Discours de Camille Desmoulins, notable, au conseil général de la Commune, dans la séance du 24 juillet, l'an 4 de la liberté, sur la situation de la capitale
'Au Conseil général cle la Commune , dans la séance du z4 juillet , V an 4 de la liberté ;
IMPRIMÉ PAR ORDRE DE La SOCIÉTÉ.
C’est le conseil commun de la ville de Londres le conseil général de la commune , qui a fait , autant et plus que le parlement , la plupart des révolutions et contre-révolutions d’Angleterre 9 où
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grande population , ^ la fortune publique %
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tarque, voulant et g desPsommes énormes; ce
«voient peur de n’étre jamais payés. Aussi disoit-il a sa mere, le jour de l’élection : cc Ce soir voua « me verrez grand pontife ou banqueroutier ». C est ainsi que lorsqu’il a été question d’envoyer a Onéans M Lafayette, il falloir voir à la port® de 1 assemblée nationale comment la frayeux avoit décomposé le visage d'un certain notaire, qui, tout glorieux d avoir donné la main à madame Lafayette , à une bénédiction de drapeaux, n avoit pu refuser depuis aucune somme , tan£ oite fut-elle , que le héros des deux mondes lui ayoït demandée, et qui trembloit d’étre ruiné. Cetoit une chose curieuse pour un observateur. de voir comment le notaire JBricbard s’intéressoi* au général, son débiteur- comme il sécrioitr:
Dans les murs , hors des murs, tout parle de sa gloire t
C est-là aussi, n’en doutons point’, ce qui a s» fort infecté Paris de royalisme. La division de la fiance en quatre-vingt-trois départemens , et une constitution dont les bases sont toutes républieames laissant entrevoir dans le lointain un® confédération possible des départemens entr’eux , un démembrement possible de l’empire , et ces grands desséchemens de l’impôt , n’a pu qu’alarmer une capitale toute peuplée de rentiers , qui n existent que par l’impôt, et de détailleurs dont le commerce ne pèut se soutenir qu’autant que Pans reste le centre de tous les arts , le rendezvous de tous les riches, et la capitale de l’empire ; et comme ils n’ont vu d’autre ciment politique entre les quatre-vingt-trois départemen® que la royauté, tous les riches, tous les boutiquiers ont cru qu’ils dévoient s’apqliquer à for* fcner .ce lien, afin de resserrer plus étroitenj«p|ii
toutes les parties de la monarchie , et que cette indissolubilité garantit leur fortune.
Voilà comment les riches, les marchands , les rentiers , qui , par-tout.pays , ne sont ni patriotes ni aristocrates , mais seulement propriétés boutiquiers , rentiers; apres avoir fait, en i7<S9, la révolution , avec le peuple , contre le roi , pour se soustraire à la banqueroute et au brigandage de la cour , voudroient faire aujourd hui la contrerévolution avec le roi, contre le peuple, pour échappera un pillage imaginaire des safis-culot.es.
/ ! . ies a cj fort épouvantés ae la chimère d une S agraire , on a tant parlé des Jacobins
comme de brigands , que les notaires de Pans ont plus de peur des clubs que des Hulans et
^C’es^ces^riches , à ces marchands et à ces rentiers que je vais d’abord exposer en deux mots la situation de la capitale , parler le lan- „e de leur intérêt et de leurs passons, et felr faire concevoir, à la place de lé'W, payeurs ridicules, les véritables dangers de Pans et de leurs propriétés. Ils verront que, par .es memes mesures dont ils se sont -avises pour prévenu a ■nerte de leur' fprtune , dans la dissolution de Femnire ils n’ont fait que rendre cette perte et cette dissolution inévitable , et que Pans n a pas quinze jours à délibérer , s’il veut se sauver d une
rUKtoiS3e à la capitale, comme je l’ai montré il Y a quatre ans , de s’élever , par la qonsti- *re. 1 7 J . ’ i’ admiration de nos lois . et
Wadoption, à ce même degré de splendeur et
les
richesses descendroient an sein de Paris , non pas seulement des sources du Var et de la Sambre, mais de FElbe et du Tage; richesses d’autant plus honorables pour la capitale, quelles ne lui parviendroient point mêlées du sang des peuples , qu’elle eut dominé par la législation, par la philosophie et l’aristocratie des lumières , et des bienfaits qu'elle eût procurés au monde. Rappelez-vous les plus beaux jours de Rome et de Carthage, de Tyr et d’Athènes : tel seroit l’état florissant de la capita’e , si on n’eût pas repoussé* il y a deux ans-, l'alliance des Belges et des Liégeois ; si les patriotes ne s’étoient pas laissé jetter sans cesse , depuis trois ans , par des guides perfides ou aveugles, dans des routes toutes plus funestes les unes que les autres ; si on n’eût pas négligé nos discours , qu'on appeloit incendiaires , et que les événemens ont prouvé n etre tons que prophétiques ; si on n’eût pas pris soin de diffamer notre constitution chez l’étranger , par le désastre de nos colonies , par les flammes de Courtray, par la loi martiale et par nos discordes , en faisant de notre alliance et de nos conquêtes une calamité pour les Àvignonois et les Belges, et en chargeant les patriotes de l’exécration de tous les crimes du pouvoir exécutif et des conspirateurs adroits qui les commettoient à dessein et exprès , pour le plaisir de les imputer au peuple. r
Quatre ans de trahisons ont bien changé la face dps affaires du parti de la liberté. Cependant, n aguères , les politiques du conseil des despotes sentoient bien encore combien il seroit difficile de nous remettre sous le joug; ils sentoient bien qu une nation qui venoit de ressusciter aux droits de l’homme , et de se rajeunir au premier âge
8e$ sociétés politiques, ne vieilliroit pas ainsi tout-à-coup de quatre mille ans. Aussi c’est envahi que les émigrés , les Tuilleries et même les nobles de rassemblée constituante, désespérés de ce que la prise de la Bastille les avoit forcés , dans le passage de l’ancien régime au nouveau , de faire une enjambée sur la chambre haute, et de proclamer l’égalité, ne cessaient d’appeler les tyrans de l’Europe. Ceux qui ont des nouvelles sûres de Coblentz, savent quelle désolation s’y peignoit , il y a quatre mois , daus l’allongement de tous les visages. Les prières , les supplications de nos aristocrates du dedans et du de! ors , n’avoient pu déterminer les puissances à commencer une guerre contre le peuple françois. Il est notoire que les émigrés alloient périr de misère , qu’ils étoient furieux de se voir ainsi abandonnés , qu’ils ne voyoient de ressources que de venir chercher la mort en désespérés au milieu de nos batteries , quand notre pouvoir exécutif, aussi adroit que perfide , afin de forcer les tyrans à venir au secours de ses frères et des émigrés , nous a fait déclarer la guerre au roi de Hongrie. J’en atteste ici 1 opinion pour la guerre offensive , du général Lafayette , lui qui, lorsqu’il l’a eu fait déclarer', n’a jamais voulu seulement mettre le pied sur le territoire autrichien ; du moins est-il prouvé , par les dépositions du comité des Belges et les dénonciations de Rutteau, qu’il n’a tenu qu’à lui de prendre Namur , et de s’emparer de tout le Brabant, et que la maison d’Autriche vient de devoir une seconde fois à ce traître la conservation et l’asservissement des Pays Bas.
Afin de exterminer encore plus les rois à re-
nouer leur projet do ligue , qui étoit abandonné
depuis le 21 juin 1791 , voici les illusions cliimé.riques dont le comité autrichien a bercé les despotes , dont Louis XVI s’est repu , dont sa cour de feuillans a cherché à nous endormir , et dont elle s’est endormie elle-même. Voici ce quils ont dit aux rois de Hongrie et de Prusse , et ce ne sont point ici de vaines conjectures ; les faits parlent, et je sujs aussi certain de ce que j avance , que si j’avois assisté au traité secret des despotes. Voie* ce qui a d’abord été convenu.
« Vous déploierez sur les bords du Rhin le plus, de forces que vous pourrez , afin que la terreur dô vos armes et la disproportion des armées framboises que vous aurez en tête , dispose à écouter les propositions d’accommodement. En meme temps, vous ferez à la France les offres les plus séduisantes , comme de verêer un milliard en nu* méraire dans son trésor plein de papier , et d ensevelir tout le passé dans une amnistie. Vous ne demanderez pas d’abord de châtrer la liberté , mais seulement de la circonscire légèrement. Les rentiers seront éblouis des espèces sonnantes ; les Feuillans seront ébahis de tant de modération ; les sots croiront aux promesses des rois ; les pouvoirs constitués seront vendus ; le peuple sera lassé d’une révolution où il n’a vu quun déplacement de l’aristocratie et un déménagement de l’orgueil des donjons dans les boutiques , d une révolution qui n’en a pas été une pour le peuple qui Fa faite, et où , lorsqu’aupar avant il étoit nul dans l’état , et couché sur le lit de pierre de l’indigence , les prétendus médecins du peuple n’ont fait que le retourner d’un autre côté sur les mêmes cailloux , et le retrancher également^ du corps social. Dans cette disposition des esprits , la coalition armés du despotisme et de l’aristocratie ne
rencontrera d’obstacles que dans les Jacobins. Mais alors le manifeste ne déclare la guerre qu’aux seuls Jacobins. On ne tue, on ne pille qu’eux. On ne pend que les muuicipaux , comme à Quevrain , à Orchies. On ne fusille que les gardes nationales , sur lesquels seuls le feu des ennemis est toujours tombé dans toutes les rencontres. C’est ici une . guerre du peuple françois contre lés rois , et le peuple françois a un roi pour chef suprême de ses armées. C’est une guerre des plébéiens contre les patriciens , et les armées plébéiennes ne sont commandées que par des patriciens. Les papistes fanatiques se révoltent dans la Bretagne , le Vivarais et le Languedoc. Les commandans de places , en Alsace , en Flandres , en Lorraine et en Picardie , ouvrent leurs portes. Le roi et les ministres , les généraux et les états-majors , les robins , prêtres et juges , trahissent. Les aristocrates royalistes et feuillans vont au devant des Autrichiens. Le désarmement successif s opère dans les 48 mille municipalités , depuis les sources de l’Oise jusqu’aux bouches du Pthône ; et dans la Cause de Louis XW , triomphe la cause commune de tous les rois ».
C’est sur ces assurances qui les y attiroient depuis long-iemps , et d’après la déclaration de guerre qui les y a forcés , que se sont avancées contre nous les armées combinées des rois. Il n’est personne qui ne sente que toutes ces mesures , concertées entre les ennemis du dedans et ceux du dehors , sont déjà rompues , par le. fait , en mille manières.^ Les adresses qui pîeuvent de toute part à rassemblée nationale ; l’affluence des fédérés ; l’attitude du peuple françois , je dirai presque l’affiliation aux Jacobins de la nation toute entière ; la désertion des gêner aux-Frai très ; les démissions des di-
rectoires conspirateurs ; la discussion si on décrétera Lafayette, discussion qui , par cela seul qu elle est ouverte daus rassemblée nationale , prouve qu’il a perdu la confiance de la nation et de 1 armée , qu’il ne peut plus servir la coalition des despotes , et qu’il ne lui reste plus que la retraite de Coblentz , ies invalides de nos généraux et de nos ministres conspirateurs , et où déjà madame Lafayeite , sa fille êt son fils l’ont précédé et l’attendent ; enfin l’impression profonde que vous avez faite hier par la solemnitéde la proclamation; (car quel est le citoyen qui n’a pas été ému ? quel est le cœur encore françois qui n’a pas tressailli des dangers de la patrie? ) le grand nombre d’enrôlemens , qui seront mille fois plus nombreux encore quand nous n'aurons plus de traitres pour généraux ; tout démontre aux tyrans la fausseté des calculs du despotisme et de l’aristocratie coalisée.
Mais quoi ! les rois de Prusse et l’Empereur rebrousseront-ils chemin , après avoir épuisé leurs états d’hommes et d’argent ? Retourneront-ils à Vienne et à Berlin , montrer à leurs peuples asservis , par l’exemple d’un armement si inutile et si dispendieux, qu’il ne tient qu’à eux d’en faire autant que les François , et que la ligue de tous les rois ne peut rien contre un seul peuple qui veut être libre? La supposition est absurde. Ils vont donc pousser leur pointe ; et comme leur traité secret avec Louis XVI et sa cour de Feuillans sera rompu par l’inexécution en mille manières , les rois de Hongrie et de Prusse profiteront , pour leur compte , de la trahison de no» chefs , s’incleuiniseront à qui mieux mieux des frais de la guerre , et pousseront leurs conquêtes , facilitées et préparées par la perfidie des généraux
( ÎO )
et commaridans , par les mauvaises disposition* du pouvoir exécutif, et par la supériorité du nombre. Aussi bien, qu’importe a ces nobles, a
ces prêtres le démembrement de la France, pourvu crue la dime , que le fief ne soient pas démembrés ? N’entendons-nous pas tous les jours dans les sociétés , dans les spectacles , dans les journaux ce vœu impie , Que l'étranger l emporte, et plutôt les Autrichiens que les Jacobins . cest-adire, en d’autres termes, plutôt les tyrans que la liberté ! vœu exécrable , et dont la seule émission mérite la mort ; et l’eut donnée sur le champ dans Rome , dans Athènes et chez tout autre peuple que nous, en qui souffrir , depuis quatre ans , des propos et des écrits si criminels , n est pas clémence , mais démente , si mous vou ons , je ne dis pas être libres , mais n être pas décimes, il est donc évident que les étrangers , appelés ainsi à grands cris par une partie de la nation , vont pénétrer er s’établir le plus ayant qn ils pourront en Flandre, en Lorraine , en Alsace, en P10®1™®» et dans tiois mois , voilà l’empire démembr a mi de toute la partie du nord.
C’est à ce moment et dès les premiers progrès des armes autrichiennes , que la position de Pans devient tout à coup critique et desesperante. O est à ce moment où le nord commence a devenir le butin des Prussiens et des Autrichiens , qu n va s’élever de toute part un cri général contre Pans. Voici les discours que tous les departemens ne manqueront pas de nous adresser , et qu ils auront droit de nous adresser : « C est vous., diront-i s , aveugles Parisiens, ce sont vos boutiquiers, vos épau leviers , vos rentiers , qui sont coupables de tous les maux qui désolent la France; c est vous
qui, en élevant jusqu’aux nues la réputation de
patriotisme des plus grands ennemis de la patrie; Vous qui, en décernant des fêtes funèbres à des parric des , des couronnes civiques à Fouillé , des statues à vos Arnold , n’avez cessé d’égarer l’opinion pubîiqne et de détourner la confiance de dessus les vrais amis du peuple; c’est vous qui, encensant les plus méprisables idoles , avez rempli rassemblée nationale , les états-majors, les directoires , les tribunaux et l’ancienne municipalité d'intrigans et d’alliés de Coblentz ; c’est vous qui avez souffert et protégé au milieu de vous ces nombreux volcans de poisons, toutes ces presses contrerévolutionnaires qui ont vomi sur la France l’Ami du Roi , 3a Gazette de Paris , la Gazette universelle , Gaulthier, Royou , Fontenai , et tant d’autres qui ont infecté les villes et les campagnes , qui n’ont cessé de diffamer la révolution aux yeux de l’Europe, et de représenter les patriotes comme des brigands , dignes de mille morts. Quelle nation , quelle ville insensée souffrit jamais au milieu de son sein que des conspirateurs , pendant quatre ans , invitassent tous les jours les ennemis à venir la déchirer ? C’est vous qui , en même temps , avez calomnié , persécuté , décrété tous les meilleurs citoyens , ceux dont les événemens justifient aujourd’hui toutes les prédictions ; c’est vous qui avez forcé à fuir de souterrain en souterrain ceux qui vous ont dit le plus de vérités ; c’est vous qui donniez dés sentinelles à Royou , à Gaulthier , pour protéger la circulation de leur feuille ennemie de la nation , pendant que vous assiégiez Marat ; encore étoit-ce les beaux jours du patriotisme dans Paris , car alors il falloir de l'ar! ilL rie pour arrêter un simple journaliste ; et depuis , un juge de paix a été assez hardi conspirateur pour décerner des mandats d arrêt contre trois députés, et
il n’a pas été précipité sur le champ de la roche tarpéienne pour cet attentat contre la personne sacrée des tribuns du peuple ! Vos juges de paix n’ont cessé de traîner en prison les meilleurs citoyens. Vous avez protégé tous les députés conspirateurs , depuis Maury jusqu'à Jouneau. C’est vous , lâches Parisiens , qui , pendant quatre ans , avez souffert que le temple de la liberté fût profané par quatre cens esclaves révoltés contre elle * que le sénat du peuple françois fût souillé par quatre cens sénateurs autrichiens. Si vous n’avez pu empêcher le peuple de prendre la Bastille, vous avez osé l’empêcher de prendre Vincennes ; vous avez chargé de fers les mains généreuses et patriotiques qui le démolissoient. C’est vous seuls, dans tout l’empire , qui avez osé assassiner au Champ-de-Mars des citoyens paisibles qui u soient d’un droit constitutionnel , du droit sacré de pétition. Sans vous , sans votre cheval blanc, vo re état-major, vos épauletiers , vos boutiquiers , votre loi martiale , vos Feuillans , votre Sainte -Chapelle , vos spectacles, vos journaux, vos juges de paix, votre tribunal du 6me arrondissement, votre ancienne municipalité , votre directoire , il y a trois ans que la liberté seroit affermie et que l’état seroit florissant, calme, et le modèle de tous les gouvernemens. Jamais les rois de Hongrie et de Prusse n’auroient approché de cette terre fortunée et libre ; les tyrans auroient fuis devant la face de la liberté , comme les brigands devant la justice; c’est vous, c’est vous seuls qui, par la contagion de votre exemple , ne vous êtes appliqués qü’à dépraver l’opinion, refroidir le patriotisme , assassiner la liberté par des poisons lents , et ouvrir au despote d'Autriche le chemin
tle Paris. Soyez esclaves , soyez Autrichiens si vous le voulez, nous mourrons François et libres. Nous voulons la concorde des amis et des frères; vos rentiers veulent la tranquillité des esclaves. Eux seuls ont fait reculer la révolution et ont amené l’empire à cet état de bouleversement et de décomposition. Nous sommes las d’alimenter de nos tributs ces auxiliaires de l’Autriche ; nous n’avons pas trop de notre impôt pour défendre notre territoire, et nous nous séparons de la métropole libertiride. »
Ainsi , abandonné du nord , alors démembré par la coalition des despotes et du midi , démembré par la confédération des patriotes, que deviendra Paris , qui n’existe que par l’impôt , quand tous ces canaux qui lui apportaient le tribut des richesses méridionales , seront coupés avec le jpont de la Loire ? Que deviendrezvous , riches contre-révolutionnaires? Votre douleur detre ruinés ne sera pas même tempérée par le bonheur d’être Autrichiens , d’être esclaves. Il se lèvera du milieu de vous quatre ou cinq cens mille hommes qui , quand même l’armée ennemie se seroit avancée jusqu’à nos portes , la repousseront , l’extermineront malgré vous. Craignez alors que , dans la désorganisation générale,,. ce ne soit vous qui, par vos bévues politiques, n’ayez forcé les quatre vingt-trois départeinens à cet état de république et de confédération dont vous avez tant de peur et qui vous sçroit si funeste. Craignez, dans Paris abandonné de la nation , la solitude de Versailles abandonné de la cour. Craignez, orgueilleux propriétaires , aristocrates boutiquiers , que tous ces citoyens passifs , dont vous n’avez pas même fait un tiersétat , dont la révolution a ainsi empiré le sort y
loin de l’amélioirer , let qui vous' auront alor# affranchis des Autrichiens , avec le fardeau de la guerre , ne vous imposent le fardeau, pour vous insupportable , de l égalité des droits. Craignez une égalité encore plus effrayante , une égalité de fnisère. L’isolement , la dépopulation , la banque^ toute , et , ce qui seroit pour vous le dernier des malheurs , la république de Paris , tels sont , riches aveugles , 1 s maux auxquels vous n’avez pas encore un mois à cherchér lé remède. Si vous voulez les éviter , je vais vous indiquer ce remède. Puissent mes concitoyens croire enfin à mes discours dans cette tribune , plus qu’ils n’ont fait à mes écrits , dont les prédictions n’ont toujours 'été que trop véritables !
Vous voyez que les ennemis vont entrer ou entrent en ce moment le fer et la flamme à la main ; que l’assemblée nationale , après tant de sermens de maintenir la constitution , ne peut accepter d’autres articles dè capitulation que les articles de la constitution , sans se déshonorer en pure perte ; car , les deux tiers de l'armée , les sans-culottes , les femmes, les enfans , sauroient bien la maintenir malgré l’assemblée , et chasser des représentans indignes, aux termes même de la constitulion , dont le dépôt et l'inviolabilité' est confiée à la garde de la nation entière. Vous voyez donc que toute capitulation est impossible , que quand l’assemblée nationale l’accepteroit , quand tous les ci-devant nobles , les riches , le® leuillans , quand tous les directoires et le conseil général de la commune l’accepteroient , vous n’auriez fait que faire de Paris une proie immense entre les Autrichiens et les François ; puisque S 00,000 hommes se leveroient dans cette seule capitale ? qui dëfendr oient 1% territoire de façon®-
titution , et qui , ne pouvant faire la guerre aveo vos bras , la feroient avec vos biens , avec vos hôtels , avec vos richesses ; et je n’appelle point la foudre sur mon toit. Moi aussi j ai des propriétés y je ne m’écrie point que Paris périsse’; mais je le dis avec trop de certitude : Paris périra plutôt que la liberté : et c’est ici qu’il faut vous dire la vérité toute entière. Quand même les trois cens mille Jacobins de la capitale , quand même nos cinq millions de fédérés patriotes seroient exterminés , ne craignez-vous pas qu il s en échappe toujours assez pour réduire Paris en cendres comme Sagonte , plutôt que de le rendie aux
Autrichiens et au despotisme ?
Que vous r^ste-t-il donc a faire , o liches aveugles? Ce qu’il faut faut faire? Puisque vous ne pouvez transiger sans nous avec 1 ennemi , il faut le vaincre avec nous. Votre interet majeur , votre intérêt unique , c’est que Paris reste lu capitale , c est que la France soit indivisible , c est d éviter que vous supportiez seuls les frais d une guerre , dont le poids sera léger , partagé avec les 83 départemens. Oui , ma patrie peut encore redevenir florissante. Paris peut encore éclipser Londres , et être la reine des cités , et l’entrepôt des lumières , des lois et de la sagesse humaine , que les peuples viendront y puiser. Il ne tient qu a vous , messieurs 9 d y faire refleurir avec la liberté , les arts , le commerce , et affluer les nations. Mais le danger est imminent. Vingt millions de François , déterminés à vivre libres ou mourir , se lassent de l’aveuglement des Parisiens , qui compromet la sûreté de la patrie et la liberté du monde. Quelle trahison vous fera tomber les écailles des yçux, si gç n’est pas l’infâme action du gé-
néral Jarry y incendiant Courtray , pour rendre la nation exécrable à ses alliés les Beiges? Quand courrez- vous aux armes? Quand renverserez vous ce buste qui choque les yeux , et souille la maison commune y -si ce n’est pas lorsque Luckner vous déclare que ee Catilina a voulu marcher : contre Paris avec son armée ?
î. Vous voyez que le pouvoir exécutif vous trahit.' Ce qu’il faut faire? Ce qu’a fait le parlement d’Angleterre , quand il a vu que le pou-
• voir exécutif le trahisaoit.
Lorsau’en ,1643 * les Anglois , voyant bien que s’ils n’opposoient enfin une digue , leurs libertés ' alloient être submergées par faction continue
- du pouvoir exécutif et dé la liste civile , Londres se leva toute entière et prit les armes. Charles premier étant aussi , paria constitution ,
• le chef suprême de l’armée , leur parlement se trouva dans la même position qu’aujourd’hqi notre assemblée nationale. Il étoit incontestable que, parla grande charte , au roi apparienoit le droit de nommer les généraux. Celui-ci s’#p-
- puyoit de la constitution , et usant du droit constitutionnel, empoisonnoit l’année d’officiers les plus ennemis du peuple. Cela lit , pendant deux mois , des débats infinis dans les deux chambres ; mhis enfin le maire, le conseil de la commune de la ville de Londres, firent une adresse au
- parlement , où ils souteîioient , comme la cham- -bre des communes , que le salut du peuple était "la1 suptèmedoi ; que par les lois , le. roi etoit bien
revêtu du pouvoir de régler la milice ; mais que
- s’il y avôit des soupçons bien fondés que le roi
• voulût se servir des milices contre la liberté 9 c’étoit au parlement à sauver le peuple; et les apprentifs de Londres appuyèrent si bien l’adresse ,
que le bill passa; en conséquence, les communes firent indirectement ce qu'elles ne pouvoient faire directement par la constitution. La constitution autorisoit le roi à nommer les commandans , et il avoit nommé le chevalier Pennington , amiral. Les communes écrivirent au roi qu'elles ne pouvoient prendre aucune confiance dans cet olficier , et la flotte appuya ce vote si efficacement , que le roit fut obligé de nommer le comte de \V arvick. Le roi avoit nommé le colonel Lunsford , lieutenant de la cour. Les communes ne pouvoient s’y opposer ; mais elle? votèrent que Lunsford n'étoit pas propre à cet emploi. Et autant le roi, usant de son droit constitutionnel, nommoit d’officiers ou de ministres , autant le parlement en rejettoit , usant aussi de son droit constitutionnel , et répondant aux messages du roi, que ceux qu’il avoit nommés n’avoient point la confiance de la nation.
De même , Charles premier , en sa qualité de chef suprême de l'armée , voulant se réserver un corps de troupes au besoin , avoit prêté au roi de France l’armée d'Irlande. Cela étoit autorisé par la constitution. Les deux chambres ne pouvoient s’y opposer. Mais que firent elles ? Elles publièrent une déclaration , que quiconque serviroit à transporter les troupes irlandoises dans un pays étranger , seroit regardé comme ennemi de l’état, et dès lors le roi ne put trouver un seul maître de navire qui voulût s’exposer à être envoyé à la haute-cour-nationale , comme criminel de lèze-nation, pour avoir transporté les troupes. C’est ainsi que le parlement rompit toutes les mesures du despotisme, en trouvant toujours dans la constitution des moyens indirects de défendre la constitution. Et c’est ainsi
( iS )
que rassemblée nationale, si elle le'vouloit , sauioît manier la constitution pour la liberté aussi habilement que le pouvoir exécutif sait la manier contre elle.
C’est ainsi eucore que le parlement anglois de 1686 , voyant bien que tout le mal venoit de la liste civile , et que cette liste civile meme n’eût pu suffire à corrompre tous les jurés et tant de pouvoirs constitués , si le roi n eût fait des emprunts , vota que quiconque préteroit ou feroit prêter de l’argent au roi , quiconque acheteroit des bois ou domainés du roi , seroit réputé ennemi de l’état, et envoyé à la tour.
C’est ainsi que tout ce qui n'est point défendu par la loi, étant permis par la loi , il seroit bien facile à l’assemblée nationale, si elle le vouloit, de , sauver la constitution. Et si elle ne le veut pas , c’est à nous à le faire.
Ainsi la constitution ne défend pas de déclarer les troupes cle ligne gardes nationales , et cette mesure seule erapécheroit la division que , l’ennemi veut jetter dans l’armée , en 11e faisant feu que sur les gardes nationales , et en donnant , comme vient cle faire le duc de Brunswick, f habit de garde nationale aux bourreaux cle l’armée prussienne. Et qu’on ne dise pas que c’est s’y prendre trop tard , lorsque l’ennemi est en face. C’est en présence de l’ennemi , c’est la veille ou le lendemain des batailles que le soldat feroit d’exceliens choix. C’est toujours dans les dangers qu’on a nommé les Mil ti a de ? et les plus dignes chefs ; cl ailleurs, rien n’empêçheroit d’ajourner les nominations après la bataille. Les anciens officiers commande! oient provisoirement. Mais quel puissant moyen d'émulation , quel aiguillon aux uns pour ne pas descendre ,
aux autres , pour mériter de monter 1 comme l’armée seroit ravie d’ètre investie de ce droit d’hommes libres, de soldats citoyens, de nommer leurs centurions ! comme elle se seroit purgée en 8 jours de tous ses aristocrates !
Lorsque le roi emprunte de tous côtés des sommes énormes pour supplément de sa liste civile , insuffisante pour acheter tant de pouvoirs constitués, et entretenir Coblentz depuis quatre ans , la constitution ne défend pas à l’assemblée nationale, à l'exemple du parlement d Angleterre, en 1686 , de déclarer ennemi de la liberté quiconque prêtera de l’argent au rçi.
Ainsi la constitution ne défendoit pas à l’assemblée nationale , au lieu de donner des passeports à tous ceux qui veulent sortir de France, de déclarer, à l’exemple des Anglois , ennemis de la patrie les conducteurs des navires et des voitures qui serviroient à les transporter , eux ou leurs effets. Ainsi la constitution 11e lui défend pas, à l’exemple de la Suisse , dans le danger de la patrie , de rappeler tous les membres du corps politique à la défense de l’état , et de déclarer tous leurs biens saisis et confisqués au trésor public, par le seul fait de leur absence et de leur refus d’un service personnel.
Ainsi la constitution , qui n’a rien statué sur la démence du roi, n’a pas prétendu que le pouvoir exécutif , malade, d’esprit , continuât de tenir les rênes. Elle ne défend pas de les lui retirer. Or, il est facile de prouver la démence du roi de la constitution , par mille faits. Je ne voudrois qu un seul fait pour l’établir. Par exemple , t ut le monde conviendra qu’il faut qu un général soit en démence ou traitre , pour soulever ses alliés contre sou armée, en brûlant leurs villes.
Or, le roi des François a souffert que le génfc ral Jarry rendît les François exécrables aux Belges, en brûlant Courtray, et en faisant à cette ville alliée et amie tout le mal quelle auroit pu. souffrir de ses plus cruels ennemis.
Y a-t-il démence ou trahison plus palpable ? Louis XYI doit être , si c’est démence , suspendu; si c'est trahison, déchu. Je pourrais citer mille traits pareils. Y a - t-il démence plus manifeste que d’être le roi de la constitution , et d’avoir nommé tant d’officiers et de généraux qui ont passé et qui passent tous les jours dans le camp des ennemis de la constitution? Y a- t-il démence plus manifeste que d’ètre le roi de la constitution et de renvoyer des ministres qui faisoient marcher la constitution? Qu est-ce aujourd’hui que la nomination au ministère dans les mains du roi, sinon, pour me servir de l'expression de M. Manuel , une distribution de prix d’aristocratie ? Y a-t-il une démence plus manifeste que de renvoyer un ministre peur avoir proposé un camp de vingt mille hommes à Soissons , et le lendemain de venir proposer soi-même un camp de trente-trois mille hommes à Soissons ?
Le comte de Shaishury disoit très-bien au parlement : cc L’esclavage et le papisme sont deux frères qui se tiennent toujours par la main ; quelquefois fun entre dans un pays le premier , quelquefois l’autre , mais toujours ensemble. En Angleterre, Es Stuart ont voulu- faire entrer le papisme le premier, pour Réparer la voie au despotisme ; en Ecosse, ils ont commencé à introduire le despotisme pour ouvrir la voie au papisme. » Aussi tous les manifestes , tous les journaux possibles des contre-révolutionnaires , des. émigrés et des Prussiens , ne* parlent que de
remettre la France par la force sous les deux jougs politique et religieux. Et lorsque ce sont les prêtres réfractaires qui , dans les départemens, à côté du grain de la philosophie et de la liberté , sèment l’ivraie du papisme , de la servitude et de la bêtise ; lorsque ce sont ceux qui arrêtent le plus les progrès de la constitution , y a-t-il plus grande démence dans le roi de la constitution que d’avoir mis son veto sur le décret delà déportation des prêtres? Rap-
Î)èlez-vous , messieurs , le fameux bill du parement pensionnaire, du parlement de i665, qui fut appelé 1 acte des cinq nulle , contre Jes prêtres patriotes ou presbytériens. Comme c’étoit le presbytéranisme qui avoit fait la révolution , et que les neuf dixièmes de l’Ecosse , les trois cinquièmes de l'Angleterre étoient presbytériens , il fut dit qu’aucun ministre ou prédicateur presbytérien ne pourroit ni demeurer ni meme aller , excepté sur le grand chemin , à cinq mille de distance d’aucun lieu où il auroit été ministre , s’il n’abjuroit ses dogmes poétiques et religieux. La rigueur fut bien plus grande en Ecosse , où il fut enjoint, par une proclamation , à aucun ministre presbytérien , à peine d’étre traité comme séditieux , de s’éloigner avec leurs familles des lieux où ils avoient été ministres , et de n’en pas résider plus près que de vingt milltf. C’est par cette déporta ion que Charles IL-et le parlement affermirent la contre- révolution. Et lorsque l’assemblée nationale a voulu affermir la constitution par une mesure bien moins rigoureuse , et que le roi de la constitution y a mis son veto, il a montré à tout le inonde une aliénation totale des facultés intellectuelles , un esprit au rebours , dans le sens de la cons-
litiilion ; et le conseil commun de la ville de Paris se doit de demander à l’assemblée , qu’il soit suspendu comme insensé , ou déchu comme tra.it re.
La constitution ira pas défendu cette interdiction du roi Lear; et si elle l’avoit défendue , ce ser, oient les constituais dont il faudroit déclarer la démence. Or , dans cette suspension du pouvoir exécutif, comme il importe sur- tout à la ville de Paris de conserver la monarchie , Tunité des 83 départemens ; pour conserver cette indivisibilité du corps politique , je pense que le conseil commun , dans son adresse à l’assemblée nationale, dpit demander qu’il soit nommé deux curateurs à la Monarchie , qui , pendant l’interrègne, pour cause de démence, et jusqu’à ce que Louis XVI suit revenu à son bon sens , soient véritablement . ce qu'on a prétendu qu’étoit Louis XVI , le tribun , du peuple , exerçant le veto sur le sénat. Je prèle reroi s cette mesure à celle de faire élire par les départemens 83 membres du pouvoir exécutif , qui fprmeroient le conseild état , parce qu’il seroit à cra imite ou ils ne fussent aussi mal choisis que les 83 grands jurés , que ce ne fût 83 roitelets , et on. sait qu’il n’y a point de plus grande tyrannie quel celle des petits tyrans ; au lieu que si les 83 .départemens n’ont à nommer que deux curateurs amovibles ad nutum , il me semble que le choix esr déjà fait dans l’opinion , et que les quatre .années que nous venons de traverser ont assez désigné les deux hommes qui méritent le plus notre confiance , provisoirement, et pendant la tenue d’une convention nationale.
Je ne sais quel seroit le plus grand malheur pour la cause de la liberté et des patriotes , on que l’aristocratie et Cohîentz fissent assassiner î&iûi* ou qu’il nous échaujmt parla fuite. Si on
ïassassinoit, je vous l’ai dit, le meurtrier seroiê tué aussitôt comme Clément, et on ne mantjueroit pas de lui trouver dans sa poche une carte de Jacobin , qui y auiok été glissée pour nous charger de l'exécration d’un crime en pure perte ; car le roi ne» meurtpoint en France. S’il partoit , c est tout ce que souhaite Coblentz , ce que le congiès de Mayence attend. Je pense que nous ne pouvons trop veiller sur les jours de Louis X\ I, et qu i faut le conserver au milieu de nous comme la piunelle de notre œil. Ce n’est pas que je n aie toujours pesé les rois dans la balance de M. Manuel; Mais il n'est pas ici question de la pesantéur spécifique et intrinsèque d’un roi. Cest dans .es balances des rois de Prusse et de Hongrie que je pèse Louis XVI. Souvenons - nous de la valeur idéale des rois dans la pensée des esclaves , et quelle rançon a racheté Louis IX , le rôi Jean et François I * ; imitez le conseil commun de la ville de Londres , qui , dès qu’il eut reconnu que Charles Ier avoit des intelligences avec les papistes
d’Irlande; qu’il levoit secrètement dégroupés contre le parlement, dès qu'il fut devenu justement suspect de machiner le renversement de la constitution , s’empara de la personne du prince de Galles, des ducs d’Yorck erde Glocester, et eut retenu également la reine si elle ne se fut sauvée .en France. Oui, M. le maire, si vous montrez, dans la gravité des circonstances , la vigilance et la fermeté du maire de Londres, Thomas Andreu^ s; si vous veillez sur la personne du roi et de sa famille ; si vous le conservez, au milieu de nous , par cela seul vous sauvez la capitale et 1 empire ; vous vous sauvez vous-même et nous tous ; car dans la 'balance des despotes , tm roi pèse plus lui seul que vingt-c’nq millions de citoyens. Il faut donc qiw