‹ Discours de combat (volume 3)Chapitre 3 sur 19 · Cf. la Vie du Père Hecker · texte numérisé non relu

Cf. la Vie du Père Hecker

OnT pourrait résumer d'une manière plus saisissante encore — ce qui ne serait d'ailleurs paradoxal qu'en apparence — l'hi de la conversion du P. Hecker, en disant qu'il se fit « catholique » pour pouvoir être ou demeurer impunément « démocrate ».

de vous montrer, Messieurs, que, si le fondement ne s'en rencontrait que dans l'idée chrétienne, là aussi, et là seulement, s'en pouvait rencontrer la véritable interprétation. Je voudrais y avoir réussi.

Je voudrais aussi que vous eussiez vu ce que ces raisons de croire ont iï éternel autant que à' actuel; et je serais particulièrement heureux si cette observation, par laquelle je terminerai, pouvait servir à dissiper ce qu'il y a d'équivoque dans ces expressions aujourd'hui si répandues, mais si souvent mal prises et mal comprises, de « démocratie chrétienne » et de « christianisme social». Le christianisme est le christianisme, social donc, à ce titre, sans qu'il soit besoin de le dire; et, quand on le quaiifie expressément de ce nom, je crains que ce ne soit donner à entendre que le christianisme pourrait n'être pas social, et tout de même être le christiauisme. Pareillement, Messieurs, le christianisme n'est ni aristocratique, ni démocratique, puisqu'il ne reconnaît de souveraineté qu'en Dieu, mais ce qui est vrai, c'est que la démocratie, ne pouvant trouver qu'en lui son principe et sa justification, sa force à la fois et son frein, tout ce qu'il a jamais gagné sur les esprits des hommes, c'est la démocratie elle-même qui l'a gagné, puisqu'aussi bien c'est l'égalité des conditions. Si le progrès de l'égalité des con-

ditions est d'ailleurs « le fait le plus continu de l'histoire du monde », il ne se peut pas qu'il ne soit providentiel, au sens entier, au sens plein du mot, au sens théologique, au sens de Bossuet et de Calvin; et ainsi nos raisons de croire, actuelles de l'accélération du mouvement démocratique en ce siècle, sont et demeurent éternelles de ce qu'il y a d'indestructible dans les aspirations des hommes, de tous les hommes — et de toutes les races, de tous les temps et de tous les pays, — vers la Liberté, l'Égalité et la Fraternité.

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Messieurs,

On dit quelquefois : « Ce n'est rien, ce n'est qu'une Querelle de mots » ; et on a toujours tort de le dire, pour cette excellente et très simple raison qu'il n'y a pas de « Querelle de mots ». Il n'y a pas de « Querelle de mots, » si les mots, quoi que l'on puisse faire, expriment toujours des idées ; si ce sont bien ces idées qu'on discute ; et s'il n'y a d hésitation, ou de division, que sur le point de savoir quelles sont exactement les idées que les mots représentent. Non seulement donc il n'est pas vain de disputer sur les mots, mais je soupçonne cette expression même de « Querelle de mots », de n'avoir été jadis inventée que pour couper court à des discussions importunes, — et redoutées, — par des esprits prévenus ou paresseux, qui ne se souciaient pas d'approfondir leurs propres idées, qui aimaient mieux les tenir pour incontestables que de les soumettre aux

1. Conférence faite à Toulouse, pour les étudiants de l'Université catholique, le 16 décembre 1900.

Bî DISCOURS DE COMBAT

hasards de la critique, des sceptiques dont le siège était fait, qui ne voulaient pas le refaire, et qui ne voulaient pas surtout qu'on les dérangeât du sommeil ou de l'engourdissement de leurs habitudes. Les hommes, en général, ont horreur de penser. Mais on n'empêche ni les idées de marcher, ni les mots d'évoluer, et le mouvement des idées étant presque toujours plus rapide que la transformation du langage, les mêmes mots, à quelques années d'intervalle, s'ils continuent de rendre le même son, expriment rarement les mêmes idées. Ils en signifient même quelquefois de contradictoires! On a versé du vin nouveau dans de vieilles outres... Et voilà pourquoi, non seulement, de temps en temps, il est bon de vérifier, de contrôler, de préciser à nouveau le contenu des anciens mots, mais nous ne pouvons vraiment nous entendre qu'à cette condition. C'est ce que je voudrais aujourd'hui vous montrer en étudiant le mot et l'idée de Solidarité.

Il n'y en a guère, tous le savez, de plus répandu, ni dont on mène aujourd'hui plus Je bruit: et le mot lui-même d'Évolution n'a pas fuit, depuis

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qu'on s'en sert, une fortune plus universelle. Il répond à tout, lui tout seul! On n'hésite point, comme j'en faisais récemment la remarquera lui sacrifier jusqu'aux mots de Liberté, d'Égalité, de Fraternité, pour ne rien dire de ceux d'Assistance et de Charité. C'est que la Solidarité, nous dit-on, est un fait; et on ne se révolte pas contre un fait. On le subit, ou on est victime d'avoir voulu lui résister. Rangeons-nous donc à l'idée de Solidarité! Si nos pères ne l'ont pas connue, plaignons-les! Ils n'avaient point fait de biologie ni d'histoire naturelle. Mais nous, qui savons ce que c'est qu'un organisme, et qu'il se définit par la dépendance de toutes ses parties, croyons fermement que, si toutes les idées dont nous avons vécu jusqu'à ce jour venaient à nous manquer, il n'y aurait pas lieu de nous en effrayer : la Solidarité nous resterait ! Elle nous serait « le point d'appui » qui suffisait au géomètre pour soulever le monde ; et, sur ce seul fondement, nous nous chargerions de rétablir la société des hommes, la politique, K morale et la philosophie.

Que faut-il penser, Messieurs, de ces espérances? Les partagerons-nous, ou les déclarerons-nous chimériques? Pour répondre à cette question, je ne vous demande que de vouloir bien examiner

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