DUN DISCOURS
pays et la raison de tous les siècles , avait exigé que nul fonctionnaire ecclésiastique ne commençât ses fonctions sans s'être engagé par seiment à la fidélité envers le gouvernement et les lois de l'État
Eh bien! ce qu'on demandait sous l'usurpateur, on n'osait plus le demander sous le gouvernement légitime. Tous les curés entrent en fonctions sans serment envers l'État. Les évéques seuls prononcent une formule antique et inconnue d'engagemens particuliers envers le roi.
On n'ose demander ce serment à la Charte, que nous prétons tous. On semble vouloir respecter les scrupules les plus absurdes, les plus séditieux en ce genre.
D'autres lois avaient formellement autorisé à ordonner l'appel d'abus, si nécessaire pour contenir le clergé dans Tenceinte des lois spirituelles qu'il reconnaît , dans la soumission à l'autorité temporelle.
Eh bien! il est entièrement tombé en désuétude; il est comme aboli, de deux manières, d'abord par l'extrême difficulté de recourir de tous les points du royaume, et dans tous les cas particuliers, au seul tribunal qu'on persiste à présenter aux oppiùmés, le Conseil d'État ; en second lieu, par l'habitude qu'a prise ce Conseil, de ne plus admettre les pourvois de ce genre , de se refuser à juger des
questions qu'en effet il ne peut entendre De là
une triple anarchie , résultant du despotisme des évéques sur les prêtres , de l'insubordination des prêtres envers leurs évéques, des prétentions exa-
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gérées des uns et des autres envers les fidèles qui
leur sont soumis De là défaut complet d'unité
dans la conduite générale et la discipline du clergé. Ici les anciens constitutionnels sont forcés à se rétracter et à se démettre; là ils sont laissés en paix, comme sous le régime impérial. Ici le jansénisme est ressuscité et poursuivi; là il est complètement oublié et toléré. Ici la loi d'un silence prudent est observée sur tout ce qui touche aux biens d'ecclésiastiques ou d'émigrés , dans les rapports intimes des pasteurs avec les peuples ; là on interroge et on force à la restitution. Ici tolérance, prudence, longanimité dans toutes les questions relatives au refus des sacremens; là, rigueur, sévérité excessive.
Ce n'est pas tout; d'autres lois encore ont voulu que nulle congrégation ne s'établît sans être autorisée par la loi
Eh bien ! prèsde deux cents peut-être sesont établies, subsistent depuis des années sans cette autorisation , sur de simples examens et permissions provisoires.... A la vérité, on vous dira qu'on est à la veille de demander aux Chambres cette autorisation pour un grand nombre.... Mais pourquoi ne l'avoir pas demandée plus toi:?.... La demandera-t-on surtout pour plusieurs dont on paraît ignorer l'existence, sous les prétextes les plus frivoles, et qu'on n'a soumises à auctm de ces examens provisoires.
Quel scandale, en particulier, que l'ignorance où Vo^ affecte de paraître sur l'existence et les progrès de la congrégation la plus formellement réprouvée
d'un discours. 3^7
par nos lois anciennes, la plus contraire à nos institutions nouvelles , la plus repoussée par l'opinion générale, la plus dangereuse pour la paix publique!.... Je veux dire celle des jésuites, en possession déjà de plusieurs petits séminaires, d'une maison professe à Paris, embrassant, par ses affiliations et ses congrégations, une si grande partie du clergé et des fidèles!
Essaiera-t-on d'affaiblir un tel scandale en prétendant que la loi ne fournit aucun moyen pour les reconnaître et pour les réprimer? Comme si la notoriété publique ne suffisait pas ici, comme si le bon sens n'indiquait pas une première précaution , qu'on n'a pas même prise, celle d'interroger catégoriquement les membres de ces séminaires et de cette maison professe que j'ai indiqués , sur leurs rapports avec l'ordre des jésuites, afin de connaître et de publier l'aveu ou le désaveu qu'ils feraient de ces rapports.
Enfin on sait que c'est le vœu positif de nos lois, que l'éducation ne soit pas aux mains du clergé ; il n'en est pas une attestation plus authentique que l'existence de l'université
Eh bien ! qu'on ose dire si ce vœu n'est pas ouvertement violé par la seule extension abusive des petits séminaires , par leur déviation évidente du but primitif de nos institutions , puisqu'il n'est plus un enfant dans l'État, quoique non destiné à l'état ecclésiastique, qui ne puisse y être envoyé, élevé, sous la seule influence du clergé, sans aucune inspection ni de l'université ni de l'État.