AUTORITÉ CONSTITUTIONNELLE
lus sur le nôtre , si nous montrions moins de zèle que la Prusse et TAutriche pour les chemins de fer : ils ont craint quon n*en pût déduire des conséquences fâcheuses pour rhonneur du gouvernement représentatif. Savez-vous, Messieurs, ce qui peut faire tort à Thonneur du gouvernement repré:ientatif chez nous? c'est que, dans la pratique, il n*est pas sincère, il n'est pas réel, parce que la Chambre des Pairs n'y a pas la liberté morale dont elle aurait besoin pour juger les grands intérêts qui lui sont soumis. Voyez l'Angleterre, n'est-ce pas le pays par excellence du gouvernement représentatif? Et qui a jamais songé à lui contester l'art de conduire de grandes guerres, une excellente diplomatie, surtout d'immenses travaux publics, avec une {Hirsévéranco et une grandeur sans rivales? Qui a jamais songé à lui dénier la faculté de concilier toutes ces grandes œuvres politiques avec ses institutions libres? Et pourquoi. Messieurs, la lui reconnaiton? Parce qu'elle possède réellement les trois pouvoirs, parce que la Chambre haute y est une véritable aristocratie politique, investie en fait de toute l'indépendance et de toute 'a puissance à laquelle, nous aussi, nous avons droit. SouveïHMis-nous-en, Messieurs; nous sommes ici, non pour être l'aies à tel ou tel ministère, à telles ou telles élections : nous y sommes pour veiller en toute liberté aux intérêts essentiels de la France, et nous ne devons jamais perdre de vue ces i^Ues paroles par lesquelles un de nos nobles collègues caractérisait la mission du corps qu'il préside, mission qui ^l à plus forte raison la nôtre, lorsqu'il disait : « La cour '^nd des arrêts et non pas des services. » [Très-bien l)
^ projet fut adoplé dans la séance du 4 juin par 122 voix contre 6. ( Extrait du MonUeur du 1'' juin 184i.)
CHAMBRE DES PAIRS Dls€n««ion du budget de rinstraction pnbllqae.
Séance du 6 juin 184*2.
L'article 69 de la Charte de 1830 portait qu'il serait pourvu par dec lois séparées, et dans k 'plus bref délai possible , à divers objets, ac nombre desquels se trouvaient comprises « Tinstruction publique et la liberté d'enseignement. » Un premier projet , présenté pa: M. Guizot, ministre de Tinstruction publique en \ 836, et voté pa la Chambre des députés, sur le rapport de M. Saint-Marc Girardin n'avait point été porté à la Chambre des pairs. Cependant l'exécii tion des promesses de la Charte était réclamée avec une insistanci graduellement croissante par l'opinion catholique, inquiète et mécontente de voir le monopole de l'enseignement public attribué ao corps universitaire, dont plusieurs membres étaient signalés comme hostiles, dans leurs cours et dans leurs écrits, à l'orthodoxie. Un grand nombre d*évôques exprimèrent le même vœu sous diverses formel. Le {«■'mai 1842, à l'occasion de la fête du roi, l'archevêque de Parii, W^ Affre, se fit l'interprète de ces sentiments. Peu de jours après, )b discussion du budget de l'instruction publique permit à M. le duc de Valmy et à M. Béchard d'appeler sur cette question l'attentiod de la Chambre des députés , et de provoquer les explications de M. Villemain, ministre de l'instruction publique. Le 6 juin, le délMi^ s'ouvrit sur le même chapitre du budget devant la Chambre des pair^ entre M. le comte Alexis de Saint-Priest et M. le marquis de Barth^ lemy. Interrogé par ce dernier sur les intentions du Gouvernemea^ M. Villemain, ministre de l'instruction publique, déclara qu'il f^
pouvait prendre aucun engagement quant à la présentation do la loi réclamée, et défendit renseignement universitaire contre les attaques dont il avait été l'objet. M. le comte de Montalembert lui répondit en ces termes :
Je ne dirai que quelques mots sur les paroles que M. le ministre de rinstruclion publique vient de prononcer; je demanderai ensuite à la Chambre la permission de réclamer de lai une explication sur d'autres paroles qu'il a aussi pronon^ cées dans une autre enceinte, mais sur la même question.
D abord, quant à la polémique qui \ient de s'élever entre mon noble ami le marquis de Barthélémy et M. le comte de Saint-Priest, il serait très-difficile de la vider sur l'heure. Il faudrait pour cela apporter ici une foule de livres, de documents, de dénonciations même, puisque M. le comte de Saint-Priest veut se servir de cette expression. Ce serait metbeen présence des affirmations contradictoires qui peuvent aYoir leur valeur relative. Ce qui est certain, et ce que M. le ministre ne peut nier en fait, quand bien même il le nierait «1 droit, c'est que l'enseignement universitaire inspire une ^e défiance à une portion notable des citoyens français, à celle qui est plus particulièrement préoccupée des intérêts relijieux. Pour moi, je ne m'en étonne nullement; et je n'en ferais pas même un crime à l'Université, quoique je partage ^ plus haut point ces craintes et ces défiances ; je ne lui en ferais pas, dis-je, un crime, si l'Université n'exerçait un monopole. En effet, Messieurs, malgré Taffirmation contraire ^ M. le ministre de l'instruction publique , malgré ses hoones intentions et celles de tous les ministres qui ont tour a tour présidé à l'instruction publique dans ce pays (je n'en excepte aucun, car j'ai la conviction intime que tous étaient ^ûûnés du désir que l'enseignement universitaire ne donnât
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lieu à aucun reproche); malgré tout cela, cette tâche, comme je l'ai déjà dit à cotte tribune, est au-dessus de la force de ces honunes éniinents, et elle le sera toujours. Dans une organisation sociale comme la nôtre, je crois qu'il est difficile que l'Université représente autre chose que l'indiCTérence en malicre de ivligion. Cette indiOérence, je le répète, je ne lui en fais pas un crime, c'est le résultat de notre élat social. Un Etat qui n'a t)ointde religion officielle, qui admet toutes les religions professées i)ar les Français, et jmr conséquent celle professée par la majorité des citoyens, ne \Hiui {>as vouloir attaquer celle-ci; mais je ne [)ense jxis qu'il ait mission , qu'il ait autorité suflisante pour la prêcher : or l'éducation, pei*sonne ne le niera, n'est autre chose qu'une prédication continuelle faite à des enfants, à des jeunes gens.
Il y a en France. un grand nombre d'honmies qui professent cette indifférence eu matièixî de religion; l'éducation umversitaiixî ])eut leur sembler i)arfaitement boime et suffisante, mais elle ne sufût pas à d'auti*es. Ici j'ai besoin de rétablir la vérité sur deux assertions qui ont joué un gituid rôle dans la polémique contraire à la liberté d'enseignement.
Jamais on n'a demandé la liberté de l'enseignement abso* lue, sans mesure et sans frein, ni dans cette Chambre, ni dans l'autre ; jamais on n'a entendu exclui-e le Gouvernement du droit de surveiller, du divit d'intenenir jusqu'à un certain pohit dans un objet aussi im})ortant pour la pix)spérité publique et la sécurité de l'oixlre social. Jamais non plus, et c est un autre fantôme qu'on a évoqué, jamais le clergé n'a demandé l'abolition de l'Univei'sité et n'a prétendu se substituer à elle.
Il est fort commode, Messieui*s, de se créer des fantômes en guise d'advei*saires pour les combattre à son aise ; il est très-facile de les pourfendre; mais derrière ces fantômes.
D'ENSËIGNEMKM. 3i9
quand on les a pourfendus, il reste la justice et la vérité debout, hors de votre atteinte; et ce sont elles dont je veux plaider la cause devant vous.
Messieurs , je ferai encore un autre aveu , une autre concession. La liberté d'enseignement, nous a-t-on objecté comme un reproche, et je Taccepte comme une vérité, la liberté d'enseignement ne veut pas dire autre chose ([ue l'éducation religieuse; elle n'est réclamée que par ceux qui croient qu'en France la religion n'exerce pas une inlluence suffisante dans l'éducation de la jeunesse^ et qui veulent revendiquer pour elle le droit d'intervenir dans cette éducacation. Oui, Messieurs, cela est vrai : ce droit, quand bien même il ne serait pas écrit dans la Charte , il appartiendrait à la religion, car on ne conçoit pas l'existence légale d'une religion qui en serait dépouillée. Mais heureusement il se trouve, dans la constitution à laquelle nous avons tous prêté serment et qui est le lien social du pays, un droit triple en Tertu duquel la religion catholi(|ue peut et doit intervenir dans l'éducation publique. Elle le peut d abord en vertu de sa qualité de religion de la majorité, reconnue telle par l'article 6 de la charte. Elle le peut également en vertu de la liberté religieuse garantie par l'article 5, et qui serait dérisoire sans liberté d'enseignement. Elle le peut enfin en vertu de la promesse solennelle de cette liberté d'enseignement que contient l'article ti9 et qui couronne l'œuvre de la Charte. C'est donc à l'abri d'un triple droit que la religion réclame cette liberté. Elle n'en exclut personne ; mais elle avoue Tolontiers que c'est elle qui en profitera avec le plus d'avan* tage et de puissance.
N'est-ce pas pour cela qu'on voit un tel acharnement contre cette cause chez tous les hommes qui attaquent avec plus ou moins de franchise l'ancienne religion de ce pays?
N'est-ce pas pour cela qu on Toit enrégimentés sous la bannière, je ne dirai pas de T Université, mais de son monopole, des champions qui doivent embarrasser quelquefois, ce me semble, les chefs du Gouvernement et de l'Université ellemême? Oui, quand on voit les organes du parti républicain, les ennemis systématiques de rétablissement monarchique, déployer le plus grand zèle pour défendre ce monopole, n'y aurait-il pas lieu de réfléchir pour les hommes politiques, pour les ministres du roi, qui, avec un tout autre esprit et dans un tout autre intérêt, défendent ce même monopole et ses funestes conséquences.
Les choses auraient pu marcher tout autrement si le Gouvernement l'avait voulu. Au lieu d'une lutte fâcheuse entre le clergé et l'Université, entre l'éducation universitaire et l'éducation religieuse, nous aurions vu régner un accord satisfaisant fondé sur l'existence collatérale de toutes deux. Si le Gouvernement avait mis moins de lenteur dans l'accomplissement des promesses de la Charte, et j'oserai dire moins de malveillance dans le but d'arrêter le développement de l'éducation religieuse en France, cette existence collatérale des deux enseignements se serait réalisée et régularisée. 11 en serait résulté le bien de la paix d'abord, et ensuite une influence morale sur le pays qui eût été un bien non moin&^ précieux. Le Gouvernement ne l'a pas voulu. Depuis douzi^ uns que la liberté d'enseignement a été solennellement promise et acceptée avec empressement par les catholiques, oli a écarté cette question comme l'une des moindres préoccupations de la politique, et, bien loin de tempérer ce refus ou ce retard par un langage conciliant, par de nouvelles promesses, les chefs de l'instruction publique, et i>articulicrement le ministi*e actuel, ont aggravé la situation par des manifestations hostiles émises officiellement, et sur
D'ENSEIONEMENT. 351
ksquelles je demanderai la permission de retenir tout à rheure.
Mais je yeux auparavant dire quelques mots à 1 appui de TasBertion que j'avançais tout à l'heure, en disant que TUni- Tersité, dans Tétat actuel des choses et des esprits, ne pouvait guère aboutir, sous le point de vue religieux, qu'à Tindifférenée. En effet, elle ne pourrait pas, sans violenter un sentiment qui a été si souvent proclamé en France, et qui semble profondément enraciné dans le cœur du peuple français, imposer des pratiques ou des croyances religieuses à Tarmée de fonctionnaires qu'elle renferme dans son sein. Or, Messieurs, il y a des parents, et en grand nombre, qui veulent veiller avant tout à l'éducation religieuse de leurs enfants, et 9ui attachent un beaucoup plus grand prix à cette éducation "Dorale qu'à l'instruction, quelque développée et quelque l'cirfectionnée qu'elle soit, que l'Université leur distribue. ^Ul homme sérieux ne voudrait soutenir qu'il sufiît d'une ^U deux heures d'enseignement religieux par semaine, donné P^ l'aumônier que l'Université daigne entretenir dans ses ^lièges , pour former le cœur et l'intelligence d'un enfant ^lis le rapport religieux. Non , cela ne sufGt pas, surtout ^Uand tout le reste de l'enseignement supérieur, celui de la philosophie, de l'histoire, de la haute littérature, sont, sinon ^beolument hostiles (ce qui assurément n a pas lieu partout, HUoique cela arrive souvent), mais du moins absolument étrangers aux dogmes de la religion.
Or, je n'hésite pas à le dire, il y a dans les grands établissements fondés par l'État, sinon cette hostilité patente, du moins un éloignement complet de tout enseignement dogmatiquement religieux, et, je le répète encore une fois, il no peut pas en être autrement dans un ifès-grand nombre d'établissements destinés à recevoir les en&nts de beaucoup de
parents qui seraient peut-être mécontents et inquiets s'ils voyaient à chaque instant la religion intervenir.
Mais à côté de cette catégorie de parents n'oubliez pas, Messieurs, qu'il y a, sinon la majorité des Français, oonnine le dit la Charte, du moins un grand nombre de Français qui tiennent à ce que la religion occupe la première place dans l'éducation. Et ne croyez pas que ce soient seulement les catholiques exagérés, des ultramontains , des hommes du parti clérical , comme on les appelle , qui réclament cette intervention supérieure et perpétuelle du sentiment religieux dans l'éducation de la jeimesse. Je vous demande la permission de vous lire quelques lignes d*un écrit publié par un protestant très-loyal et très-distingué, fils de Tun de nos collègues, M. le comte de Gasparin. Dans œt écrit, intitulé Appel aux protestants^ je lis ce qui suit :
« Je suis prêt à rendi*e pleine justice aux collèges mixtes de l'Université, j'y ai été élevé... »
Ici, Messieurs, j'interromps ma citation pour dire à la Chambre que je puis me rendre le même témoignage que le jeune et religieux magistrat dont je cite les paroles. Moi aussi, j'ai été élevé par l'Université, et je ne {>arle que de œ que je sais par expérience. Je continue avec M. de Gasparin :
<( J'y ai été élevé, j'ai apprécié tout ce qu'on y trouve en fait d'études et de discipline. Mais ce qui leur manque surtout pour des protestants, je l'ai senti vaguement quand j'y étais, je l'ai claircmeut reconnu depuis... n
Puis , après queli^ucs développements étrangers au point en discussion :
« L'éducation religieuse n'existe réellement pas dans les collèges. C*est la tache ineffaçable^ c'est la condamnation permanente des établissements mixtes (et ils le sont tous, Messieurs), que l'obligation où ils se trouvent de reléguer la
reli^on à son heure, comme Tune, et le plus souyent comme la dernière des leçons. On y fait, bien ou mal, son cours de christianisme ; mais le christianisme n* y pénètre pas toutes les branches de l'enseignement ; il n'y exerce pas cette domination absolue à laquelle il a droit, et en dehors de laquelle il n'est pas d'éducation vraiment bonne, d
Voilà, Messieurs, ce qu'a proclamé ce protestant loyal et sincère, parce qu'il est attaché de cœur à sa religion; et voilà ce que je proclame à mon tour, moi, catholique.
II est impossible d'exprimer plus ériergiquement et plus justement les souvenirs, les sentiments qui m'animent et qui animent en même temps que moi la majorité des catholiques français. Non ; un homme sérieusement préoccupé de l'avenir de ses enfants, qui veut, comme les pères le désirent en général, que ses enfants vaillent mieux que lui-même, ne pourra être satisfait de cet enseignement si exactement qualifié par M. de Gasparin. Qu'en résulte-t-il? cVst qu'une foule de parents ne veulent pas confier leurs enfants a l'Uni- Tereité, c'est qu'ils élèvent ce qu'on appelle des clameurs pourdemander l'accomplissement des promesses de la Charte, c'est qu'on demande de toutes parts au ministre l'autorisation de fonder des établissements d'instruction secondaire dirigés par le clergé, autorisation qu'il refuse presque toujours; c'est par conséquent, chose que vous ignorez peut-être, c'est que beaucoup de familles françaises envoient leurs enlî^nts à l'étranger pour y trouver la lil)erté que la patrie leur ^ refusée, et qu'en ce moment plus de huit cents élèves franco se trouvent dans des collèges voisins de la frontière de la France , uniquement parce qu'ils ne trouvent pas dans les allèges français une garantie suffisante pour leurs convictions religieuses. [Réclamations,) Je connais les chiffres et les lieux, et je les dirai si on conteste la vérité de ce fait.
(Eutrrei. I. — Diicuuri. i. 2')
même discussion a^ait été soulevée à Toccasion budget. Là, M. le ministre a répondu à ceux qui ré avec plus ou moins d'impatience, mais avec toute soi tice, la liberté de renseignement, qu*ils avaient la l'enseignement domestique, et que personne ne les ( d'avoir des précepteurs! Serait-ce là par hasard, J la promesse de la charte?
Quoi ! nous sommes libres d'avoir des préceptei cela est bon tout au plus pour les gens qui o 40,000 francs de rente. N'y aurait-il donc dans la j ministre de liberté possible que pour les gens riche rien ne serait plus contraire à l'esprit de la législ derne ; et d'ailleurs, i)our avoir des préce])leui-s au [)ères de famille religieux, il faudrait qu'ils pussent ailleurs que dans les collèges de l'Université.
Plus loin, M. le ministre, répondant à M. 1 Valmy ou à M. Béchard, a dit que l'instruction était déjà libre et que cela pouvait suffire. Je répoi cette liberté matérielle et incomplète est bien loin c que les catholiques ont le droit de faire enseigne enfants autre chose que l'alphabet, la lecture et I
témoignage de tous ceux qui comme moi habitent souTcnt la campagne, et peuvent juger sur les lieux de Tespèce d'institoteors qui sortent des écoles normales pour régenter les intelligences populaires. C'est là une question fort grave, que je me borne à indiquer dans ce moment et à recommander aux observations de ceux qui m'écoutent.
M. le ministre a été plus loin encore, Messieurs, dans la diflcossion à laquelle je fais allusion ; il a cherché à détourner la question de son véritable terrain , pour la porter sur edai des dangers hypothétiques de la spéculation; il a parié deux fois dans un sens propre à faire croire que , selon lui , c'était principalement la spéculation qui réclamait la liberté de l'enseignement. Eh bien ! j'éprouve le besoin de m'élever avec toute l'énergie dont je suis capable contre cette assertion. Non, Messieurs, il ne s'agit pas ici de spéculation , elle est complètement en dehors des rangs <fe ceux qui réclament la liberté de l'enseignement. Parmi enx, il en est que je n'ai pas besoin assurément de défendre contre une accusation qui, dans la pensée de M. le ministre ^ Tinstruction publique , n'a certes pas pu s'appliquer à ccQx qui, au sein des Chambres , comme le marquis de Barthélémy, comme plusieurs honorables députés, comme moi ®fin, réclament la liberté de l'enseignement. Elle s'adres- 8^t tout aussi injustement à des écrivains qui , même hors ^ Chambres, usant de leur droit et sans aucune intention ^ fonder eux-mêmes des établissements d'éducation, récla- ''^t pour d'autres cette liberté. Elle serait enfin souverai- ^'cment injuste si elle était portée contre le clergé. Où sontik donc, Messieurs, je le demande, où sont-ils ces hommes l^i, au sein du corps le plus dévoué et le plus désintéressé V^ soit au monde, ont pour but de s'enrichir? Où sont donc '^richesses qu'ils se sont faites, qu'ils pourraient se faire en
cherchant à remplir leur devoir le plus solennel, celui d'enseigner?
La spéculation, savez-vous, Messieure, où elle se trouve, puisque M. le ministre de l'instruction publique a mis eu avant ce mot et cette idée? Elle se trouve, sachez-le bien, dans l'Université elle-même, dans cet esprit fiscal qui lutte avec tant d'acharnement contre la liberté. A Dieu ne plaise que je prétende que ce soit l'intérêt pécuniaire seul qui anime M. le ministre de l'instruction publique et ses subordonnés dans la lutte qu'ils soutiennent contre les partisans de la liberté de l'enseignement; mais je dis que la spéculation est considérablement intéressée à la défense du monopole ; je dis que c'est en grande partie dans les pensions qui existent au sein de l'Université, qui sont autorisées par elle, qui peuplent ses collèges de leurs enfants, que c'est dans ces œuvres de spéculation privée que réside surtout l'inimitié la plus acharnée, l'hostilité la plus violente contre la liberté de renseignement. Qu'on ne vienne donc plus nous imputer une tendance qui n'existe que dans le camp qui nous est opposé.
Je voudrais passer très-brièvement sur certaines réflexions qui ont été faites par les défenseurs plus ou moins officiels de l'Université, à l'occasion des discours de M. le ministre de l'instruction publique. Il a été comblé de compliments à ce sujet; peut-être ne trouvera-t-il pas mauvais que ces compliments soient entremêlés de quelques protestations. Après avoir beaucoup félicité M. le ministre de l'énergie avec laquelle il avait repoussé cç qu'on appelle les prétentions du clergé, on a dit, et cela se lit dans le journal qui passe, à tort ou à raison, pour être l'organe le plus accrédité du cabinet, on a dit que Ion ne savait pas, en vérité, quelle idée nous animait, nous autres gens religieux, à invo-
quer la l'érolution de Juillet et la charte de 1830; que cette diarte n'ayait été Mie ni par nous ni pour nous, mais contre nous. Quant à moi, Messieurs, je croyais et je crois encore que cette charte n'était faite contre personne, contre aucune classe de Français, mais qu'elle était la garantie des droits de tous. Je crois que des paroles semhlahles, surtout dans un organe du cahinet, sont tout ce qu'il y a de plus dangereux, de plus impolitique et de plus funeste; je suis persuadé que M. le ministre de l'instruction publique est loin de les approuver; mais j'avais à cœur de protester publiquement contre une pareille pensée, émanée d'hommes qui se disent <amis et défenseurs du Gouvernement. Rien ne saurait être plus décourageant, plus propre à retarder en France une conciliation désirable pour tout le monde, que de telles idées , émises avec cette hauteur injurieuse. Elles sont propres à faire reculer de dix ans le mouvement naturel qui doit ramener à l'amour de nos lois et de nos institutions les hommes religieux encore trop justement inquiets, et chez qui se trouve cependant partout la base la plus assurée de l'ordre et de la sécurité publique.
Ce sujet est immense. Messieurs ; on ne peut pas l'aborder sans toucher à une foule d'idées qui se rattachent aux racines les plus profondes de l'ordre social.
Je ne veux pas continuer plus longtemps, puisque, après tout, ce n'est ici qu'une question incidente, je ne veux pas continuer à fatiguer votre attention ; je dirai seulement que je ne prétends pas faire de la liberté de l'enseignement ou de réducation religieuse, ce qui est tout un à mes yeux, un remède souverain et infaillible pour les maux de notre société. Je dis seulement que c'est un remède puissant. Je dis que réducation religieuse distribuée dans la mesure que je crois avoir suffisamment expliquée à la Chambre, sans aucim
envahissement, sans empiétement quelconque sur la liberté des citoyens et le droit de TÉtat, distribuée par ceux dont c'est la mission spéciale depuis dix-huit siècles, pourra tempérer le mal qui existe si abondamment en France, et fortifier les éléments du bien qui y existent aussi.
Après cela, je terminerai en remerciant M. le ministre de rinstruction publique des progrès qu'il a fait faire à cette question ; ce n était pas sans doute son intention, mais c'est, je crois, le résultat qu'il a obtenu. Et ici je prie la Chambre et lui-même de croire que, dans ces luttes, dans ces duels, pour ainsi dire, qui me mettent sans cesse sur cette question, en présence de lui, il n'y a absolument rien de personnel; je n'attaque que le ministre de l'instruction publique et nullement Thonorable M. Yillemain, dont je reconnais toute la bienveillance pour moi et pour tant d'autres, et je serais fâché qu'il crût voir dans mes attaques contre son administration la moindre animosité personnelle. Je dcHs seulement dire qu'avant son avènement au pouvoir et sous quelques-uns de ses prédécesseurs, et notamment sous l'honorable M. Cousin, dont je regrette l'absence en ce moment, on avait pu croire à une transaction entre les deux intérêts qui se combattent sur ce terrain, entre le clergé et l'Université. Cette transaction, j'y ai travaillé pour ma part : je n'y ai jamais eu une très-grande confiance; mais enfin elle pouvait être utile et désirable. Elle n'a pas eu lieu, et je m'en félicite ; car le ministre actuel, par Tâpreté de ses procédés, par la rigueur avec laquelle ses subordonnés, subissant son ascendant, et sans doute encouragés par son esprit et ses paroles, ont rivé les chaînes qui entravent l'enseignement secondaire en France , le ministre actuel , dis-je , a rendu plus manifeste qu'elle ne l'avait encore été pour une foule d esprits l'importance vitale , la nécessité urgente de la 11-
berté de renseignement pour la paix et Tavenir des familles. Ce progrès, cette amélioration sont dus à M. le ministre de riDstniction publique; je Ten remercie pour ma part. C'est grâce à lui que Ton a yu enfin cette question sortir des discussions purement individuelles qui avaient été, à diverses reprises, soulevées dans l'une et l'autre Chambre. C'est grâce à lui qu'on a vu cinquante-six évoques, c'est-à-dire la majorité du corps épiscopal, et des évèques nommés pour la plupart par le Gouvernement actuel, descendre dans Tarène pour témoigner de leur sollicitude en faveur de l'éducation religieuse, le dépôt le plus précieux, à mon avis, que des prêtres, que des évéques puissent avoir à défendre. C'est grâce à lui enfin que deux prélats éminents, l'archevêque de Paris et l'archevêque de Toulouse, ont dû publiquement protester en faveur de cette liberté sans laquelle...
M. LE MINISTRE DE l'iNSTRUCTION PUBLIQUE. CommCUt CCla?
<fe quoi ont- ils protesté?
M. LE COMTE DE MoNTALEMBERT. Je prie M. le miulstrc ^ ne pas m'interrompre : il va me répondre à son aise.
Je dis que c'est sous l'administration du ministère actuel que l'on a dû désespérer d'une transaction possible, et que 1 on a pu se convaincre que le monopole de l'Université tendait à devenir plus lourd, plus rigoureux qu'il ne l'avait jamais été. J'ajoute que, dans mon opinion, ce résultat est ires-utile, qu'il est de nature à éclairer, et l'épiscopat, et le clergé, et les pères de famille, sur la véritable position des choses.
J'ai eu à cœur^ quant à moi, de dire ce peu de paroles pour l'instruction des pères de famille, précisément au moment des élections futures, afin que ces pères de famille, électeurs, sérieusement préoccupés de l'avenir de leurs enfants , sachent ce qu'ils font en votant pour des candidats prétendus
conservateurs, qui, dans un intérêt d'étroit égoisme et d'aveugle orgueil, conservent et maintiennent debout la barrière qui sépare les maux de la société de leur principal remède, si remède il y a, l'éducation religieuse de l'avenir. {Alouvements divers.)
(Elirait du MoniUur du 7 juin 1843.)
La lutte engagée dés 1842 entre les partisans de la liberté de renseignement et les défenseurs de lUniversité se continua et se développa pendaai toute l'année 1843, mais en dehors du parlement. M. de Montalembert, alort retenu hors de France et d'Europe par un devoir domestique, ne put y prendra part que par la publication d'un écrit intitulé : Du Devoir dtê emthoiiqwméÊmê la qHeslUm de la liberli d'emeignementy que l'on Uouvera au tome iV de celle collection.