POUR L'ÉTABLISSEMENT DE GREFFIERS DE L'ASSEMBLÉE
D'après le Moniteur.
(Convention, mardi 23 octobre 1792.)
[Danton demande à l'Assemblée d'établir des greffiers pour épargner aux secrétaires un travail dont la « continuité fatigante » les empêche de s'occuper des discussions (3).]
Danton. — Je crois devoir reproduire à l'Assemblée une idée qui déjà lui a été présentée : c'est le besoin qu'elle a de greffiers. Les secrétaires neperdent pas par cette fonction la qualité de représentants du peuple. Ils sont obligés d'écouter la discussion et d'émettre leur opinion (4). Il faut nommer
(i) Add. Afin. pat. : « L'adresse porte qu'un citoyen n'est jamais quitte envers sa patrie et qu'il lui doit encore plus en raison de ce qu'il a fait pour elle. »
(2) Ibid. : « La loi pourvoira au remplacement des volontaires, non pour leur procurer un repos qu'ils ne désirent pas, mais pour qu'ils ne soient pas les seuls à jouir d'un honneur que tous les Français envient. »
(3) Le Patriote français dit : « Danton secrétaire a proposé d'adjoindre au bureau deux secrétaires greffiers, et il a eu raison. Sa proposition n'a pas été accueillie, il a donné sa démission des fonctions de secrétaire et il a eu tort. — Dans un état libre il ne faut se croire supérieur à aucune des fonctions qu'on reçoit du peuple. »
(4) Add. Merc. un. : « ... ; il est impossible que l'on remplisse ses devoirs comme représentant du peuple et comme secrétaire. Il est reconnu par tous les bons esprits que l'on ne peut pas faire des lectures, des extraits, des pétitions, être membre d'un comité, élaborer ses idées, prendre part à la discussion, rédiger nos procès-verbaux ... »
des greffiers révocables à volonté, chargés de rédiger, sous l'inspection des secrétaires, les procès-verbaux de l'Assemblée (1).
Si vous n'adoptez pas cette proposition (2), je donne ma démission de secrétaire, car comme député j je dois prendre part aux délibérations, et comme membre du Comité de Constitution, je veux élaborer mes idées.
Je demande donc que cette question soit discutée demain.
[On réclame l'ordre du jour.]
Danton. — En ce cas, j'use du droit que j'en ai, et je donne ma démission (3).
D'après le Journal des Débats.
(Convention, mardi 23 octobre 1792.)
[Buzot propose à la Convention de décréter que les émigrés français sont bannis à perpétuité du territoire de la République et que ceux qui y rentreront soient punis de mort.]
Danton. — Je professe le principe développé dans cette
(i) /. du Soir : « Danton propose de nommer deux secrétaires greffiers. » Merc. un. : « Il n'y a point de danger à nommer des greffiers qui feront les extraits, les rédactions... Add. et qui seront payés pour cette opération laborieuse ... {Murmures.) «
(2) Merc. un. : « Si ma proposition est réjetée, Add. ne pouvant m'acquitter de tant de missions à la fois,... »
(3) Merc. un. : « Je déclare que, comme j'en ai le droit, je m'en tiens à mes fonctions de représentant, et je donne ma démission de secrétaire.» [Danton quitte la place de secrétaire — Débats.) — « L'ordre du jour est adopté. » /. du Soir : « [Danton quitte à l'instant le bureau.) »
Assemblée (1) et je n'ajoute qu'un mot : Sans doute, quand la liberté est en péril elle a soif du sang de la tyrannie; mais (2) quand la liberté reporte la terreur chez ses ennemis, elle doit faire des lois dans le calme; (3) et c'est prononcer une loi dans ce sens que d'adopter ce que Buzot propose.
Les émigrés se sont jugés, se sont bannis eux-mêmes. Eh bien, il faut déclarer perpétuel ce bannissement auquel ils se sont condamnés (4). (Applaudi.)
L'Europe vous contemple; elle attend de vous des lois aussi sages que la Nation a été terrible; faites ces lois, et vous mériterez son admiration (5).
Il est, dit-on, des hommes émigrés par faiblesse : ce sont des lâches. Celui-là qui fuit son pays quand il est menacé, n'est plus citoyen; et s'il osait revenir, la patrie lui dirait : Malheureux, tu m'as laissée dans les jours de péril; eh bien, éloigne- toi à jamais; ne reparais plus sur mon territoire : il est devenu un gouffre pour toi. (6) (Applaudi.) Et s'il ose braver la loi, que la loi fasse tomber sa tête. (7)
(i) Add. Merc. un. : « Ce principe est juste, les émigrés eux-mêmes l'ont reconnu en s'exilant d'un lieu qu'ils ne voulaient plus habiter, à moins qu'ils ne vous fissent esclaves;... »
(2) Add. Aud. nat. : «... quand un peuple triomphe,... »
(3) Aud. nat. : «... avec froideur ... »
(4) Aud. nat. : «... déclarez perpétuel le bannissement que les émigrés se sont eux-mêmes imposé ; Add. frappez de mort celui d'entre eux qui oserait se remontrer dans une patrie qui ne le connaît plus. /. du Soir. Par là vous prononcerez dans votre dignité une loi froide, impassible qui répondra suffisamment à vos détracteurs.. . »
(5) Add. Merc. un. :« ...; prononcez une loi que l'Europe entière ne pourra blâmer, et quand vous serez justes l'univers adoptera vos principes. »
(6) Aud. nat. : « Voici ce que dit la patrie à ses enfants lâches ou rebelles : « Malheureux vous m'avez laissée dans les jours du péril; vous ne devez pas jouir de mes triomphes. Fuyez; je ne vous vois plus qu'avec horreur, et mon territoire ouvrira sous vos pas, si vous osez les y porter, un gouffre qui vous dévorera ! » {Danton a été vivement applaudi.) » Add. /. de Perlet : « Allez sur ces terres étrangères où vous avez cru trouver des forces pour m'opprimer : portez-y la honte et le désespoir, je serai assez vengée ! »
(7) Chr. de Paris. : « Sur la motion de Buzot, appuyée et présentée sous d'autres rapports non moins ingénieux par Danton, la Convention a décrété que les émigrés français sont bannis à perpétuité du sol de la République française et que ceux qui y rentreront seront punis de
mort. CONDORCET. »