II DÉDICACE
dont j'ai usé plus que personne. Vous avez surtout imprimé à ses délibérations judiciaires cette équité souveraine^ cette invincible modération^ ce respect profond de la libre défense des accusés^ qui feront des procès jugés devant la Cour des Pairs de France une des plus belles pages de notre histoire civique. Vous avez ainsi renoué la chaîne des temps^ en ressuscitant au sein d'une société toute nouvelle Tantique majesté de ce fameux Parlement de Paris dont vous êtes Tillustre et dernier survivant.
Vous avez^ seul parmi mes atnés et mes supérieurs^ tendu une main amie à celui qui s'est trouvé, au sortir de l'adolescence, investi du périlleux honneur de la parole publique, et qui, presque toujours en opposition avec la majorité de ses collègues comme avec vos propres opinions, n'en a pas moins toujours rencontré auprès de vous la protection que réclamaient les libertés de son langage, et cette généreuse impartialité que les contradictions les plus vives et les plus prolongées laissent subsister chez les honnêtes gens dans un gouvernement libre.
DÉDICACE. Ill
Vous avez enfin ^ ii y a déjà vingt ans, en rassemblant et publiant^ de votre vivant^ vos principaux discours^ donné le premier un exemple que je me permets de suivre aujourd'hui.
A tous ces titres^ je crois pouvoir placer ces débris de notre passé commun sous Tabri de votre nom et de votre autorité. Je veux mettre ainsi le sceau d'un hommage public à la reconnaissance et au respect avec lesquels je demeure
Votre très-obligé serviteur,
ancien collègue et confrère ,
Le comte de MONTALEMBKRT.
La Roche en Breuy, iS novembre 1860.
Ti AVANT-PROPOS.
de ce radieux réveil du sens moral , de l'activité intellectuelle , des enthousiasmes de l'esprit , des aspirations libérales, de la dignité civique , de la parole libre , dont la Restauration a donné le signal, et qui fit si vite reconquérir à notre patrie par la tribune l'ascendant européen qu'elle avait perdu par l'épée.
La France a malheureusement montré plus d'une fois qu'elle n'entendait supporter ni la fatigue ni la responsabilité qu'impose la liberté. Elle n'en a compris ni les conditions ni les conséquences. Elle lui a préféré, nonseulement l'ordre, mais même le désordre , puis la dictature, puis le lucre, puis la guerre, puis tout ce qui peut, au nom de la Révolution insui^ëe ou couronnée , étourdir et enivrer une nation, incomparable sur le champ de bataille , mais très-peu héroïque dans la vie civile, où elle ne sait ni se servir de sa force ni la contenir.
Je ne lui sais pas gré de m'avoir trompé. Mais je me félicite de n'avoir pas été détrompé trop tôt. Peut-être, si j'étais venu au monde vingt ou trente ans plus tard, j'aurais reconnu d'avance la stérilité d'une carrière consacrée à soutenir des principes indifférents à la multitude, quoique destinés à l'affranchir et à l'ennoblir. J'aurais peut-être fait mon deuil des institutions libres et régulières, salué tour à tour les triomphes les plus divers, et pris ma part dans les défaillances intéressées, dans l'abdication volontaire dont on nous a dcumé le spectacle. J'aime mieux, mille fois mieux, avoir cru à