‹ Discours de combat (volume 3)Chapitre 4 sur 19 · Voyez ci-dessus, p · texte numérisé non relu

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avec moi les origines, la nature complexe, et, — quelle que doive être notre conclusion, — les différents aspects de cette idée de Sohdarité.

Car, de la condamner, pour ainsi dire, en bloc. à peine ai-je besoin de vous dire, et avant tout, que c'est ce qu'il me serait impossible de faire, pour deux motifs, qui sont : en premier lieu, que nous en avons besoin pour y prendre notre point de départ dans la lutte nécessaire contre Ylndividualisme; et en second lieu que, longtemps avant que le positivisme s'en fût emparé, — pour la dénaturer peut-être, et à tout le moins pour l'embrouiller, — s'il y avait une idée chrétienne, et surtout catholique, c'était l'idée de Solidarité. On nous adressait tout dernièrement, Messieurs, ce reproche assez surprenant que, la religion étant « affaire individuelle », et ne tendant tout entière qu'à la préparation du salut, elle était donc inhabile ou impuissante à l'action sociale. Retenez le reproche ! Il n'y a pas longtemps qu'on c'en est avisé. Retenez-le, pour y répondre! et n'attendez pas pour cela qu'il soit devenu tout un système et toute une théorie! Mais c'est un publiciste protestant qui nous l'adressait, et il n'a pas songé que, si son argument est vrai pour le protestantisme, il ne l'est pas pour le catholicisme. Oui, dans la plupart des communions pro-

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testantes, fidèles en ce point à leur origine, toute la religion se ramène à la préoccupation du salut, et, par bonheur, quelques protestants commencent à s'en apercevoir..., et à s'en effrayer. « La préoccupation du salut individuel a, dans les cercles religieux, envahi peu à peu toute la place, et remplacé la passion primitive, apostolique pour le règne de Dieu et sa justice. À entendre certains chrétiens, la grande question, celle qui prime toutes les autres, c'est d'être sauvé, d'être rangé au nombre des élus, d'aller au ciel, quand même un grand nombre, peut-être même la grande majorité des hommes, seraient perdus, consumés avec le monde qui périra bientôt. Oh ! Fégoïsme incommensurable de certains sectaires qui ont voulu monopoliser Dieu ! » Ces paroles, Messieurs, ne sont pas de moi, ni d'un catholique, mais d'un pasteur protestant, d'un professeur de théologie protestante, parlant à Genève, cette année même, « sous les auspices de la Société chrétienne suisse d'économie sociale »; et, quoique, dans ce même discours, et avant de redire ce que j'avais dit moi-même, il ait cru devoir me prendre personnellement à partie pour écarter de lui jusqu'à l'ombre d'une... complicité qu'il avait le droit de trouver fâcheuse, je ne m'en réjouis pas moins de la franchise de son

aveu1 ! Mais le catholicisme n'a jamais mérité ce reproche ! Entre autres points qui le distinguent du protestantisme, celui-ci en est justement un de n'avoir jamais fait de la religion une « affaire individuelle ». Il l'a toujours conçue, prêchée, propagée comme sociale. Misereor super turbas ! Il s'est fait gloire, il se fait toujours gloire, d'être et d'avoir été ce que M. de Voltaire, gentilhomme de la chambre du roi, et courtisan d'Antoinette Poisson, plus connue sous les espèces de Mme de Pompadour, ne craignait pas d'appeler « la religion de la plus vile canaille2 ».Le purgatoire, les indulgences, l'intercession des Saints, tout ce qu'a rejeté le protestantisme, atteste dans le catholicisme cette Solidarité qui lie tous les chrétiens ensemble. Et voulez-vous la voir, Messieurs, cette Solidarité, affirmée ou développée, plus éloquemment que par la bouche d'aucun solidariste laïque, dans un sermon de Massillon? C'est un Sermon sur le Pardon des offenses, dont le titre seul suffit sans doute à indiquer l'inspiration, et l'orateur s'écrie :

Les chrétiens sont-ils faits pour ne pas se voir et s'interdire toute société les uns avec les autres ? Les

!. Le Christianisme social, trois conférences, par le pasteur H. Appia. Genève, 1900, Eggimann.

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