ESPAGNOLE
dans cette enceinte d'admirateur du passé plus sincère que moi; je Tétudie autant que je peux, je Faime, je l*admirc beaucoup, je ne suis rien moins qu'un novateur. Mais le passé de l'Espagne, s'il s'agit de son passé sous la maison d'Autriche ou sous la maison de Bourbon, je le répudierais de tout mon cœur si j'étais Espagnol, et je conçois à mer- Teille que l'Espagne n'en ait plus voulu. Loin de moi la passée d'approuver tout ce que la révolution espagnole a fait; ses hommes d'État, ses généraux, ses prétendus patriotes m'inspirent fort peu de sympathie ; mais je ne m'étonne pas que l'Espagne ait voulu, à tout prix, briser avec le passé qui l'avait réduite à l'état d'abaissement où elle était arrivée sous le règne de Ferdinand VII.
En effet, l'Espagne, qui avait lutté si héroïquement contre l'invasion des Maures, qui avait combattu pendant sept cents ans pour sa liberté; l'Espagne, qui n'avait pas succombé sous la grandeur et le courage français de François P^ et de Henri IV ; l'Espagne, qui n'avait pas succombé sous TAngleterre d'Elisabeth; l'Espagne, son génie, sa gloire, son rôle dans le monde, tout a succombé sous la monarchie absolue, qui a tout annulé, obscurci, abaissé. Et voilà le passé auquel OQ voudrait l'enchainer aujourd'hui ! Personne ne blâme plus que moi les atteintes à l'ordre social et à la religion (kmt l'Espagne a donné, dans ces derniers temps, l'exemple au monde. Et certes , elle avait mieux à faire que de pâles copies des plus mauvaises doctrines et des plus mauvais jours de notre histoire ; mais je n'en reconnais pas moins qu'elle a eu droit et raison de secouer le joug de son passé. C'est même à ce passé qu'on peut faire remonter la responsabilité de ses torts : quand on voit des crimes conmiis par un individu, on est naturellement porté à rechercher quelle a été son éducation pour la juger sévèrement; de même.