‹ Discours de combatChapitre 2 sur 12 · DE L'IDÉALISME · texte numérisé non relu

DE L'IDÉALISME

Mesdames, Messieurs,

Ce serait de l'impolitesse, et même de l'ingratitude, en prenant la parole devant un si nombreux auditoire, que de ne pas vous remercier, et avant tout, de votre empressement. Mais, si je ne saurais vous dissimuler ma satisfaction, je ne saurais non plus vous cacher mon embarras ou mon inquiétude; et je me demande comment je réussirais à remplir votre attente, si deux considérations ne me rassuraient et ne me soutenaient. La première, — c'est que je me flatte que, dans votre empressement même, il n'est pas entré moins de bienveillance et de sympathie que de curiosité; et la seconde, — c'est l'intérêt lui-même de mon sujet, que je m'imagine qu'il me suffira de traiter avec sincérité pour l'avoir traité convenablement.

Il y a donc de cela vingt-cinq ou trente ans, queli. Conférence prononcée à Besançon le 2 février 1896.

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ques-uns d*entre vous se le rappellent peut-être, et les autres l'ont entendu conter qu'une doctrine qui affectait les allures d'une religion de la matière, régnait presque souverainement : en philosophie, sous le nom de positivisme^ et en art et en littérature sous les noms de réalimie ou de naturalisme. Elle nous venait en droite ligne du xvui' siècle, — le «grand siècle », ainsi qu'on l'a quelquefois appelé, par moquerie sans doute, — mais en tout cas le moins « chrétien », comme on Fa bien mieux dit, et le moins « français » aussi de notre histoire ^. Les Diderot, les d'Alembert, les Gondorcet, les Volney, les Cabanis en avaient été les prophètes ; et le Cours de philosophie positive d'Auguste Comte en était l'Évangile. Elle enseignait substantiellement qu'en dehors de ce qui se compte, de ce qui se pèse, et de ce qui se mesure; en dehors de ce qui tombe sous la prise de l'expérience et des sens ; en dehors des faits et des groupements qu'on en peut faire, il n'y a rien que d'hypothétique, d'incertain et d'illusoire. Et, à la vérité, pour la réduire à ces termes, il avait fallu commencer par diviser, ou plutôt et pour mieux dire, par altérer, par dénaturer, par mutiler la vraie pensée d'Auguste Comte ^ ; mais on

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