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dénoncé , et de forfaits plus noirs encore. C'est le résultat inévitable de nos convulsions politiques , c'est le triste héritage d'une longue révolution ; il faudrait être bien aveuglé pour le nier... Il est donc très possible que le dernier attentat appartienne à quelque homme de cette classe... mais qu'il y a loin encore d'ime telle origine à toutes les assertions de l'adresse! car combien de variétés admissibles dans la manière dont le crime a pu se former î Peut-être n'est-il en effet que l'acte d'un individu isolé, d'un fanatique solitaire , d'un insensé même ; et plusieurs des circonstances de l'action , le défaut si marqué de combinaison et de but, ne semblent-elles pas indiquer ce caractère de délire dans son auteur? Peut-être des motifs étrangers à la politique ont-ils pu contribuer, même chez un révolutionnaire, à cette résolution funeste ; peut-être ne voulut-il que répandre des alarmes sans créer un danger véritable....
Pourquoi donc supposer sans nécessité , contre ces premières vraisemblances , un attentat entièrement politique , un projet déterminé de parricide^ un projet concerté avec un grand nombre de complices, un vaste complot ^ en un mot, lié même à lous les complo ts précédens ?
Quel est ce besoin inquiet et malheureux de venir sur-le-champ agrandir chaque crime, de trouver des complices à chaque coupable , de transformer en conspiration permanente chaque trait passager d'audace ou de folie?
Est-il donc permis à des hommes religieux et mo-
^^-^ IMSCOUilS
raux d'affirmer ainsi sans preuves dans les matières les plus graves, de risquer la calomnie, même envers les individus ou les i)artis les plus justement suspects?
Est-il convenable pour de sages législateurs de frapper ainsi sans cesse l'imagination des ^nitoyens, de ces terreurs paniques, si éminemment propres à réaliser les dangers qu'elles supposent?
Est -il politique et patriotique tout ensemble de présenter sans cesse notre France à l'Europe, dans cet état de conspiration étendue, permanente, redoutable?
A quoi n'exposons-noiis pas même la dignité de cette auguste assemblée, au cas où nos affirmations se trouveraient subitement démenties par l'instruction judic iaire, où il n'y aurait au moins aucune proportion entre l'insignifiance du résultat découvert , et l'emphatique solennité de nos annonces ?
Si encore la faction révolutionnaire était seule l'objet d(^ ces dénonciations orématnrées, exagérées, l'inconvénient de l'exagération pourrait être moins vivement ressenti; mais peut-on se dissimider. Messieurs, qu'il existe ici un trop constant et trop fatal mésentendu ; qu'on affecte sans cesse de confondre cette faction révolutionnaire avec l'opposition simplement constitutionnelle , les doctrines vraiment séditieuses avec les doctrines noblement libérales? Avons-nous pu perdre la mémoire de ces écrivains autorisés par la censiue , de ces ministres à la tribiuie, de ces procureurs-généraux dans leurs réqiii-
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siîoires, traitant de factieux et de conspirateurs ceux qui n'ont eu d'autre tort que de repousser , appuyés sur la raison et Ja Charte , les projets successifs et contradictoires de changement dans la loi des élections? Pouvons-nous fermer les veux sur ces articles de journaux si furibonds et si absurdes , qui dans ce moment même exploitent à fenvi iattentat qui nous occupe , s'en servent pour calomnier les amis les plus purs d'une liberté légitime?
Le ton vague et déclamatoire de l'adresse, qui définit si mal les complots qu'elle dénonce, est-il propre à dissiper cette confusion funeste ?
Ne semble-t-il pas l'autoriser au contraire? N'invite-t-il pas à rattacher aussi aux vastes iJancs de la conspiration permanente, au momspar inclaction,pav voie de conséquence (*), comme disent certains esprits, et cette minorité de l'assemblée, et cette majorité de la nation , qui ont le malheur de professer des opinions différentes de celles des rédacteurs de l'adresse ? Voulons-nous donc nous prêter complaisamment à ces accusations équivoques, toutes prêtes à se retourner contre plusieurs d'entre nous, contre nos plus respectables commettans? Irons-nous risquer de blesser de nouveau ce sentiment , cet honneur national , déjà trop avertis par de précédentes et injurieuses atteintes ? Et n'est-ce donc pas assez que déjà, l'an passé, à l'occasion d'un attentat universellement détesté, de quelques choix inconve-
* Discours de M. ilibard.
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nans, de quelques exagérations poliliqi>es, inévitables dans un vaste système de représentation nationale, qui n'étaient que l'erreur de quelques individus , et dont l'autorité pouvait si facilement se garantir, l'immense majorité de cette nation, qui ne veut avec la dynastie légitime que la liberté constitutionnelle, se soit vue tout-à-coup misérablement compromise, placée dans une sorte de tutelle par les lois d'exception, par Fannéantissement de ses droits électoraux , réduite à l'impuissance presque absolue d'exprimer et de faire triompher ses volontés véritables? n'est-ce pas assez, dis-je, sans que cette même majorité soit encore périodiquement accusée, insultée , à chaque trait nouveau de crime ou de folie qui vient à sortir du sein d'une population si nombreuse, comme si elle pouvait l'empêcher; comme si elle avait à en répondre; comme si la cause sainte de la liberté qu'elle professe, devait , plus que celle de la religion elle-même, rester compi-omise et souillée par les excès de tous les genres que des scélérats ou des fanatiques peuvent se permettre en son nom !
Ce n'est pas tout. Messieurs, et un autre inconvénient de votre adresse vient en ce moment frapper ma pensée; il doit frapper la vôtre bien davantage encore ; ce sont les récriminations que peuvent déterminer de semblables accusations; c'est le nouvel et funeste aliment qu'elles peuvent offrir à l'esprit de parti. Doutez-vous en effet que des conjectures téméraires dans un sens ne provoquent des
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conjectures également téméraires dans un sens opposé? Doutez -vous qu'une partie de la population ne fasse la remarque si naturelle, que s'il est une faction révolutionnaire capable de tels attentats, il se trouve aussi des intiigans, des ])ommes de parti très capables à leur tour de provoquer à ces attentats, de les créer au besoin pour les attribuer à des adversaires, pour ex})loiter les alarmas qui doivent en naître , pour faire adopter sous leurs auspices des idées anti-nationales , que l'opinion repousserait dans des temps plus tranquilles?
Manquera-t-on de vous rappeler que cet esprit d'intrigue et de parti n'a cessé de se manifester depuis l'origine de nos institutions, de troubler la marche du gouvernement du Roi ; qu'il a été plusieurs fois l'objet de ses dénonciations les plus expresses? que c'est à lui, surtout qu'est dû l'usage si odieux des agens provocateurs; mais que l'emploi qu'il en a fait n'a jamais été plus marqué, plus autorisé que dans ces derniers temps? — Ainsi a-t-on vu récemment un nommé Vauversain, espion de police, autrefois signalé comme septembriseur, attiser le feu si dangereux des attroupemens des 4 et 5 juin. —Ainsi, le même Vauversain et un autre agent provocateur ont seuls poussé au crime l'infortuné Millard, et déterminé par leur seul témoignage sa condamnation à une peine capitale. — Ainsi encore c'est un Leydet , autre agent de je ne sais quelle police, qui, sous les yeux de tout Paris, au scandale de la population entière, a été surpris
provoquant de la manière la plus honteuse à un attentat absolument semblable à celui qui nous occupe, celui de Gravier et Bouton
Et maintenant, vous dira-t-on, de l'excitation à de tels crimes y a-t-il loin à les commettre soi-même?
Qui peut répondre que les mêmes directeurs d'intrigues, qui se sont aveuglés sur l'infamie de la provocation , ne s'aveuglent pas aussi sur celle de l'exécution directe? Cojiibien de circonstances singulières dans le dernier attentat qui semblent indiquer la mystérieuse influence de semblables directeurs! le choix du lieu, un intérieur de palais sévèrement gardé, où il devait être si difficile à des révolutionnaires de s'introduire, tandis que des iutrigans d'un autre genre pouvaient plus facilement s'en ménager l'accès; la nature même de l'explosion , qui , destinée à effrayer l'imagination plutôt qu'à menacer l'existence, ne devait pas remplir les vues du génie révolutionnaire , mais pouvait pleinement suffire à celles de l'esprit d'intrigue ; la coïncidence enfin très remarquable d'un tel attentat avec plusieurs évènemens politiques dont des hommes de parti se montraient alors fort occupés : c'était au moment même où la conspiration du 19 août s'agitait à la Chambre des pairs, où sa poursuite n'y marchait pas au gré de certains esprits impatiens, où un supplément d'instruction qui devait compromettre d'importans personnages était rejeté, où cette Cour des pairs, par son impartialité, sa sagesse, se montrait de plus en plus digne de sa haute
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destination; quand il a pu paraître utile à des hommes dont une telle modération contrariait les passions de troubler subitement les esprits par de nouvelles terreurs; quand ils ont pu s'abuser même sur la criminalité de la tentative, par l'espérance
que nul danger véritable ne devait en résulter
Prenez garde. Messieurs, je suis loin d'affirmer que de telles conjectures soient fondées; je suis loin de nier qu'elles n'aient aussi de graves inconvéniens; qu'on ne puisse cruellement en abuser pour chercher à compromettre dans l'opinion, des serviteurs fidèles, des hommes vénérables, placés par leur rang et leurs vertus au-dessus de tous les soupçons; mais je dis que vous les provoquez par vos conjectures précipitées, et téméraires dans un autre sens; je dis que vous leur donnez une sorte d'autorisation, et je vois là un nouveau et pressant motif d'imiter la sage réserve du message de Sa Majesté , d'attendre en paix les résultats de l'instruction judiciaire.
Enfin, Messieurs, le dernier, le plus grave inconvénient à mes yeux de tout ce système, qui tend à exagérer l'attentat, à le présenter comme une dépendance d'une vaste et permanente conspiration, c'est que, pour une foule d'esprits ardens, ce ne sera point une vaine et stérile spéculation. Ils s'enflammeront à l'aspect de ces dangers prétendus; ils s'occuperont sans délai des moyens pratiques de les conjurer; ils seront inévitablement entraînés à chercher ces moyens dans de nouveaux déveîoppemens
de sévérité , de nouveaux bouleversemeus de Tordre établi. Si de telles conséquences ne sont pas positivement exprimées dans l'adresse, elles y sont au moins, j'ose le dire, renfermées en germe; elles en seront bientôt tirées et fécondées. Et déjà, en effet, n'avez-vous pas vu plusieurs journaux vous dénoncer les lenteurs de la justice? n'avez-vous pas entendu dans la séance d'hier un honorable député, dont je respecte profondément la piété sincère^ mais qui, je crois, comprend mal les questions de la tolérance religieuse, vous demander les lois les plus sévères pour réprimer toutes les atteintes à sa croyance? N'avez-vous pas entendu le jour précédent un autre honorable député commencer à faire retentir cette tribune de ses plaintes amères contre les manquemens du ministère ? Ne doutez pas que d'autres accusations ne succèdent bientôt à la sienne..... mais quelles accusations? Vous en remarquerez la tendance... Est-ce pour ses fautes véritables que ce ministère est à la veille d'être ainsi poursuivi ? pour s'être placé dans la dépendance d'un parti , pour avoir déployé le ,luxe de l'arbitraire?... non, mais précisément poin- n'avoir pas assez prévariqué dans ce genre, pour ce qu'on appelle la faiblesse et la
mollesse de son administration
Oui, on osera vous dire qu'un tel gouvernement n'est pas suftisarament armé contre les factieux, quand à ses pouvoirs ordinaires, déjà si étendus, il joint tant de pouvoirs extraordinaires et inconstitutionnels; quand nous avons laissé déposer dans ses
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mains la liberté individuelle, la liberté de la presse, presque tous nos droits électoraux; quand il se voit entouré et secondé par une garde si nombreuse, une police si active, des fonctionnaires si dévoués ou plutôt si dépendans î
. On osera ajouter que si une grande autorité lui lut confiée, au moins il ne s'en est pas servi assez
largement, assez énergiquement lorsqu'il a fait
de la censure l'usage que vous savez; lorsqu'il a employé la force militaire, comme vous l'avez vu dans les troubles de juin; lorsque les inquisitions de sa police s'étendent sur nos relations les plus intimes et les plus sacrées; lorsqu'il s'est assuré, par ses menaces corruptrices de destitution, la dépendance servile de tant de fonctionnaires publics, soit dans leurs votes électoraux , soit dans leurs votes législatifs; lorsque, surtout dans l'enceinte de l'administration judiciaire, il nous inonde depuis un an de procès politiques, toujours dirigés dans le même sens, en négligeant les poursuites les plus indispensables dans un sens opposé; lorsque, dans la plupart de ces causes, et les réquisitoires de ses avocats-généraux , et les résumés de ses présidens d'assises , et le choix arbitraire des jurés par ses préfets, et l'admission inouïe d'agens provocatems au nombre des témoins, ont semblé se réunir pour former contre de malheureux accusés la conspiration la plus redoutable tout cela n'est point encore assez; c'est de
la mollesse administrative, de la négligence, presque de l'impunité Bon dieu! Messieurs, que
veulent-ils donc ceux qu'un tel système de l'épres-
sion n^ pas encore satisfaits? apparemment
sans doute qu'on sacrifie les dernières formes de la justice, les derniers restes de nos libertés; qu'on érige des tribunaux, extraordinaires, ou p'utot que, cessant même déjuger on recommence à proscrire,
à déporter Vous avez beau frémir, vous avez
beau désavouer de telles conséquences; elles peuvent n'être point dans vos cœurs , elles sont au fond de vos opinions; c'est à de tels excès que conduisent inévitablement vos accusations sans fondement et sans mesures ; telle est l'infaillible pente de l'esprit de parti, que votre Adresse tend à exalter; et voyez si elle-même déjà ne consacre pas en termes formels presque tout ce cruel délire lorsqu'elle appelle le régime que j'ai décrit laie clémence dont on abuse; lorsqu'adressant ses intempestives leçons au Monarque lui-même , elle ose lui demander que le règne de la véritable justice s'établisse enfin,... Ah! je le répète, Messieurs, est-ce donc là ce langage de paix et d'union, qu'à l'ouverture la séance les rédacteurs de l'adresse nous avaient fait espérer? Sont-ce surtout ces engagemens de modération qu'au commencement de la session vous nous annonciez de toutes parts , et qu'il nous était si doux
de croire?
Mais en manquant à vos promesses , atteindrezvous même le but politique que vous vous proposez ? Est-ce ainsi que l'on reconquiert en France l'empire de l'opinion aliénée? est-ce ainsi que vous
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dissiperez les dangers dont vous croyez la monarchiemenacée? ^Waconjtirationpermanente dont vous parlez tant pouvait être créée , ne serait-ce pas en vous obstinant de cette manière à la supposer existante , en la poursuivant par de telles mesures , en plaçant la nation tout entière dans cet état d'accusation, d'exhérédation politique? Et quelle leçon plus instructive en ce genre que l'expérience même de ces derniers temps ! carn'est-ce pas depuis que des alarmes exagérées nous ont comme entraînés hors des routes constitutionnelles , que nous avons vu l'esprit de mécontentement se répandre ? les conspirations vraies ou supposées se multiplier, et des agitations périodiques succéder à la tranquillité si précieuse des années précédentes?.,..
Hâtons-nous donc. Messieurs, de purger l'adresse qui nous est soumise de toute cette politique téméraire , exagérée , dangereuse ; hâtons-nous de la réduire à ces sentimens de loyauté qui doivent seuls la caractériser. Fortifions même sur quelques points l'expression de ces sentimens si chers à nos cœurs ; car , si j'ose le dire , trop détournés ou trop desséchés par leurs spéculations politiques, les rédacteurs de l'adresse me paraissent s'être trop neu livrés aux émotions touchantes qu'un tel événement devait inspirer. Non, ils n'adressent pas à notre auguste Monarque des hommages assez respectueux et assez tendres ; non, ils n'ont point fait ressortir, comme on pouvait l'attendre, sa fermeté si noble au milieu de l'épreuve qu'il vient de subir. Ah! de quelque côté