I.A I.IlîKinK DE l'exskignkment
.l'ailleurs à la nature même de la religion. Exclure la religion de réducalion. c'est déclarer qu'elle n'a rien à faire dans la formation de l'Ame humaine. Ce qui revient à la nier, en l.roclamani soninuliliié. (Très bien! à droite.) D'où il résulte (lue l'école neutre est une chimère et que votre école sans reli^-ion sera par la force des choses une école d'irrélio-ion. {Très bien: à droite. \ ^
Je n'insiste pas, messieurs, et. à vrai dire, je n'ai pas besoin d'insi.ler, car la lumière est faite ; elle est faite par les votes que vous avez émis jusqu'ici. Ces votes sont très clairs par eux-mêmes et ils ne peuvent laisser aucune illusion même aux esprits les plus optimistes.
:>ous vous avions demandé d'abord de maintenir parmi les matières obligatoires de reoseig-nemenl l'instruction religieuse, sous la réserve qu'elle ne serait pas donnée contre le gre des familles ; vo'.is avez repoussé cet amendement.
.Vous vous avions demandé tout au moins de substituer dans la loi à ces mots: « l'enseignement moral. » ceux-ci : « l'enseignement de la morale religieuse, » pour bien indiquer que l enseignement moral de l'école devrait se rattacher aux dogmes qui, dans toutes les communions chrétiennes, sont le fondement de la morale ; vous n'avez pas plus voulu de ce second amendement que du premier.
L'honorable M. Jules Simon vous ayant demandé cependant de mettre les devoirs envers Dieu parmi les matières obligatoires de l'enseignement, le Sénat avait, dans ses premières délibérations adopté son amendement. Il avait indiqué par là que, s'il n'acceptait pas que l'enseignement moral de l'école se rattachât à une religion positive, il entendait au moins que les principes de la religion naturelle V fussent respectés. Je n'ai pas besoin de dire — et l'honorable M. Jules Simon le sait bien — quQ cet amendement ne repondait pas à toute notre pensée, qu'il ne faisait pas à la religion le rôle et la place qui, selon nous, doivent lui appartenir dans l'éducation; nous l'avons voté néanmoins, mes honorables amis et moi, d'abord parce qu'il était une |)rotcstatiou contre ces doctrines d'athéisme social qui nous .■nvabissent de toutes parts {Vives marques d'approbation à droite): ensuite, parce qu'il impliquait au moins que l'enseignement de l'école fût celui de cette morale spiritualiste qui.
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ù notre sens, est très inféiieure à la morale chrétienne et ne peut pas la remplacer, mais qui maintient certains de ses principes et participe à quelques égards de son élévation et de sa grandeur.
Mais notre éminent collègue, malgré la magie d'une éloquence qui, à mou sens, ne fut jamais si merveilleuse et si bien inspirée... {Marque-- (V approbation à droite et au centre)... n'a pas pu vous i-ersuader de maintenir son amendement. Dieu a été élimin:' de la loi, comme le christianisme lui-même. Vous lui lais«t rez peut-être une place provisoire dans vos règlements universitaires. 11 faul ménager les transitions, mais le but est dévoilé.
Aujourd'hui, vous avez elTacé le nom de Dieu dans la loi ; dans un avenir prochain, :1 se trouvera, à coup sûr, un ministre pour prescrire que ce nom ne soit plus prononcé dans les écoles. Voilà où nous en sommes. [Légères rumeurs à (jauche! — Très l)ienl très bien! à droite.)
Ce n'est pas tout; mes houorabl.-s amis M. Lucien Brun et M. Baîbie vous ont pré-eolé des amendements très modestes, très rigoureusement équitables, qui étaient loin de leur donner des garanties doot ils fussent complètement satisfaits, qui n'étaient qu'un minimum strict de justice et de liberté; vous les avez rejetés eucore. PZnfin, Tamenflement de l'honorable M. Waddington. qui ne faisait pourtant à l'enseignement religieux qu'une part bien subalterne, bien réduite, mesurée avec parcimonie, soumise à des autorisations qui, dans les trois quarts des cas, l'aurait réduite à rien, cet amendement lui-même n'a pas pu trouver grâce devant vous.
Donc, cela est clair, cela résulte évidemment des dispositions que vous avez volées et des amendements que vous avez repoussés : le jiriucifie du projet de loi. ce n'est pas la ncuîialité en matière religieuse; c'est riioslililé flagrante et avérée. {Vives maniues d'approbation à droite.) Vous ne réduisez pas seulement la part de la religion dans l'éducation, vous la supprimez totalement. Vous n'en êtes plus à évoquer le fantôme du cléricalisme {iour prendre des précautions conire ses prétendus envahissements; c'est la doctrine religieuse elle-même que vous repoussez, c'est le christianisme que vous repoussez, c'est le chritianisme que vous mettez en in-
lordil, c'est à Dieu que vous ^efu^ez l'accès de Ka loi, en atloadant que vous lui refusiez l'accès de l'école.
Quand nous vous disions que \olre loi ferait des écoles sans Dieu, vous vous récriiez contre l'exagération de nos craintes et contre ce que vous appeliez T injustice do notre langage. I^^h bien, l'école sans Dieu, la voil.il Elle est dans la loi, et demain elle entrera, non pas suhrepticenoient, en se voilant, en rougissant un peu d'elle-mênii', mais hautement, à ciel ouvert, avec l'autorité de la loi (}ui la consacre et avec les encouragements des pouvoirs publics, — qui la protègent dans toutes les écoles de toutes les communes de cette France qui porta si longtemps et à de si nobles titres le glorieux nom de France très chrétienne. Très bien! très bien! et vifs applaudissements à droite.)
Donc, messieurs, le dernier mot de la loi est celui-ci : L'école sans Dieu sera obligatoire pour les trois quarts des familles françaises. Eh bien, je ne sais rien de plus exorbitant.
La question de l'école est, après tout, la question de la formation de l'enfant. Or, qu'est-ce que l'enfant? L'enfant est une raison, l'enfant est une liberté ; l'enfant est une jeune âme où déjà la passion est entrée, et qu'il faut diriger et contenir sous l'impulsion et sous le frein du devoir.
Croyez-vous, avec votre éducation sans Dieu, pouvoir discipliner ces forces naissantes et les épanouir dans le sens du bien?
Ce n'est pas tout, messieurs. Pour nous, chrétiens, — et nous avons le devoir, en de telles questions, d'exprimer nos sentiments et d'affirmer nos droits tels qu'ils sont; — pour nous, chrétiens, l'enfant est quelque chose de plus encore que tout cela. C'est un être que la religion a marqué de son signe au lendemain de sa naissance ; qu'elle a revêtu, en quelque sorte, d'un caractère sacré, que nous devons traiter avec respect, et préparer à sa vocation de chrétien avec une religieuse vigilance. A l'enfant chrétien, il faut une éducation chrétienne. (Très bien! très bien! à droite.) Ne pas la lui donner, et surtout lui en imposer une contraire ; arracher ainsi à de jeunes cœurs, que leur faiblesse rend incapables de se défendre, les croyances dont ils reçurent la première révélation en même temps que les premières tendresses du foyer les accueillaient dans la vie, savez-vous ce
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qUi,' c'est? Ce u'esl rien moins qu'nno eotreprise d'apostasie ; contre l'enfance; c'est l'entreprise la plus i^rave accomplie contre l'être le plus faible; et, par là, elle est doublement condamnable. (Nouvelles marques (Tapprohatioii sur les mêmes bancs.)
Mais mellez-vous donc d'accord avec vos propres principes. Vous parlez sans cesse des droits de l'homme. L'honorable M. Paul Bert n'a pas manqué de mettre la déclaration des droits deThomme dans sou manuel d'éducation civique. Mais les droits de l'homme comprenuent apparemment les droits de l'enfant, les droits du père, les droits de la famille. Et vous, Etat, que faites-vous :* Vous entrez dans les fovers ; vous y prenez ce qu'ils ont de plus cher, les enfants, et vous dites au père et à la mère : « Ces enfants sont à moi avant de vous apparteuir. Je les mènerai de force dans mes écoles ; je les y ferai instruire selon mes idées et non pas selon les vôtres. Vous êtes chrétiens; moi. Etat, je n'ai pas de religion et je ne prends pas souci de la vôtre. J'exclurai de mes écoles la prière, qui n'est qu'une superstition ; le catéchisme, qui n'est qu'un enseignement mythologique ; l'image du Crucifié, qui n'est qu'un emblème démodé ; Dieu lui-même, qui n'est qu'une conception métaphysique; en revanche, j'apprendrai à vos enfants le mépris de la vieille France et le culte de la Révolution; ce sont mes croyances laïques, et c'est avec elles que je veux prépar.-r l'avenir de ce pays. J'élèverai ainsi vos enfants saus vous, contre vous, contre votre foi, contre vos respects, contre vos principes, contre vos sentiments ; et si vous refusez de me les livrer, j'aurai raison de votre résistance par l'amende et par la prison. » [Très bien! très bien! à droite.)
Messieurs, si là n'est pas l'oppression, où donc es'-elle ?
Vous cunfisquez les droits de la religion, vous usurpez les droits de la famille, vous vous emparez de la coascience de l'enfant : votre obligation est au premier chef révolutionnaire; car, d'un côté, elle est tyrannique. et de l'autre côté elle est antisociale. C'est ce que. pour compléter ma discussion, j'essaverai de vous démontrer. ^Très bien! très bien! à droite et au centre.)
Je dis d'abord, messieurs, que votre obligation est tyrannique.