PARIS, LE 19 AOUT 1792 I
Dites-leur que les comptes de la liste civile, trouvés chez M. Laporte (1), et que l'Assemblée nationale a ordonné qu'ils seraient imprimés, publiés et lus au prône, montreront à toute la France quels étaient les écrivains vendus et scélérats (2).
Dites-leur, que deux années d'avance de la liste civile ont été consumées à fournir aux frais d'impression des libelles aristocratiques, pour maintenir le désordre, avilir les représentants de la Nation, souffler la guerre civile et décrier les assignats (3).
prévenu de crime de rébellion contre la Loi, de conspiration contre la Liberté et de trahison envers la Nation (19 août 1792). Arch. nat., C. 156, n» 313. Cf. Archives parlementaires, t. XLVIII, p. 588. La Fayette émigra dans la nuit du 19 au 20.
Le 27 août Danton envoyait au Président de l'Assemblée la lettre suivante :
» Monsieur le Président,
» L'Assemblée nationale par son décret du 22 de ce mois qui m'est parvenu le 24 a ordonné que sous trois jours le pouvoir exécutif lui ferait connaître les mesures qu'il a dû prendre pour poursuivre et punir La Fayette et les officiers complices de la défection.
» En exécution de ce décret, j'ai l'honneur de vous informer que l'acte d'accusation, porté le 19, contre la cy-devant général, a été envoyé le même jour aux Ministres de l'Intérieur et de la Guerre; que le 20 je l'ai fait passer au commissaire du Pouvoir exécutif, près la haute cour; et qu'il va être adressé à tous les Tribunaux de l'Empire français.
» Je vous prie. Monsieur le Président, de bien vouloir faire part au Corps Législatif de ces détails, les seuls qu'il soit en mon pouvoir de lui donner jusqu'à présent.
» Je suis avec respect. Monsieur le Président, Votre très humble et très obéissant serviteur. » Le Ministre de la Justice :
» Danton (griffe). « Paris, ce 27 août 1792, l'an 4e de la Liberté et le i^r de l'Egalité.
Arch. nat. C. 157, n» 326.
(i) Laporte (Arnaud de), intendant de la liste civile.
(2) Cf. Tuetey, Répertoire des sources manuscrites de l'Histoire de Paris, t. IV, v\P 3855, 3858.
(3) Cf. Tourneux, Bibliographie de l'Histoire de Paris..., t. I, n0 3393, Loi donnée le 16 août 1792... (Envoi aux armées des pièces saisies chez Laporte et prouvant « jusqu'à l'évidence la trahison et la perfidie du pouvoir exécutif «) Arch. nat.. Coll. Rondonneau AD. I, 102. Tuetey, op. cit., n» 3880, Lettre circulaire de la commission de correspondance aux commissaires de l'Assemblée auprès des armées, déclarant que la reconnaissance publique a éclaté surtout à la publication des pièces trouvées aux Tuileries qui montrent la ci-devant
l6o AUX TRIBUNAUX '
Dites-leur, que les papiers trouvés dans le portefeuille du Roi, dans le secrétaire de sa femme, vont montrer si c'étaient de fausses terreurs que celles dont les sociétés populaires remplissaient la Nation; que, chaque jour, s'accumulent au Comité de surveillance les preuves des plus affreux complots; qu'il est prouvé, par des Bons signés de Louis XVI, que ce roi parjure payait encore les mois derniers ses quatre compagnies des gardes du corps à Coblentz (1) ; qu'il est prouvé, par un plan concerté entre ses ministres et quelques constituants, qu'il trahissait la Nation, et par les lettres de ses deux frères, qu'il trahissait même ses ministres et les constituants traîtres.
Dites-leur, qu'il est prouvé que les mouvements du 20 juin, dont La Fayette a fait tant de bruit, ont été excités par lui-même; que la cour n'attendait que le moment de profiter de l'égaremeat d'une partie de la garde-nationale et des Suisses, pour se baigner dans le sang du peuple; que l'ordre donné par le commandant-général. Mandat, par Rulhière (2), le commandant de la gendarmerie, prouve que les conjurés voyaient se lever ce jour, comme le dernier des patriotes; que le premier coup de canon devait être tiré du château; que le matin, Louis XVI avait passé en revue les Suisses et les gardes nationales qui s'y trouvaient, et s'était fait saluer de tous, par le cri de guerre de Coblentz, le seul cri de : Vive le Roil
Dites-leur, que les Suisses sortaient au-devant des Marseillais, que ceux-ci, attirés par des signaux de patriotisme et des cris de « Vive la Nation ! » s'étaient portés au quartier des Suisses et recevaient leurs embrassements; que la place du Carrousel, couverte des fédérés des quatre-vingt-trois départements et des quarante-huit sections, présentait le désordre d'un camp éloigné de l'ennemi et sans défiance, où les rangs étaient confondus; une multitude de soldats.
maison du Roi soudoyée à Coblentz et des libelles infâmes de nature à empoisonner l'opinion publique, commandés et payés par la liste civile..., i8 août 1792, Arch. nat., D* XL 48, n» 2.
(i) Voir p. 159, no 3.
(2) Rulhière (Anne- Jean- Auguste), colonel de la 29e division de gendarmerie.