PARIS, 19 AOUT
assis par terre, prenaient leur repas ou succombaient au sommeil, lorsque le régiment des gardes-suisses, au moment où les fédérés leur serraient la main, au milieu de ces embrassements fraternels, a fait sur eux et sur les sections la plus terrible décharge de canons et de mousqueterie.
Dites-leur, qu'indignés de cette trahison, les fédérés, le peuple de Paris et les bataillons de la garde-nationale se sont précipités sur les Suisses et les chevaliers du poignard revêtus de l'habit de garde-national, qu'ils ont enfoncés et exterminés.
Dites-leur, que Louis XVI s'est perdu dans l'esprit même des royalistes, lorsque, pendant que ses plus vieux courtisans couvraient de leurs corps la porte de son cabinet où ils le croyaient, lui, par une porte de derrière, fuyait avec sa famille à l'Assemblée nationale, où ce n'est que lorsqu'il s'est rendu, que les Suisses ont commencé à faire feu.
Un décret de l'Assemblée nationale vient d'envelopper dans une suppression commune tous les commissaires du Roi, nommés, la plupart par un ministère émigré ou décrété d'accusation. L'incivisme de beaucoup de juges a excité également de grandes préventions contre les tribunaux. Les juges du sixième arrondissement de Paris avaient donné le signal de la persécution contre les amis de la liberté, et cet exemple a trouvé tant d'imitateurs dans les départements, qu'il s'est élevé un cri général pour demander le renouvellement des tribunaux. Ce cri a retenti plus d'une fois dans l'Assemblée nationale. Cependant la correspondance des ministres conjurés pour vous endormir et épaissir les ténèbres autour de vous, peut, en quelque sorte, en excuser la plupart, que la distance des lieux et la gravité de la profession éloignaient de la connaissance des intrigues contre-révolutionnaires du château des Tuileries.
Maintenant que la vérité des trahisons que nous avions dénoncées brille dans tout son éclat; maintenant que vous êtes pénétrés et comme investis de sa lumière; maintenant que vous voyez, empressez-vous d'éclairer ceux à qui vous êtes chargés de dispenser la justice, sur ces faits dont la connaissance vous est transmise ministériellement. Il est encore en votre pouvoir de reconquérir la bienveillance