CONSEIL GENERAL DE LA COMMUNE, 20 JANVIER I792 I
peuple, je dois, sinon répondre à tout, parce qu'il est des choses dont il serait absurde de s'occuper, mais au moins lutter corps à corps avec quiconque semblera m' attaquer avec une sorte de bonne foi.
Paris, ainsi que la France entière, se compose de trois classes. L'une, ennemie de toute liberté, de toute égalité, de toute constitution, est digne de tous les maux dont elle a accablé et dont elle voudrait encore accabler la Nation: celle-là, je ne veux point lui parler, je ne veux que la combattre à outrance, jusqu'à la mort. La seconde est l'élite des amis ardents, des coopérateurs, des plus fermes soutiens de notre sainte Révolution, c'est elle qui a constamment voulu que je sois ici : je ne dois non plus lui rien dire, elle m'a jugé, jamais je ne la tromperai dans son attente. La troisième, aussi nombreuse que bien intentionnée, veut également la liberté, mais elle en craint les orages ; elle ne hait pas ses défenseurs qu'elle secondera toujours dans les jours de péril, mais elle condamne souvent leur énergie, qu'elle croit habituellement ou déplacée, ou dangereuse : c'est à cette classe de citoyens que je respecte, lors même qu'elle prête une oreille trop facile aux insinuations perfides de ceux qui cachent sous le masque de la modération l'atrocité de leurs desseins, c'est, dis-je, à ces citoyens, que je dois, comme magistrat du peuple, me faire bien connaître par une profession de foi solennelle sur mes principes politiques.
La nature m'a donné en partage les formes athlétiques, et la physionomie âpre de la liberté. Exempt du malheur d'être né d'une de ces races privilégiées, suivant nos vieilles institutions, et par cela même presque toujours abâtardies, j'ai conservé, en créant seul mon existence civile toute ma vigueur native, sans cependant cesser un seul instant, soit dans ma vie privée, soit dans la profession que j'avais embrassée, de prouver que je savais allier le sang-froid de la raison à la chaleur de l'âme et à la fermeté du caractère.
Si, dès les premiers jours de notre régénération, j'ai éprouvé tous les bouillonnements du patriotisme, si j'ai consenti à paraître exagéré, pour n'être jamais faible; si je me suis attiré une première proscription, pour avoii dit hautement