‹ Discours de Danton. Edition critiqueChapitre 125 sur 459 · CONSEIL GÉNÉRAL DE LA COMMUNE, 20 JANVIER I792 I · texte numérisé non relu

CONSEIL GÉNÉRAL DE LA COMMUNE, 20 JANVIER I792 I

DISCOURS D'INSTALLATION COMME SECOND SUBSTITUT DU PROCUREUR DE LA COMMUNE

(Conseil général de la Commune, vendredi 20 janvier 1792) (l).

Monsieur le Maire, et Messieurs

Dans une circonstance, qui ne fut pas un des moments de sa gloire, un homme (2), dont le nom doit être à jamais célèbre dans l'histoire de la Révolution, disait qu'il savait bien qu'il n'y avait pas loin du Capitole à la Roche Tarpéienne; et moi, vers la même époque à peu près, lorsqu'une sorte de plébiscite m'écarta de l'enceinte de cette assemblée où m'appelait une section de la capitale, je répondais à ceux qui attribuaient à l'affaiblissement de l'énergie des citoyens ce qui n'était que l'effet d'une terreur éphémère, qu'il n'y avait pas loin pour un homme pur de l'ostracisme suggéré aux premières fonctions de la chose publique (3).

L'événement justifie aujourd'hui ma pensée. L'opinion,

(i) Cahier de Gerville, second substitut du procureur de la Commune avait été nommé ministre de l'intérieur. Danton fut élu à sa place, le 6 décembre 1791. (Il avait obtenu, le 18 novembre, 735 voix, pour le poste de procureur, contre 2.012 à Manuel et 1.657 à Cahier de Gerville sur 5252 votants.)

Les substituts étaient chargés de suppléer en cas d'absence ou d'em pêchement le yjrocureur de la Commune dont les fonctions consistaient à « défendre les intérêts et poursuivre les affaires de la Commune ». Les substituts recevaient un traitement de 6.000 livres.

Le discours de Danton, et la réponse du maire Pétion, furent imprimés par ordre de l'assemblée de la Commune. Bibl. nat., Lb. *o/i259, Bibl. de la Ville de Paris, 31246. — Les Révolutions de Paris (pP 138) p. 412-416, l'Orateur du peuple n» 27, etc., les reproduisent.

(2) Mirabeau.

(3) Cf. sur Danton au département de Paris et sur 1' « ostracisme » dont il fut l'objet de la part des sections, Aulard, Etudes et Leçons.., IVe série p. 128.

128 DISCOURS d'installation

non ce vain bruit qu'une faction de quelques mois ne fait régner qu'autant qu'elle-même, l'opinion indestructible, celle qui se fonde sur des faits qu'on ne peut longtemps obscurcir, cette opinion qui n'accorde point d'amnistie aux traîtres, et dont le tribunal suprême casse les jugements, des sots et les décrets des juges vendus à la tyrannie, cette opinion me rappelle du fond de ma retraite où j'allais cultiver cette métairie (1), qui, quoique obscuie et acquise avec le remboursement notoire d'une charge qui n'existe plus (2), n'en a pas moins été érigée par mes détracteurs en domaines immenses, payés par je ne sais quels agents de l'Angleterre et de la Prusse (3).

Je dois prendre place au milieu de vous. Messieurs, puisque tel est le vœu des amis de la liberté et de la Constitution; je le dois d'autant plus, que ce n'est pas dans le moment où la patrie est menacée de toutes parts, qu'il est permis de refuser un poste qui peut avoir ses dangers, comme celui d'une sentinelle avancée. Je serais entré silencieusement ici dans la carrière qui m'est ouverte, après avoir dédaigné pendant tout le cours de la Révolution de repousser aucune des calomnies sans nombre dont j'ai été assiégé, je ne me permettrais pas de parler un seul instant de moi, j'attendrais ma juste réputation de mes actions et du temps, si les fonctions déléguées auxquelles je vais me livrer ne changeaient pas entièrement ma position. Comme individu, je méprise les traits qu'on me lance, ils ne me paraissent qu'un vain sifflement. Devenu l'homme du

(i) La ferme de Nuisement située, à sept lieues d' Arcis, sur le finage de Chassericourt, canton de Chavanges, arrondissement d'Arcis, bien national provenant du clergé qu'il avait acheté le 24 mars 1791, pour 48.200 livres. (Cf. le Mémoire justificatif des fils de Danton, et Robinet, Danton, mémoire sur sa vie privée, 3^ éd., p. 297, sqq.).

(2) Danton fut liquidé de sa charge d'avocat aux Conseils, à 69,031 livres 4 sous, le 8 octobre 1791.

(3) « L'acquisition de quelques biens nationaux et autres montant à la somme de soixante à quatre-vingt mille livres, faite avec le secours de M. Charpentier, son beau-père, et payée par moitié entre eux, donna occasion à une fourmillière de propos auxquels les circonstances sont donné des ailes. » Courtois, Lettre à l'auteur du « Patriote français », (Arcis-sur-Aube, 20 août 1791). Bibl. nat., Lb ^^ 10160. — Cf. égaement l'Orateur du peuple, t. VII, n» 44, p. 348.

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