‹ Discours de Danton. Edition critiqueChapitre 173 sur 459 · DANTON REFUSE DE RESTER AU MINISTÈRE · texte numérisé non relu

DANTON REFUSE DE RESTER AU MINISTÈRE

D'après le Moniteur.

(Convention, mardi matin 26 septembre 1792.)

[Rouyer(l) demande que la Convention nationale, au nom de l'intérêt public ; prie Roland de préférer « le poste pénible de ministre à celui de représentant ». — Un membre désire que la même invitation soit faite à Danton et à Servan.J

Danton. — Je ne m'oppose pas à ce qu'on invite le ministre Roland à rester en place; mais je demande qu'on ne me fasse pas la même invitation, car je déclare que je préfère à tous les ministères le caractère de représentant du peuple. (2)

D'après le Journal des Débats {3).

(Convention, mardi matin 26 septembre 1792.)

[On lit à la Convention une lettre de Montesquieu. Le général annonce qu'il s'est emparé de plusieurs redoutes, et

(i) Jean- Pascal Rouyer, député du département de l'Hérault à l'Assemblée législative et à la Convention, appartenait au parti girondin.

(2) /. de Perlet : « Le citoyen Danton qui avait déjà offert sa démission et opté pour la fonction de législateur, renouvelle ses instances; il déclare que si on ne lui nomme pas au plus tôt, ce soir, demain, un successeur, il remettra son portefeuille à l'un de ses collègues. »

(3) Le Journal des Débats est seul à donner les paroles de Danton; la Chronique de Paris seule, les signale.

que Ghambéry tombera bientôt entre ses mains. — Delacroix (1) demande aussitôt que la Convention rapporte le décret rendu contre lui (2).]

Danton. — On a démontré qu'il serait possible que vos commissaires trouvassent Montesquiou sur le point de remporter une victoire. La Convention a bien senti que, dans ce cas, il serait souverainement ridicule d'exécuter son décret. Ce n'est donc qu'une simple ampliation de pouvoirs que vous donnez à vos commissaires pour retirer ou exécuter votre décret.

[Lanjuinais fait observer que Montesquiou étant vainqueur, comme le décret de destitution a été porté contre lui que parce qu'il était vaincu, ce décret doit être rapporté.]

Danton. — On dit que Montesquiou a remporté une victoire; mais j'observe que les victoires ne peuvent appartenir à un seul homme. Elles sont à tous. (Murmures.)

Messieurs, c'est de la défiance qu'il faut ici. Ne prodiguez point les éloges; vous lui en accorderez après une longue épreuve de sa conduite. Et d'ailleurs il est possible qu'en ce moment où nous sommes les plus forts, un vieux courtisan s'attache à nous.

Vous n'avez d'autres motifs pour rapporter votre décret, que les faits que lui-même vous annonce, et dont peut-être on pourrait douter encore. — Je persiste donc dans ma proposition.

[Le décret de destitution est suspendu ; la Convention attendra un supplément d'informations pour statuer définitivement sur le cas de Montesquiou.]

(i) Jean-François Delacroix, député d'Eure-et-Loir à la Convention, membre <iu Comité militaire.

(2) Cf. supra, discours, nos g2 et 94, p. 187 et 198.

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