TAINE
Messieurs,
Les mêmes sujets ne s'offrent pas toujours à nous sous le même aspect, et l'une des raisons en est que, — comme les sommets de vos Alpes neigeuses, — ils ne s'éclairent pas toujours de la même lumière. Nous n'avons pas non plus, historiens ou critiques, à tout âge les mêmes yeux ! Lorsqu'il y a de cela douze ou quinze ans, j'ai tâché pour la première fois de caractériser V Œuvre critique de Taine2, je n'avais guère vu en elle qu'ellemême. Si j'avais eu plus récemment l'occasion de revenir sur cette œuvre, je n'aurais sans doute pu que commenter, paraphraser, et résumer ce qu'en a dit l'un de vos maîtres, M. Victor Giraud, — que je m'honore d'avoir eu pour élève, — dans le solide et brillant Essai qu'il a consacré à l'illustre auteur des Origines de la France con-
1. Conférence faite à Fribourg, en Suisse, pour l'Université catholique, le 18 janvier 1902.
2. Voyez X Évolution des Genres, 12* leçon. Paris, 1889, Ha cbette.
temporainei. Et voici qu'aujourd'hui ce qui m'intéresse et ce qui m'attire en lui, c'est sans doute ce qu'y a vu M. Victor Giraud, et c'est bien aussi ce que j'y avais vu moi-même; oui, c'en est bien la valeur intrinsèque, philosophique ou littéraire; et c'en est bien, en France et hors de France, la profonde influence, plus profonde, plus étendue peut-être que celle même d'Ernest Renan; mais c'en est surtout, Messieurs, la signification « représentative » ; — et j'oserais dire presque «symbolique ».
L'œuvre deTaine, à elle toute seule, « symbolise » ou résume toute une période ou toute une phase de l'histoire de la pensée contemporaine. Je la trouve expressive, en son développement successif, de quelques unes des lois essentielles de l'esprit humain. Elle se prolonge, elle se dépasse ellemême de toute la portée des conséquences implicitement contenues dans ses propres principes. Et si cette manière de la louer vous paraissait d'abord excéder la mesure, j'espère, Messieurs, qu'après m'avoir entendu, — si je réussis à me faire entendre, — vous en tomberez d'accord avec moi.
1. Essai sur Taine, son œuvre el son influence, par M. Victor Giraud, professeur de littérature française à l'Université de Frinourg (Suisse). Paris, 1901, 1902 Hachette.
Ni dans la vie, ni même dans la littérature et dans l'art, nous ne faisons toujours tout ce que nous voudrions; mais, en revanche, nous n'avons pas toujours voulu ce qu'il nous est arrivé de faire. Mettons pour le moment que ce soit ici, Messieurs, cette part d'inconscience ou de spontanéité, sans laquelle je serais tenté de dire qu'il n'y a pas de grand talent, encore moins de génie, et reconnaissons-la dans l'idée que Taine se formait lui-même de son œuvre, quand il écrivait, peu de temps avant sa mort, que « pendant quarante ans il n'avait fait que de la psychologie, appliquée ou pure ». Il se trompait, à mou avis ; et il se diminuait. Assurément il a fait de la « psychologie, » à sa manière, qui ne fut point celle de Cousin et de Jouffroy, mais il a fait autre chose; et ni la méthode qu'il a portée dans la recherche psychologique, ni la conception même de l'homme et de la vie qui s'est dégagée pour lui de cette recherche, ne font, à mon avis, la signification durable et l'unité réelle de son œuvre. Elles sont ailleurs ! Et, pour vous dire tout de suite où je les vois, sauf à vous expliquer, tout de suite aussi, et à « humaniser » la formule un peu ré-
Barbative dont j:ose me servir, Taine est un liomme qui n'a travaillé toute sa vie qu'à chercher le « fondement objectif du jugement critique. »
Vous connaissez, Messieurs, le paresseux proverbe : « Des goûts et des couleurs il ne faut pas disputer » ; et je doute qu'il y en ait de plus faux. Car d'abord, si vraiment il ne faut disputer ni des couleurs, ni des goûts, vous conviendrez avec moi quil est peu d'obligations dont nous tenions en réalité moins de compte, et, vous le savez par votre propre expérience, la conversation, même familière, ou familiale, ne s'emploie gêné paiement qu'à ce genre de disputes. Nous admettons, à la rigueur — et quand encore nous 3ommes très tolérants, — qu'on ne partage pas nos idées, nous n'admettons guère que l'on ait d'autres goûts que les nôtres, surtout en matière d'art et de littérature; et je crois bien que nous ivons raison.
Permettez-moi de prendre d'abord, et exprès, ies exemples très gros. Nous avons certainement raison de préférer la tragédie d'Andromaque à celle de Lucrèce, et, généralement, le théâtre de Jean Racine à celui de François Ponsard Nous avons raison, je le crois, de préférer la musique de Beethoven à celle de Nicolo, et même d'Offenbach, la Symphonie Pastorale aux Rendezvous bourgeois et a la Belle Hélène. Nous avons
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également raison de préférer la Ronde de nuit à la Prise de la S?nalah, et, généralement, la peinture de Rembrandt à celle d'Horace Vernet. Mais pourquoi avons-nous raison? Comment et par quelles raisons établirons-nous que nous avons raison? Ne disputera-t-on pas de ces raisons, à leur tour, et avec raison? Qui sera le juge de ce nouveau procès? Et ce juge, de qui tiendra-t-il sa compétence et son autorité? 'AvayxYj <rr?jvai, disent les philosophes : il faut en finir! Et si quelqu'un refuse de reconnaître cette «nécessité», quels moyens avons-nous de l'en convaincre? C'est tout le problème de la critique.
L'originalité de Taine est de l'avoir conçu dans toute son ampleur, d'avoir cru qu'on pouvait le résoudre, et de s'y être quarante ans appliqué. Le jugement critique, à son sens, non seulement n'a rien d'arbitraire ni de capricieux, mais il ne saurait rien avoir de « personnel » ou de « propre » à celui qui l'exprime; il n'est pas libre; il a un fondement dans la nature des choses, il en doit avoir un; c'est à nous de le chercher; et, si nous ne réussissons pas à le trouver, ce ne sera pas une entreprise vaine, mais au contraire, et pour bien des motifs, infiniment féconde, que de l'avoir cherché : telle est, Messieurs, l'idée maîtresse de Taine, l'inspiration de son œuvre entière; et, pour ainsi
parler, tel est donc le biais par lequel il nous faut la prendre, si nous en voulons voir l'unité fondamentale se dégager de la diversité des écrits qui nous la cachent ; — les contradictions s'atténuer ou plutôt se résoudre; — et, comme je vous le disais, la signification profonde se préciser en s'élargissant.
Comment en effet, et pourquoi, le même homme s'est-il intéressé tour à tour à ÏHistoire de la Littérature anglaise, et à la Philosophie de l'Art, et aux Origines de la France contemporaine? Ce n'a pas été de sa part, vous le savez, curiosité d'amateur ou de dilettante! Nul n'a eu plus que Taine, en son temps, l'horreur du dilettantisme; et c'est ce qui le distingue expressément de Renan. Il n'a pas eu, non plus, le goût de ces « monographies », où l'érudition triomphe, qui n'ont d'autre objet qu'elles-mêmes, et, souvent, d'autre intérêt que celui que l'auteur y prend, pour des raisons qui nous échappent. J'ai quelque idée qu'en parlant de la sorte je songe aux Causeries du Lundi. Mais alors, Messieurs, et au lieu de s'enfermer, comme un Mommsen, par exemple, ou comme un Fustel de Coulanges, dans une province de l'histoire, quelles raisons Taine a-t-il eues de traiter successivement des sujets aussi divers? Nous pouvons maintenant répondre à la question. Histoire de la Littérature anglaise, Philosophie de l'Art,
Origines de la France contemporaine, ce sont autant de documents et d'illustrations à l'appui de la méthode; ce sont autant d'épreuves, et d'épreuves successives, auxquelles il a voulu soumettre la solidité de ses principes critiques ; ce sont autant de démonstrations tendant à établir, je ne veux certainement pas dire l'infaillibilité, mais l'objectivité du jugement critique. Son livre même de f Intelligence^ le bien entendre, n'est pas autre chose; et si seulement il eût vécu, je ne doute pas que nous ne l'eussions retrouvé tout entier dans le livre qu'il rêvait d'écrire sut les Émotions et la Volonté Là est bien l'intention de son oeuvre, et là surtout en est l'unité, dans le parti pris, dans le dessein formé d'établir qu'il y a un « bon » et un « mauvais goût », ou, plus généralement, des opinions fausses et des jugements vrais ; des certitudes, et des certitudes absolues, en esthétique et en morale comme en physiologie ; un critérium de ces certitudes, une évidence, — dont l'autorité, pour être plus laborieusement acquise, et plus éloignée de l'usage commun, — n'est cependant pas moindre ni ne s'impose moins nécessairement ; et enfin, Messieurs, je n'ose dire une science, mais une connaissance des « produits de l'esprit humain»1, qui ne le cède à aucune autre pour
1. L'expression est de Renan, et on remarquera qu'à ses débuts, quand il écrivait Y Avenir de la Science, c'est la constitution de
l'universalité de ses principes, la rigueur de ses démonstrations, et l'importance de ses résultats.
Par cette même intention s'expliquent également ou se concilient, pour mieux dire, les contradictions qu'on a relevées dans l'œuvre de Taine. Je ne parle pas, vous m'entendez bien, de ces contradictions de détail auxquelles nous sommes tous exposés, qui n'atteignent pas le fond des choses, et dont rien n'est plus présomptueux que de vouloir à tout prix éviter le reproche, parce qu'on ne l'évite en général qu'aux dépens de la vérité. ' N'essayons pas, Messieurs, de mettre dans la représentation des choses humaines plus de logique et d'unité que n'en comporte leur condition mouvante ! Mais, vous le savez, on a cru voir, on a signalé plus d'une fois dans l'œuvre de Taine une contradiction de fond, et c'est celle qu'il y aurait entre le « positivisme » de ses débuts, et ce que nous pouvons bien appeler « l'idéalisme » de ses dernières conclusions.
Vous connaissez tous, Messieurs, cette belle page des Origines de la France contemporaine :
Aujourd'hui, après dix-huit siècles, le christianisme est encore, pour 400.000.000 de créatures humaines, l'organe spirituel, la grande paire d'ailes indispen-
cette science elle même que Renan dans son « gros Pourana * s'était proposé d'esquisser.
sable pour soulever l'homme au-dessus de lui-même... Toujours et partout, depuis dix-huit cents ans, sitôt que ces ailes défaillent ou qu'on les casse, les mœurs publiques et privées se dégradent. En Italie pendant la Renaissance, en Angleterre sous la Restauration, en France sous le Directoire, on a vu l'homme se faire païen... la cruauté et la sensualité s'étalaient, la société devenait un coupe-gorge et un mauvais lieu. Quand on s'est donné ce spectacle, et de près, on peut évaluer l'apport du christianisme dans nos sociétés modernes. Ni la raison philosophique, ni la culture artistique et littéraire, aucun gouvernement ne suffit à le suppléer dans ce service. Il n'y a que lui pour nous retenir sur notre pente natale... et le vieil Évangile, quelle que soit son enveloppe présente, est encore aujourd'hui le meilleur auxiliaire de l'instinct social.
Mais vous rappelez-vous cette autre page du livre des Philosophes classiques, où l'auteur, trente ans auparavant, ne reprochait rien tant à l'éclectisme que d'avoir mis partout de la morale; et fûtil jamais, — en apparence au moins, — contradiction plus flagrante?
Cette préférence pour la morale a fini par réformer toute la philosophie de M. Cousin... Il a réfuté par une équivoque le scepticisme, doctrine immorale ; réduit la psychologie à l'étude de la raison et de la liberté seules facultés qui aient rapport à la morale j prescrit à l'art l'expression de la beauté morale ; institué Dieu comme gardien de la moral" r>t fondé l'immortalité de l'âme comme sanction de la morale. Ainsi
accaparé, il a supprimé la philosophie philosophique, laissant entières les objections anciennes, répétant les démonstrations anciennes, effaçant les questions de science, réduisant la science à une machine oratoire d'éducation et de gouvernement.
Eh bien! Messieurs, la contradiction ne s explique pas seulement, mais elle s'évanouit, à vrai dire, et il n'y en a plus, si nous avons présent à l'esprit le dessein critique de Taine, et je crois que je vous le montrerai tout à l'heure. Oui donc, si vous ne voyez en Taine qu'un philosophe ou un historien comme un autre; si vous ne voyez dans ses Philosophes classiques qu'une spirituelle satire de l'éclectisme, ou dans ses Origines, qu'une histoire de la Révolution française, ouijeleveux bien, il se contredit. Mais, à travers l'histoire et la philosophie, si ce qu'il poursuit, c'est sa recherche du fondement objectif du jugement critique; si l'histoire et la philosophie ne lui sont, pour ainsi parler, qu'un champ d'expériences; et si ce qui l'intéresse en elles, ce n'est pas elles, mais, — au même titre que dans une fresque de Michel Ange ou dans une symphonie de Beethoven, — si c'est l'esprit humain dont elles ne sont que des manifestations ; s'il attache infiniment moins de prix à ses opinions et à ses « arrêts» sur la Renaissance ou sur la Révolution qu'aux « considérants » qui les motivent, qui les fondent, ou qui les démontrent, alors,
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je le répète, la contradiction n'en est plus une, et tout simplement, en ce cas, d'une vue partielle, étroite ou mutilée, de l'objet même de sa recherche et du problème de la critique, il s'est progressivement élevé à une vue plus générale, plus haute, et plus féconde.
C'est, Messieurs, ce qui nous rend compte encore d'un autre caractère de son œuvre, et non pas le moins remarquable ou le moins original, à mon gré. Je le rapprochais tout à l'heure de Renan. Quand nous lisons Renan, ses Origines du Christianisme ou son Histoire du Peuple d'Israël, ce n'est pas à Renan que nous nous intéressons, mais au sujet qu'il traite, c'est à ce qu'il nous apprend du peuple d'Israël et de son rôle dans l'histoire de l'humanité, des origines du christianisme et de la prédication de saint Paul ou de l'Evangile de Jean. Mais, au contraire, Messieurs, quand nous lisons les Origines de la France contemporaine, est-ce l'histoire de la Révolution que nous y cherchons? Sont-ce des renseignements, des « informations » sur Shakspeare, sur Milton, sur Byron ou sur Dickens, que nous demandons à l'auteur de Y Histoire de la Littérature anglaise ? Je ne le crois pas! C'est à Taine lui-même que nous nous intéressons, je veux dire non pas à sa personne, — dont jamais écrivain, surtout en notre siècle, ne fit moins confidence au public, — mais à
sa pensée, au mouvement de sa pensée, mais aux conclusions vers lesquelles nous nous sentons entraînés par sa dialectique impérieuse et brillante. Et ses conclusions ne sont point de la môme nature que leurs prémisses ! Elles en découlent, mais elles les débordent. L'analyse du génie de Shakspeare ne sert que de démonstration à une théorie de « la production de l'œuvre d'art » ; l'explication de la fortune de Napoléon aboutit à un système entier de morale, de politique et même de gouvernement. Il s'en dégage des principes généraux et des lois, analogues pour nous, identiques pour Taine, aux lois de la mécanique ou de la physique; — et sans doute c'est ce qu'il appelait faire de la psychologie.
Mais il faisait quelque chose de plus ! Dans ce domaine de la critique et de l'histoire, livré jusqu'alors à l'arbitraire du jugement individuel, en essayant d'introduire la notion de loi, c'était la méthode qu'il enrichissait, ou, pour mieux dire encore, il la transformait ; et nous, c'est à cette transformation que nous nous intéressons dans son œuvre. Nous aimons à le voir, selon son expression, « souder le domaine des sciences morales à celui des sciences naturelles ; » retrouver dans l'histoire des « produits de l'esprit humain » les conditions éternelles qui gouvernent l'évolution de la nature ; s'acheminer vers renonciation de cette
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loi suprême, du sein de laquelle, selon sa poétique expression, « on verrait, comme d'une source, se dérouler, par des canaux distincts et ramifiés, le torrent éternel des événements et la mer infinie des choses »*. C'est ce qui donne à l'histoire de sa propre pensée autant d'intérêt qu'en puisse offrir aucune biographie d'écrivain ou même d'homme d'action; c'est ce qui en fait comme un roman d'aventures héroïques à la recherche de la vérité ; c'est ce qui communique, à son Histoire de la littérature anglaise ou à ses Origines de la France contemporaine, une valeur qu'elles continueront d'avoir, même s'il s'était trompé sur les traits caractéristiques du génie anglo-saxon ou sur le caractère essentiel de la Révolution française; — et tout cela, Messieurs, c'est ce que je voudrais maintenant vous montrer.
Il est parti, vous le savez, du pur positivisme,. du de ce que l'on appelait le positivisme aux environs de 1855, qui n'était pas d'ailleurs le vrai
h . Je pourrais ajouter, et j'ajoute, que là même est une des raisons de la résistance qu'il a rencontrée. Toute une école de critique, issue de Renan, n'estime-t-elle pas en effet que nous avons toujours assez de «certitudes»; et que la liberté du vagabondage in>el-
positivisme, celui d'Auguste Comte, mais le positivisme réduit et mutilé, le positivisme étroit et sectaire, celui que représente le nom du consciencieux et peu intelligent Littré. La critique de Taine, sa méthode ou son système, n'a d'abord été qu'une application des règles de ce positivisme à la caractérisation des œuvres de la littérature et de l'art. Faire abstraction de soi-même en présence de l'objet, d'une toile de Rembrandt ou d'un drame de Shakspeare ; — ne tenir aucun compte, pour commencer, ni même plus tard, de l'impression qu'ils provoquent en nous ; — les étudier avec le même désintéressement, la même impartialité que le zoologiste ou le botaniste étudient le tigre et le mouton, la rose et la belladone ; — lâcher d'en découvrir le caractère essentiel ou dominateur, celui qui commande les autres, qui les « nécessite » ou qui les « conditionne », celui qui distingue Shakspeare de Ben Jonson, ou Rembrandt de Rubens ; — montrer la dépendance où il est des caractères généraux et communs qui sont ceux de la Renaissance anglaise au temps d'Elisabeth ou de la peinture hollandaise contemporaine de Tromp et de Ruyter ; — comparer ces
lectuel est une des plus précieuses conquêtes du romantisme ? Il nous faut déjà nous soumettre aux affirmations des géomètres et des chimistes : va-t-on nous enlever le droit de traiter Racine de «vieille botte » ou Bossuet de «rhéteur» ?
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œuvres entre elles et les « étiqueter », — il n'y a pas d'autre mot, — les cataloguer, les classer comme font encore les naturalistes pour les espèces de la nature ; — et, comme eux enfin, de ce tableau de la nature, interprété par lui-môme, sans idée préconçue, dégager, si nous le pouvons, les lois de l'organisation, de l'évolution, et de la vie, telle a été l'œuvre de Taine dans son La Fontaine et ses Fables, dans ses Essais de critique et d'Histoire, dans son Histoire de la littérature anglaise.
Vous voyez bien, Messieurs, la méthode. Peu de gens la pratiquent ! mais les principes ou plutôî les recommandations nous en sont devenues familières. Elle est, encore une fois, tout à fait analogue à celle des sciences naturelles, de la botanique ou de la zoologie. Gomme en zoologie e\ comme en botanique, la détermination du caractère essentiel, sous le nom de « faculté maîtresse, » ers fait le principal objet. Les « grandes pressions environnantes, » qui sont, comme en zoologie et comme en botanique, la « race, » le « milieu, » et le « moment, » nous rendent compte à leur tour des modifications que subit, au cours de l'évolution de la littérature ou de l'art, cette « faculté maîtresse. » Des milieux seront plus favorables au développement de la faculté dramatique, et d'autres, à l'épanouissement de l'imagination ora*