‹ Discours de Danton. Edition critiqueChapitre 208 sur 459 · SUR LA RÉUNION DE LA SAVOIE A LA FRANCE · texte numérisé non relu

SUR LA RÉUNION DE LA SAVOIE A LA FRANCE

D'après le Journal des Débats.

(Convention, mardi 27 novembre 1792.)

[Grégoire lit un projet de décret sur la réunion de la Savoie à la France. A l'unanimité, moins une voix, « la Convention nationale déclare, au nom du peuple français, la réunion de la ci-devant Savoie à la République française »,

— Buzot demande que l'on ajoute au décret que « la Convention nationale déclare comme article constitutionnel,... » ; autrement dit, que la réunion ne sera définitive qu'après avoir été ratifiée par le peuple français. — Des députés s'y opposent.

— Buzot déclare alors : « D'après les observations que viennent de me faire plusieurs de mes collègues, je retire mon amendement ».]

Danton. — Et moi, je le reproduis, et je le motive ainsi : Il est incontestable que la réunion que vous déclarez, ne peut être faite qu'au nom du peuple français ; la proposition en a été faite par le peuple savoisien, réuni dans ses assemblées primaires. Sans doute, le peuple français nous approuvera toujours quand nous lui aurons fait de pareilles conquêtes (1)... (2)

Une voix. — Point de conquêtes !

Danton. — C'est la conquête de la raison; mon expression n'était pas louche.

Je reprends, et je dis qu'un pareil contrat ne deviendra éternel, que quand la nation française l'aura accepté.

(i) Merc. un. : « Je pense bien, je suis fermement convaincu que le peuple ratifiera cet acte de réunion. » (2) Points de suspension dans le texte.

Sans doute, vos lois ont une exécution provisoire, sans doute ce contrat doit avoir sans délai tous ses effets politiques et civils; mais je demande que vous reconnaissiez que cette réunion ne peut être durable que quand elle sera cimentée par l'acceptation textuelle du peuple français.

J'ai partagé l'enthousiasme raisonné de toute l'Assemblée, mais l'Assemblée aussi partage mon sentiment. Elle a reconnu par un décret solennel, qu'elle ne peut rien faire de durable que par la sanction nationale. Je dis donc que ce n'est point assez de le reconnaître implicitement. Je pense qu'il faut encore que la rédaction porte que c'est au nom du peuple français que vous avez accepté la réunion.

[Danton accepte l'ordre du jour motivé proposé par Buzot et la Convention décrète :

« La Convention nationale passe à l'ordre du jour motivé sur la déclaration faite qu'il ne peut y avoir de constitution en France que celle qui aura été acceptée par le peuple. »]

D'après le Journal des Débats.

(Convention, vendredi 30 novembre 1792.)

[A propos des troubles de Chartres où les représentants Maure et Birotteau furent sérieusement menacés, Birotteau déclare : « Si la simple motion de supprimer le salaire des prêtres cause tant d'effervescence, qu'on juge des troubles qu'occasionnerait un pareil décret ! » Quelques murmures se font entendre.]

Danton. — Je demande qu'on écoute l'orateur en silence car je soutiendrai la même opinion. On bouleversera la France par l'application trop précipitée de principes philosophiques (1) que je chéris, mais pour lesquels le

(i) Âdd. Merc. un. : « (Troubles.) »

peuple et surtout celui des campagnes, n'est pas mûr encore. (1)

[Petion demande que le ministre de la guerre soit autorisé à envoyer des forces dans le département d'Eure-et-Loir.]

Danton. — Citoyens, je vais ajouter quelques idées à celles qui vous ont été développées par le préopinant.

Sans doute, il est douloureux pour la Convention (2), d'entendre dire (3) que ses commissaires ont été plus outragés par le peuple, qu ilsne le furent par ce La Fayette qu'elle a proscrit. (4)

On ne peut se dissimuler que (5) des royalistes (6)..., (7) (App/aizdisscmen/s)... (7) oui, des royalistes (8) et des scélérats (9) disséminés surla surface (10) de la République (11), se concertent pour rendre la liberté déplorable. (12)

Citoyens, vous voulez faire cesser le mal? — Eh bien, atta-

(i) Ces deux phrases sont extraites du Moniteur. Aàà.. J . des Débats : « {Quelques membres et des citoyens applaudissent.) »

(2) Mon. : « ... pour les représentants du peuple;... »

(3) Add. Merc. un. : «... que la loi a été violée,... »

(4) Aud. nat. : « La loi a été outragée avec plus d'insolence et d'une manière plus atroce par les insurgés que par La Fayette. » Mon. : « Sans doute, il est douloureux pour les représentants du peuple, de voir que leur caractère est plus indignement, plus insolemment outragé par le peuple lui-même que par ce La Fayette. »

(5) Add. Merc. un. : « ... des hommes corrompus,... »

(6) Mon. : «... les partisans du royalisme ... »

(7) Points de suspension dans le texte.

(8) Add. Aud. nat. : « ..., des fanatiques ... »

(9) Add. Mon. : « ... qui, malheureusement pour l'espèce humaine, se trouvent ... »

(10) Mon. : «... sur tous les points ... »

(11) Add. Merc. un. : « ..., excitent tous ces mouvements, ^Mi.-wa^. se disputent le droit de déchirer la République,.... »

(12) Add. Merc. un. : « ...au peuple, pour la lui faire détester. Mow. Il y a eu une violation infâme, il faut la réprimer; il faut sévir contre ceux qui, prétextant la souveraineté nationale, attaquent cette souveraineté et se souillent de tous les crimes. [On applaudit.) Il y a des individus bien coupables, car, qui peut excuser celui qui veut agiter la France? Merc. un. Pourquoi donc s'agiter maintenant que la liberté est reconquise, maintenant qu'il n'est plus de tyran à détrôner? »

(fiiez le mal dans sa source. (1) Au nom du peuple entier, sévissez avec toute la rigueur de la loi contre une faction turbulente, que l'on dit égarée et que je dis coupable.

Il y a sans doute parmi eiux des gens égarés; mais point de doute que les chefs ne soient coupables; point de doute qu'ils n'aient entraîné les autres à leur cause qu'en leur persuadant que vous voulez les faire mourir de faim, que vous ne vous occupez point du bonheur du peuple... (2) — De son bonheur ! Eh ! qui peut encore douter que vous voulez le bonheur du peuple? N'avez-vous point aboli la royauté? N'avez-vous point déclaré qu'il n'y aurait de Constitution que celle acceptée par le peuple? Ne vous occupez-vous pas chaque jour avec sollicitude de ses intérêts les plus chers?

Il est trompé, le peuple; vous devez l'éclairer (3). Il s'^est rappelé la proposition de Cambon; la perfidie, le fanatisme, la malveillance ignorante, l'ont commentée avec soin.

Elle était motivée sur des principes d'une philosophie qvà m'est chère (4), à moi. Mais l'homme maltraité de la fortune cherche des jouissances éventuelles. Quand il voit un homme riche se livrer à tous ses goûts, caresser tous sesdésirs, tandis que ses besoins, à lui, sont restreints au plus étroit nécessaire, alors il croit, et cette certitude (5) est consolante pour lui, il croit que dans l'autre monde, (6) ses jouissances à lui se multiplieront en proportion de ses privations dans celui-ci. (7) Laissez-lui cette erreur-là. Attendez pour lui parler morale et philosophie, qu'éclairé par la persuasion, il puisse apprécier à leur juste valeur les opinions religieuses. Attendez que vous ayez des officiers

(i) Add. Aud. nat. : « La souveraineté a été violée dans la. personne de vos commissaires ; c'est au nom du peuple qu'U faut punir cet atten-. tat. »

(2) Points de suspension dans le texte.

(3) Add. Mon. : « On a dit qu'il ne fallait pas que les prêtres fussent salariés par le trésor public. »

(4) Mon. : « On s^est appuyé sur des idées philosophiques qui me sont chères. »

(5) Mon. : « ... idée ... »

(6) Ibid. : «... dans une autre vie ... »

(7) Ibid. : «... celle-ci. »

de morale qui puissent faire passer dans son âme, neuve encore, le sentiment de son erreur.

Jusque-là (1), c'est un crime de lèse-iiation, de vouloir ôter au peuple ses idées, ses chimères. (2) Je ne connais moi, que le dieu de l'univers, la liberté et la justice. (3) L'homme des champs y ajoute l'Homme consolateur, qu'il regarde comme saint parce que sa jeunesse, son adolescence et sa vieillesse, lui ont dû quelques instants de bonheur ; parce que le malheureux a l'âme tendre et qu'il s'attache plus particulièrement à ce qui porte un caractère majestueux.

Oui, laissez-lui son erreur, mais éclairez-le. Dites-lui positivement que l'intention de la Convention n'est pas de détruire, mais de perfectionner (4). — Que le peuple ne craigne pas de perdre ce qui seul l'attache à la terre, quand il n'y tient pas par la fortune.

Une autre des causes de la fermentation qui se manifeste parmi le peuple en ce moment, c'est le procès du Roi. (5) Les francs républicains s'indignent de la lenteur que nous y mettons (6). Le royaliste, qui n'a pas perdu tout espoir s'agite en tous sens pour le sauver. Les partis s'entrechoquent. Le royaliste prodigue les moyens d'opulence. Le républicain laisse apercevoir le poignard (7). De cette lutte d'entraves, et d'efforts naît le trouble. Enfin, le liche

(i) Add. Mon. : « ... il est barbare ... »

(2) Add. Aud. nat. : « Attendons que la lumière ait éclairé les cabanes. »

(3) Aud. nat. : « ... je ne connais d'autre dieu que le dieu de l'univers ... » Mon. : « Je ne connais d'autre bien {sic) que celui de l'univers, d'autre culte que celui de la justice et de la liberté. »

(4) Mon. : «... qu'elle ne veut rien détruire, mais tout perfectionner; Add. que si elle poursuit le fanatisme, c'est parce qu'elle veut la liberté des opinions religieuses. »

(5) Add. Mon. : « Le jugement du ci-devant Roi est attendu avec impatience; d'une part... »

(6) Add. Ibid. « ... ce procès semble interminable ... »

(7) Add. Mon. : «...et, comme il [le royaliste] a encore des moyens de finances et qu'il conserve son orgueil accoutumé, vous verrez, au grand scandale et au grand malheur de la France, ces deux partis s'entrechoquer encore. » — Var. Merc. un. : « ... les deux partis ... vont se choquer et d'autant plus vivement que tous deux sont ardents. Les royalistes voudront tout rattraper parce qu'ils ont tout perdu. »

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