LETTRE DE U» L'ARCHEVÊQUE DE PARIS
strucUon. Il faut que cet intérêt soit le motif unique, sincère, de ces restrictions, et non le prétexte pour servir d'autres intérêts, que je crois d'ailleurs très-dignes de la sollicitude du Gouvernement 11 faut que les pères de famille soient libres dans leur choix, alors surtout qu'ils n'usent de leur liberté que pour donner leur confiance à ceux qu'ib jugent plus chrétiens, plus désintéressés. Ce qui me rassure contre les abus de la liberté, c'est que les pères ([ai sont les moins religieux, les moins vertueux, désirent que leurs enfants le soient Rien ne rend aussi pénétrant qu'une pareille disposition d'esprit et de cœur.
• Je suis pour la liberté , parce que le monopole , loin de produire l'unité de doctrine en religion et en morale, a laissé prévaloir les enseignements les plus divers sur deux points importants ; ce qui devait nous conduire et nous a conduits réellement à l'anarchie des esprits.
« Je suis pour la liberté , parce qu'elle sera très-probablement favorable aux institutions qui possèdent cette unité, qui préservent de cette anarchie. Quel événement plus heureux pour le pouvoir que d'obtenir, par l'exercice môme de la liberté, des amis plus sûrs et plus dévoués à l'ordre public qu'il est chargé de défendre?
• Je suis pour la liberté , parce que l'épreuve ne peut en être funeste aux hommes distingués que l'Université possède en si grand nombre. C'est avec sincérité que, dans une autre occasion, j'ai loué km talents^ la bonté de leurs méthodes , Vexactitude de leur discip'ine, et tout ce qui donne une si juste célébrité à leurs écoles, ( Mandement à l'occasion de la prise de possession.)
• Je suis pour la liberté, parce que le monopole ne se borne pas i exclure les instituteurs immoraux , mais qu'il exclut aussi plusieurs instituteurs très-capables de former la jeunesse à la vertu ; pvce que la liberté rendra à ces derniers toute leur puissance d'aclion, tandis que le ministre d'ailleurs le plus pénétrant, le plus religieux, le plus dévoué à son pays, est exposé à être plus facile- Q^t surpris à l'égard des instituteurs immoraux que ne peuvent l'être les pères de famille éclairés par un si grand intérêt et par QQe expérience aussi décisive. Ils ont sous les yeux les fruits de l'éducation reçue ; mille symptômes leur en révèlent la bonté ou Itt défauts. Quant à l'instruction et à la capacité des professeurs, ^118 l'empire du monopole, elle est constatée par des grades; sous l'empire de la liberté, elle le sera encore de la même manière, ou P^ des examens devant un jury qui ne sera pas moins éclairé, st pourra, par suite de sa composition, être plus impartial, conimo
«no LETTRE
le sont toujoui-s des examinateurs qui appartiennent à différenls corps.
a Je suis pour la liberté donnée au clergé comme aux autres citoyens, parce qu*on ne peut lui donner rien d'aussi précieux. Des avantages pécuniaires exciteraient des clameurs; les privilèges, des jalousies; la liberté n*excitera que la reconnaissance*
a Donner une liberté qui ne coûte rien à la place de dispendieux secours, de dangereux privilèges; une liberté qui aide à former la jeunesse au respect du pouvoir, au lieu d*un monopole qui, conté à des honunes d'ailleurs si dévoués et si habiles , n*a pu réussir à inspirer ces sentiments ; donner une liberté qui commande TafTeotion du clergé, des catholiques, des pères de famille, au lieu d'un monopole qui suscite tant de réclamations, que d'avantages à la fois!
(c On désire que les liens qui doivent unir les citoyens et les diverses classes de la société soient fortifiés ; en voilà un qui ne manque pas de force, et il serait facile d'en établir plusieurs autres qui ne coûteraient rien à l'État et qui le défendraient efficacement.
« Il n'y a pas de liberté, sauf la liberté native, qui ne soit soumise à des restrictions. Ces restrictions, je les crois utiles, mais seulement aux conditions que j'ai indiquées.
« 11 faut s'assurer de la moralité des instituteurs, mais par qui sera-t-elle certifiée? Par l'appréciateur le plus éclairé, le plus naturel, de la conduite des candidats. Quel juge, quel administrateur, s'il aspirait à élever la jeunesse, ne réclamerait pas le témoignage de son supérieur dans la hiérarchie administrative ou judiciaire? Le militaire le recevrait de son colonel; le prêtre doit l'obtenir, à plus forte raison, de son évéque. Il n'y a pas privilège, il y a équité. 11 y a surtout une garantie réelle au lieu d'une formalité humiliante. Le maire est le juge de la moralité de tous les citoyens, qui n'ont pas de juge plus spéciaL Ses fonctions l'appellent seulement à connaître des désordres publics. La loi pourrait-elle l'appeler à juger de la moralité de celui qui, en vertu d'une mission reconnue par l'État lui-môme, doit donner à tous les conseils, les exemples, les leçons de la plus haute perfection morale?
« Il faut s'assurer de la capacité; mais les juges de cette capacité doivent être désintéressés. 11 ne s'agit pas de prévenir un intérêt sordide, que je ne veux pas même prévoir; il s'agit de prévenir l'intérêt de corps, l'intérêt qui se croirait menacé, par la crainte de voir des écoles qui lui sont chères désertées , et par la préférence que pourraient accorder les pères de famille à certaines institutions.