UN « APÔTRE » DU RÉGICIDE
Entretien avec M. Laurent Tailhade.
On sait que M. Laurent Tailhade a été condamné à un an de prison par la 9' Chambre correctionnelle de Paris pour avoir écrit dans le Libertaire : « Il ne s'en trouvera pas un pour prendre son fusil, son tisonnier, pour arracher aux frênes des bois le gourdin préhistorique, et, montant sur le marchepied des carrosses, pour frapper jusqu'à la mort pour frapper au visage, et pour frapper au cœur la canaille triomphante : tsar, président, ministres, officiers et les clergés infâmes... » Des dépêches de Paris ont appris à nos lecteurs que l'auteur de ces lignes se rendait en Belgique afin d'installer ici sa femme qui est près de devenir mère, et que le condamné se mettrait ensuite à la disposition de la justice française.
Après quelques recherches, nous découvrîmes, mercredi, la retraite de Laurent Tailhade : un hôtel de la rue de la Fourche. L'écrivain nous accueillit aimablement, et nous sortîmes sur les boulevards.
— Je suisjarrivé dimanche dans la nuil, nous dit notre compagnon : j'ai été souffrant lundi et hier...
Nous complétons la présentation en faisant remarquer que nous sommes « clérical » ; l'anarchiste nous atteste qu'il trouve cela bizarre, au début du xx« siècle. Et, arrivés devant la Bourse, nous nous attablons à une terrasse de café. Laurent Tailhade paraît un peu vieilli depuis le jour où nous Taperçûraes, à Paris t
ses cheveux sont tout blancs, sa barbiche grisonne, — mais ses yeux ont gardé leur grande douceur, la douceur spéciale et caractéristique des yeux d'anarchistes prêcheurs de meurtres. Il conserve à la joue une cicatrice profonde, souvenir après la lettre de sa phrase fameuse : « Qu'importe, si le geste est beau ! »
— Vous demeurez longtemps ici ?
— J'écrirai demain au. procureur général, afin de lui faire connaître que je me tiendrai bientôt à sa disposition. Mais j'espère bien qu'il m'accordera un délai assez long, jusqu'aux relevailles de ma femme, que j'accompagne ici. Je me mettrai en rapport avec Reclus, Vandervelde, Furnémont, et je donnerai à Bruxelles quelques conférences littéraires.
On sait que des écrivains portant les noms les plus estimés de la littérature française ont cru devoir, lors du récent procès Laurent Tailhade, exprimer leur admiration pour le poète anarchiste et excuser, en se plaçant au point de vue art, les atroces théories du prévenu.
Nous n'avons pu résister au désir de faire parler M. Laurent Tailhade, en le prévenant d'ailleurs qu'un abîme nous sépare ; notre but était de nous rendre compte par nous-même de la violence feinte ou affectée du condamné de Paris et de nous faire une opinion sur l'indulgence dont il a été l'objet de la part d'écrivains illustres.
Il est tout à fait en dehors des usages d'apprécier dans une interview le langage de la personne qu'on interroge. Nous nous bornons à relater les choses que nous avons entendues et dont nos oreilles bourdonnent encore. C'est à nos lecteurs de juger les déclarations anarchiques que nous fait M. Laurent Tailhade, de son organe doux et prenant, plus effrayant dans l'espèce que ne le seraient les éclats de voix :
— Vous expliquer, nous dit-il, pourquoi je proclame juste le régicide, ou plutôt le « tyrannicide », que toute notre éducation classique a exalté à nos yeux ? Parce que je veux la destruction de tous les oppresseurs, de tous les exploiteurs, capitalistes, grands banquiers, gouvernants quels qu'ils soient, la destruction de l'homme représentatif de la force ou de l'argent. Les souverains furent jugés par le conventionnel Grégoire : « Les rois sont dans l'ordre politique ce que sont les monstres dans l'ordre naturel ; nous avons non seulement le droit, mais le devoir de les écraser. » Ils représentent un système d'oppression, d'accaparement, l'esclavage d'une race au profit d'un seul ou de quelques-uns. Il est monstrueux qu'un homme, dans une société civilisée, ait droit à une plus grande part de jouissances de bonté, de beauté de liberté qu'un autre homme. La nourriture est commune à l'humanité entière comme le soleil. Et comme toutes les activités intellectuelles se déduisent de la nourriture, il faut admettre que le partage équitable de la terre et du travail humain donnera virtuellement la même compréhensiofi d'activité cérébrale à tous les hommes. Le corps social — si vous voulez bien me permettre d'emprunter cette métaphore au vocabulaire de M. Prud'homme — est frappé de maladie par tous les détenteurs de l'autorité, car, je le répète, le prêtre, le capitaliste, le soldat sont aussi criminels dans Texercice de leur part de tyrannie que le tyran synthétique vêtu du manteau royal et portant le sceptre en main. S'il faut, pour faire abla* tion de la tumeur ou du cancer, appliquer le fer du chirurgien, nul ne saurait sans bêtise ou sans mauvaise foi refuser le chirurgien.
— Que ce soit là une opération chirurgicale, comme vous le dites, ou un meurtre, comme je le pense, la mort d'un de ceux que vous nommez les « tyrans • peut-elle faire quelque bien à votre cause ?
— Oui, par l'exemple... La mort de César, il est vrai, n'a pas empêché Auguste et celle de Néron, Caracalla. Lorenzaccio n'a fait de bien qu'à Gosme de Médicis. Mais le geste de ceux qui ont eu le courage de tuer a révélé à leurs contemporains aussi bien qu'aux générations suivantes que tous les hommes n'étaient pas descendus au niveau de la bassesse publique. Leur geste fut efficace ; de nos jours, les anarchistes ne forment-ils pas une légion sacrée? Ils représentent les consciences qui ne transigent pas, ils sont le dernier boulevard de la conscience humaine, comme au XVI® siècle les réformés, auxvii% les jansénistes et les proscrits de 1685, au xvni® le groupe des philosophes, sous la Révolution, les Hébertistes...
Nous interrompîmes notre véhément interlocuteur :
— Vous ne pensez pas, comme M. le substitut Pacton, que ce que vous avez fait soit un acte dépourvu de bravoure, et que le fait d'exciter un autre au meurtre, quand on pourrait tuer soi-même, est indigne d'un homme de cœur ?
M. Laurent Tailhade sourit :
— C'est là une plaisanterie bonne à dire à l'audience, lorsqu'on est un magistrat frais émoulu de sa province, et qu'on a, d'ailleurs, Fhonneur d'être « idiot par la tête »...
Nous saluâmes.
— ... ce qui se trouve le cas de mes accusateurs. Voyons ! Si, pendant le séjour du tsar en France, une mouche de police envoyée par ses chefs, ou bien un fol
comme Salsou, ou un enfant comme Sipido eût tiré sur Tautocrate russe, ce n'était plus sous l'inculpation de provocation au meurtre que j'eusse été poursuivi, mais pour complicité d'assassinat ; donc, a dire toute ma pensée, je risquais — surtout' avec le jury nationaliste de Paris — peut-être la guillotine, à coup sûr le bagne à perpétuité : une bagatelle 1 Pour bien moins que cela, Cyvoct fut condamné à dix ans de travaux forcés : il n'était que simple gérant d'une gazette lyonnaise et sans doute n'avait pas connaissance de l'entrefilet auquel les événements du théâtre Bellecour donnèrent un tragique retentissement.
— Vous avez pourtant d'autres moyens d'action que l'assassinat ?
— L'assassinat est le moyen chirurgicial à employer dans les cas désespérés... Si je n*ai pu, par mon article, débarrasser la Russie du tyran de la Finlande, au moins ai-je dégoûté la France des mascarades franco-russes. C'est déjà faire acte de vertu civique. Je n'ai, du reste, pas été longtemps à attendre ma récompense : les laquais de la neuvième chambre m'ont octroyé un an de prison*. Si les garçons de police, les guichetiers et autres maroufles me contraignent à porter la casaque des condamnés pour délits de droit commun,
-cette livrée de prisonnier me vêtira d'une gloire que ne récèle aucune des ferblanteries de Millerand. Il est assez divertissant de voir un ministère quelque peu socialiste recommencer à rencontre d'un écrivain français les sévices dont le gouvernement autrichien se rendit coupable envers Silvio Pellico, Alexandre A udriane et leurs amis, de trouver au bord de la Seine la « Maison des Morts » de Dostoiewski. Je n'aurai pas la résignation des premiers, je n'écrirai pas — alors
même que j'ea eusse le pouvoir — un livre plein de sérénité comme Tautobiographie du conteur russe. Je n'abdique nulle révolte, nulle colère, nulle détestation du monde capitaliste et bourgeois : Dans la cellule du condamné, je cuirai ma haine comme Locuste faisait recuire son poison, pour pouvoir entonner quand viendra l'heure, aux exécrables pignoufs qui salissent la lumière du soleil.
— Mais dites-moi donc pourquoi vous vous soumettez à cette peine que vous jugez inique ?
— Je désire faire de la prison de droit commun. Il faut quelqu'un se dévoue, qu'un exemple mette en lumière l'exécrable scélératesse des lois qui m'ont frappé et si, grâce à quelques saisons de peine, de solitude et même de douleur, je peux sauver mes frères d'armes amis et ennemis —je n'excepte pas ces canailles de Barres et de Mauras — d'une pareille abomination, si, grâce à moi, Ton n'ose condamner en 1911, un libre écrivain qu'à défaut de talent, protège la dignité de sa vie, j'estime que j'aurai rendu à la liberté de penser et d'écrire un service qui d'ores et déjà m'indemnisera de mon année de prison.
Survint la toute jeune et très élégante M™*-' Laurent Tailhade, et l'entretien prit un autre tour.
Pourquoi cette interview n'a pas paru plutôt.
L'interview que l'on vient de lire était composée déjà et devait paraître dans notre numéro de jeudi matin, quand M. Laurent Tailhade nous avertit, mercredi après midi, qu'il était sous le coup d'une ordon-
nance de renvoi du territoire belge. Le jour même, l'intéressé fit intervenir M. Furnémont auprès de M. le ministre de la justice, afin d'obtenir un délai. Nous avons pensé que publier immédiatement ses déclarations pourrait faire tort à M. Laurent Tailhade et nous avons attendu qu*il fût explusé. Ce scrupule était peutêtre exagéré : M. Laurent Tailhade est assez grand garçon pour peser les paroles qu'il adresse à un jour naliste clérical — surtout quand le dit journaliste a insisté expressément sur sa qualité ; n'importe... si le geste est beau.
L'acte de M. Ls^urent Tailhade.
Rencontrant avant-hier un de nos grands avocats, nous lui disions :
— Elle va bien, la « Belgique hospitalière » !
Et nous lui exposions le cas de Laurent Tailhade.
— Permettez, permettez, nous fut-il répondu, ce n'est pas du tout la même chose : de M. de Lur-Saluces ou de M. Buffet, par exemple, à M. Laurent Tailhade, il y a loin. Je conçois que notre pays ne soit pas hospitalier du tout à ce dernier. 11 ne faut pas que la Belgique devienne le paradis des anarchistes : cette considération seule justifierait la mesure prise par M. Yan den Heuvel. Ensuite, M. Laurent Tailhade parait vouloir se soustraire à la prison : il est mutile que nous nous prêtions a cette petite combinaison.
— Je ne crois pas que M. Laurent Tailhade...
— Il ne doit pas même être soupçonné d'avoir ces intentions-là, et c'est lui rendre service que de l'expulser. S'il fait peu ou pas de prison, que deviennent ses déclamations ?
Notre interlocuteur continua :
— Au témoignage de tous ceux qui, par profession, s'occupent des moyens de prévenir et de réprimer les actes anarchistes, la seule mesure efficace consiste dans la répression des excitations par la parole et par la presse. Ni Gaserio,ni Luccheni,ni Gsolgosz n'avaient fait ostentation de leurs sentiments anarchiques ; ils n'assistaient pas habituellement aux réunions plus ou moins tapageuses (et toujours suspectes à ce titre) des gens qui se disent anarchistes ; mais tous se trouvaient en possession d'écrits libertaires, depuis les plus doux jusqu'aux plus violents. Il a paru manifeste à ceux qui étudièrent à fond les circonstances de leurs crimes que leurs desseins furent le résultat de la lecture'd'écrits pareils à celui de M. Laurent Tailhade. Cet écrivain, malgré tout le talent que je me plais à lui reconnaître, n'est pas à ménager. Remarquez que la jeunesse, qui proteste en France au nom de l'idée vinculée, réserve son opinion sur l'article incriminé... L'expulsion de Laurent Tailhade se justifie absolument.
L'expalsion.
M. Van den Heuvel a autorisé l'anarchiste français à séjourner en Belgique jusqu'à dimanche soir; au moment où cet article paraîtra, M. Laurent Tailhade — selon sa promesse — aura quitté notre pays.
Rkné Henry.
Le Petit belge, 28 octobre 1901.
»... les frimas qui verrouillent la terre.,, >» (Rudyard Kepling. Le deuxième Livre de la jungle : Quiqern).
« Le divin jeune homme.,, »,Harivansa. — C'est Hari, Haritas, Charités, les cavales du soleil, ou, si l'on traduit Texpression mythique en langage ordinaire, les nuées couleur de safran qui précèdent l'apparition du jour.
« HorusOur = Lumière » Phra-our, Lumière de Phra^ Pharaon.
a... Comme Isis ou Devaki... » La Vierge Céleste, ChaAdée (Cf. l'apparition d'Isis dans VAne d'or) ; Vlmmaculée, Perse ; les Vierges d'Odin, Scandinavie ; le reine thor de Richard Wagner, qui « efface les péchés du monde ». Ici, la Notre-Dame-des-victoires offre aux adorations le Médiateur d'amour, comme dans le tableau d'Andréa Solari.
«... Les préchantres, en latin barbare.,, »
Lentus erat pedibus^ Nisi foret baculus Et eum in clunibus Pungeret aculeus.
Dum trahit vehifiula Multa cum sarcinula, lllius mandibula Dura terit pabula.
{La Prose de VAnc, ap. Ducange : Gîossar. cité par Michèle t, Histoire de France, liv. IV, chap. viii.)
« Un tourbillon emportant des rôties naissantes ».
Salvete flores martyrum Quos lucis ipso in liminef Christi insecutor sustulit, Ceu turbo nascentes rosas.
{Hymne pour le jour des S. S. Innocents, 28, XII).
«... Plan d'éducation d'après les âges de Vhomme... » Première enfance (la nursery, entre les mains des femmes) :
Tu modo nascenti, puero...
Costa, fave, Liicina...
Deuxième enfance (L'histoire, le précepteur) :
... divisque videbit Permixtos heroas et ipse videbitur illis.
L'enfant ne doit rien faire :
... nidlo munuscula cultu.
Adolescence, jeunesse. (Le combat pour l'équité) : Pauca tamen suberunt priscœ vestigia fraudœ ... erunt etiam altéra bella.
Age mûr (Suppression du labeur forcé, du struggle for life également néfaste pour le vainqueur et pour le vaincu, loisir'et dignité) :
HînCf uhi jam firmata viritm te fecerit œtas, Cedet et ipse mari vector...
Vieillesse (Justice patriarcale). Le demi-dieu législateur, Fafnos, faunust pithécanthrope évolué, est instruit par le temps, Saturne. En lui s'incarne le roi de la justice, Dharma-Hadjah — Normœ-Rex. (Cf. Les Anciens « assis aux portes de la ville », dans Homère.)
Agifredere, o magnos, adest jam tempus, honores.
«... (jymnastiqtte et musique, le rhythme et le mouvement, » La Bible de VHumanité, hv. I, chap. m. L'éducation. L'Enfant. Hermès.) Hermès, Sûrya-meïa, le médiateur de Sûrya, est le dieu des échanges. Crépuscule, échange de la nuit et du jour, psychopompe, de la vie et de la mort, parole, de la pensée et de la science humaines.
«... souffleta Jésus et ses horribles suppôts » (Cf. Gargantua, chap. xxiii et suivants; Pantagruel, chap. m). C'est la lettre admirable du père de famille qui n'a qu'un tort, celui de nommer le chimérique « plasmateur de l'univers ».
Pardonnons cette concession faite au surnaturel devant le bûcher d'Etienne Dolet. Quelques-uns de nos Maçons invoquent bien encore un « grand Architecte », proche parent du Créateur des « «orbonnagres ».
« Il est PhœbuSy Athys^ Adonis... » En outre, Dyonisos « dieu fils de Dieu » (Euripide, Les Bacchantes)^ né au solstice d'hiver. Il combat les Titans (les éléments). Sapassion. A théné rapporte son cœur (Orphée). De même, il est Héraclès, combat de l'homme contre les dieux, contre lui-même (le stoïcien), — contre les forces naturelles, dessèche les marais, extermine les hydres, purifie les miasmes et dissipe l'horreur des bois. Il
triomphe de la mort (Hadès)et ramène Alceste dans le palais d'Âdmète.Sapassion. Mais ici le dieu se sacrifie au bien des hommes. Ce n'est plus « la semaine sainte de Byblos », ni la mutilation du jeune Athys, ni Texécution malpropre de Jésus. Les pathémata orientales sont purement passives, tandis que le Rédempteur occidental agit et soufl're pour améliorer la terre et civiliser ses habitants.
« Jupiter, en été, il reçoit, en automne^ Persephonè.., » Dio. Zio. Hadès. Pluto. La terre inférieure, au déclin de l'année, résorbe les êtres venus à la lumière pendant les saisons heureuses. Le pépin de grenade a pour jamais lié Perséphone au ténébreux époux.
« Les nobles architectes de Dwaravati... » Vicwakarman, guidé aux portes de Dwaravati par Tépervier Garoud'hà, comme Evelpide et Pistétaïros, par la huppe, vers Néphélococcigye (Les Oiseaux.)
« Jésus veut faire un pilou-pilou, en Vhonneur du Saint-Esprit », expliquent-ils aux doux Canaques,
C'est toujours le procédé en honneur chez les prêtres de Cybèle (cf. Apulée. l'Ane d'or, lib. VIÏI).
« D'abord, d'une voix éclatante et prophétique,il s'incrimine faussement et s'accuse de quelques fautes contre les lois de la sainte religion, conjurant ses propres mains de tirer de ce crime une juste vengeance ; et, saisissant un fouet, arme ordinaire de ces demi-hommes, formé de longues torsades en laine,
garni de nœuds et de quantité de petits osselets enfilés, il s'en applique mille coups, et résiste à la douleur des plaies avec une .admirable fermeté. Vous auriez vu la terre rougie du sang que ces infâmes se tiraient en se tailladant et se flagellant : ce qui m'alarmait étrangement'; car, voyant le sang ruisseler à flots de tant de blessures, je tremblais, de même qu'il en est parmi les hommes qui prennent du lait d'ânesse, que, d'aventure, [l'estomac de cette déesse étrangère et vagabonde n'aimât à voir couler le sang d'un âne.
Dès qu'ils furent las, ou du moins rassasiés de se déchirer, ils cessèrent cette boucherie : et lors, quantité de personnes de leur jeter à l'envi des pièces de cuivre et même d'argent qu'ils recevaient dans leurs robes ; d'autres de leur donner un baril de vin, du lait, des fromages, de la farine d'orge et de froment...
C'est ainsi qu'ils parcouraient et rançonnaient tout le pays. Un jour qu'ils étaient dans un château, joyeux d'avoir fait une quête plus abondante, ils veulent se régaler : pour quelques mots de prétendue bonne aventure, ils demandent à un cultivateur un mouton bien gras, afin de Vimmoler à la déesse Syria, fort affamée, disaient -ils.
Et les apprêts du repas terminés ils vont aux bains. Au retour, ils amènent souper avec eux un paysan robuste et propre du bas à tenir contre leurs assauts. A peine ont-ils goûté quelques légumes, qu'ils commencent, devant la table, la scène vigoureuse de leurs obscénités ».
De nos jours, les capucins, les frères de la doctrine chrétienne, les missionnaires n'ont pas d'autres allures que les anciens corybantes. Le Sacré-Cœur, l'imma -
culée conception remplacent, ou pour mieux dire continuent, sous un autre vocable, la Mère des montagnes et le culte d'Athys. Leurs prêtres n'ont pas rénové les moyens d'escroquerie. Mais quand l'ingénu, mâle ou femelle, n'est pas propre à « tenir du bas » contre leurs assauts comme Cécile Combettes ou lo petit Foveaux, ils le chourinent par surcroît.
Il convient^ ainsi que vous le dit M, Alfred Naquet, que les Juifs a protestent ».
Interlaken, le 20 août 1901.
Opposé à tout ce qui divise les hommes, je suis Tennemi irréductible de toutes les religions : aussi
BIEN DE CELLE DANS LAQUELLE LE HASARD m'a FAIT NAITRE
QUE DES AUTRES, j'aspire à l'union complète de tous les membres de la famille humaine, et cette union ne peut s'établir que sur les ruines des cultes. Tant qu'il existera des chrétiens et des juifs, des musulmans et des boudhistes, les préjugés, les rivalités et les haines persisteront et la réaction seule en profitera. Nous devons donc nous proposer, comme objectif essentiel, de déchristianiser et de déjudaïser le pays tout à la fois.
Ceci n'implique pas — loin de là — qu'il faille combattre les croyances par la persécution. Toutes les convictions sont respectables, pourvu qu'elles soient sincères, et il est criminel d'employer la violence contre Vidée. Je ne retire rien à cet égard de ce que j'ai dit
autrefois. Aujourd'hui comme en 1889 ou en 1894, je préconiserais la tolérance et je répéterais avec Béran- Ser :
« Qu'on puisse aller même à la messe «. Ainsi le veut la liberté. »
Seulement, je pense que nous" devons user des moyens de la liberté et, par nos écrits, nos paroles et nos actes, faire comprendre à nos semblables QLIL NE FAIT PLUS « ALLER A LA MESSE », et que rheure est venue de rompre avec toutes les Eglises sans aucune exception. jMais j'estime — je Tai dit à la Chambre des députés en 1895 en combattant l'antisémitisme — que, pour accomplir cette œuvre de démolition, chacun de nous doit faire la propagande antireligieuse dans son milieu. Un catholique qui attaque les dogmes et les rites du judaïsme sera suspect aux juifs ; un juif qui combat les principes et les pratiques du christianisme sera suspect aux chrétiens ; et cette suspicion stérilisera leurs efforts.
Pour que la propagande soit efficace, il importe que le judaïsme soit attaqué par des juifs, le catholicisme par des catholiques, et le protestantisme par des protestants, la libre-pensée réunissant en uu faisceau tous ces lutteurs de l'idée. Je ne puis donc qu'approuver votre attitude.
Malheureusement, je suis en Suisse, malade ; je ne rentrerai à Paris qu'en octobre ; et dussè-je y rentrer plus tôt, je ne pourrais assister à votre banquet, ma santé m'interdisant, hélas, l'action. Mais si physiquement je ne suis pas des vôtres, moralement je suis avec vous, heureux que vous me fournissiez l'occasion d'apporter encore une pierre à l'édifice, en affirmant
une fois de plus mes convictions de libre-penseur.
Je tiens cependant à vous présenter quelques observations relativement aux défauts que vous signalez chez nos congénères et qui, selon vous, favoriseraient le développement de l'antisémitisme.
Les travers que vous dénoncez sont réels ; mais vous vous trompez en les considérant comme caractéristique de la bourgeoisie juive : ils constituent le caractère commun de la bourgeoisie, à quelque race et à quelque religion qu'appartiennent ses membres. Ils sont la marque de l'étape sociale que nous traversons à l'heure présente. Il ne serait pas juste de les attribuer aux seuls juifs. Les bourgeois chrétiens sont tout aussi snobs, tout aussi sots, tout aussi vaniteux, tout aussi enclins à l'ostentation. [Félix Faure n'était pas juif; et cependant nul ne Ta égalé en fait d'ostentation, de snobisme, de vanité et de sottise.
Les cléricaux, pour dériver le courant socialiste et mettre à l'abri leur fortune, s'efforcent de représenter le juif comme le prototype du capitalisme. Vous n'avez garde de prêter le flanc à l'attaque en acceptant comme vraie cette absurdité. Ce serait tomber dans un piège semblable que dénoncer l'ostentation et le snobisme chez les juifs à l'exclusion des chrétiens.
Les religions ne sont pas les seuls éléments de division entre les hommes ; les nationalités sont tout aussi funestes.
Nos patries actuelles — je viens d'achever l'impression d'un livre prêt à paraître pour légitimer cette conception — sont trop petites pour résoudre les vastes problèmes humains. De même que la province s'est fusionnée dans la nation, de même les nations actuelles sont appelées à se fusionner dans les Etats-
Unis de l'Europe, en attendant cette république universelle prédite par le poète :
« République universelle !
« Tu n'es encor que l'étincelle.
« Demain tu seras le soleil. »
Il importe donc de combattre les patries d'aujourd'hui au profit de la patrie de demain ; il faut être cosmopolite comme il faut être libre-penseur.
Ce sentiment de cosmopolitisme ne diminue cependant en rien l'ardent amour que nous avons pour notre pays. Aussi longtemps que dure l'état d'insolidarité actuelle entre les peuples, le plus sacré des devoirs est, pour le citoyen, de tout sacrifier à son pays dès qu'il est menacé.
J'aime pour ma part tous les peuples ; et comme Thomas Payne, comme Anacharsis Clooz, je me sens citoyen du monde. Si mon pays commet des erreurs ou des fautes, je n'hésite pas à le reconnaître ; mais qu'il soit injustement attaqué par des étrangers jaloux et hostiles qui ne sont point encore parvenu au sentiment de la solidarité humaine, je revendique ma qualité de français et je me serre à côté de mes compatriotes.
La même ligne de conduite s'applique aux religions. Jamais depuis ma jeunesse jusqu'à Papparition de M. Drumond je ^ne me suis senti jtiif. Je me senttiis homme, français, républicain, socialiste et c'était tout. Mais depuis que M. Drumond a suscité parmi nous la campagne antisémite, remuant et remettant en fermentation les vieux levains ataviques du moyen-àge, je me suis rappelé que j'étais juif.
Je ne suis pas pour cela revenu a la religion de nos
pères ; il ne saurait dépendre d'un énergumène de modifier des convictions appuyées sur les données de la science, et l'antisémitisme m'a, au contraire, confirmé dans la pensée que les religions sont les fléaux du GENRE HUMAIN. Mais -ma race a les mêmes droits que lés autres à la vie et à la liberté et j'ai considéré comme un devoir sacré de me rapprocher de mes congénères.
Ces pensées sont vôtres. Vous les avez nettement exprimées en flétrissant l'antisémitisme comme il mérite d'être flétri. Mais je tenais à les exprimer moimême, afin qu'il ne puisse se produire aucune fausse interprétation de mon adhésion à votre banquet. 11 ne faut pas que personne puisse nous accuser de trahisan en face de l'arrogance antisémite.
Nous combattons le culte juif comme les libres-penseurs chrétiens combattent les dogmes du christianisme, parce que 'judaïsme et christianisme sont également EN OPPOSITION AVEC LA SCIENCE, ÉGALEMENT
ABSURDES. Nous travaiUous à la fusion de tous les Français par la suppression des cultes qui • les divisent, comme à la fusion de toutes les patries dans Tunité mondiale, par la suppression des nations insolidaires qui les séparent.
Mais tant que la sauvagerie régnera sur la terre ; tant qu'il y aura des Bonaparte, des Bismark et des Chamberlain prêts à opprimer les peuples, nous nous grouperons contre eux sous les couleurs de la France républicaine ; et tant qu'il y aura des Drumond, des Stoeck et des PobiédonotzefF, nous nous unirons aux autres juifs, religieux ou non, pour défendre leurs droits d'hommes contre les criminels ou les insensés qui les combattent.
Tel est bien votre sentiment. L'antisémitisme vous a
fait juifs — car vous ne Tétiez plus — et vous ne cesserez de rêtre que quand cette forme de la réaction aura disparu... ; de même que vous ne cesserez d'être Français que quand la France ne comptera plus d'ennemis dans le monde.
Quant à votre Banquet, à votre courageuse protestation contre des pratiques surannées que seul, le respect d'habitudes séculaires maintient encore, ce sont des actes qui, non seulement sont utiles au progrès général en concourant à Téradication de vieilles erreurs désormais condamnées par tout ce qui pense, mais qui servent les juifs directement.
Les juifs religieux attendent le Messie. Ce Messie, c'est la science qui affranchit les intelligences, élève les cœurs, rapproche les hommes et les patries dans la fraternité universelle, c'est la révolution qui fera disparaître les haines religieuses et nationales en résorbant les religions dans la libre-pensée et les patries dans la patrie mondiale.
Voilà pourquoi, avec le vif regret de ne pouvoir assister à vos agapes fraternelles pour y dire de vive voix ce que je vous écris, je suis heureux d'adhérer moralement nu banquet du Yom Kippour.
Alfrkd Naquet. y^
DIDEBOT
Vhomme de Walkyrie^ le griset irréductible des lupanars subventionnés, M, Leygues (si la pudeur permet de s'exprimer ainsi)., ,
Le ministère des Beaux-Arts ! L'école des Beaux-
MOTES o21
Arts ! Clapiers à Toulousains et qui se valpnt. Une récente vilenie exécutée par ces « pions du beau » est Tezclusion de M. Tony Garnier qui rêvait, étant architecte, de faire autre chose que la maison de Dipmede ' et qui de Rome avait adressé un plan — d'ailleurs tout à fait remarquable de cité ouvrière. La lettre que ^\ voici fut lue au meeting de protestation organisé par ^ le Collège d'esthétique à la salle Noël et Chardon^ le
^'^ vendredi 4S novembre 4901.
quiî
« Encore que je sois aussi parfaitement ignorant des
choses de l'architecture que M. Jean .Lorrain de la
, y syntaxe française ou des bonnes mœurs ; encore que
mon discernement des ordres et des styles ne dépasse
^ , guère l'acquis sociologique du fistuleux Goppée ; encore
que Tarchitrave, le stylobale, la lanterne et le pen-
' .dentif me soient beaucoup moins familiers que les
^ |injures de la presse nationaliste, souffrez que, de
^'^ l'ermitage où m'ont inclus les bontés du ministère
jde l'Intérieur, je commuuie avec vous, ce soir,
de
^ |d'une indignation fraternelle et d'une chaude sympa-
. j^Jhie.
« A votre camarade, Tony Garnier, spolié de son ^avail par les maîtres de l'Ecole, insulté par Larrou
[E. fiiet pour avoir essayé de mettre un peu de vie et de raison dans un art qui stagne et radote, il semble. Incarcéré comme je suis, pour avoir fait hommage au |)on sens, à la pudeur, à la lumière, que j'aie le droit {l'offrir un salut chaleureux et mélancolique de pros-
'i^Wit à exilé.
'^'^1 « Nous sommes l'un et Tautre victimes de la même pypocrisie, de la même bêtise. Les domestiques en
llgaiupons noirs de la Neuvième Chambre et les « pions I 21
du Beau » qui infligent des pensums aux libres esprits, appartiennent à la même famille de pieds plats venimeux, de larbins irréductibles, de Pet-de-loup sans cœurs et sans rognons. Ils expriment, dans leurs officines réciproques, le même état social, gendarmes de la scélératesse ou gardes-champêtres de la médiocrité. Roujon qui bannit la thérapeutique vénérienne du théâtre, parce que cela manque de poudre à la maréchale, ce goujat de Larroumet qui déverse la tinette des lieux communs administratifs sur la tête d'un jeune homme assez audacieux pour avoir tenu compte, dans un édifice moderne, des machines à vapeur, de Tomnibus, du téléphone, de l'ascenseur et de Télectricité, sont la même peautraille qui nous vilipende, nous incarcère, qui nous vole nos femmes et notre pain, qui nous fait insulter par une équipe de magistrats et de folliculaires plus bourbeux que Tégout et plus fétides que le dépotoir à cause que, fils de la Révolution française, nous poursuivons son oçuvre, marchant les bras tendus vers une ère plus humaine, vers la terre promise de l'Anarchie et de la beauté.
« Les pédagogues et les tyrans font ensemble un ménage exemplaire, la déformation des intelligences étant le plus efficace des instruments de règne. Au surplus, la bourgeoisie capitaliste représentée — ô que signifîcativement — par les académiciens, les ministres, les Vadius en place et les Janotus officiels a pour la laideur abjecte et paperassière une incurable amour. Les clers d'huissiers, les vétérinaires, les escompteurs véreux et les geniilàtres cagots, qui fournissent le parlement, qui donne à son tour les ministères, se délectent sincèrement de la hideur. Et, quand ils ontjpercé de longues, de stupidesrues, quand ils ont fait choir des arbres centenaires, violé ce qui
reste encore des nobles cités d'autrefois, ils ne dédaignent pas d'ériger, au milieu des carrefours, des places publiques, un temple grec, un nymphœum latin, quand ils ne dressent pas au faîte des collines ce formidable Sacré-Cœur architecture, semble-t-il, par le marquis de Rambuteau à JBrobdignac.
« Le bourgeois contemporain porte sur sa face Tignominie de ses pensées. Il la cristallise en pierre dans ses habitacles et ses monuments.
« L'éducation de M. Leygues, rudimentaire et provinciale, penche naturellement vers un classisme de collège ; il se souvient encore des tragédies qu'il a vues au théâtre de Villeneuve et tire quelque importance d'avoir feuilleté le Concionnes que traduisit Bitaubé. Ce griset jeté par la politique dans les boudoirs subventionnés rêve, pour faire son quart de grand Turc, à des lieux aussi beaux que la préfecture de son endroit. Il ambitionne de mener les blettes Walkyries de l'Opéra, les cuisses mûres des « princesses déplorables » qui vibrent chez Claretie, dans ïatrium de la Maison carrée ou dans le pronaos du temple de Mycène. De môme, Deschanel, aûn de colloquer ses baignoires d'argent, son baptistère et sa pommade, ne voit rien de plus congruant qu'une colla pompéienne rehaussée d'esprit nouveau et de modem style, avec un oratoire gothique et des latrines pompadour.
« David a mis pour trente ans d'Hersilie dans les boites à couleurs », dit le Chassagnol des Concourt. Frantz-Jourdain, Técrivain mordant et passionné de VAtelier Chantorel, a montré quel acharnement les maîtres et les confrères déploient contre un jeune homme suspect d'originalité.
« Le style de David règne toujours sur le goût national : c'est lui qui donne pour sujet aux concours do
peinture des matières à mettre en vers latins. C'est lui qui harnache d'une sorte ridicule, pipos et saint- Cyriens, presque aussi répugnants pour leur costume que pour leur iinentalité.
« L'atelier Chanlorel sévit toujours et M. Larroumet en fait les commissions.
« Il faut savoir gré à la Revue naturiste, à Franlz Jourdain qui, mieux que personne, connaît les révoltes et les misères de l'artiste indépendant, à Mirbeau, glorieux pamphlétaire qui stigmatise l'ignominie contemporaine avec les lanières de Juvénal et le fer rouge de Swift, de s'être unis dans un môme but de délivrance et d'équité. Leur protestation contre le déni de justice infligé à Tony Garnier portera ses fruits, hâtera, dans l'ordre esthétique, les revanches, les conquêtes légitime que nous poursuivons tous de même dans Tordre économique, intellectuel et social.
Laurent Tailuade.
ATHENA
€ .., en son livre nourri de faits et d'une si lumineus critique, M, Aulard.,. »
Le Culte de la Raison et le culte de l'Etre suprême, (1792-1794) essai historique par F. A. Aolard, 1 vol in- 12. félix Alcan, éditeur 1892. C'est un compendium érudit et brillant de tout ce qui fut imprimé, dit ou chanté, â Paris comme en province, et se rattache au culte éphémère dont la pompé de Notre-Dame fut la plus éclatante manifestation.
« ... Le génie achéen, a la foi industrieux et batailleur 9.
La Religion^ par André Lefèvre. 4 vol in-12. C. Rein- Vald et C*% éditeurs, J892.
« ... la Convention affirme ses doctrines dans V ordre purement intellectuel ».
1793. — Les faits de Vannée. Michelet. Mignet (la suite de^ événements) Lamartine, Louis Blanc (Jugements) QuiNET ne peut servir. 11 méprise les hébertistes et s'en tient à l'idée politique que les français auraient dû se faire protestants. C'est Mignet qui marque le mieux la situation.
l**" août 4793. — Rapport d'Arbogaste pour le système métrique.
5 septembre. Gouvernement révolutionnaire jusqu'à la paix.
Novembre. Abjuration de l'évêque de Paris. Le 11, fête de la Raison. .
A. Le mètre. Système des poids et mesures, décimal, se rapporte à deux abstractions :
1° Le chiffre 10, moyen de calcul, remplace le chiffre 12 pris aux phénomènes extérieurs.
2o Le gramme (eau distillée) remplace les livres, lihra, onces, as, des Latins.
Bonaparte a Sainte-Hélène, dans son Histoire du Directoire, ne manque pas (la brute !) de reprocher aux révolutionnaires d'avoir abandonné les anciennes mesures, « si bien appropriées aux usages humains, façonnées aux divisions du corps j). Esprit concret de ce pauvre homme de lettres. Sa non-valeur scientifique.
B, Le calendrier républicain. Août 1793. Mis en vigueur, le 22 septembre (dernière sans-culottide veille, du premier jour de l'an : 1 vendémiaire). « Pour la première fois, l'homme eut la mesure du temps » (Michelet). Ce
calendrier est de Romme. Fabre d'Eglantine a donné les noms des mois. Les mois, désignés par les phénomènes météorologiques et non plus par des dieux ou des astres. Les semaines (décades), par les instruments d'agricultureo u d'industrie. Les jours, par les végétaux. Le cinquième jour, par les animaux.
C. La déesse Raison. Les faits, dans Georges Avenel (Anarchis Clootz, t. II) Michelet trouve « ennuyeuse » la cérémonie à Notre-Dame. Il a un faible pour le futur Etre suprême. Cependant c'est lui qui, le premier a mis en valeur les hébertistes.
L'abjuration de Gobel a-t-elle suivi ou précédé de quelques jours la fête de la Raison ? Ce qu'il y a de certain c'est que cet évoque vint trouver Chaumette, que Chaumette le conduisit à la barre de la Convention avec son clergé. Gobel fut guillotiné en germinal, avec Chaumette, la veuve d'Hébert et celle de Camille Desmoulins. Mécontentement de Danton « aux mascarades antireligieuses de Chaumette et Gobel ».
Les temples de la Raison continuèrent à s'ouvrir dans toutes les armées, surtout celle du Rhin, sous le règne même de Robespierre.
«... le logos de Platon analogue à la rouach des sémites ».
Le Logos Christ. Reprendre la théorie des Idées (qui, sans doute, est de Pythagore) dans la République de Platon. Ce morceau n'a de valeur pour nous que comme amorce de la théorie kantJste sur la relativité de la connaissance humaine.
Au contraire, dans le spiritualisme, il est la base de la certitude arbitrairement attribuée à la raison, le monde sensible n'existant que comme reflet du monde intelligible. Tout cela paraît oriental.
L'institut pythagorique est un ordre religieux. Platon apporte dans Athènes le régime des castes! Aussi Auguste Comte n'attribue à Socrate et Platon d'autre valeur que celle de précurseurs du catholicisme- Sa mansuétude croit leur faire plaisir par cette flétrissure.
Identité du logos et de la rouach hébraïque.
Confusion dans le christianisme de l'Esprit et du Fils. Les gnostiques essayent de mettre un peu d'ordre dans Taffaire. Leur émanation comble la dis* tance infinie entre TEtre absolu et le Monde matériel ; il n'y faut pas moins de dix-sept éons. Deux Sophia,. Sophia IlpoiXT^ ; la raison pure (la hôgma des sémites). Sophia AEUTspTj (la tebouna des sémites) la raison pratique. Matter {histoire du gnosticisme^ 3 vol. d843), y retrouver l'histoire de Christos (distinct de l'homme Jésus) et né d'une larme de Sophia Acharamoth.
Le concile de Nicée amalgame ces apports disparates» formule cette incroyable Tritiné dont les trois termes ne sont pas de même logique. On comprend la Trimourti : Création, Conservation, Destruction, — on comprend la Trinité égyptienne : le Père, la Mère et l'Enfant — ou le Soleil, la Terre et THomme — ou l'Univers, la Matière et la Pensée (Wishnou, Brahma, Civa — Osiris, Isis, Horus). On ne comprend pas le Père, le Fils et le Saint-Esprit.
Théorie de la raison, chez les cartésiens.
Théorie de la raison, chez Hegel :
Faculté qui saisit l'Absolu. Voir la réfutation de Taine (Philosophies classiques du xix* siècle).
« ... derrière ce fou sublime je vois la déesse éternelle ». La Bible de V Humanité, par Michelet, (ï vol. in-12, Chamerot éditeur, 1864. Galmann Lévy, 1898).
« ... la vierge poliade et la ville d'Erechtée eurent à V avenir un mêmù glorieux destin ».
L'Erechtéïon est le vrai temple, le palladium.
Le Parthénon est un temple votif à la déesse abstraite, riapOsvoç.'
Diverses Athéna à Athènes :
A. Pallas de l'Erechtéïon.
A. Promachos de TAcropole.
A. Parthcnos du Parthénon. '/
A. Hygia de l'Acropole*
A. ^Nikéy NiképhoroSf temple de la Victoire aptère.
Assimilation à Pallas, la guerre. Assimilation à Menerva, Ménephron des Etrusques. Déesse de la raison et de la guerre.
Pierre LafQtte attribue la rigueur rationnelle de Tart, de la politique et de la science chez les grecs à ce que, pour la première fois, une société se fondait sur la spéciahté militaire. Tout grec, soldat. Mais aussi (Voltaire. Dict. pliilosophiquef art. Xénophon), tout grec était poète, artiste, philosophe, citoyen, voyageur. Absorption de la spécialité militaire dans la civilisation.
«... fonde le droit, aboli pour toujours le règne détesté d? la grâce ».
Athéna éponyme personification de la Cité [(Mighe- LET, /oc. cit).
Développement de la république d'Athènes :
,i. SoLOiN. La Loi possible. « Je leur ai donné, non les meilleures lois, mais celles qu'ils peuvent supporter «.