DANTON DEMANDE QUE L'ON DÉCLARE QUE LA PATRIE N'EST PLUS EN DANGER
D'après le Journal des Débats.
(Convention, jeudi matin 4 octobre 1792.)
[Une lettre de Custine annonce la prise de Spire sur les Autrichiens. L'Assemblée applaudit avec enthousiasme.]
Danton demande qu'on déclare que la patrie n'est plus en danger. (// s'élève des murmures. (2) — L'orateur monte à la tribune.)
Je dois développer les raisons sur lesquelles je fonde mon
(i) Points de suspension dans le texte.
(2) Mon. : « Je demande qu'il soit déclaré que la patrie n'est plus en danger. {Il s'élève quelques murmures.) » Merc. un. : « Je demande que l'Assemblée déclare... {Réclamation). »
eONVEJ^TION, 4 OCTOBRE I792 211
opinion, j'ai déjà calculé les objections qu'on pourra faire contre ma proposition (1). On dira que cette déclaration pourrait refroidir le courage des Français, voilà la seule objection. (2)
Lorsque la patrie fut déclarée en danger, le principe de ce danger, c'était la royauté. Vous l'avez abolie (3)... (Applaudissements) (4) et alors j'ai pensé qu'il était de la dignité du peuple, qu'il était de votre dignité, de retirer un décret semblable (5).
Aucun membre ne peut douter que, loin d'avoir à craindre pour notre liberté, nous [n']all[i]ons la porter chez tous les peuples qui nous environnent. (6) Dumouriez vous a dit qu'il espère prendre son quartier d'hiver à Bruxelles. Ce qu'il a dit, il le fera, ses premiers succès vous le garantissent. (7) Je sais que quelques-unes de nos villes sont assiégées ; mais nos
(i) Mon. : « Je prévois toutes les objections qu'on pourra me faire; Âdd. mais je déclare d'avance qu'elles sont indignes des Français républicains. »
(2) Merc. un. : « J'ai prévu les réclamations : on dira que cela attiédirait le courage des Français; cela serait indigne du nom français. »
(3) Points de suspension dans le texte. Merc. un. : «... Vous l'avez anéantie... » Mon. : « Lorsque vous avez déclaré la patrie en danger, vous connaissiez le principe de ce danger; c'était la royauté, que vous avez abolie. »
(4) Add. Merc. un. : « ...; le danger n'existe plus; ... »
(5) Add. Merc. un. : « ...; j'ai pensé qu'une nation qui venait de faire un grand acte devait se reposer sur sa puissance. »
(6) Mon. : « ... nous pouvons la porter chez tous les peuples qui nous entourent. »
{7) Merc. un. : « Ce qu'il a fait votis dit ce qu'il pourra faire. « Add. /. de Perlet : « Le peuple français s'est levé, nos ennemis sont sur la défensive de toutes parts; ils précipitent leur retraite, ils abandonnent les jri.aces qu'ils attaquaient.
— Et Lille ! crient plusieurs membres. Merc. un. — Une voix : Qu'il aille sauver Lille !
Mon. Lille, il est vrai, est assiégé, mais il a plus de 9.000 hommes effectifs qui le défendent ; et si cette garnison n'avait pas été commandée par un chef plus que suspect, et que le pouvoir exécutif vient de destituer, déjà cette ville aurait, par des sorties vigoureuses, fait repentir l'ermemi de son audace. » — Var. Merc. un. : « Je sais que quelques villes sont encore menacées, mais Lille ne le serait pas si elle n'avait eu jusqu'à présent un chef plus que suspect. »
ennemis sont plutôt assiégés dans leur camp, que nos villes ne le sont par eux. (I)
(2) Je vois Custine portant la guerre à Spire (3); je vois vos vaillantes armées, dirigées par les belles combinaisons de nos ministres et de nos généraux, reporter la guerre à nos ennemis; je vois la liberté triomphante. (4)
Ainsi je pense que la nation française, délivrée de la royauté, peut faire trembler tous ses ennemis (5).
(6) Si j'ai trop présumé du succès de nos arrnes je consens à l'ordre du jour.
D'après le Journal des Débats.
(Convention, mercredi matin 10 octobre 1792.)
[Deux millions affectés aux dépenses secrètes avaient été mis à la disposition des ministres. Déjà 400.000 livres ont été employées sans comptabilité. — Cambon demande que le décret qui affectait 2.000.000 aux dépenses secrètes soit rapporté et que les ministres justifient au Conseil exécutif des sommes qu'ils ont employées. (7)]
(i) Add. /. de Perlet : « Bientôt, du nord au midi, aucun esclave étranger n'insultera à la souveraineté, et vous allez porter vos armes dans ces mêmes contrées qui vous menaçaient. »
(2) Add. Mon. : « ... je vois d'un autre côté, non seulement les Prussiens repoussés et tombant, soit sous le fer de la liberté, soit sous le poids des maladies... »
(3) Mon. : « ..., mais le général Custine prenant Spire, Add. et par une combinaison savante, pouvant se réunir au général Biron, pour porter la guerre dans tout l'Empire. »
(4) Add. Mon. : « Quel est donc actuellement le danger de la patrie? »
(5) Add. Merc. un. :« ...et qu'elle peut les faire repentir d'avoir osé l'attaquer. »
(6) Add. /. de Perlet : « Il faut en avertir la République par la déclaration que je propose. »
(7) Condorcet raille dans sa Chronique de Paris le négociant Cambon de
Danton, monte à la tribune. — Je n'ai rien à opposer (1) au système de comptabilité présenté par le citoyen Cambon. Ce n'est pas d'aujourd'hui que Cambon exerce avec un grand succès les fonctions de contrôleur général des finances de la République. (Vifs applaudissements.) J'applaudis comme un autre à ses vues d'économies. Mais aux observations qu'il vient de faire je ne réponds qu'un mot : c'est que ce qu'il propose de décréter a déjà été fait au Conseil. (2)
Et j'observe à mon tour que, dans les jours de la Révolution, j'ai été autant l'adjudant général du ministre de la guerre que ministre de la justice.
S'il paraît surprenant qu'il ait été fait des dépenses extraordinaires, (3) il faut se reporter aux circonstances dans lesquelles elles ont été faites; la patrie était en péril, (4) et comme je l'ai souvent dit dans le Conseil, nous étions comptables de la liberté et nous vous en avons rendu bon compte, de cette liberté !
(5) Je déclare que j'ai rendu au Conseil un compte détaillé de mes opérations, et je ne crois pas qu'il s'élève aucun doute sur ma conduite politique. (6)
sa sévère exactitude : « M. Danton, dit-il, qui ne pense peut-être pas à beaucoup près, comme M. Cambon, que le régime monastique soit celui qu'une grande nation doive adopter dans le mode de ces dépenses particulières..., a appuyé la demande de son collègue, parce qu'en effet il est digne de lui, ayant été ministre, de mettre sa responsabilité pécuniaire au-dessus des petits soupçons comme il l'a fait de celle qui concerne l'emploi de ses talents et de son courage pendant la durée de son ministère. »
(i) Mon. : « ... objecter... »
(2) Mon. : « ... au Conseil exécutif. » Merc. un. : « Ce qu'il vient de dire, nous l'avons délibéré au Conseil exécutif. Add. Si ces fonds ont été disposés ainsi; c'est que, dans des jours de crise, il fallait avant tout sauver la liberté... »
(3) Mon. : « S'il a paru étonnant que le ministre de la justice, ait employé 200.000 livres en dépenses secrètes, et près de 200.000 livres en dépenses extraordinaires... »
(4) Mon. : « ... qu'on se rappelle que la patrie... »
(5) Add. Mon. : « Nous avons rendu nos comptes. »
(6) Mon. : « Je crois n'avoir mérité aucun reproche dans ma conduite politique. » /. du Soir. : « En mon particulier, avant de quitter le Conseil, j'ai rendu compte de l'emploi de deux cent mille francs attribués au ministre de la justice et j'observe, relativement à cette dépense