‹ Discours (volume 2)Chapitre 52 sur 73 · INDÉPENDANCE DE CRACOVIE · texte numérisé non relu

INDÉPENDANCE DE CRACOVIE

K Telle atteinte à la nationalité de la Pologne. En protestant contre H cette infraction aux traités^ Votre Majesté a répondu au sentiment « de la France. »

M. le comte de Montalembert soutint ce paragraphe dans les ermes suivants :

Messieurs,

La Chambre, en me voyant chercher à fixer son attention sur rincorporation de Cracovie, se figure peut-être que je irais dresser un nouvel acte d'accusation contre les puissances spoliatrices, ou bien faire de cet acte un thème d'opposition Dontre le Gouvernement, contre le ministère, que j'ai Thabi- Uide de combattre. Je ne viens faire ni l'un ni l'autre. Je ne ferai pas un acte d'accusation contre l'une ou l'autre des puissances spoliatrices, comme je Tai fait l'année dernière, parce que les circonstances sont toutes différentes. L'année dernière, j'avais à faire comprendre à la Chambre quelle était la véritable nature des événements de Cracovie, événements destinés à préparer l'attentat qui vient d'être consommé. J'avais à lui montrer qu'il y avait là un coup monté, un piège tendu, où la Pologne est malheureusement tombée. J'avais, en outre, à rétablir la vérité au sujet des massacres le la Gallicie. J'avais à venger la mémoire des victimes qu'on calomniait, après les avoir préalablement égorgées : c'était un devoir pour moi ; ce devoir, je l'ai accompli, et je remarcpierai en passant que l'on ne m'a rien répondu. Quelques mercenaires anonymes m'ont honoré de leurs injures; mais il n'a été publié par le gouvernement autrichien aucun acte, aucun arrêt de justice, ni rien de semblable qui ait pu prouver ou la culpabilité des victimes, ou l'innocence de ceux qui les avaient immolées. [Approbation.) •aujourd'hui, la position est changée; non-seulement le

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coips du délit existe, mais les auteurs du crimel'ftTowot, s'en gtorilîcnt, et leurs apologies telles (|uc \oiis les avcï pu lii-e el nH'diler, agy''a^^nt l^i"' crime. En présence de ce flagrant délit et de l'aveu des coupables, il n'y a pas besoin <ii' réquisiloire; il n'y a [kis besoin d'accuser ceux qui s'accusent assez eux-mêmes.

Je n'en ferai pas non plus un llicnie d'op|>osiliou contix: k Gouvcniemenl; In tâche serait à la fois trop facile et trop slùrile. La penséedans laquelle je monte à cette tribune est tonte tliOërente. 11 s'est élevé en Fi'anou une réprobation lumnimu contre l'incorporation de Cracovie. Je ne veux pour rien au monde troubler a'tte unanimité. Je ne veux pas, par des récriminations plus ou moins fondées, l'affaiblir en la divisant. Je désii-e, au contraire, réunir tous les partis, toutes les opinions, dans l'expression formelle et solennelle <\e cette réprobation que votre adresse doit exprimer, après que le discours Je la couronne l'a déjà constalée. C'est nu nom même de ces inléoHs supérieurs que M. le ministre des affaires élrangères: a invoqués bier avec tant d'éloquence, de ces intérêts supérieurs qui doivent ramener dons la même voie la France et l'Angleterre, qui les y lamèneront, j'en ai ta contiance, ettjui les y maintiendront, c'est en leur nom que je viens parler : ce sont ces mêmes intérêts supéneurs t[ui doivent ramener el maintenir tous les partis, toutes les opinions de la France, ilana rcvjjrcssiou d'un même sentiment, en ce qui touche la l'ulogne et Cracovie. J'en appelle donc ici à toutes les opinions françaises : à la France de l'Empire, qui a vu couler des torrents de sang polonais ii côté d'elle ; à la France de 1» Restauration, qui a engagé la parole de la France au traité de Vienne, traité annulé aujourd'hui ; enfin, à la France de la révolution de Juillet, qui a si difficilement contenu l'éner — gic surabondante de la Frauct, el qui est si mal |Kiyée de

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retour par ceux qu'elle a si bien servis par sa modération ; c est à toutes ces opinions que j'en appelle pour qu'elles formulent ensemble la réprobation qu'exige l'attentat qui a été conmiis.

L'opinion libérale, en Europe, a partout des représentants ; elle a partout des échos; mais j'ose dire que nous, Chambres françaises, nous en sommes les représentants principaux. Un grand attentat a été commis; nous sommes chargés non de le punir, mais de le juger.

Au moment où je parle, les assises de la chrétienté sont en quelque sorte ouvertes : des deux côtés du détroit se réunissent à la fois ces grandes assemblées qui ont le privilège de juger, de faire en quelque sorte comparaître devant elles tous les pouvoirs et tous les événements de l'histoire contemporaine. Je sens. Messieurs, quelle est l'importance de ce mandat, et combien il doit imposer silence à tous les sentimets personnels^ à toutes les vues de parti ; et pour mieux l'exercer, je contiendrai mon cœur, je modérerai autant que je le pourrai l'expression de ma douloureuse indignation, afin de ne rien dire qui ne puisse être accepté par tout le monde dans cette enceinte et dans ce pays. {Très-bien l)

Ce que je désire, c'est que la Chambre des pairs, cette assemblée de sages, cette assemblée modérée qui représente essentiellement l'élément de l'ordre et de l'autorité, soit unanime, se lève comme un seul homme pour proclamer que la force n'est pas le seul arbitre des choses humaines, qu'elle ne l'emporte pas sur le droit, et qu'il y a autre chose dans ce monde que les violences et les artifices du despotisme. [Approbation.)

Et en effet, que devons-nous tous vouloir? C'est de placer à cèié de la protestation du Gouvernement, non pas seulement la protestation de rop[)ositiou, mais la protestation de

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la naliuii loul t'iiUùre, afin (|ii'on sacbe bien que cet acte diplomatique, (]ue cet acte gouvernetiiental sort de la mesiin: ordinaire des acles de c« genre, et porto au suprême degré l'empreinte de l'unanimUi; puissante d'un sentiment national. [Nottveaux mouvements d'approbation.)

Mais avant tout, j'ose le dire, j'en appelle à la sympalhie des opinions conservatrices; car qu'y a-t-il au fond d'atteint en Europe par cet événement? Est-ce la Pologne? Oui, etji' dirai comment tout à l'heure. Est-ce la France ? Oui, eljo dirai encore comment. Mais c'est encore quelque chose <ie plus : c'est l'ordre, la justice, la paix surtout; c'est loul a; que la politique conservatrice est destinée à défendre el à maintenir. Voilà ce qui a été surtout attaqué, outragé dans l'affaire de' Cracovie ; et c'est pourquoi vous ne laisserez pas à la politique démagogique, aux manifestes fougueux de la déinucrutie, le soin et la mission de protester contre cette tuiquité, et de la flétrir par leur réprobation. De quoi se plaiiidmient donc tous les révolutionnaires et les anarchistes Ae l'Europe?.... Mais on fait leurs affaires. Jamais, depuis cinquante ans, rien ne leur a éU? plus favorable. L'im-orporalion de Cracovie! mais ce sont les onionnnnces de Juillet de la diplomatie du Nord. [Très-bien ! trh-bien /) J'enlends par là un fait qui jette un défi au bon sens, uu défi à l'oixlrc, un défi à la justice, et qui, par conséquent, fait au suprême degré les affaires de l'anarchie, du désordre et de tous les fauteurs de troubles que peut renfermer l'Europe. [Vive (ulhésion.)

Certes, l'occasion serait teintante de qualiUer la politique coupable de cet attentat, et notamment la politique de l'Antriche. J'y résiste avec quelque jteine, mais j'y résiste, et void pourquoi : c'est que j'éprouve maintenant pour cette politique encore plus de pitié que d'indignation. L'année dernière, le qui ma fuit mouler à cette Iribune, ce qui m'a valu, j ose

le rappeler, votre sympathie, c'était Tindignation. Maintenant œ n'est plus cela, c*est, je le répète, de la pitié ; oui, la pitié que doit inspirer le spectacle d*un grand et illustre empire, de cette grande et fîère maison de Habsbourg, chargée par son histoire, par ses antécédents, par sa gloire passée, d'être le boulevard de l'Occident contre la barbarie orientale, d'être le boulevard du catholicisme et de la civilisation, et qui aujourd'hui est enchaînée par une politique décrépite et dépravée au char du schisme et de la barbarie. Oui, quand je vois im grand empire, une ancienne et glorieuse dynastie, une illustre monarchie s'écarter à ce point de ses traditions, de ses devoirs, de sa gloire, et s'associer à tous les complots de la Russie contre la paix et l'indépendance du monde, je l'avoue, c'est la pitié qui l'emporte encore sur l'indignation. [Mouvements divers.)

Maintenant, faut-il démontrer devant vous la violation des traités? Faut-il même, en présence du dernier factum de la cour d'Autriche, qui nous a été communiqué ces jours-ci, faut* il entrer dans cette discussion diplomatique? Je crois que cela est inutile. Je me bornerai à poser trois principes que personne ne contestera, si je ne me trompe.

Je dirai d'abord qu'il n'y avait rien dans le traité de Vienne de plus solennellement établi, de plus formellement consacré que l'indépendance de Cracovie. Je ne lirai pas tous les articles de ce traité, vous les connaissez; il me suffit de rappeler comme un principe incontestable que rien n'a été plus expressément établi dans le traité de Vienne que Tindépcndanœ perpétuelle de Cracovie.

Je poserai ensuite un second principe, que l'honorable M. Guizot a parfaitement exprimé dans sa note à M . de Metteraich, savoir, que cet acte général n'était pas un enregistrement : on ne rassemble pas de grandes puissances comme

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