‹ Discours de combat (volume 2)Chapitre 7 sur 16 · Condorcet : Premier mémoire sur Vlnslmction publique · texte numérisé non relu

Condorcet : Premier mémoire sur Vlnslmction publique

plébéiens I Et comme on ne voit point que, dans un organisme, le ventre ait jamais élevé la prétention de devenir le cerveau, ni que l'intestin ait brigué la dignité de poumon, la Solidarité^ transformée de ce fait en une immobilité de nature et comme en une loi de routine, devenait un moyen de réduire à néant les revendications les plus légitimes, les plaintes les plus naturelles, et les plus timides espérances de progrès! Est-ce là peut-être, Messieurs, ce que demandent nos solidaristes .

Autre difficulté : comment, et parquet prodige, de la Solidarité définie par ses analogies avec la dépendance organique et la relativité naturelle, comment, Messieurs, extraira-t-on, si je l'ose dire, de la morale? Car c'est bien là, n'est-ce pas, que l'on en veut venir? et ce n'est pas seulement comme fait, c'est comme loi de la conduite et de l'action que l'on oppose la Solidarité à la Liberté, à Y Égalité, à la Fraternité, pour ne rien dire encore de la Charité. Les solidaristes en conviennent, et c'est sur ce point qu'ils font porter leur principal effort. Mais l'elïort, jusqu'ici, semble avoir été vain, et je crains, pour eux, qu'il ne le soit toujours.

Les uns donc^, — jouant sur les mots de Dette

■ 1. M. Léon Bourgeois.

et de Devoir^ comme ils avaient fait sur le mot de Solidarité lui-même, — nous parlent de la dette que chacun de nous apporterait, pour ainsi dire, en naissant, et ne se soucient de nous apprendre, d'ailleurs, ni comment nous avons contracté cette dette; ni qui se chargera, ou plutôt qui sera chargé d'en fixer la quotité; ni de quelle monnaie nous la payerons, ni qui nous en donnera quittance. « Dette, le livre oii nous apprenons à lire, nous dit-on, et dette, la locomotive qui nous emporte de Paris à Toulouse. » Soit! oii sont donc en ce cas les héritiers de Gutenberg et les ayants droit de Stephenson ! Car, à leur défaut, lequel d'entre nous a le droit de recouvrer leur créance ? ou d'en opérer la liquidation? Et si l'on nous répond : (( C'est l'Etat», — je ne parle plus ici de tyrannie, j'en ai parlé tout à l'heure, — mais je dis : « Par quel moyen parviendrait-on à faire de l'État et de ses besoins, contingents et changeants, la règle du devoir, et le principe de la morale? »

C'est pourquoi les autres^ nous parlent d'une Solidarité à trois degrés, d'abord fatale et automatique, puis quasi volontaire, et enfin tout à fait libre, consentie et voulue. Mais comment libre, et comment consentie? Je conçois qu'un acte originairement libre se transforme en un

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