‹ DiscoursChapitre 7 sur 100 · HT AVANT-PROPOS · texte numérisé non relu

HT AVANT-PROPOS

d'abord, puis par raison et convictioD, j'ai toujours prêché et défendu le self-^ûvemmmi, le libre gouvernement de l'individu par lui-même, sous la tutelle de la foi et de la conscience. Émanciper et fortifier la personnalité humaine , restreindre les attributions et la suprématie de TËtat, fixer les bornes du pouvoir que la société peut légitimement exercer sur le citoyen, lutter contre ce régime de monopole et de mandarinat, qui , sous la double action de la bureaucratie et de la démocratie, tend de plus en plus à réduire l'Europe au rang de la Chine, c'est là, j'en demeure plus que jamais convaincu, la seule tendance utile, le seul progrès réel, le seul moyen de garantir aux rois leur autorité, aux peuples leur dignité, à la propriété son inviolabilité , à la famille son action morale, à la religion sa liberté et son indispensable empire.

Est-ce à dire qu'en maintenant ainsi l'honneur et l'unité de ma vie, j'aie la prétention de ne m'étre jamais trompé? Faut-il conclure de la reproduction fidèle de toutes mes paroles que je les confirme et que je les maintiens sans réserve ? Â Dieu ne plaise ! On voudra bien croire que je suis le premier à sourire de ces illusions depuis longtemps dissipées, de ces exagérations, de ces personnalités que les habitudes de nos anciennes polémiques rendaient à peine excusables , de ces emportements, non--seulement de la parole, mais de la pensée, commandés par la passion du moment, dé-

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mentis par Texpériecice du lendemain, et dont ces pages Tont raviver et garder Tempreinte fugitive.

Assurément il m'eût été commode et facile de supprimer ou de modifier tout ce qui doit y blesser les yeux les plus indulgents. Mais comment concilier ce système de correction avec l'obligation de rester fidèle à la réalité» pour ainsi dire historique, de ces documents? Gommait échapper à la comparaison trop dangereuse entre wi texte ainsi rectifié et l'impassible tkmitewr ? Je n*ai pas prétendu donner au public mon opinion actuelle sur toutes les questions et toutes les luttes d'aiitrefois» Ce n'est pas l'homme d'aujourd'hui qui cherche à se produire, c'est le soldat des anciennes guerres qui doit reparaître tel qu'il a figuré au jour du combat. Atténuer ou effacer à mon gré ce qui déplairait à mes amis ou ce qui me déplaît à moi-même dans ces paroles déjà acquises à la publicité» ce serait porter atteinte à la complète sincérité, à la scrupuleuse exactitude qui me semble devoir être la loi sapréme de ces rééditions.

Après avoir pris l'avis €t obtenu le consentement de plusieurs d'entre ceux qui pouvaient se sentir le plus blessés, j'ai donc laissé toutes mes paroles telles que je les ai prononcées. Je ne me suis permis que de redresser les incorrections de style maintenues par une sténographie trop fidèle. J'ai conservé toutes les interruptions, tous les mouvements , toutes les marques d'approbation ou d'improbation constatées par le Moniteur, et qui peignent si fidèlement l'aspect et la tenue de ces assemblées

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en qui se résumait naguère la vie morale et politique de la France. Enfin, j'ai toujours mentionné à côté de mes attaques les réponses directes et personnelles qui m'ont été adressées, et les ai textuellement reproduites lorsque leur étendue n'y mettait pas obstacle.

En retrouvant, sous le monceau des jours écoulés et des institutions abattues, ces monuments de nos anciens conflits, j'ai reconnu avec bonheur qu'il ne restait en moi aucune étincelle d'ânimosité contre ceux que j'avais dû combattre à la tribune avec le plus d'acharnement. D'ailleurs, confondus pour la plupart, en 1848, dans une défaite commune , nous avons mutuellement appris à nous mieux connaître, et au lieu de combattre les uns contre les autres, nous avons su lutter ensemble contre ces grands patriotes qui , après avoir trahi , miné, renversé par leurs fantasques et implacables exigences une autorité tutélaire, ont payé la reconstruction d'une monarchie au prix de notre liberté et de leur honneur. Les révolutions modernes sont fécondes à coup sûr en mécomptes et en amertumes , mais elles enfantent souvent de grandes réparations qui relèvent et consolent. Grâce à leurs terribles enseignements, des hommes qui s'étaient longtemps ignorés, attaqués, détestés, apprennent à se comprendre et à s'apprécier mutuellement. J'ai subi autant que personne l'attrait vainqueur de la vie publique. J'ai connu tous ses entraînements ; j'ai connu l'ivresse de la lutte et des applaudissements publics ; mais je n'ai rien connu qui

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vaille cette émotion intime, cette joie généreuse qu'éprouve un honnête homme à rendre justice et hommage à un noble adversaire, à lui tendre une main toujours loyale, mais naguère armée, et désormais amie. C'est, à mon sens, la plus grande jouissance de la vie politique. Elle est trop souvent passagère, incomplète, comme toutes les joies de ce monde ; mais je n'en ai pas rencontré de plus pure, de plus douce et de plus chrétienne. Au premier rang de ceux qui auraient à se plaindre de moi, s'ils ne se sentaient désarmés autant par l'antiquité de nos dissentiments que par le sincère et durable accord de nos douleurs et de nos convictions actuelles, je devrais placer les orateurs et les écrivains du parti légitimiste. Si ces volumes leur tombent sous la main, qu'ils me pardonnent les pensées et les expressions qui les affligèrent ! Qu'ils veuillent bien les croire exclusivement dictées par le sentiment qui me dominait au début de ma carrière, par la nécessité impérieuse de dégager la cause catholique de toute solidarité temporelle, de toute alliance politique, même de celle qu'une longue communauté de gloire et de malheur, que des traditions séculaires et sacrées, rendaient si naturelle et si honorable avec la royauté du vieux droit. Nous avons tous appris, depuis lors, que l'Église était exposée à contracter des solidarités et des alliances qui offraient à la fois bien plus de dangers et bien moins d'excuses. En outre, on voudra bien admettre que l'opinion légitimiste, il y a vingt et trente ans, était loin

Œovret. I. — Discours, t. h

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