‹ Discours de Camill Jordan, précédés de son élogeChapitre 60 sur 63 · FRAGMENS · texte numérisé non relu

FRAGMENS

On ne parle pas d'autres inexécutions moins importantes de lois ecclésiastiques , quoique moins abusives cependant.

Mais que répondront les ministres sur de telles violations ou inexécutions de lois existantes, que tout leur commandait de respecter?

S'ils allèguent que plusieurs de ces lois leur semblaient vicieuses, obscures, difficiles à exécuter, propres à tomber en désuétude, pourquoi ne venaient-ils pas en solliciter auprès des Chambres la réforme, la modification ou l'interprétation?. . .

Il est facile, dès-lors, de prévoir comment se sera exercée l'influence administrative.

C'est la seconde partie de l'examen que j'ai annoncé.

On comprend de quoi se compose cette influence administrative.

Elle s'exerce surtout par la nomination aux emplois religieux, laissée aux mains de l'administration. — Par les témoignages de sa faveur ou de sa disgrâce envers les membres du clergé. — Par les instructions secrètes et publiques qu'elle leur adresse. — Par la direction de l'opinion sur les matières ecclésiastiques, à l'aide des écrivains dont elle dispose.

On conçoit toute la force de semblables ressorts, lorsqu'ils sont maniés par un gouvernement vigilant et ferme.

Ils n'ont presque jamais manqué leur effet contre

d'ubt discours. 359

les préventions les plus persévérantes du clergé catholique.

Il en est une foule d'exemples dans i'iiistoire

Mais quel exemple plus remarquable surtout que sous Bonaparte!....

Quelles modifications étonnantes obtenues à Rome et en France!

Tout ne promettait-il pas à la restauration , une influence sur le clergé plus grande encore, et surtout plus légitime?

Jamais circonstance plus favorable à une bonne direction religieuse.... Un roi légitime et pieux. — Un clergé éprouvé et d'une régularité remarquable. — Les peuples disposés à une religion éclairée et sincère.... Des mœurs publiques et privées certainement meilleures que sous l'ancien régime.

Mais, il est vrai, il fallait aussi une vigilance et une fermeté spéciales, contre certaines difficultés spéciales, attachées à la promulgation d'une charte, à la fondation d'un gouvernement libre en présence d'un clergé catholique.

Il fallait s'attendre à voir se développer dans une attitude hostile une foule de préjugés trop naturels aux ecclésiastiques dans une telle situation.

La haine exagérée d'une révolution où ils avaient tant souffert.

L'espoir que la restauration du trône devait être la contre-révolution tout entière.

L'ardent désir de voir renverser les piincipaux

36o FRAGMEÏfS

résultats d'une telle révolution, de rçcouvrer surtout des privilèges et des biens perdus.

La prévention contre l'établissement d'un gouvernement représentatif et pondéré, en contradic-tion avec ces professions de droit divin et de pouvoir absolu, dans lesquelles tout le clergé a été nourri, entretenu depuis le siècle de Louis XIV.

La haine de la tolérance civile qu'on affecte de confondre sans cesse avec l'indifférence religieuse.

L'exagération des désordres moraux de la société, sur le seul fondement que le clergé la trouve trop peu soumise aux enseignemens arbitraires.

La crainte des lumières du siècle, comme favorisant les progrès de l'incrédulité.

L'inclination surtout à s'allier avec tout ce parti de mécontens politiques, dont les transactions constitutionnelles devaient blesser les intérêts, et qui, lui-même, devait être fort empressé de flatter le clergé, de s'en faire un allié, un appui, un instrument.

Il n'est pas un seul de ces préjugés qui bientôt, en effet , ne se soit éveillé et n'ait commencé sa lutte contre l'administration.

Qu'a-t-eile fait pour les combattre et les modifier avec tant d'armes que lui fournissaient l'intérêt privé, la raison publique, les plus purs enseignemens de la religion elle-même?

Mais , depuis le 5 septembre lui-même , c'est-à-

d'un discours. 36 1

dire à l'époque la plus favorable , les ministères qui S€ montraient fermes et constitutionnels sur d'autres points , n'ont cessé de témoigner, sur toutes ces questions ecclésiastiques , la plus déplorable condescendance.

C'est alors même qu'on a laissé flétrir l'ancien concordat ; que , sans nécessité , on en a négocié un nouveau anti-national sous tant de rapports; qu'après l'avoir abandonné , on a paru le reprendre par l'arrangement le plus bizarre ; que , loin de réprimer des évéques qui, dans des communications illicites avec Rome , avaient fait les peintures les plus calomnieuses de l'état de la religion et de la société, on les a récompensés , au contraire , en les plaçant partout à la tête des diocèses; qu'on a également toléré et presque honoré, chez quelquesuns d'entre eux , les déclamations les plus violentes contre les lois de l'état sur la tolérance; qu'on a laissé dépendre presque toutes les nominations d'une grande-aumônerie, sans lumières, sans responsabilité.

C'est alors, dis-je, qu'on a laissé se confirmer sans exception tous les préjugés que nous avons indiqués , non-seulement contre les institutions fondamentales , mais contre l'administration elle-même, en sorte qu'elle ne trouvait qu'anathême et résistance dans la grande majorité du clergé.

Nul doute aussi qu'une direction si fausse du clergé n'ait puissamment contribué au déplorable changement que nous avons récemment éprouvé dans nos institutions et dans l'administration.

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Et , depuis , qifel redoublement nouveau de timidité dans la marche du Gouvernement envers le clergé , d'audacieiise domination dans les préjugés de ce clercjé !

Point de lutte où le ministère soit plus faible, et doive chaque jour le devenir davantage.

On peut en juger par les écrits récens, par les mandemens des évéques , par les influences ecclésiastiques dans les dernières élections, par le ton luimême des rapports de la commission.

En effet, si l'esprit qui domine dans ce rapport vient à pénétrer dans l'administration, voyez les conséquences qui doivent en résulter.

Qu'on se représente ce que seront les successeurs des prêtres actuels , formés dans les petits séminaires , tirés des conditions les plus obscures , élèves chaque jour plus dociles du jésuitisme qui nous envahit.

Voilà, on le répète, le vrai point de vue sous lequel la Chambre , ou , au moins , cette portion de la Chambre qui tient aux institutions constitutionnelles, aune direction morale de l'établissement religieux , doit envisager le vote qui lui est demandé.

Y aurait-il , de sa part , la moindre prudence , dans de telles circonstances , à augmenter les dépenses du clei'gé.

Ne doit-elle pas plutôt, par le refus de son vote, une sévère leçon bien moins au clergé lui-même , qui n'a fait que suivre ses préjugés naturels , qu'au ministère , qui est ici le vrai coupable ?

D'uif DISCOURS. 363

Combien une telle sévérité , conforme aux vrais intérêts de l'Etat , l'est aussi à ceux du clergé et de la religion. Car pense-t-on que la véritable opinion nationale nous soit transmise par ces vœux des conseils généraux de département , dont nous a parlé M. de Bonald ; qu'elle ne soit pas, au contraire, entièrement conforme à celle que nous venons ici d'énoncer ? . .

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