‹ Discours de Danton. Edition critiqueChapitre 172 sur 459 · POUR L'ARMEMENT RAPIDE DES VOLONTAIRES · texte numérisé non relu

POUR L'ARMEMENT RAPIDE DES VOLONTAIRES

D'après le Journal des Débats.

(Convention, lundi 24 septembre 1792.)

[Tallien demande que des commissaires soient chargés de faire exécuter le décret ordonnant aux citoyens qui, ayant

bins que les ordres étaient partis pour licencier Luckner. Ses collègues se sont sans doute joué de lui puisque Luckner est toujours en place. » Bibl. de la V. de Paris, Af&ches révolutionnaires, 1792-1793. — Luckner fut privé de son commandement le 23 août 1792. Il est à remarquer que nous ne savons rien du discours de Danton à l'Assemblée générale du district de Marseille.

(i) Add. Merc. un. : « Si à leur arrivée il y a une action avec l'ennemi, qu'ils fassent comme nous avons dit de faire à celui que le pouvoir exécutif provisoire a envoyé près de Montesquiou. »

(2) Add. Merc. un. : « ...vous allez près d'un homme qui est justement suspect. » — Var. Courr. des 83 dép. : « Vous allez auprès... »

(3) Courr. des 83 dép. : « ... et s'il fait un mouvement de travers bien prononcé... brûlez lui la cervelle... [Ce trait de caractère est vivement applaudi), n Aud. nat. : « Mais nous avons calculé l'importance de la mission que nous lui avons confiée sur l'intérêt même de la patrie, et pour garant de sa bonne conduite nous avons placé à côté de lui un homme sûr qui lui brûlera la cervelle à la première trahison bien constatée. »

(4) Dubois de Crancé, Lacombe Saint-Michel, Gasparin.

(les fusils, ne marcheraient pas, aux frontières, de remettre leurs armes.]

Danton. — J'obsen^e que les marchés faits par le ministère pour la fabrication des armes ne sont point assez prompte ment exécutés pour armer tous les volontaires qui sont au camp de Châlons, et les besoins se font sentir.

L'Assemblée législative a senti qu'on avait droit de dire à tout citoyen : « Vous qui ne marchez pas, vous devez remettre votre fusil, » Il faut donc par une suite nécessaire, du décret que, dans les départements éloignés des frontières de plus de dix lieues, la police se fasse avec des piques, et que tous les fusils soient envoyés au ministre de la guerre, qui en fera la répartition aux volontaires non encore armés. (1)

Il faut enfin que l'ennemi sache que la Convention nationale existe; elle n'a encore rien fait qui annonce à l'ennemi qu'elle est investie par la Nation de la plus grande puissance. (2) (Murmures.) — Il faut, avant tout, des armées.

Ma motion est urgente, et je demande qu'elle soit à l'instant mise aux voix.

[La Convention prononce le renvoi au Comité militaire (3).]

(i) Merc. un. : « Décrétez que dans toutes les municipalités éloignées de cinquante lieues du théâtre de la guerre, il ne sera permis de monter la garde qu'avec des piques. Add. Vous aurez bientôt 50.000 fusils pour armer vos volontaires. »

(2) Merc. un. : « Il faut enfin que nos ennemis s'aperçoivent que la Convention nationale est assemblée et qu'elle va prendre les grandes mesures qu'exige le salut de la République. «

{3) Le Patriote français fait remarquer que la proposition de Danton présente de graves inconvénients et il fait allusion aux événements récents des Deux-Sèvres, où 150. gardes nationales, armés de fusils, ont dispersé plus de 6.000 fanatiques. Qu'auraient-ils fait s'ils n'eussent été armés que de piques? se demande Brissot.

D'après le Moniteur.

(Convention, mardi matin 25 septembre 1792.)

[Tallien ayant demandé que les juges dont l'élection était proche ne fussent pas pris exclusivement parmi les gens de loi,un débat très vif s'engage. — Au cours de ce débat, Lasource attaque violemment Paris et ses députés. — Osselin (1) lui répond sur le même ton, et engage ses collègues àjeter avec lui l'anathème sur tous ceux qui voudraient attenter à la liberté et à l'égalité politique de la République. — Le tumulte est à son comble lorsqu'un membre de droite déclare : « C'est Robespierre qui est le chef de cette faction qui aspire à la dictature, voilà le factieux ! Il a confié son projet à Barbaroux !»]

Danton. — C'est un beau jour pour la Nation, c'est un beau jour pour la République française, que celui qui amène entre nous une explication fraternelle. (2) S'il y a des coupables (3), s'il existe un homme pervers qui veuille dominer despotiquement les représentants du peuple, sa tête tombera aussitôt qu'il sera démasqué. (4)

(i) Charles-Nicolas Osselin, membre du Conseil général de la Commune, puis député de Paris à la Convention.

(2) /. des Débats. : « ...qui amène une explication fraternelle au sein de cette Assemblée.» Aud. nat. : « ...entre les hommes qui la représentent.» Add. Merc. un. :« C'est un beau jour que celui où chacun de nous, par une déclaration franche et loyale, va jurer d'anéantir toute autorité individuelle qui dépasserait le nivellement de l'égalité. »

(3) Add. /. des Débats : «... dans la Convention nationale... »

(4) /. des Débats : « ... s'il existait un homme assez pervers pour vouloir s'élever au-dessus de ses concitoyens, pour vouloir dominer son pays, sa tête tomberait demain par un jugement de la Convention nationale. » Aud. nat. : « Mais je ne crains pas de l'avancer, celui qui voudrait dominer ma patrie périrait à l'instant sous le fer des lois, par un jugement de la Convention. » Add. « J . des Débats : Ainsi nous devons nous applaudir de cette explication. »

On parle de dictature, de triumvirat. (1) Cette imputation ne doit pas être une imputation vague et indéterminée; celui qui l'a faite doit la signer; (2) je le ferai moi, cette imputation dût-elle faire tomber la tête de mon meilleur ami. (3)

(4) Ce n'est pas la députation de Paris prise collectivement qu'il faut inculper; je ne chercherai pas non plus à justifier chacun de ses membres, je ne suis responsable pour personne; je ne vous parlerai donc que de moi. (5)

Je suis prêt à vous retracer le tableau de ma vie publique. (6) Depuis trois ans, j'ai fait tout ce que j'ai cru devoir faire pour la liberté (7). — Pendant la durée de mon ministère, j'ai employé toute la vigueur de mon caractère, j'ai apporté dans le Conseil tout le zèle et toute l'activité du citoyen embrasé de l'amour de son pays (8). S'il y a quel-

(i) /. des Débats: (i ... de dictateurs et de triumvirs. «Add. ^mi^. nat. : « Ce sont des projets bien criminels que ceux dont on accuse quelques hommes. /. des Débais Messieurs, remarquez bien que...»

(2) /. des Débats :«...; il faut que les accusateurs la signent. Add. A ces mots le citoyen Rebecquy s'est élancé au bureau en disant :« Je vais la signer moi ! « — Puis le citoyen Danton à continué : ... »

(3) Add. Aud. nat. : « Ma patrie sera libre, et restera libre. /. des Débats II faut que la nation française soit vengée. {Applaudi.) »

(4) Add. /. des Débats : « On calomnie la députation de Paris. Quoiqu'il n'y ait nul solidaire de crimes et de vertus, s'il y a des coupables, il faut les indiquer. »

(5) Add. Aud. nat. : « Les suffrages du peuple de Paris m'ont appelé à la Convention, je veux être, je serai responsable de toutes mes actions ; ce que j'ai fait, j'ai cru le devoir à la liberté de mon pays, mais il n'y a il ne peut y avoir de solidarité pour le crime, et je repousserai toujours la main qui voudra reporter sur ma tête les actions d'autrui. «

(6) /. des Débats : « Quant à moi, je veux rendre compte à la Convention nationale de ma vie politique entière. » Merc m w. : « Il y a long temps que je désire rendre compte de ma vie politique... »

(7) Add. Merc. un. :«...; je n'ai jamais cessé de marcher sur la ligne de ses plus vigoureux défenseurs. »

(8) Merc. un. : « J'ai porté au Conseil exécutif , l'amour du bien public, Add., j'y ai soutenu les principes d'égalité et de liberté avec l'énergie de mon tempérament. Je déclare que le sentiment d'une ambition individuelle, n'a jamais été le mobile d'aucune de mes actions. » — Var. /. des Débats : « ...et depuis que je suis dans le Conseil, j'ai mis à la défendre [la liberté] l'énergie de mon tempérament. »

igô SUR LA DÉPUTATION DE PARIS

qu'un qui puisse m' accuser à cet égard, qu'il se lève et qu'il parle. (1)

Il existe, il est vrai, dans la députation de Paris, un homme (2) dont les opinions sont pour le parti républicain, ce qu'étaient celles de Royou (3) pour le parti aristocratique; (4) c'est Marat. (5)

Assez et trop longtemps l'on m'a accusé d'être l'auteur des écrits de cet homme (6). J'invoque le témoignage du citoyen qui vous préside. (7) Il lut, votre président, la lettre menaçante qui m'a été adressée par ce citoyen; (8) il a été témoin d'une altercation qui a eu lieu entre lui et moi à la mairie. Mais j'attribue (9) ces exagérations aux vexations (10) que ce citoyen a éprouvées. Je crois que les sou-

(i) /. des Débats : « Mais s'il est un seul homme qui ait eu des rapports avec moi, qui puisse m'accuser d'ambition individuelle, qu'il se lève et me dénonce ! »

(2) Add. /. des Débats : « ..., je le dis hautement, ... »

(3) L'abbé Jacques-Corentin Royou, rédacteur de l'Ami du Roi. L'Assemblée législative, le 3 mai 1792, avait décrété des poursuites à la fois contre \ Ami du Peuple et l'Ami du Roi, contre Marat et contre Royou. (Cf. Tuetey, op, cit., Poursuites contre l'Ami du Peuple et VAmi du Roi, t. IV, pp. 50-51.) Danton parle du rédacteur de l'Ami du Roi au passé car il était mort le 21 juin 1792, quelques semaines après la disparition de sa feuille qui cessa le 4 mai.

(4) /. des Débats : « ...un homme qui a été le Royou des contre-révolutionnaires. » Merc. un. : « Je sais qu'il existe dans la République un homme qui est le Royou de la Révolution. » Aud. nat.:<.< Je dénonce, moi, comme un conseiller de dictatorat, ou de triumvirat, un homme qui s'est toujours montré depuis la Révolution le Royou des patriotes, je dénonce Marat, dont des pervers m'ont prêté quelque temps les opinions monstrueuses.»

(5) Merc. un. : « ... ; cet homme est Marat. »

(6) Merc. un. : « ...on m'a accusé d'être instigateur des placards et des écrits de cet homme. » /. des Débats : « ...on m'a prêté d'être l'instigateur des actions et des écrits de cet homme... Add., et je défie qui que ce soit, d'en soumettre la moindre preuve. «

(7) Aud. nat. : « Je le dénonce, et j'invoque ici un grand témoignage, celui du citoyen président. » — Le président de l'Assemblée est Petion.

(8) Add. Merc. un. : « ...il m'a vu, à la Commune et dans les comités de la municipalité, aux prises avec Marat... »

(9) Add. Aud. nat. : « ...ces fureurs politiques à l'âpreté de son tempérament,... »

(10) Add. Ibid. : « ...,aux persécutions,... »

terrains dans lesquels il a été enfermé, ont ulcéré son âme (1)...

Il est très vrai que d'excellents citoyens ont pu être républicains par excès, il faut en convenir. Mais n'accusons pas pour quelques individus exagérés une députation tout entière (2). Quant à moi, je n'appartiens pas à Paris; je suis né dans un département vers lequel je tourne toujours mes regards avec plaisir. Mais aucun de nous n'appartient à tel ou tel département, il appartient à la France en- • tière (3).

Faisons donc tourner cette discussion au profit de l'intérêt public (4). Il est incontestable qu'il faut une loi vigoureuse contre ceux qui voudraient détruire la liberté publique (5). Eh bien, portons-la cette loi; portons une loi qui prononce la peine de mort contre quiconque se déclarerait en faveur de la dictature ou du triumvirat (6). Mais (7) après avoir posé ces bases qui garantissent le règne de l'égalité, anéantissons cet esprit de parti qui nous perdrait.

(i) Merc. un. : « Je dois cependant justice à ce citoyen; il me semble que l'aigreur de son caractère, que sa vie souterraine, lui inspirent ces libelles qui le rendent un être si nuisible à la société. »

Points de suspension dans le texte.

(2) /. des Débats : « Messieurs, n'accusons point Paris pour quelques individus exagérés. » Add. Merc. un. : « ... il est inutile de dire que c'est là une absurde scélératesse. Paris a fait la Révolution; Paris la maintiendra. {Applaudi.) Au surplus, je ne suis responsable que pour moi, et je puis invoquer ma vie entière, pour pulvériser toutes les calomnies qu'on pourrait diriger contre moi. »

(3) /• ^^^ Débats :« ...et moi, comme député, je n'appartiens pas à Paris, j'appartiens à la France entière, comme citoyen; je suis né dans un département, et si mes vœux sont remplis, mes yeux se tournent vers mon berceau... »

(4) Ibid. : « Faisons, Messieurs, faisons tourner cette discussion au profit de la chose publique ; A.àà. Aud.nat. : « les avis, les projets, les espérances ambitieuses, tout sera déjoué par une seule mesure celle qui assure à jamais l'union de la République. »

(5) Add. /. des Débats : «... ; il faut dans une République, une loi réprimante de l'ambition. »

(6) Add. ^M^. nat. : « ...; décrétons, citoyens, la peine de mort, contre tout homme qui, s'élevant au-dessus de ses égaux, se hasarderait à vouloir les soumettre. /. des Débats. {Applaudissements.) »

(7) Add. /. des Débats : «... il est encore une autre opinion qu il faut détruire; ...»

(1) On prétend qu'il est parmi nous des hommes qui ont l'opinion' de vouloir morceler la France; (2) faisons disparaître ces idées absurdes en prononçant la peine de mort contre leurs auteurs. La France doit être un tout indivisible. (3) Elle doit avoir unité de représentation. (4) Les citoyens de Marseille veulent donner la main aux citoyens de Dunkerque. (5) Je demande donc la peine de mort contre quiconque voudrait détruire l'unité en France (6), et je propose de décréter que la Convention nationale pose pour base du gouvernement qu'elle va établir l'unité de représentation et d'exécution. (7) Ce ne sera pas sans frémir que les Autrichiens apprendront cette sainte harmonie; alors, je vous le jure, nos ennemis sont morts (On applaudit.) (8).

(i) Add. /. des Débats : « On a paru élever des craintes sur l'unité de la République. «

(2) /. des Débats : «... des hommes, égarés sans doute, ont pensé que la France se morcellerait en fédérations partielles. »

(3) /. des Débats : « Messieurs, notre vœu, celui de la Nation entière doit être que nous formions un tout que rien ne puisse diviser. {Applaudissements.) » Merc. un. : « On dit que la France devait être morcelée, et cependant il n'est qu'un vœu pour que la France reste à jamais unie. »

(4) Add. /. des Débats : « Déclarons donc, comme base fondamentale, que la France entière aura une unité de représentation nationale, une unité d'action exécutrice; bientôt il n'y aura plus qu'une grande famille... »

(5) Add. /. des Débats : « (Applaudissements) . »

(6) Add. /. des Débats : «... et la parfaite égalité... »

(7) Merc. un.-: « ...l'unité de représentation nationale et l'unité d'action executive. )) Add. /. des Débats : « Mais après avoir posé ces grandes bases, que la tranquillité générale anéantisse tout esprit de parti {Applaudissements.) Merc. un. Décrétons que la France sera à jamais un tout indivisible. Aud. nat. Ces bases adoptées feront trembler les intrigants de l'intérieur et les brigands couronnés qui n'espèrent de succès que de nos divisions ! «. — Var. /. des Débats : « ... les tyrans de l'Europe vont trembler. »

(8) Add. Merc. un., J . de Perlet : « {L'Assemblée se lève tout entière au milieu des plus vifs applaudissements .) Aud. nat. Ces propositions sont accueillies avec enthousiasme : on crie. « Aux voix ! » de toutes parts. «

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