GUERRE DU SONDERBUND
« Ce serait une véritable fête de m*associer à la grande manifestation populaire d'une partie aussi considérable des «lémocrates de France ; car, vous l'avez compris , Messieurs , votre cause et la nôtre sont wne, nous sympathisons avec vous comme vous sympathisez avec nous. Des deux côtés du Jura, il s'agit de faire passer du domaine des idé(*s dans celui des faits les grands principes de liberté, d'égalité, de fraternité des hommes , qui font le bonheur aussi bien que la gloire des sociétés. // s'agit de faire triomphe?* le droit des masses sur le privilège du petit nombre; il s* agit de cimenter de plus en plus la sainte alliance des peuples et faire grandir leur souveraineté. »
Voilà, Messieurs, comment la cause de la Suisse radicale a été comprise, présentée, admirée dans ces banquets, où, à la juste horreur de la France, on a été rechercher tout ce qu'il y avait de plus sanguinaire, de plus ignoble, dans notre révolution, j)0ur en faire comme le programme et la justification des doctrines nouvelles qu'on prêche au peuple français. ( Vif mouvemcfit d'approbation.)
Et, Messieurs, comment en serait-il autrement? Je ne voudrais pas me livrer à des personnalités à la tribune et contre des absents; mais il m'est impossible de ne pas rappeler cependant que c'est la même voix *, ou plutôt la même plume, qui, la première en France, il y a un an , a proclamé la nécessité de substituer une Suisse unitaire à l'antique Suisse libre, prospère et alliée de la France; que c'est cette même plume qui a poétisé depuis ce qu'il y avait de plus triste dans notre révolution. Elle n'a eu que trop d'imitateurs! Tout à coup on a Al surgir ce gmupe d'historiens qui sont venus faire de 1 echafaud révolutionnaire l'autel du patriotisme. C'est, il faut
' Celle de M. de Laniartim» qui venait «le publier ïliûloire des Girondins.
uni OttS^IK'N SUISSt.
Ii> dire, iliiiis co déplorablt! mùlange âe la lhùiri« Icrmi-M'', d'une liait, di' rbistoire U'rronstc, rfc l'autii*, et dv la prattqiuni'licnle on Suisse jtor-ikssus luul wla, ijti'il faut voir In smii'ci- de cellt> aiidaoï dnnl vnus (Iles, je ne dift \a9 ufTrayé>. niiiis indi!j;néi! comme moi. {TrAs-iien ! très-himi !'\
r.V'st là quo les loup* uni appris (pi'ils n*avaiE;nl plus licsoiri de SI? déguiser en bcrficrs [jimimeineitl) , mais (ju'ib [niiivaictit parler cri lotips, et qu*nn les applaudirait, ()u*mi l>oirail avec eux à la fratta-nili; el â l'huinauitii. {SauveUe a/ipro- /leirioii.'^ Et mnintenant, ijuaiid cette voix ôlcKiimatt^, dont y parlais tout à l'iienre, si désintén;99èe, si patrioti([tH- . je le !4ais, mais si eoiijiable, rient s'écrier tout à eoup : Aious w voulons pas miivrir le club des jacobins! on n'u que Imp le droit de lui répondre : Il est trop tard; le club dos Jacobins est déjà rouTert, non pas en fait et dans lu rue, mais dans les i-sprits, dans les cœurs, du moins dans certains esprits, égarés par des suphismcs sanguinaires, dan» certains coeurs dépravés jiar CCS exécrables romans qu'on décoiv du nom d'Iiistoin-,
GIKRRE bU SONDfciUBUND. t)93
dicalisnie. Savez-vous ce que le radicalisme menace le plus? (je n'est pas, au fond, le pouvoir : le pouvoir est une nécessité de premier ordre pour toutes les sociétés; il peut changer de mains, mais tôt ou tard il se retrouve debout : il ne périt jamais tout entier. Ce n'est pas même la propriété : la propriété aussi peut changer de mains, mais je ne crois pas encore à son anéantissement ou à sa transformation. Mais savezvous ce qui peut périr chez tous les peuples? c*est la liberté. [Cest vrai/ — Approbation.) Ah! oui, elle périt, et pendant de longs siècles elle disparait. Et, pour ma part, je ne redoute rien tint dans Je triomphe de ce radicalisme que la perte do la liberté. [Très-bien I très-bien!)
Qu'on ne vienne pas dire, comme certains esprits généreux, mais aveugles, que le radicalisme c'est Texagéintion du libéralisme; non, c'en est l'antipode, c'est rextréme opposé; le radicalisme n'est que l'exagération du despotisme , rien autre chose! [très-bien f très-bietil) et jamais le despotisme n'affecta une forme plus odieuse. La liberté, c'est la tolérance raisonnée, volontaire; le radicalisme, c'est Tin-tolérance absolue qui ne s'arrote que devant l'impossible. La liberté n'impose à personne des sacrifices inutiles ; le radicalisme ne supporte pas une pensée, une parole, une prière contraire à sa volonté. La liberté consacre les droits des minorités; le radicalisme les absorbe et les anéantit. En un mot, et pour tout résumer, la liberté, c'est le respect de l'homme, tandis que le radicalisme, c'est le mépris de l'homme poussé à sa plus haute puissance. [Vive approbation.) Non, jamais, jamais despote moscovite, jamais tyi*an de l'Orient n'a plus méprisé ses semblables que ne le méprisent ces clubistes radicaux qui bâillonnent leurs adversaires vaincus au nom de la liberté et de l'égalité. [Très-bien !)
Je me crois, du reste, plus que personne, le droit de pro-
cl;imer ivlte distinction, car j<! lifittu iiiiî que ce soit de pl<i!> iiiiiicr la libcrlé que moi. Et ici, il faut le dire, je ne veux iucc|iler ni comme un reproche, ni comme un clogc, ce qu'a dil di- moi l'autre jour M. lu mimstre de» nObires étrangères, i|iic j'clals exclusivement dévoue a la libtrlr n-linîcuse. Htni ! non, Mussifurs, ce h i)Uoi je suis diivoiiu, cW îi la liberté tout cnlii-re, [três-ôieti i très-bien !) à la libcrtw de lona et vu lout. Je l'iii toujours dcfenduB, je l'ai toujours proi-laméc. Al<ii tjui :ii tant écrit, tant iwrié, beaucoup tvnp, je le rco)nnais, [iiiml non'.) je déQe qu'un trouvi; tine parole sortie rit' mil plunii;, oit tombée Ae mes lèvres, qui ne suit pus dcetinée il survir la liberté. Lu liberté! aii! je peux ledin^sans |i)ini$e. elle a élu l'idole de mon ùtne [mouventent); si j'ai qudque ■■epi'oche à me faire, c'est de l'avoir trop aimée, aimée comme ou aime quand on est jciinu, e'est-à-^irc sans mesure, Mni< l'reiii. Mais je ne me le reproche pas, je ne le regrette p:(s; je veuï continuer à la servir, à l'aimer toujours , à croire en elle l)iuj(jiirs ! [Très-lien !) Et je crois ne l'avoir jamais pio^
GUERRE DU SONDERUUND. G'J5
plaudir à tout ce qui s'est fait en Suisse. II n'en est pas ainsi, je me plais à le dire, de cette opposition constilulionnelle, dynasticpie, légale et régulière, qui cependant, sur la question suisse, a fait chorus avec les tcrniristes. Voilà ce que je ne comprends pas; je ne comprends pas que des hommes qui veulent le maintien du gouvernement régulier de ce pays, qui l'ont serW avec distinction, qui veulent le maintien de la constitution et de la société actuelles, applaudissent au triomphe d'une cause qui, si par malheur elle venait à triompher en France, amènerait tout d'abord l'anéantissement de toute |K)lilique honnête et de toute constitution régulière. Et cependant , vous le savez , cetle opposition dont je parle , elle aussi s'est prononcée avec fureur pour le triomphe de la cause radicale. Je ne veux pas empiéter sur une autre discussion. Je parle uniquement des manifestations de rop|)osition en ce qu'elles ont de commun avec la Suisse , et des vœux qu'elle a énoncés avec fracas au profit du radicalisme suisse dans les cinciuante ou soixante banquets qui ont été donnés à propos de la réforme électorale. {On rit,)
Or, il y a eu précisément une réforme électorale en Suisse, et cela à la suite du triomphe que nos réformistes appelaient de leurs vœux. [Nouvelle hilarité.) Il me semble utile de l'étudier, afin de juger de l'avenir qu'on nous rései-ve par le passé et le présent qu'on vante. Cette réforme électorale en Suisse, vous savez en quoi elle a consisté. C'a été l'anéantissement de la liberté électorale des minorités et même des majorités.
A Fribourg, le lendemain du triomphe de cette cause à laquelle buvaient nos réformistes français, le gouvernement des radicaux a fait tout de suite sa loi électorale ; mais cette loi électorale du 27 novembre, que vous avez eue tous sous
696 gCESTION SlISSK.
If s j-LUX, puisqu'elle aélé publiée dans ut)» journaux, otnblU- Kiit la ilcslructiou do riDdépeudona: dus, votanls, raboUtinii (lu scniliii secret, la nécessitù de voUt eu uiusse et \>aT inaîiis levws. Et savez-vous euixe les mams de qui elle place le juj,'iii»ienl 'les rédamalioDS et le droit de proposer les caiididii- Itires? Entre les maiiiii du préfet, do l'ageut direct du gou- \ei'nenu'iil. Oui, c'est le préfet qui préside, qui juge et qui piiijKise les candidats à l'élection , et nn géuérat il oomnicn»; jiar SI' prtJjioBer lui-même. (llHaritë.) Voilà ce que c'est que In l'L-tbrme électoiiitc dans le cnntun de Fribourg.
Saviï-MiiiB œ qui est am»c à Bomontï Le |nvfel, ayant d'idinni proposé sa propre caudidature et s'êlaul dw-Iaré élu, J>l'lljlll^^u ensuite t-t déclare élu un autre candidat de sa cuiik'iir. -Mills un téméraii'e, ^ns doute quelque jéautlu de robe courte, s'avise de lui dire ■ « Permellez, Monsieur le préllt, je ïous prie du compter les votes. " La réciaiiiution est ii[i piiyée. Aussitôt le préfet fuit conJuii-e eu priiwu l'iiiiprudent ■''1( cteiir et fait avancer les suldats vnuduts (nul*:^ qu'on él.ùl
GlbKRE bU SONDëKBUND. 697
(lu bas Valais. Aussi les habitants du haut Valais ont nommé des députés qui ne se sont pas trouves au gré des nouveaux meneurs du temps. Qu'ont fait ces meneurs? Ils ont aussitôt 'annulé ces élections sous prétexte que les troupes fédérales les avaient troublées. [Hilarité générale.)
Enfin, les plus modérés d*entre ces réformistes sont ceux du canton de Lucerne , qui se bornent à mettre au corps de garde, pendant la durée des élections, les principaux candidats ou électeui*s conseiTateurs. Ce sont les plus modérés. [Nouvelle hilarité.)
Voilà les hommes aux succès desquels on vient de boire en France dans les banquets réformistes, sans un mot <le réserve, sans un mot de restriction. J'ai cherché avec attention si, dans les cinquante ou soixante banquets, il n'y aurait pas dans les toasts portés à la Suisse, même après que tous ces faits ont été connus, un seul mot d'excuse, de réserve, <le protestation ; pas un seul I Toujours la cause libérale , la cause nationale, la cause patriotique de la Suisse associée à la cause de la réfonne électorale !
Pour qualifier une telle conduite, permettez-moi une hypothèse.
Je suppose que, pour arriver à je ne sais quel résultat, le chef de notre administmtion , riionorable M. Guizotpût se conduire en France comme on se conduit en Suisse ; que, pour assurer le triomphe de s^i politique, il se conduisit comme les radicaux les plus modérés en Suisse ; par exemple, qu'il se bornât à faire mettre au corps de garde, pendant les élections^ ceux d'entre les honorables députés qui Tout si bien arrangé dans ces banquets réformistes. [Hilanté.)
Je suppose également que de l'autre côté du détroit, en Angleterre, il se fut formé une grande association pour la réforme, qui donnât de grands banqu(»ts, où To!! mmipi n.c-
U!1S aCESTION srisâK.
rait \i\\v lioire à la santé de M. Giiizol. [Nouvelle hiluri té.) Qu'un (li riez-vous? Ne trouvez-vous [ws ipiu ce sérail une ilêlestablc comédie. Eh bien ! je vous laisse le soin <J'a]>|iliquLT ce jugement à qui vous jugerez convenable. Quanta moi, enliindez-le bien, je ne veux pas attaquer la réforme élwlorale. Vous saveï tous qu'à la fin de la dernière Sl-ssioii j'ai dénoncé plus cliBleurcusemcnt qu'un ne l'a jamais fail dans cette enceinte l'nbm des influences, la corruption électorale. ^li vous ai dit ijuu, grâce à l'wcèî de celte currupliou, la cuuse de la réfonne âlecturale deviendrait puissante et jiopiilaire dans le pays. Je vous ai prédit ce qui est anivé.
Jl- n'ai \ias peur de la réfonne; mai», je l'avrfiie, j'aî extrôuieinerit peu de goiH \m\it les rérorm^lleiirs qui prennent daiiâ la Suisse radicale leun; modèles du patriotisme, de libémlisine L-l lie progrès.
Du reslt', il Tant le reconnaître, ces patriotes dont je parle oui \\\\ irimléle et un maître à l'étranger; c'est l'homme cpiî esl (Ii-'vtnn jioimlaire en aiiet()ue sorte dans l'opposition de-
GLERRE Dr $0>DERBI'M>. 6^«i
cuteur des chiIods catholiques, de rimlêpenvkiiKV et île la liberté helTélîiiues ; c'est lui qui, par ses délais calouU^s, a rendu dérisoire, à force d'être tai\ii\o, l'œuviv de la uuxliation; c'est lui qui a exigé une entente préalable sur les conditions et sur les détails, avant d exiizer la oes$;ition des hi>stilités; c*est lui qui, tout en faisant mine d'aavpter entin hi note commune, faisait presser lacc^élération de ciite jruenv parricide par son ministre à Berne; c'est lui entin qui« seul en Europe, après le mal cx)nsommé, et lors4|u'un sentintent d'horreur et d'indignation unanime s'est emjvuv do Ions les hommes sages et de tous les honnêtes gens d'Kurope, c'est lui qui s'est constitué l'avocat de la spoliation ; qui a di'vlan'' en plein parlement qu'il n'y avait rien à blâmer, rien à nVlamer; c*est lui enfin qui maintenant entoure de son iKitmna^jre et de son approbation les bourreaux de la liberté et de la justice en Suisse. Oui, c'est lui! [Mouvement.)
Messieurs, je le dis en gémissant, car, vous le Siivex, je suis le partisan déclaré, persévérant, invélén», Av ralliance anglaise. Il y a plus, non-seulement je ne me suis jamais fait récho de toutes ces déclamations (jui se faisaient enttîutln' contre l'Angleterre et contre ralliance anglaise; mais j'ai toujours été et je suis encore l'admirateur sinciîi'e et passionné de cette grande nation anglaise (pii a été si lon;;temps la maîtresse du monde en fait de droit el di*. lilHM*té. Toutefois ces sentiments, si profonds dans mon cumu', ni* peuvent pas m'imposer silence en présenœ de la jn^liro outragée, et outragée par quel motif? Pour l(* savoir, il l'aut malheureusement envisager l'ensemble des aet4>M de lord Palmerston : je n'en signalerai qu'un seul. L'Iionune infiniment respectable et considérable (pii représenti* aujourd'hui la politique anglaise en Suisse ', où doit-il mi rendre en
' Lord Siratford de RedclilTe.
700 ^E^TI05 Silx^f.
qiiitlant la SiiL»e? A Coustaotiiiople. Qu'y faire? Y diriger cetit: jzuerre déplorable qu'y laii FAiiglelemî cootnc la Grèce . contre cette jeune royauté, contre cette nationalité béroique qui devrait être l'enfant chéri de TEurope et entouré de sa plus tendre sollicitude , qui a été créée et nourrie par la politique européenne, d'accord aTec l'Angleterre. dans une «ie ses inspirations les plus généreuses.
AséeniimentJ
Eh bien! c'est ti>ut le contraire que fait le ministre dont je parle. 11 ne s'est pas contenté de décrier la Grèce, de la vilipen<^cr. de l'insulter dans un langage dont on ik' s'est jamais ser%i entre des peuples alliés, et surtout quand on a Fboniieur de représenter un grand peuple TÎs^-vis d'un Etat faible et naissant. Il fait plus, il encourage la révolte; il donne asile aux généraux armés contre leur roi; il a fait mourir à la peine cet illustre ministre, M. Coletti, dont réloge est si bien placé dans la bouche des amis de la liberté.
l'iréf approbation. Hier encore, ses agents fomentaient à Patras une odieuse agression; en un mot, il n'y a pas de moyen qu'il n'emploie pour aflaiUir, désboiionsr et dâruire moralement cet infortuné royaume. Pourquoi? Est-ce qu'il y a des jésuites en Grèce? Non, mais il y a, il Eaut le dire, 'd y a l'influence française, légitimement et naturellement établie, à la suite de nos sympathies unanimes pour la Grèce : et lord Palmerslon ne peut pas la supporter. EU pourquoi a-t-il persécuté la liberté et la justice en Suisse? Au fond. TOUS le sentez tous : c'est parce que. la cause de la liberté et de la justice dans ce paysétait la cause appuyée et eiKouragée par la France. ^Très-bien ! irès-àien ! )
Et c'est là le rôle qu'on fait jouer à la grande el noble Angleterre! à elle si religieuse, si libérale, si solidement organisée, on lui impose la mission de pour^Mii^n- h nAï-
GltKRK DU SONDEKBUM). 7Ul
gioii, la liberté et Tordro social hors de chez elle, uniquement par haine de la France !
Messieurs, j'ai hesoin de le dire, nous avons, nous aussi, de tristes pages dans notre histoire, mais je ne sache rien qui ressemble à cette tactique odieuse. Nous avons imposé aux peuples étrangers le joug du despotisme, d'un despotisme glorieux, mais nous commencions par le subir et l'aimer nous-mêmes; [c'est vrai/) nous avons même porté au bout de nos baïonnettes l'anarchie et la dévastation dans beaucoup de pays de l'Europe, mais nous avons commencé par ôtrt» nous-mêmes enivrés par ce délire que nous propagions au dehors. Ce que nous n'avons jamais fait, Messieurs, c'est de garder pour nous les bienfaits de Tordre, de la libertcî, de la justice, de la hiérarchie sociale, et d'aller au dehors soudoyer, fomenter, patronner le désordre et la tyrannie. [Bravos prolongés.) Non, grâce au ciel, la France n'a point cet égoîsme et cet aveuglement à se reprocher. Mon cœur lui rend avec bonheur cet hommage, non pas dans un étroit et mesquin esprit de patriotisme exchisif, ({ue j'ai toujours réprouYé, mais pour obéir au sentiment moral, au sentiment de la justice outragée qui se fait enfin jour et qui m'arrache ce cri d*indignation trop longtemps comprimé. [Nouveaux applaudissemen ts .)
J'ajoute, Messieurs, que l'Angleterre n'agira pas toujours ainsi impunément. Non, dans tous ces pays où renaît, où se relève la bienfaisante liberté, mais où, par suite de l'infirmité humaine, le monstre de l'anarchie se dresse toujours à côté de la liberté, il ne lui sera pas toujours donné d'aller y tendre la main, non à la liberté, mais a l'anarchie, au désordre, à l'oppression, comme elle le fait aujourd'hui en Suisse, en Grèce, en Espagne, peut-être même en Italie!... je ne le sais pas pour l'Italie... mais je le crains! Non, cette politique;
■iiM VUKSTIOS SllSSK.
Ile iiL'ul jKis i-eslur imiiunic. Si A\c n'y renonce pne I^l-I personne ne le souliailc plus ai-Jcmnicnl que moi). i|ui'lk' le sache bien, Uis nainmcii de l'înœndie qu'oUti aura partout iilliimi'es sMj rcloumeronl un jour contre elle-même; elles I raM.'i>t'runt ce détiTiit et et.'tte mer qui lui servent de boiile- Minl; rlles iront lui uppnfndre que lu liW'rlû, la justice et l'urdiv, ne »ont pus l'aïKina^re eifclusiT d'imv seule nation de la lene, cl qu'il n'y a pas de peuple assez liien euiislituv, as^e/ sûr de sa force, pour o.«r cntrepremlrc d'aller sacrifier pnrloiil un nidicalismc ce» biens inappréciables, afin de s'en léïieEM'r à lui-mâme le monopole. {A//pra/>aliùn unanime.)
M.'iirili ii.'uil, Messieurs, faut-il, ctimme disaient les magis- !i';it» >l';iiilrilms, pa»»;r du gruiid criminel ati [wtit criminel, l't L-.\aiiiiNur lu politique, quis le miniutcrc a suivie dans ccltu [lilliin'? l'our ma part ']v n'en ai ni la force ni le loisir.
Je trois que le niiiÙBlêrc a eu de bonne» intentions, jo lui tu sais gré, je lui en rends homma^. Je crois qu'il iSlail ilaiis son droit, et je ne crois ikis qu'après la lumineuse dii-
GUERRE DU SONDERDUND. 703
devant lui, dans les discussions de Tautre Chambre, le fantôme de celte congrégation qui joue un si grand rôle maintenant dans la politique. M. le président du conseil ne la pas repoussé; il savait très-bien qu'au fond il n'y av»iil rien de sérieux dans toutes ces dénonciations passionnées dont Torigine lui est si bien connue; il est trop éclairé, trop impartial, trop étranger aux mauvaises rancunes et aux miiuvaises passions de ce temps, pour ne pas savoir qu'il n'y avait là qu'une comédie. Il n'a pas eu le courage, la force de le dire; et voici que, deux ans après, ce fantôme, ([u'il a caressé en quelque sorte pour plaire à des passions qu'il ne partageait pas, se dresse devant lui sous la forme d'une levée de boucliers anarehique au delà du Jura, et sous la forme d'un affront diplomatique au delà de la Manche.
11 a été puni par où il a péché. C'est ce qui arrive presi|ue toujours dans ce monde, heureusement; c'est là ma consolation, quand je pense à des criminels bien autrement sérieux que le Gouvernement. Non, heureusement, jamais, dans l'ordre politique , on ne devient le complice ou l'instrument du mal sans que ce mal ne devienne tôt ou tard un châtiment. La loi du devoir, vous savez ce qu'elle dit : Ni' fais pas à autrui ce que tu ne voudrais pas qu'on te fit à toi-même. Mais la loi de la justice ajoute aussitôt : Il te sera fait comme tu auras fait à autrui.
Eh bien ! Messieurs, voilà ce qui arrivera à la Suisse radicale : elle subira le sort qu'elle a préparé à autrui. Et je n'ai pas besoin de vous dire que je ne parle pas ici de jtî ne sais quelle intervention posthume dont il me paraît que [>ersonne, du reste, ne parle ni ne rcve. Je ne suis pas dans les aflaires; je ne i»arle pas de la [Hilitique du jour ni de la politique de demain. Mais il m'est permis de plonger dans les profondeurs de l'avenir le regard assuré d'un homme qui croit en la jus-
704 QIESTION SlISSE.
lice divine ; il m'est permis de dire avec Bossiiet : a L action contre la violence et Tiniquité est immortelle! » Eh bien! Messieurs, soyez sûrs d'une chose, c'est que la Suisse radicale, qui a substitué le droit du plus fort au droit de la justice, apprendra un jour à connaître par elle-même ce que c'est que le droit du plus fort. Elle a substitué une conquête à une alliance. Eh bien! elle saura ce que c'est que la conquête; et quand elle le saura, quand on viendra insulter à sa défaite... ce ne sera pas moi, certes, qui le ferai, ce ne sera peut-être pas de mon vivant... mais quand on viendra la fouler aux pieds, et quand elle se plaindra, eh bien! on lui rappellera ce qu'elle a fait elle-même en 4847. Au milieu des dérisions de ses vainqueurs, dans son humiliation et sa défaite, il lui manquera toujours cette oraison funèbre qui console et qui honore toutes les défaites, même les phis tristes, les lannes des honnêtes gens! ce tribut de respect et de sympathie qui a été si largement payé aux cantons primitifs !
Voilà ce que j'avais à dire a la Suisse radicale. Quant à la Suisse catholique ou conservatrice, car c'est la même chose, je lui dirai de ne pas trop compter sur cette justice faite par l'étranger, de ne pas l'appeler surtout, et en général de ne plus compter pour quoi que ce soit sur l'étranger, de ne compter que sur elle-même , de ne puiser sa force que dans l'union, dans le sacrifice de toutes les rancunes, de tous les ressentiments qui ont divisé les gens religieux, et surtout dans le principe de la liberté religieuse.
II est temps que les conservateurs protestants et catholiques apprennent à s'entendre et à proclamer que leurs droits et leurs intérêts sont les mêmes.
Espérons donc qu'on ne verra jamais le spectacle que nous ont donné les conservateurs de Genève , dans cette odieuse f^^nion protestante destinée à exclure les citoyens catholiques
GmBE DC SCKDERBCM). 705
de tous les emploi^ . nkêiDe îles fondions de b domesticité. Espérons aussi que. si jainai^ les catholiques redevenaient les maîtres dans certains cantons, ils ne prononceraient plus, comme dans le Valais, une exclusion contre tout ce qui pnvfesse la religion prottrstante. Il faut désormais s*unir les uns et les autres pour conijuérîr et conserver les mêmes droits et les mêmes principes; il faut le faire avec coniiauce, car là est ravenir. La diplomatie a cru faire merveille eu sacriliant^ dans ses notes, le principe de la liberté religieuse au princi^^e de la sou\eraineté cantonale. Je crois quVlle s*est trom^HV complètement, je crois que le principe de la souveraineté cantonale est désormais impuissant, et que la liberté religieuse survivra, sortira plus brillante, plus forte que jamais de touti*s ces épreuves.
Je ne répéterai pas ici, mais je vous rappellemi, les expivssions si éloquentes de Thouorable M. Villemain, lors4|ue, Tannée dernière, à propos de la Pologne, dont j*aime tant à rapprocher la cause de celle de la Suisse, parce que c^est au fond la même, il disait qu'un peuple qui veillait auprès de ses autels, dans la prière de Thumilité, sur le dépôt de sa liberté, de sa nationalité, ne courait jamais risque de voir s'éteindre cette flamme sacrée.
Un mot encore, et ce sera le dernier, à ladresse de la France. La France, après ce qui vient de se passer, se trouve dans la situation que voici : le drapeau que vous avez vaincu à Lyon, en 1831 et en 1834, ce drapeau-là est aujourd'hui relevé de Tautre côté du Jura. {Sefisation.) Il est relevé sur la frontière la plus vulnérable de la France, et, ce (|ui cîst bien plus grave, il y est appuyé par rAnglelerre! A rintérieur, vous avez ce que vous n'aviez ni en 1831 ni en 1834, des sympathies avouées, publiques, croissantes |>our la (lonvcMition et pour la Montagne; rai)ologie systématique de tou8 le»
Œuvres U. — Diieoun il. Ifj
crimes qui peuvent désolvr ou iltisbonorer unenttUun, £h bien! je ne veux être ni opliniî^tv ni alurmïste , jo ne demande aucune mesure d'csoiption , au cuntrairu; je cruls iftie nus Inis et nos institutions sulBseut imrfuitemcnt à In di^fense de la société, mais c'est à condition que les honnêtes gens ïc dévoueront Ions il cette œuvre.
Je demande donc (pie les honnêtes gens ouvTeul les yeux et sadionlàquoi&Vii tenir sur les périls de la »iluatîuu;qu'iU s'urniunl d'une triple résolution à Teucoulrc des vnncmit^ iuléiieurs et extérieura qui nous menacent. l'our moi, ina t»nvictiou est que le plus grand des maux dans une société politique, c'est la [teur. Dans cette époque inrâmc; et sanglante que l'on vent ii toute force réliabiiiter, savez-vous quel a été le principe de toutes nos catastrophes , c'<^t la peur!... {très-bien!) oui, la peur qu'avaient les hottiiétcï gens des scùlératg , et même la peur que les jietits scélénl» Avaient des grands. (Très-bien ! Ircs-lneu !]
GUERRE DU SONBERBUND. 707
Suisse , qu'elle a été trahie par TAngleterre , mais que la France a pour destinée d*en être à jamais le drapeau et la sauvegarde. [Acclamations prolongées.)
La séance reste suspendue.
M. GrizoT, président du conseil^ ministre des affaires étrangères. Messieurs, je ne prendrai point la parole en ce moment. Je ne partage pas toutes les idées exprimées par l'honorable préopinant; je n'accepte point les Teproches qu'il a adressés au Gouvernement. Mais il a dit trop de grandes, bonnes et utiles vérités, et il les a dites avec un sentiment trop sincère et trop profond pour que je veuille élever en ce moment un débat quelconque avec lui. Je ne mettrai pas, à la suite de tout ce qu'il vous a dit, une question purement politi(iue, et encore moins une question personnelle ; j'attendrai que le débat ait continué et pris un autre tour. Je n'ai rien à répondre à M. le comte de Montalembert. [Mouvement marqué d'approbation.)
(Sous Timpression du discours de M. le comte de Montalembert, MM. les pairs quiUent leur place et forment dans rhémicycle des groupes nombreux et animés.)
M. LE cnANCELiER. La séance va être suspendue pendant un quart d'heure.
La st^ance est reprise à quatre heures dix minutes.
M. LE COMTE Alexis de Saint-Priest. J'ai l'honneur de demander à la Chambre qu'elle veuille bien ordonner l'impression du discours qui vient d'être prononcé devant elle par M. le comte de Montalembert. [Appuyé! appuyé l — Non! non!)
M. Cousi?}. Personne ne rend plus hommage que moi à
708 OraSTION SUISSE.
l'immense lalenl (ii^ployi: par mon noble ami M. le comte de Mnntiilembert. Riais il ne peut pas échapper à In Chambre ([lit', sur plus d'un point très-grave, ce grand et beau disrniirs contient des opinions que je respecte dans la Iwiiche d(> mon noble amî, mais cpie je ne voudrais pas voir adoptn's el consacrées en quelque sorte par la faveur iousitée et conliTiirc à notre règlement cl à nos usages, que demande M. le comte de Saînt-Pricst. Je me flatlc que la Chambre cl aussi le Gouvernement du roi, qui m'entend, me comprendront.
On m'interrompt pour me dire que je suis blessé de l'opinion de mon noble ami sur une célèbre compagnie sur Inqiielle, en cfTet, nns dissentiments subsistent. Non, je n'npcrçois pas ici cette compagnie, ni même la dicte helvélii]ue avec laquelle pourtant nous traitons encore. La Chamliie a-t-elle donc oublié la censure, il est vrai très-éloquenle, parlée à cette tribvine contre un gouvernement ami, et en
GUERRE DU SONDERRUND. 709
rappoiis, amendements et autres pièces nécessaires pour éclairer ses délibérations.
« Elle peut cependant ordonner l'impression des discours prononcés à l'occasion de la mort de Tun de ses membres.
u Art. 69. Aucun des discours prononcés ni aucune des pièces lues dans la séance, à l'exception des exposés de motifs , des projets de loi et des rapports des commissions, ne sont insérés au procès- verbal, à moins que la Chambre n'en ait ordonné rinsertion. »
La proposition de M. le comte de Saint-Priest n*a pas de suite.
(Extrait da Moniteur da 15 janvier 1848.)
I^ séance du i4 janvier fut remplie par deux discours de M. le comte d*Âlton-Sbée et de M. le marquis de Gabriac. M. Guizot prit la parole le io janvier et 8*associa, au nom du Gouvernement, aux sentiments exprimés par M. le comte de Montalembert.
!.a Chambre vota dans cette séance le § 7 de Tadresse ainsi conçu :
c La paix des cantons suisses, ces anciens et fidèles amis de la France, a « été troablée par des discordes intestines. Il est regrettable qa'nne média- « tion bienveillante n'ait pa prévenir la guerre civile. Nous désirons qu'elle " ne laisse pas de traces funestes, et que les droits de tous soient respectés. « La Confédération helvétique reconnaîtra que la situation qui lui est garantie « par les traités, conformément à tontes ses traditions historiques, est la base « de son repos et le gage de sécurité donné aux Ëtats voisins. »
Dans la môme séance, la Chambre des pairs adopta, sur la proposition de M. le comte de Tascher et de M. le comte de Montalembert, un paragraphe additionnel relatif à la nationalité polonaise.
« Sire, la sympathie des nations généreuses reste fidèle à un droit impé- " rissablo. Votre Majesté, d'accord avec les sentiments de la France, n'ou- • bliera pas une nation opprimée en faveur do laquelle elle a déjà protesté. »
FIN DU DEUXIÈME VOLUME DU DlSCOt'lS.