‹ Discours de Camill Jordan, précédés de son élogeChapitre 8 sur 63 · DE CAMILLE JORDAJV. XXJ · texte numérisé non relu

DE CAMILLE JORDAJV. XXJ

Messieurs, je rappellerai d'une manière plus détaillée, à votre souvenir, ces diverses productions qui ne cesseront d'être remarquables, et qui montrent si bien ce que fut notre Camille, un ardent ami de l'humanité , un admirateur passionné des gloires pures, un juste appréciateur des beaux et nobles caractères. Il avait, de plus, une chaleur de patriotisme qui se mêlait à toutes ses pensées; ce sentiment patriotique bi-ille surtout dans les belles pages qu'il a écrites sur Rlopstock; il brille là surtout, parce que c'est là qu'on l'y attend le moins. Le chantre du Messie est aussi le chantre de la patrie allemande. La religion et la patrie avaient jadis un culte commun. Le caractère distinctif qui marque la naissance de la Muse germanique, c'est le patriotisme; il n'en fut pas ainsi de la Muse française qui , façonnée par des mœurs élégantes et fastueuses , consentit à se plier à l'imitation des littératures anciennes. Remarquons ici, en passant et à la gloire de Camille, que ses Essais sur Klopstock, qui contiennent une revue animée de toutes les belles productions de l'Allemagne , précédèrent le livre admirable de madame de Staël.

Mais, Messieurs, Camille Jordan qui était si bon Français s'enorgueillit toujours d'être né citoyen

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de Lyon. Il ne parlait qu'avec enthousiasme de la patrie lyonnaise ; il était resté jeune par son admiration pour nos beaux sites ; il portait la plus tendre affection à tous ses concitoyens, et il jouissait de tous leurs succès. C'est ce sentiment lyonnais qui lui suggéra l'idée d'une société des amis du commerce et des arts, institution qui ne tarda pas à devenir municipale, et, qui, vous le savez, produisit de grands fruits d'utilité : c'est au sein de cette société, dans une séance solennelle, qu'il prononça l'éloge funèbre de M. de Sathonnay, celui de nos maires à qui nous devons plusieurs établissemens publics qui nous rendrontsa mémoire chère à jamais. Camille Jordan avait aussi employé une grande IDartie de ses loisirs à rassembler des matériaux sur l'histoire de la morale. Ici, je ne puis que faire entendre l'expression d'un profond regret. Les méditations qui ont porté sur un objet si important ne laisseront malheureusement aucune trace; on ne trouve , dans les papiers de Camille , qu'une multitude de notes indéchiffrables , complètement illisibles. Et néanmoins, j'ose en attester mes propres souvenirs,la philosophie morale fut l'objet spécial de ses plus longues , de ses plus constantes études. Il était arrivé au moment où il allait mettre en œuvre tant

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de richesses ignorées , et qui resteront perdues. Sa carrière publique, depuis i8i4, ensuite le déplorable état de sa santé, et ses continuels déplacemens, ont fait qu'il n'a pu mettre aucun ordre dans les immenses et informes matériaux qu'il avait amassés, ni tracer aucun dessin du monument qu'il se proposait d'élever. Certainement, dans le temps où nous vivons, les pensées de Camille eussent été grandement utiles ; il eût été précieux de connaître la forme qu'avait prise chez lui le sentiment religieux, sentiment si intime en lui , et si profond , et qui était , s'il est permis de parler ainsi, son âme même.

Mais voici le moment où il va reprendre la vie active. Les évènemens de 1 8 1 4 le font sortir de sa retraite , ou plutôt ses concitoyens vont l'en tirer. Les armées étrangères entourent la ville de Lyon. Camille Jordan fait partie d'une députation qui est choisie pour aller à Dijon, au quartier-général de l'empereur d'Autriche, demander un allégement aux contributions et aux autres charges qu'entraîne toujours une invasion après elle. Cette mission ostensible en cachait vraisemblablement une secrète ; il s'agissait sans doute aussi de pénétrer les mystères dont nous étions enveloppés , et de chercher à connaître le sort qui nous était réservé. Mais il nous est permis

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