernier terme. Au fond, toutes les autres apothéoses, si nous y regardons de près , reviennent à celle-là. Dans la science, dans la raison, dans la liberté, c'est à soi-même qu'on rend hommage; néanmoins la foi en soi-même se produit aussi comme un culte à part, qu'il vaut la peine d'observer. Il consiste dans le cercle vicieux le plus absurde. Le sujet et l'objet se confondant en une même individualité , l'adorateur s'adore , le croyant croit en lui ; c'est-à-dire , puisque le culte suppose toujours un rapport d'inégalité, que le même individu se trouve inférieur à lui-même, et, puisque la foi suppose une autorité , que l'autorité se soumet à l'autoriié même. Ce renversement d'idées ne nous frappe plus, depuis que nous avons fait entrer dans notre esprit l'inconcevable opinion que nous sommes quelque chose par nous-mêmes , et que la branche peut subsister indépendamment du tronc ; dès lors il faut bien que nous soyons à la fois au-dessus et au-dessous de nous-mêmes, que le moi se trouve l'arbitre du moi , et puis à son tour le moi serviteur du moi. C'est ainsi que vivent par choix et par système des hommes qui passent pour sages. Ils ont foi en eux-mêmes, à leur sagesse, à leur force , à leur volonté, à leqr vertu ; et lorsque cette foi est parvenue à s'enraciner fortement dans le cœur , elle est capable de produire au dehors de très grands effets. J'ai dit grands , mes frères; mais je vous renvoie, là -dessus, à l'apôtre saint Paul, qui nous déclare que « ce qui est grand devant les hommes est abomination devant « Dieu. »

Aimez-vous mieux , mes frères , cette foi à des idées et cette foi à soi-même que la loi des païens à des divinités imaginaires? Et comment ne pas voir, indépendamment du caractère d'or-

gucil et d'irréligion que portent ces deux espèces de foi , comment ne pas voir que, même humainement parlant, elles sont extrêmement défectueuses? C'est ici le lieu d'observer l'imprudence avec laquelle on a relevé la foi subjective, comme la nomme l'école, au-dessus de la foi objective, en insinuant que l'important est de croire fermement , quel que soit d'ailleurs l'objet de la foi ; sans doute on n'entendait appliquer cette maxime qu'aux nuances de la vérité, non à la vérité même ; mais combien le passage est facile! Comment nier que les hommes dont nous venons de parler n'aient dans un haut degré la foi subjective? que cette foi ne soit en eux une force vive et intense, propre également à la résistance et au mouvement? Mais est-ce donc là toute îa question ? et ne tient-il qu'à être fort sans rendre compte jamais de l'emploi de sa force ? Quels sont donc les effets de cette loi si vantée de l'homme à l'homme? Est-elle propre à le cultiver tout entier ? Nelaisse-t-ellepas dans son intérieur d'immenses lacunes? Ne lecultive-t-elle pas, pour mieux dire, à contre-sens, et de manière aie dénaturer? Quand tous les sucs se portent à une partie du corps , que devient le reste ? Quand tous les hommages de l'homme s'adressent à l'homme, que devient Dieu? Quelle monstruosité n'est-ce pas qu'une foi qui s'est, à un tel point, égarée et faussée?

Et ne croyez pas même que cette foi ait toujours, dans sa sphère propre , toutes les prérogatives qu'on lui attribue. Il est , je l'avoue , des âmes inflexibles , que l'âge roidit encore , et qui meurent dans leur superstition: fanatiques, jusqu'à la fin, de lumières, de civilisation et de liberté. Mais la plupart se désabusent et se déprennent avant de mourir; on en a vu plusieurs se rire de leur premier culte et rouler sous leurs pieds avec dédain les débris de leurs anciennes idoles. L'ame se rassasie aisément de ce qui n'est pas vrai ; et le dégoût alors se proportionne à l'enthousiasme. Vous y viendrez , vous qui croyez à la régénération de l'espèce humaine par la liberté politique; vous qui n'avez pas vu que jusqu'à ce que l'homme se soit rendu esclave de Dieu, il n'y a point pour lui de liberté ; vous gémirez sur vos lèves, que les passions populaires auront peut-être ensanglantés. Vous y viendrez, vous qui étiez sûrs de votre générosité

( 59 ) native , de la libéralité de vos sentimens , de la pureté de vos intentions, vous, en un mot, qui aviez foi en vous-mêmes. Quand mille chutes humiliantes vous auront convaincus de votre faiblesse , quand, désabusés sur les autres, vous le serez encore sur vous-mêmes, quand vous direz comme Brutus: O vertu, tu n'es qu'un fantôme! que vous restera-t-il? ce qui est resté à tant d'autres : les plaisirs de l'égoïsme ou de la sensualité, dernier fond de toutes les erreurs, résidu impur de tous les faux systèmes ; à moins toutefois qu'il ne vous soit donné alors d'accepter, en échange de la foi qui vous délaisse, une foi meilleure qui ne délaisse jamais , et qu'il nous reste à vous annoncer.

Nous vous annonçons la foi de l'Évangile. — Nulle part l'importance de la foi n'a été taxée si haut que dans l'Evangile. Et d'abord, vous en tenant à une première vue, vous apprenez que c'est la foi qui sauve , non pour le temps , mais pour l'éternité. Fous êtes sauves par la foi, dit saint Paul. Si tu confesses Jésus- Christ de ta bouche , et que tu croies en ton cœur que Dieu t'a ressuscité des morts , lu seras sauvé. Christ est l'auteur du salut pour tous ceux qui croient. Premier caractère de la foi chrétienne : le salut y est attaché.

Mais n'allez pas , pour cela , la considérer comme un acte méritoire. Tandis qu'en d'autres religions la foi est une œuvre arbitraire , à laquelle il a plu à la Divinité d'attacher un mérite et une récompense , une œuvre sans autre valeur que la valeur accidentelle que lui communique la promesse d'en-haut , dans l'Evangile la foi est représentée comme ayant une valeur intrinsèque , une vertu propre , une influence directe sur la vie , et par la vie sur le salut. La foi, dans l'Evangile, ne sauve que parce qu'elle régénère ; la foi est moins encore le moyen du salut que le salut lui-même, moins le chemin de la vie que la vie elle-même. La foi consiste à recevoir dans le cœur des choses propres à le changer. Le chrétien a sur Dieu . sur lui-même , sur la vie, des convictions toutes différentes de celles du monde, si toutefois le monde a sur ces objets quelque chose qui ressemble à îles convictions. Or telle est la doctrine de l'Kvangile , que, lorsqu'elle tombe dans un esprit agité par sus remords et par

les terreurs du jugement à venir , elle y produit une joie et une reconnaissance , dont l'inévitable effet est de le pousser dans une direction opposée à celle qu'il avait suivie jusqu'alors. Il a trouvé la paix : pourrait-il s'écarter de la source de la paix? pourrait-il s'égarer vers les citernes crevassées qui ne renferment point d'eau, lorsqu'il a à sa portée des fontaines d'eau vive qui jaillissent en vie éternelle? IN 'obéira-t-il pas à Celui qui pour lui fut obéissant jusqu'à la mort de la croix? Ne se soumettra-t-il pas à cette Providence qui, lui ayant donné le fils unique du Père, lui a prouvé qu'elle ne peut vouloir, en toutes choses, que son bonheur? Haïra-t-il ses frères , celui qui aime Dieu? Ne priera-t-il point, celui qui sait que l'Esprit même de Dieu sollicite pour les fidèles avec d'inexprimables soupirs? Oui, la foi chrétienne est la victoire du monde ; la foi chrétienne renferme tous les élémens d'une vie sainte ; et ce qui le prouve mieux que nos raisonnemens , ce sont tant de vies si pures, si pleines, si conséquentes, dont le christianisme seul nous fournit le modèle; ce sont surtout ces révolutions étonnantes qui font d'un vrai converti une nouvelle créature , qui plient à la douceur les âmes colères, à la patience les naturels impétueux, à l'humilité les esprits hautains , à la sincérité les caractères dissimulés , à la tranquillité les cœurs troublés , en un mot qui créent dans l'homme une nouvelle ame , capable de toutes les vertus opposées aux vices qui la tyrannisaient.

L'unité de la vie doit répondre à l'unité du principe et à son immensité. La foi a quelque chose de fini ne peut produire que des vertus finies, à quelque chose d'imparfait que des vertus imparfaites, à quelque chose de passager que des résultats passagers. Mais Dieu est le principe qui enveloppe tous les principes; il y a plus : c'est le principe qui les règle et les vivifie tous. Tout est faux , mutilé , s'il ne se rapporte à Dieu, qui est la vérité même , toute la vérité. Tout est mensonge s'il se rapporte à un Dieu mensonger ; mais tout est vrai , complet , lié, fécond, qui a pour principe le vrai Dieu. Quelle partie du champ de la morale pourrait rester stérile et perdue sous une influence à qui rien n'échappe? À quelle vertu Dieu pourrait-il ne pas présider? fie quel devoir pourrait-il dispenser? Lui qui est la

(<ix ) justice, la bonté, la beauté suprême, comment n'attirerait-il pas à lui tout ce qui est juste, grand et beau? C'est à cause de cela que la connaissance de Dieu , et du vrai Dieu , est le seul principe de la parfaite morale ; et il est bien insensé de vouloir lui en donner un autre.

Et ne demandez pas à la foi chrétienne seulement les choses éclatantes; elle a ceci , qu'elle tient tendues à la fois toutes les cordes de notre ame, et que son influence se répand sur tous les points à la fois. Nous avons vu Léonidas périr aux Thermopyles pour le salut de la Grèce ; la. foi chrétienne en apprendrait autant à un chrétien; mais elle lui rendrait possibles aussi mille petits sacrifices de tous les jours; elle dresserait l'ame contre les assauts intérieurs de la colère , de l'envie et de la fausse gloire ; la foi de Léonidas faisait-elle toutes ces choses?

Cette variété infinie, cette immensité d'application de la foi chrétienne , s'explique mieux encore par le caractère dominant de cette foi , qui est l'amour. L'amour ne se prescrit point de bornes. S'il n'y avait dans le cœur du chrétien qu'un sentiment de justice légale, il essaierait de mesurer sa tâche; il se tracerait d'exactes limites ; il saurait où s'arrêter. Mais obéissant parce qu'il aime, aimant Celui qu'on ne peut trop aimer, il s'abandonne à l'impulsion de son cœur comme le mondain s'abandonne à sa passion ; il ne dit jamais et ne peut jamais dire : c'est assez ; il craindrait de ne plus aimer du moment où il aurait dit à son amour : Tu avanceras jusqu'ici et tu n'iras pas plus loin. L'amour ne connaît ni les précautions ni les réserves; il veut toujours davantage , s'enflamme par son propre mouvement, s'accroît par ses sacrifices mêmes, pense recevoir à mesure qu'il donne, et est à lui-même sa récompense; car la vraie récompense d'aimer, c'est d'aimer davantage encore. Où s'arrêtera donc, dans ses applications, une foi qui se résout en amour ?

Il n'est guère nécessaire, après tout cela, de prouver que la foi chrétienne est un énergique principe d'action. S' abstenir et soutenir ne font que la moitié d'une morale fondée sur l'amour. Bien loin de pouvoir s'enfermer dans le caractère d'une obéissante passivité, la sainte impaliemc de l'amour

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cherche et multiplie les occasions de témoigner son ardeur au Dieu sauveur dont elle émane. Fidèle aux recommandations expresses de l'Evangile et à l'exemple de Jésus-Christ , dont la sainte activité ne se ralentit jamais, l'amour chrétien se crée à chaque instant de nouvelles sphères de travail et de nouveaux domaines à conquérir. Avons-nous besoin de le prouver? Et les ennemis mêmes du christianisme ne seront-ils pas les premiers à convenir d'une activité dont ils se plaignent et s'alarment tous les jours? Ceux qui accusent la foi chrétienne de fanatisme, ne rendent-ils pas un bel hommage à la force d'action qui réside en elle? Christ a bien caractérisé la foi qu'il apportait au monde , lorsqu'il a dit avec tant d'énergie : « Si vous « aviez de la foi gros comme un grain de sénevé, vous n'auriez « qu'à dire à ce figuier de se déraciner et de se jeter dans la « mer ; il le ferait. » Telle est même la puissance de la foi chrétienne que , long-temps avant l'apparition du Christ , lorsque la foi ne se nourrissait encore que de l'ombre de Celui qui devait venir, déjà les Chrétiens anticipés de l'ancienne alliance étaient rendus capables par leur foi des plus héroïques efforts et des œuvres les plus extraordinaires. Lisez , au chapitre XI de la lettre aux Hébreux , le tableau de tout ce que la foi a fait faire aux Chrétiens de l'ancienne alliance , rapprochez ce tableau de celui que présente l'Eglise depuis lesjours apostoliques jusqu'à nos jours , et vous ne douterez pas que , si la foi en général est un principe d'action , la foi chrétienne ne soit le plus énergique de tous.

Un dernier caractère de cette foi , c'est sa certitude. Je ne parle pas de cet ensemble de preuves extérieures , boulevard imposant des révélations chrétiennes ; preuves pour lesquelles les incrédules de nos jours affectent un mépris si peu philosophique, et qu'à peine un sur cent se donne la peine d'examiner. Je n'en parle point, parce qu'elles ne sont pas également à la portée de tous les fidèles. Mais le vrai Chrétien a une meilleure preuve encore : il a Dieu présent dans le cœur ; il sent à chaque moment l'action de l'Esprit de Dieu dans son intérieur. Jl aime, il a donc la vérité. Cette preuve n'est pas de nature à se communiquer par des paroles ; mais des paroles ne l'ôtent

pas davantage. Vous ne lui prouverez pas qu'il n'aime pas Dieu ; et s'il l'aime , oserez-vous bien lui soutenir qu'il ne le connaît pas? Je l'ai déjà demandé une fois, et je le demande en corn : Celui qui aime Dieu se trompe-t-il , n'esl-il pas dans la vérité? et si le christianisme seul donne la force de l'aimer, le christianisme n'esl-il pas exclusivement la vérité? Telle est la certitude dont jouissent les fidèles; je n'ajoute pas qu'elle est entretenue et vivifiée par le Saint-Esprit; je ne parle que des faits évidens , des faits que les incrédules comme les croyans peuvent constater ; et je me borne à dire : la foi du vrai Chrétien a pour caractère une certitude qui l'emporte sur celle de toute autre croyance.

Voilà , 6 hommes du monde , ô penseurs , 6 grands moteurs des choses de ce monde ! voilà la foi que je propose à votre cœur vide et affamé de foi , ou trompé par sa foi même. Certes, il ne dépend ni de moi de vous la faire accepter sur le tableau que j'en trace, ni de vous-mêmes de vous y ranger sur ce simple exposé. Les raisonnemens ne changent pas l'homme ; c'est la vie qui apprend la vie ; c'est Dieu qui révèle Dieu. Mais ce que nous avons dit est-il donc sans but et sans application possible? Non , si nous sommes parvenus à vous faire comprendre du moins les vices de votre foi et la supériorité de la foi chrétienne sous le rapport de la vie et de l'action. Quant au premier point, il est, je crois, à l'abri de contradiction. Quant au second, nous avons prouvé, ce nous semble, tout ce que nous avions à prouver. Nous n'avions point à vous démontrer que la religion chrétienne est vraie , que les révélations sur lesquelles elle s'appuie sont authentiques. Notre seul objet était de démontrer que , comme toutes les croyances , elle rend hommage à un besoin de l'aine humaine , mais que , ce que n'a fait encore aucune croyance , elle a satisfait ce besoin ; qu'elle fournit à l'homme un principe d'énergie et d'action dont les caractères distinclifs ne se trouvent réunis dans aucune autre foi ; qu'elle a une intensité, une généralité d'application , une élévation de tendance, une certitude enfin que nulle autre ne possède; qu à tous ces égai'ds elle présente un lypu de perfection qui jusqu'ici n'a été réalisé dans aucune invention humaine; et que si

Dieu lui-même eût donné une foi au monde , il est impossible qu'il l'eût donnée meilleure sous aucun rapport. Après cela , il peut paraître assez superflu de rechercher si la religion chrétienne est vraie. Pour nous , cette preuve nous suffit ; et nous souhaitons vivement qu'elle vous frappe comme elle nous a frappés. Puisse être là , par la grâce de Dieu, le résultat de ce discours !

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