SUR LE DROIT DE PÉTITION
D'après le Journal des Jacobins.
(Club des Jacobins, vendredi 15 juillet 1791.)
[Au début de la séance, on avait entamé une assez longue discussion sur la police des cartes d'entrée de la Société.]
M. Danton. — Je demande que nous offrions des cartes d'entrée à MM. Maury et Cazalès !
[Choderlos de Laclos déclare que si l'Assemblée n'a rien décidé sur Louis XVI, c'est qu'elle ne s'est pas crue assez instruite du vœu national. Il veut que l'on fasse une pétition monstre. — L'« insignifiant » M. Biauzat dit que le Roi est inviolable et ne peut par conséquent être mis en cause.]
M. Danton. — Et moi aussi, j'aime la paix, mais non la paix de l'esclavage. Je suis bien éloigné d'inculper les intentions du préopinant, mais il doit penser, ce me semble, qu'il est possible d'allier l'amour de la paix avec la faculté d'émettre son opinion.
Qu'est-ce que le droit de pétition, sinon le droit d'exprimer sa pensé?
Que devons-nous aux décrets? — L'obéissance et le respect. Mais rien ne peut ôter le droit de montrer, dans des pétitions, les sentiments qu'on a pour tels ou tels décrets.
Je passe au fait que nous assure M. Biauzat: que l'Assemblée nationale a déclaré le Roi inviolable. Mais elle l'a fait en ces termes obscurs et entortillés, qui décèlent toujours la turpitude de ceux qui s'en servent.
Or si l'intention est manifeste et la lettre obscure, n'est-ce pas le cas de faire une pétition? Car je déclare que, si l'intention est manifeste pour nous qui avons vu les ma-
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nœuvres, elle ne l'est pas également pour les citoyens des départements qui n'ont pas vu le jeu des ressorts.
Si nous avons de l'énergie, montrons la.
Les aristocrates de l'Assemblée nationale ont déclaré positivement qu'ils ne voulaient pas de la Constitution, puisqu'ils ont protesté contre elle. L'Assemblée nationale, il est vrai, a conspué cet acte ridicule, mais elle n'a pas sévi contre ses auteurs, elle ne les a pas trouvés coupables pour avoir exprimé leur pensée, elle ne les a pas chassés de son sein.
Pourquoi serait-on tenté de nous trouver coupables pour oser exprimer notre sentiment d'une manière franche et énergique?
Que ceux qui ne se sentent pas le courage de lever le front de l'homme libre, se dispensent de signer notre pétition. — N'avons-nous pas besoin d'un scrutin épuratoire? — Eh bien, le voilà tout trouvé. {On applaudit.)