‹ Discours (volume 2)Chapitre 7 sur 73 · POLITIQUE GÉNÉRALE DU MINISTÈRE · texte numérisé non relu

POLITIQUE GÉNÉRALE DU MINISTÈRE

Pour moi, je crois qu'à côté et en dehors de tous les intérêts personnels, en dehors même de ce parti conservateur, dont on tous a parlé comme s'il faisait à lui seul toute la France , il y a encore la destinée , la dignité de la France elle-même, il y a les intérêts du pays et le caractère général de la politique suivie depuis quelques années , dont on peut se permettre de vous parler.

En voyant deux rivaux fameux qui, il y a quelques années, se rejetaient mutuellement ce mot de Tacite : Omnia servi" Hier pro dominatione y revenir aujourd'hui à la charge Fim contre l'autre et recommencer une lutte qui parait devoir être très-grave et très-longue, je me suis rappelé cet autre mot du même Tacite, dont vous me permettrez de me faire l'application à moi-même : MiAi Galba, Otho^ Vitellius^ nec beneficio nec injuria cogniti. ( On rit,)

En effet, je ne suis ni le partisan de M. le comte Mole, ni le partisan de M. Guizot; je suis étranger à toutes les combinaisons, à toutes les coalitions, à toutes les tactiques parlementaires. Je n'ai rien dans le passé ni dans l'avenir qui m'impose de parti pris, soit pour l'éloge, soit pour le blâme. J'ai été même, depuis plusieurs années, retenu loin des discussions politiques , soit par mon éloignement matériel, soit par ma préoccupation d'intérêts plus élevés et plus purs.

Or, je me suis demandé ce qu'il y avait à faire dans ta discussion présente pour un homme ainsi placé ; je me suis demandé si je devais appuyer le ministère, me taire ou le combattre. Ma conscience m'a répondu que je devais le combattre.

Heureusement je ne suis pas chargé de le remplacer. [Noih veaux rires.) Je n'ai qu'à le juger. Le vote qu'on me demande est un jugement. Je viens formuler ce jugement par

iO POl-ll'KJll:: (itJSRHALK

quelques u>nsidéi-alions très-neltes , et que je tâcherai de rendre très-brè\es.

Le ministère se présente avec des avantages înoinleslables. D'abord, une éloquence, un laleut auxquels tout le monde rend hummaj^e, et dont nous venons de voir de nouvelles preuves; ensuite une majorité telle quelle dans l'autre Chambre, une majorilc consldêrdble dans celle-ci.

Je ue sais pas vraiment pourquoi cette majorité est »i eonsidéi'ïiblc dans celle-ci, et j'ignore les motifs <]iii lui font appujer si vigoureusement le ministère actuel. Je ne veux pas revenir en détiiil sur le passé, mais je me figure qu'il n'y a pas eu, depuis 18^0, de ministère qui ait plus violenté la majorité de cette (Chambre , et qui ait contesté davantage SOD droit très-légitime d'amendement. Cela est arrivé dans trois circonstances remarquables : d'abord en 1841, pour les foi"lificatiotts ; ensuite, eu 1842, pour les cbemins de fer; et enfin en 1843, lorsque le ministère, après avoir déclaré ici toute modification au droit de visite impossible, s'est empressé d'accorder cette concession, soi-<Jisaut impossible, à la Chambre élective.

Ce sont là trois procédés qui me semblent de nature à affaiblir cette immense partialité de la Chambre des {jairs en faveur du ministère.

Cependant j'admets qu'il a la majorité dans les deux Chambresi mais, cette majorité, comment l'a-t-U obtemie et qu'en a-t-il iait?

LU l'a obtenue en exploitant habilement, en spéculant sur la peur qu'on éprouvait de certains hommes cl de eerlaines mesures; ensuite eu hésitant devant les partis à prendre et eu reculant devant les partis pris.

Et qu'a-t-il fuit de cette majorité ainsi obtenue? Selon moi, rien. [Itéclamaliotis.) Oui, Messieurs, malgré les affii^

DU MINISTÈRE. il

mations de M. le ministre de rintérieur, tout à Theure, sur les résultats obtenus par le Gouvernement, je ne puis trouver d'autre réponse à cette question que le seul mot : rien!

Je m'attendais tout à l'heure que M. le ministre de l'intérieur allait nous faire l'énumération de œs résultats dont il se vante. Mais à peine l'a-t-il commencée, qu'il a tourné court brusquement et s'est renfermé dans la seule question (les travaux publics. .

Selon moi donc, le moyen d'acquisition de cette majorité a été la peur; et le résultat de son acquisition, de sa possession, a été le néant.

A-t-on fortifié le pouvoir? Je ne le crois pas d'après tout ce qui se passe. Peut-on compter sur la majorité? Je ne le crois pas d'après tout ce qu'on a dit.

Le ministère n'a-t-il pas transigé avec toutes les difficultés? Ne s'est-il pas prêté à tous les expédients?

Quelle grande idée, après tout, a-t-il fait triompher, lui qui a duré, comme il s'en vantait tout à l'heure, plus longtemps que toutes les autres administrations ?

Quelle impulsion vers le bien a-t-il donnée? Quelles réformes a-t-il opérées? Je ne parle pas de réformes politiques ou morales ; mais quelles réformes, même administratives, a-t-on introduites dans le pays? Ce que je vois de plus clair, c'est qu'il a amoindri les sentiments généreux, patriotiques du pays.

Je ne dis pas que le ministère soit seul coupable de cet amoindrissement, mais je dis qu'il en est seul responsable. Le pays légal qui l'a appuyé et qui lui a accordé jusciu'à présent une majorité est son complice, je l'avoue, mais ce pays légal le sera-t-il longtemps? est-il fier d'être gouverné par le ministère actuel? Je ne le crois pas; je crois qu'il l'ac-

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cpptc uniquement comme un pis-aller. Ce sont de ces choses qu'on n'avoue pas à ses adversaires, qu'on ne s'avoue pas nif-me à soi-même ; mais on le sent, on agit en conséquence, et l'on vous abandonne un à un, comme vous le voyez chaque jour.

Vous avez duré , cela est vrai , mais quel profit avez-vous tiré de votre durée? Un faraud philosophe a dit : u Le temps est le premier ministre de tout pouvoir qui veut le bien. »

Eh bien! ce premier ministre qu'a-t-il fait pour vous? Il TOUS a afTaiblis , vous n'êtes plus aujourd'hui ce que vous étiez il y a quatre ans, cela est évident. Qu'en doit-on tionclui-e? C'est que vous ne vouliez pas le bien. Ce que vous avez voulu, comme l'indiquait tout à l'heure M, le comte Mole, non pas seulement la paix à tout prix, c'est la vie à tout prix [mouvement); et, pour la fçarder, aucun sacrifice, aucun subterfuge ne vous a coûté. ( Réclamations au banc des ministres.)

Qu'il me soit permis de justifier cette assertion par quelques faits , et de démontrer ainsi l'exactitude de ce que je disais il y a un instant, que vous hésitiei! devant les partis à prendre et que vous reculiez devant les partis pris.

Qu'est devenue, dans l'ordre poiiliqiie, en fait de partis à prendre ou de parlîs pris, qu'est devenue la cn-ation des ministres d'État? Vous l'avez ajournée. Qu'est devenue la dotation du futur régent du royaume? Encore ajournée. Qii'eal devenue la responsabilité des ministres et des autres agents du pouvoir dont la Charte vous prescrivait de vous occuper? Vous n'y avez pas pensé. Qu'est devenue la question de la conversion des rentes? Vous l'avez ajournée d'année en année.

Une voix. On s'en oœupe, de celle-là.

M. LE COMTE DE MoMALEMBEKT. Oui, depuis hier, depuis qu'on vous force à y penser. Peut-i^tre vous forcera-t-on

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même de l*aooorder, mais alors tou^ ne vous vanlem pas, au moins, d*en a^oir pris l'ioitiatÎTe.

Dans Tordre matérid, dont i'iioDorable M. Ducbàtel lous a tracé un tableau si aTaniageux et » GiTorable à sa politique, quels sont donc les résultats si considérables que tous mrex obtenus? Je le> cherche , mais j'aroue que je ne les trouTc pas. Vous avez trouvé une loi que vos prédécesseurs vous ont laissée sur Torganisation d^un grand serrice de paquebots transatlantiques. Vous TaTez abandonnée. On a proposé une réforme éàsxs le service des postes; vous ïa^ez combattue avec Tesprit de routine le mieux conditionné. La difliculté col<MiiaIe, la lutte entre le sucre des Antilles et le sucre de betterare, comment Taveat-vous tranchée? Est-ce par quelque mesure générale ou généreuse, par un dégrèvement sérieux? Non, TOUS Tavez résolue de manièie à mécontenter les deux intérêts à la fus.

M. le comte Duchâtel a cité tout à Theure les chemins de fer. Sous ce rapport encore, et m restant toujours dans Tordre des résultats matériels, je ne puis me trouver d'aceord avec lui. Ce que je reproche précisément au ministère actuel, dans la solution qu'il a donnée à cette question qu'il dte comme une de ses gloires, c'est d'avoir oETert une prime à l'esprit de clocher, et d'avoir encouragé ces spéculations qu'il vous faudra maintenant réprimer en sacrifiant peutêtre le lûenfait de l'association. C'est d'avoir lancé le pays, à l'occasion des chemins de fer, dans un système d'éparpilkment de nos ressources qui ne nous permet pas d'offrir à l'Europe une seule grande ligne, une seule de ces grandes artères conunerciales, qui puisse lutter avec celles que présentent l'Angleterre, la Belgique, la Prusse et même TAutriche. Grâce au ministère, nous sommes en arrière, même de TAutriche.

Qui'l contrasta , sous ce rapport , avec le gouvertn'iiicut ' il'un pays voisin, ou, pour mieux dire, avec le niiuislère d'uii pays voisin, avec un ministère qui, si je uc me Iroinpe, est arrivé au pouvoir eu même ieuips que vous, qui a trouvé les aflàires de l'Eumpe et celles de son pays dans une position aussi compliquée que vous avez trouvé les nôtres, et qui a de plus une difQculté qui, grâce à Dieu, n'existe pas pour nous et qui, j'espère, n'existera jamais : l'Irlande.

Eh bien! le mlnislÀrc de sir Robert Peel , arrivé au timon des affaires en même temps que vous, et avec cette grande dirncullé de plus, quels sont les résultats qu'il a obtenus? Il a rétabli ré([uilibre dans les linauces de son pays; il l'a rétabli par une série de mesures énergiques et complètes; il n'a jamais transigé ni avec ses ennemis, ni avec ses amis. {Trés-Oien!) Il a dit : Voici ma politique, c'est àpi-endreou à laisser. On l'a prise, et l'on s'en est bien trouvé.

M. LE t:o«iE MoLÉ, et autres voix. Très-bien! très-bien!

M. LE COMTE LE MoK TALEMBERT. Et après avoîr ainsi rétabli ré()uilibre dans les flnances, immédiatement après, Ha aboli un nombre infini de dioils sur tous les objets de grande ou de petite consommation, sur les suci-es, sur les builesj sur les colons ; il a donné ainsi un développement immense aux intérêts coloui;uix et commerciaux; il a introduit cette réforme postale que vous combattez avec uue routine déplorable ; il l'a fait avec une telle laigeur, pardonnez-moi ce détail, qu'une lettre expédiée d'Angleterre aux Indes ne coûte que quatre sous !

Voilà les riiformcs matérielles opérées par le ministère anglais, conservateur comme vous; cl, en outre, il a temilné une guerre fâcheuse dans l'IIindoslan; il s'est l'ail un nouveau Ciibraltur dans la mer Itouge, à Aden, et il a fait un traité complet et heureux avec la Chine, liailé dont vous

STez été efaner les restes, apê» ^ae k ^iGàsinff €^ «dk parautmi! ^ JKrer cf noRnar*

Voilà et qo*OBi fait vw ^wk <t v«» ibô^: ft -^ amis, en* ik kmd sbs etset ^«Ire «Isn. ^. f«r «vesvifaflHL T0» ne dcvei pas trouver cet eimifie $ii$|«ict: Butç p^»dant que tdos toos aCûUkâeE. ^{iie Tinos r^iws (êtes npetissés à Toe d'cefl. eux ils eut oanfi à ^ds o'^èês et sosivnt a

T08 ocpois. ' JfotfTflnflt/.

Vous êtes door en arrière d*fin: ^v«« «Ter 11115 h FriBce que TOUS gouieiuci en arrière de FAïKleterYe fwur loale^ les réformes et tontes ks aiuéiîutations même nnlêrielles.

Que sera-ce dans Tordre nnral? ki ^xws arei rarooirê, je ne dis pas qœ tous ayez sonkré . mab inoas aTei rencontré une question qu'a loodiée ioot à ilieare M. k ooorte Holé, et dont je ne firai qo*an mot : c'est k grande question de k liberté d'enseignement et des libertés de l*Égii<e. Ne croyez pasqœjeTenflk dâiattre oetk question même incidemroent ; j'en ai dqà parlé beaucoup; je compte bien en parler encore, mais pas aujourd'hui. ^Riref sur les bernes ministériels.) Je suis heureui de tous procurer au moins cette satisfaction négatiTe. [Souveauz rires.

Je ne tcux en parler aujourd'hui que pour constater un lait, c'est que cette question, tous TaTez rendue aussi dangereuse, aussi menaçante que posâbk: c'est que dans cetk attire, par une série de fautes sans relâche, depuis la présentation de k loi que tous aTez imaginée, jusqu'à une dernière poursuite que je ne Teux pas qualifier en ce moment, tous arez eu le talent de mécontenter tout le monde. Vous aTez indisposé k portion la plus morale, la plus tranquille, la plus modérée de k popuktion française, ou si roii veut , la plus indiflérente à k politique. Vous avez profondément indisposé k partie religieuse de la populatiou, et remarquei

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bien que vous avez obtenu ce résullat sans satisfaire le moins ilu monde les adversaires de celle population, de ce parti, si vous voulez. Vous ne i>ouviez pas les satisfaire, je le reconnais, ]iarce qu'il y a là des passions qui sont insatiables. Vous ne pouviez pas assouvir ces passions sans arriver immédia-^ tement aux résultais qui viennent d'être obtenus en Suisse; mais ne pouvant ou ne voulant les sutisfain?, vous les avez caressées; c'en a été assez jMjur vous faire peindre laeonBance, l'estime et l'aDectiou de a'u:i qui mettent la religion et la liberté à la première place dans leur conscience et dans leur cœur.

Pour moi, je pardonne beaucoup aux passions révolutionnaires, aux passions universitaires dans la question à laquelle je fais allusion. Je pardonne, dis-je, à la passion, |Hjrce qu'il y a dans la passion deux choses qui sont excusables; il y a quelquefois de la sincérité et toujours de l'ignoinnce. Or, on peut excuser la sincérité et l'ignorance, mais ceux à qui je ne puis pardonner, ce sont ceux qui n'ayant ni passions révolutionnaires, ni passions universitaires,' fi'en sont rendus les instruments, les échos ; c'est, par exemple, M. le ministre des afiaires étrangères qui est venu l'an det^ nier, à cette tribune, renier tristement toutes les doctrines élevées, nobles, vraiment pbiiosojtbiques et tolérantes, qu'il avait soutenues dans ses écrits et même dans une autre enceinte, à une autre épo()ue. £t cela, ]x>urquoi? mon Dieu! par crainte, [lar condescendance pour des alarmes si peu sérieuses, pour des colères si peu sincères, que dans les dernières luttes parlementaires, qui nous ont occupés depuis le commencement de cette session, dans ces luttes où l'on a tout évoqué et tout exploité pour classer les partis et remuer les opinions, on a gardé un silence complet sur k question a'Iigieuse.

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