‹ DiscoursChapitre 7 sur 23 · L.\ LIlMCilTL \)lù l.'KNSKIiiNLMEM · texte numérisé non relu

L.\ LIlMCilTL \)lù l.'KNSKIiiNLMEM

Je sais ],'nin quelle esl la Ihcorie sur iavquelle vous l'étayez. Vous dites: ft L'Etai inodenio, d'après les princincs qui ont présidé à sa couslilulioa, esl un Etal laïque. L'ordre lemporel est son domaine exclusif; Tordre spiritue! n'est pas de son ressort. Il est donc iuconipétjnt eu matière religieuse. »

Vous en inférez que vous devez sé;»arer la religion de l'école et que, m.'me pour rendre l'école obligatoire, vous devez, au préalable, eu exclure la religion.

Messieurs, que T£t:it soit iacoaipétenl en matière religieuse, je le conteste d'autant moia •, ]»our ma part, que je suis le fils d'uue ]']glisc où, dans l'ordre des vérités qui tiennent à la foi et dans l'ordre des devoirs qui tiennent à la con>cicnce, nous ne relevons qno de Dieu et de ceux à qui Dieu a confié la garde de sa parole, et que d:ins ce domaine réservé nous ne nous courberons jamais sous les injonctions d'un pouvoir humain, quel qu'il soit. (Très bie/il et applaudissements sur les mêmes ba.ncs.)

Mais l'incompétence n'est pas l'indifférence ; encore moins doit-elle dégénérer en hostilité. Si vous prétendez que l'Etat, pour obéir à son ijrincipe, doit refuser à la religion ses moyens d'action et d'inllaencj légitimes, ou môme la traiter en ennemie ; comme d'un autre coté, — et je vous le prouverai tout à riieure, — une société sans religion est une monstrueuse impossibilité, il faudrait arriver à cette conclusion que l'Elat moderne, au lieu d'être le support de la société, en est la compromissio]! et en prépare la ruine. (Très bien ! à droite.)

Eli bien, je vous demande celle fois la permission de défendre le principe de l'Etat moderne contre vous-mêmes. Je ne l'accepierai pas, il est vrai, tel qu'il apparaît dans le radicalisme de vos nouvelles théories; mais je le prendrai tel qu'il a toujours été compris par ses défenseurs les plus autorisés.

Non, il n'est p-:s vrai que l'Etat, sou> prétexte d'incompétence soit autorisé à méconnaître la valeur morale et 1 importance sociale dj la religion, qu'il ne soit pis tenu de faire sa place à la religion, de protéger son action, de garantir sa liberté.

jVon. il n'est pas vrai que, dans ses institutions et dans ses lois, spécialement dans celles qui touchent ti l'enseignement, l'Etat moderne soit dispensé d'avoir des égards pour

les sentiments reliiïieux du pays. Une nation n'est pas une entité abstraite; elle |)orte sur son sol des hommes qui ont une foi et qui ont des droits, qui ont des principes et des sentiments, qui ont des croyances et de*^ intérêts moraux. Il n'y a plus, dites-vous, de religion d'Etat en France ; je h sais bien : mais la France, grâce à Dieu, n'est pas pour cela un pays sans religion et l'Etat ne peut pas faire abstraction des croyancfts de l'immense majorité des citoyens français.

Catholiques, nous avons le droit d'être traités selon notre foi, comme les croyants des autres cul' es ont le droit d'être traités selon la leur. Qu'après cela, les libres-penseurs jouissent de leur j)leine liberté, nous n'y contredisons pas... [Murmures à gauclie.K.. pourvu qu'ils n'empiètent pas sur la nôtre.

Mais parce qu'ils sont 100,000 qui croient pouvoir se passer de religion, cela n'empêche pas que nous ne soyons 35 millions de chrétiens conservant, comme chrétiens, notre droit au regard de l'Etat; cela n'empêche pas que l'Etat n'ait le devoir de nous traiter comme tels, lorsqu'il se met en rapport avec nous, au point de vue de notre foi et de nos libertés religieuses.

Ce sont là, messieurs, des principes simples comme le bon sens et, permettez-moi de l'ajouter, lumineux comme l'évidence. Si vous ne les acceptez pas, ne nous parlez pas de liberté religieuse. Elle n'est qu'un leurre ! Ce qui reste, c'est une tyrannie, — je l'appelle par son nom, — se servant des forces légales et des institutions gouvernementales pour violenter la conscience du pays et pour tenir en échec ses croyances et ses droits. iTrè^ bien! à droite.)

Donc, quand nous faisons une loi scolaire, nous sommes tenus de la mettre en conformité avec la justice, avec la conscience du pays, avec l'intérêt social, avec les sentiments religieux des populations.

De même, quand l'Etat distribue un enseignement dont il assume la direction et dont il accepte la charge, il est encore tenu de le mettre en conformité avec les besoins intellectuels et moraux de la société et avec la conscience des familles.

Enfin, ce qui serait le comble de l'iniquité et de l'oppression, ce serait d'imposer à des familles françaises, qui sont en immense majorité des familles chrétiennes, un enseigne-

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ment contraire à leur foi et qui les blesserait eu môme temps dans leurs scutimcnts intimes et dans leur tendresse pour leurs enfants.

Je crois avoir prouvé que votre obligation est tyrauuique. J'ajo'itc qu'elle sera antisociale <laus ses résultats.

.l'aborde ici une question délicate; je la traiterai brièvemuiil, laissant à l'écart les personnes et leurs intentions, — que sont les personnes, quand de si grandes choses sont attaquées ? — et m'attachant à montrer les conséquences sociales de certains principes.

Je respecte toutes les convictions sincères, même lorsqu'elles me froissent le plus. Je demande la permission d'exprimer les miennes en toute liberté. {NoaoeUes marques (Vapprobation sur les mêmes bancs.)

Messieurs, c'est un axiome qui est presque devenu un lieu commun que l'éducation prépare les destinées des nations. Les germes peuvent tarder à éclore, mais la loi est inflexible et les générations recueillent toujours, un peu plus tôt, un peu plus lard, dans la paix ou dans le trouble, dans le progrès ou dans la décadence, ce que l'éducation a semé parmi elles de bien ou de mal, do vérités ou d'erreurs.

Et, de même que l'éducation chrétienne avait constitué, en France, une société chrétienne dont l'énergique vitalité était au-dessus de toutes les épreuves et dont la grandeur inlellectuellu et morale était hors de pair, de môme votre éducation sans Dieu ne pourra produire qu'une société sans Dieu.

Mais, messieurs, pour qu'une société vive et grandisse, il ne suffit pas qu'elle ait une force organisée pour imposer l'obéissance aux lois ; il faut encore que ses croyances et ses mœurs complètent l'action de ses lois et suppléent à leur insuffisance.

H ne suffit pas même qu'elle soit régie par des inslilutions équitables; il faut que, dans les rapports réciproques des pouvoirs publics avec les citoyens, comme dans les rapports des citoyens entre eux, il règne un esprit de justice et de bienveillance, de dévouement au devoir et de respect du droit, et, à de certains moments, un esprit de désintéressement et de sacrifice qui vienne en aide aux institutions, qui leur com iiunique une efficacité généreuse et qui en fassent sortir des résultats bienfaisants.

loi LA Lic::.:rL de len5EIuxz:.i:;:xt

Eii bien, c;it esprit, — ac vous y tro;apez pas, — ce :ie sout pas do pures forai .-s qui ie produisent, ce ne soiiL pas des iii5lilulious et des lois qui ;e créeu!.: il y faat Dieu, do:iuaiil aux iois uue aatoriié qu'elles ne peu veut pas, à ua degré saflisaat, tirer d'elles- munies, et leur assurant ce respect qui vient de la coascieace et i|ue la force est impuissante à faire naître. Une sociélé saas reiiirioa, une vie sociale où Dieu n'aurait sa place ni dans les iastitutioas qui la règieni, ni daas le cœur des hommes qui y jtarticipeat. serait, je l'ai déjà dit, uiie moastreuse impossibilité.

Le monde est bien vieax, messieurs: mais ce qu'il n'a jamais vu, c'e^t une sociélé qui ait pu conquérir un ordre durable et une civilisati:)n pro^'ressive eu dehors de toute croyauce relig^ieuse.

Par l'expérience que vous êtes en Iraia de tenter, vous allez doue à rencontre de la nature huniiiae et, si je puis me servir de ce mol, de la nature sociale eile-mème.

Jusqu'ici, en elfei;, Tlmma litéa vécu sur cette donnée que la vérité, le droit, la justice émanent de Dieu; que l'homme doit se les approprier, mais qu'il n'a pas le droit de les créer : qu'il peut les niécoanailre par un abus de sa voîon'é, mais qu'il n'a pas le pouvoir de les détruire.

Vous éliminez Dieu : par cela m 'une, vous reconnaissez la souveraineté absolue de l'iiouime; c'est dès lors riionimequi fait la loi, non pas seab'îneat la loi coatinpente qui tire son autorité de son adaptation au dioit supérieur et éternel, mais la loi première elle-m':me, celle qui engage la conscience et qui crée le devoir; en d'autres termes, — je n'exagère rien, ceci est au fond du syslème que j'examine, — l'iiomme e-t considéré comme le créateur de la vérité, l'arbitre suprême de la justice, le maître absolu de ses pensée^ et le juge délinilif de ses actions.

Mais comme, malgic toutes ces prétentions arrogaales, l'hoaime isolé est une fubiesse, comme la puissance lui manque, comme toutes ces soiiverainetés individuelles périraient fatalement dans des conipélitions aaarchiques si elles ne plaçaient pas au-dessus d'elles uue force de concentration, de la souveraineté absolue de l'homme, on déduit la souveraineté absolue de l'Eiat. Le nombre fait par l'Etat, et l'Etat crée le droit, ce qui revient à dire que l'Etat remplace Dieu.

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Voilà le dernier terme de la doctrine, et, ne vous le dissimulez pas, messieurs, vous y marchez, vous y oies. (Très bien! à droite! — Non! non! à gauche.)

Vous appelez cela l'émaucipation des consciences! C'est leur abaissement. Vous appelez cela la iiuéralion des iutellif,^euces! C'est leur servitude. Vous appelez cela le Irioinphu de la raison humaine sur de vaines superstitions ; c'est une idolàlrie nouvelle plus radicale encore que l'idolâtrie antique, car celle-ci détigurait Dieu, mais ne le niait pas ; la vôtre nie Dieu et déitie l'homme. Çfrès bien! à droite.) Vous appelez cela raflVanchissemeut di^s sociétés ; ce serait ou bien l'anarchie des ànies et des ialellii,'"eucos, se traduisant par un atî'aiblissemeut, je dirai mèaie par l'anéantissement du frein moral et de la discipline sociale qui laisserait la société sans sécurité et sans dignité, ou bien une tyrannie d'Etat, la plus complète de toutes : non pas une tyrannie abusant du droit parce qu'elle a ia force, reconnaissant toutefois ce droit lui-même et laissant par conséquent la porte ouverte à des protestations vengeresses ; mais la tyrannie se proclamant le droit et broyant les âmes en même temps qu'elle avilirait les caractères et asservirait les volontés. (A^oai;^;//^ a/)probation sur les mêmes bancs.)

Messieurs, je ne dis pas qu'oti veut nous mener là; je dis que l'éducation sans Dieu, devenue obligatoire et se généra lisaui par la contrainte, nous conduirait là fatalement. J'admets la loyauté des intentions, mais je crois à la logique inéluctable des principes, produisant un jour ou l'autre les conséquences qu'ils portent en eux-mêmes. Tant que ces conséquences sont voilées, tant qu'elles n'éclatent pas à la lumière des faits, tant que vous les dissimulez sous le vague et l'équivoque des formules, tant qu'elles n'ont pas dit leur demi r mot et qu'elles ne se sont pas produites dans leurs derniers résultats, la masse du pays peut ne j)as les aperce- \oir; elle n'est généralement fraj)})ée que des périls immédiats. Ceux dont les effets ne se produisent qu'à distance échappent à sa prévoyance, mais cest notre devoir, notre devoir étroit, à nous législateurs, de les discerner et surtout de ne pas les déchaîner. (Très bien! très bien! à droite.)

Messieurs, nous sommes bien profondément divisés, mais enfin il y a un terrain sur lequel, je l'espère, nous nous ren-

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controns et nous rencontrerons toujours : c'est celui de notre dévouement à cette France que nous aimons tous et dont nous désirons tous la prospérité et la grandeur.

Eh bien ! au nom du pays, au nom de ses sentiments, au nom de son avenir, je vous adjure, puisque vous avez décidé que l'école officielle serait sans religion, de ne pas y ajouter cette énormité que cette école sans religion sera une école obligatoire. (Vive approbation à droite et au centre.)

A prendre la France, non pas même telle qu'elle fut dans le passé, toujours aussi croyante que vaillante, mais telle que nous la voyons dans le présent avec ce qu'elle a gardé de ses anciennes traditions et qu'elle y a mêlé de traditions nouvelles, je reconnaîtrai avec vous que la France veut être un pays de libre conscience ; mais soyez assez impartiaux pour reconnaître avec moi qu'elle veut rester un pays de foi chrétienne ; sachez la respecter dans ses sentiments. (Vive approbation à droite.)

M. le rapporteur disait, et c'est même l'unique argument de son rapport, que la France ne veut pas d'enseignement religieux dans les écoles, qu'elle a déclaré à cet égard sa volonté {Non ! non ! à droite) et que nous n'avons qu'à lui obéir. M. le rapporteur se trompe, il se trompe étrangement.

On a tout récemment demandé aux pères de famille s'ils voulaient qu'on donnât à leurs enfants l'enseignement religieux dans les lycées ; combien s'en ôst-il trouvé pour demander que leurs enfants ne reçussent pas cet enseignement ? (Très bien! très bien! à droite.) Il s'en est trouvé huit dans l'Académie de Paris, deux dans celle de Toulouse, et je suis convaincu qu'il en a été de même dans les autres académies. (Très bien ! et applaudissements sur les mêmes bancs.)

D'ailleurs, si vous voulez vous bien édifier sur les vrais sentiments des pères de famille, venez donc dans ces écoles libres que vous nous avez obligés de fonder à force de sacrifices pour remplacer les écoles communales congréganistes que vous avez laïcisées, c'est-à-dire que vous avez proscrites. Non, ce no sont pas les élèves qui manquent à ces écoles, c'est l'espace qui leur fait défaut pour recevoir tous les élèves qui voudraient s'y rendre. (C'est vrai! très bien! à droite.)

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Ne méconnaissez donc pas, je le répète., le sentiment de la France I Non, ce n'est pas elle qui vous pousse à celte œuvre (le décliristianisalion que vous poursuivez! elle la subit; elle ne la demande pas. Cette œuvre est exclusivement la vôtre; elle répugne à tous les instincts de foi. de justice et de générosité de notre pays. Le jour oi!i il y verra clair, so3^ez sûrs qu'il la ré])udiera et que sa réprobation sera plus que sévère jiour ceux qui en auront accepté la trise responsabilité. (ViJ's applaudissements à droite. — Voratcuv, en retournant à son banc, reçoit les félicitations d'un grand nomhre de ses collègues.)

SÉNAT

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