DISCOURS DE DON EMILIO CASTELAR
victoire allait de l’un à l’autre, indécise, notre grande assemblée de Cadix copiait mot pour mot la déclaration des Droits de l’homme de 1789. Enfin, Victor Hugo a passé une partie de son enfance et de sa jeunesse parmi nous; rappelez-vous Hernani, Ruy Blas. Dans son génie resplendit quelque chose de l’éclat de notre soleil.
Nous nous sommes assemblés dans notre mère la France et vous savez ce que cela veut dire : cela veut dire que, si nous avons fait des guerres, nous les avons faites parce que nous étions des états et non des nations; et il y a une grande différence entre être un état et être une nation. Nous les avons faites encore parce que nous étions dirigés par des rois absolus. Nous nous sommes battus; mais du moment que nous sommes des nations, nous sommes en paix et nous y resterons : que tous les peuples deviennent des nations et alors vous verrez la paix éternelle ! Mais il ne faut pas que les nations soient isolées ; il faut les unir, les assembler, et pour cela je vous assure que l’idée de nation sera complétée par l’idée de race.
Ne vous découragez pas, ne reniez aucune des grandes œuvres de vos ancêtres. Bénissez toujours les chevaliers de la liberté qui ont fait l’Amérique indépendante; bénissez les Français qui ont fait la Grèce ; bénissez ceux qui ont dépensé leurs efforts
D1SC0UHS AUX ÉTUDIANTS, pour les petites nations chrétiennes des bords du Danube ; bénissez ceux qui ont encore fait une œuvre pins grande, plus près de nous, malgré une ingratitude incroyable qui sera punie par la justice éternelle de Dieu et de l’humanité.
Ne vous découragez pas, il faut semer, l’avenir récoltera. Si vous êtes attaqués, il faut vous défendre jusqu a la mort, mais n’allez pas loin de vos frontières porter les conquêtes et la guerre. Ne désirez pas être l’aigle terrible à trois têtes, à deux têtes, ou à une seule, l’aigle noir ou blanc, soyez le coq gaulois qui de bon matin chante et prophétise le bonheur. Soyez l’alouette franche qui sort le matin des ténèbres et qui s’élève au ciel pour chercher dans la lumière un enivrement éternel! Faites une France de paix et de progrès, d’égalité et de fraternité.
Ah ! qu’ils sont beaux et forts ces animaux féroces que tout le monde regarde, tandis que personne ne s’occupe de la pauvre petite abeille qui nous donne le miel pour nous nourrir et la cire pour nous éclairer! Mais tous ces animaux féroces ont disparu tandis que l’abeille et le papillon volent et bourdonnent toujours autour de nous !
Gardez, mes amis, l’organisation de liberté que vous avez. Parlons franchement, je plaide ici pour la République, non pour les républicains : nous républi-
DISCOURS DE DON EMILIO CASTELAIl. 549
cains, nous pouvons nous tromper, la République est infaillible: nous pouvons pécher, la République est impeccable; nous pouvons mourir, la République est immortelle. Gardez-la, mes amis, gardezla, parce que si vous la renversiez, elle reviendrait une quatrième fois comme elle est revenue déjà une troisième fois, parce qu’on ne peut rien faire contre les lois de l’histoire de l’humanité. Mais croyez à l’idéal, il faut toujours y croire et c’est la grande vertu de la jeunesse; nous devons croire à notre expérience, vous devez croire à toutes les possibilités. Ayez une foi pour traverser la vie. Christophe Colomb a découvert le nouveau monde parce qu’il croyait, et s’il n’avait pas existé d’Amérique, Dieu, je crois, en aurait fait sortir une des eaux pour récompenser tant de foi et d’espérance.
Jules Simon vous rappelait tout à l’heure avec son éloquence ordinaire le banquet del’Escurial; je vous rappelle l’Exposition. J’ai assisté à sa fermeture; tout y était brillant et resplendissant de lumière. Je me disais devant ce spectacle que vous ne deviez pas vous décourager de rien, parce que vous possédez vraiment une République libre, et j’ai presque pleuré en pensant que c’était là l’espérance de tous les peuples et que ce devait être dans l’avenir l’idéal de l’humanité.
Préface . ni