‹ Discours de Danton. Edition critiqueChapitre 157 sur 459 · AOUT · texte numérisé non relu

AOUT

d'un mas(iue constitutionnel, il conspirait; c'était au nom de vos lois nouvelles qu'il espérait vous ramener sous le joug; et cependant des despotes, que les traîtres appelaient, vous ordonnaient de respecter les traîtres.

Lassés de tant de perfidies, indignés de tant d'insolences, vous vous êtes levés pour la seconde fois; l'ennemi du dedans a été frappé à mort, et cette énergique réponse est la seule que vous ayez faite à l'ennemi du dehors.

Citoyens, il paraît l'avoir entendue; les tyrans semblent vouloir ne prendre conseil qne de leur désespoir. Ils avaient osé dire qu'ils vous raviraient une partie de vos droits; aussitôt vous avez déclaré que vous vouliez la liberté tout entière. Maintenant, leurs armes touchent vos frontières, et c'est au milieu de leurs armes que vous appelez cette Convention chargée de proclamer devant l'Europe la souveraineté des peuples et les usurpations des rois.

Quel spectacle ! il n'en fut jamais d'aussi grand. Jamais époque aussi solennelle n'honora les fastes des nations les plus fameuses par un ardent amour de la liberté.

Citoyens généreux, que faut-il vous demander encore, sinon de demeurer toujours vous-mêmes? — Ce n'est point à votre courage qu'on doit dissimuler les nombreux sacrifices et les hasards renaissants auxquels votre grande entreprise vous appelle. Déjà le. peuple français et les rois sont en présence; déjà le choc terrible commence, et dans cette lutte, si digne des regards du monde, il n'y a plus de choix [qu'] entre la victoire ou la mort.

Mais occupés que vous devez être du soin de vous armer tous pour la défense de vos intérêts les plus chers, n'oubliez pas qu'au moment où vous écraserez dans mille et mille combats l'ennemi du dehors, des hommes élus par vous, doivent aussi terrasser l'orgueil de tout ce que la France peut avoir encore d'ennemis intérieurs. N'oubliez pas que du choix de vos députés dépendent les destinées de cet empire et de l'univers.

D'antiques abus sont à réformer, de grandes lois restent à faire. — Ces changements indispensables et difficiles, à qui sera-t-il donné de les entreprendre et de les consommer? Le talent sans courage ne l'oserait pas, le courage

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sans talent l'oserait en vain. Ce n'est donc pas seulement l'énergie du patriotisme qu'il faut à quiconque prétend à vos suffrages. Le triple ascendant d'un talent recommandable, d'une âme forte, d'une vie sans reproche, voilà ce que doit réunir l'homme assez heureux pour que vous le jugiez digne de vous représenter dans ces temps de gloire mais de péril.

En attendant, citoyens, pour conserver cette union qui seule fait votre force, vous devez vous rallier sans cesse autour des représentants au choix desquels l'empire a tout entier concouru. Vous devez provisoirement vous imposer le devoir d'observer les lois encore existantes, ces lois, dont les défauts, quels qu'ils soient, seront incessamment réparés pai les nouveaux représentants que vous allez élire.

Il seiait inutile de vous le dissimuler, il serait lâche de s'en étonner, et jamais les Français n'en ressentiront de la crainte. Les périls s'augmentent; nos ennemis préparent et vont porter les derniers coups de la fureur. Maîtres de Longwy, menaçant Thionville, Metz et Verdun, ils veulent se frayer une route jusqu'à Paris; ils peuvent y venir.

Quel est celui d'entre vous dont l'âme indignée ne s'élève fièrement à cette idée avec le juste sentiment de ses forces? Citoyens, aucune nation sur la terre n'obtint la liberté sans combat. Vous avez des traîtres dans votre sein; eh, sans eux, le combat serait bientôt fini; mais votre active surveillance ne peut manquer de les déjouer. Soyez unis et calmes; délibérez sagement sur vos moyens de défense, développezles avec courage, et le triomphe est assuré.

Nous, cependant, investis de l'exercice du pouvoir exécutif, par le suffrage de l'Assemblée nationale, qui seule aujourd'hui repiésente le peuple français, nous, les premiers ministres que la Nation ait choisis, nous nous efforcerons de remplir les devoirs que sa confiance nous impose. Nous tâcherons que rien ne soit oublié de ce qu'il faut pour assurer le triomphe de Végalité, et nos travaux, quoi qu'il puisse arriver d'abord, n'auront pas été inutiles. Oui, dussions-nous périr en combattant pour la liberté, nous emporterions du moins cette consolante pensée, que tôt ou

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