‹ Discours de Camill Jordan, précédés de son élogeChapitre 62 sur 63 · DISCOURS DE M. DE SAINT-AULAIRE · texte numérisé non relu

DISCOURS DE M. DE SAINT-AULAIRE

PRO:>fONCÉ PAR M. DE SAINT-AULAIRE.

Ce n'est pas seulement pour sa famille, pour les anciens amis de sa jeunesse que la mort de Camille Jordan est une perte irréparable.

hes vertus de son cœur , les qualités de son esprit et de son caractère, qui portaient tant de charmes et de bonheur dans ses relations privées, étendaient aussi leur influence sur ses relations politiques.

C'est comme membre de cette Chambre où nous n'entendrons plus sa voix , que je viens lui rendre un hommage avoué par tous ses collègues. Oui, j'en ai l'intime confiance, j'exprime les sentimens des adversaires mêmes de notre illustre ami, quand je dis qu'il est regretté par eux; ils honoreront sa mémoire, parce qu'ils ont respecté ses intentions. Dans la chaleur des débats les plus animés, des contradictions les plus vives, Camille-Jordan était

écouté avec déférence On savait si bien qu'il ne

voulait offenser personne! Jamais une âme plus bienveillante ne fut unie à un plus grand courage; jamais djes mœurs plus douces ne s'allièrent à des principes plus sûrs.

Son noble cœur s'animait également pour des

intérêts que trop souvent les passions séparent, la gloire (le l'ancienne France et la gloire de la France nouvelle ; son esprit étendu révérait la sagesse de nos pères , et ne dédaignait pas les conquêtes de la \ raison moderne. Ami de l'autorité, défenseur du pouvoir légitime, il n'en attendait rien pour lui, et ne lui sacrifiait rien des droits des autres; passionné pour la liberté, elle lui était plus chère, parce que la France la devait à son Roi.

Les persécutions que, dans sa jeunesse, il souffrit pour la cause royale, n'avaient pas découragé son zèle; lorsque, plus tard , il la vit triompher, sa joie fut pure et désintéressée, son imique ambition était de lui rendre de nouveaux services , mais aussi fidèle à ses principes qu'à ses sentimens , Camille Jordan ne savait sacrifier ni les uns ni les autres. Il rencontra des épreuves plus difficiles que les persécutions, elles le trouvèrent également inébranlable. Ses conseils et ses services furent écartés et la sérénité de son âme n'en fut pas altérée. Une seule épreuve, peut-être eût abattu son courage.... S'il eût cru que son dévoûment , que son respect passionné pour le Roi, et pour les Princes de sa famille , fût devenu suspect.... Mais une telle pensée | ne vint pas flétrir son cœur.

Personne, en effet, ne soupçonna jamais les intentions de Camille-Joidan ; ses adversaires n'accusaient que ses opinions. Ses opinions, cependant, recevaient une autorité bien, grande du sentiment de sa fin prochaine. Il savait qu'il allait mourir. Il

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