‹ Discours de Danton. Edition critiqueChapitre 210 sur 459 · SUR L'ARRÊTÉ CONCERNANT LES SPECTACLES · texte numérisé non relu

SUR L'ARRÊTÉ CONCERNANT LES SPECTACLES

D'après le Républicain français.

(Convention, mercredi 16 janvier 1793.)

[Le î*"" décembre 1792, Danton nommé avec Delacroix commissaire dans la Belgique, quitte Paris pour rejoindre l'armée de Dumouriez. Il est de retour le 14, et dès qu'il le peut, se rend à la Convention et prend une part active aux débats da procès du Roi.

Le Conseil exécutif ayant interdit la représentation de l'Ami des Lois, et enjoint aux directeurs de théâtre de ne pas représenter de pièces qui pourraient troubler l'ordre public, la Convention, sur la proposition de Petioa avait cassé cet arrêté. (1)

Vers midi, Goupilleau monte à la tribune et lit une lettre de Santerre, sur les troubles qui ont eu lieu la veille au théâtre de la Nation, où, l'on jouait YAmi des. Lois. Une longue discussion s'engage à propos de l'arrêté concernant les spectacles, et, insensiblement, on envient à disserter sur le

(i) Laya, dans la pièce qu'il donnait au Théâtre de la Nation attaquait violemment le parti révolutionnaire, Robespierre et Marat. (Nomophage et Duricrâne). 'L'Ami des Lois, avait été joué potrr la première fois le 3 janvier 1793. Dazincourt tenait un des prenaiers rôles... Cf. sur cette pièce et sur le scandale q-a'elle amena, Muret, L' histoire par le théâtre, 1865, t. I, pp. 69-73, qui en donne quelques extraits Voir, également ibid., p. 312, la lettre adressée à la Convention nationale par Laya le soir du 12 janvier 1793 pour protester contre l'interdiction de l'Ami des Lois, prononcée par la Commune, le décret du 12 janvier sur la représentation de l'Ami des Lois, la proclamation du Pouvoir exécutif provisoire concernant la représentation des pièces de théâtre, du 14 janvier 1793; le décret relatif à la compétence pour la suspension ou la défense des représentations d' œuvres dramatiques du 16 janvier 1793. Enfin on trouvera à la Bibliothèque de la Ville de Paris, datée de janvier 1793, une affiche intitulée Les Républicains de la section du Faubourg Montmartre à Chambon, m.aire de Paris relative à cette affaire. Bibl. de la V. de Paris, affiches révolutionnaires, 1792-

CONVENTION, l6 JANVIEJR 1793 25I

théâtre, on parle de Tarliife, de Mahomet ou le Fanatisme, de Richard Cœur de Lion, etc.]

Danton. — Je demande que la municipalité de Paris soit déchargée de toute sa responsabilité (1).

Je vous l'avouerai, citoyens, (2) je croyais qu'il s'agissait d'une tragédie que vous devez donner en spectacle à toute l'Europe. (3) Je croyais qu'aujourd'hui, vous deviez faire tomber (4) la tête du tyran, (5) et c'est d'une misérable comédie dont vous vous occupez !

Mais puisque vous venez de rendre un décret qui annule les mesures prises relativement à une pièce qui pouvait troubler la tranquillité publique, comme elle l'a déjà fait, je soutiens que la conséquence naturelle de votre décret est que vous ne pouvez plus faire peser une responsabilité sur des autorités dont vous annulez les mesures. (6)

[Petion déclare qu'un tel langage Fétonne dans la bouche d'un ancien magistrat.]

Danton et Lamarque (7) demandent qu'on fasse une troisième lecture de l'arrêté.

L'Assemblée passe à l'ordre du jour.

(i) Add. /. des Débats : « ....puisqu'on casse l'arrêt qui lui permet d'interdire les pièces à scandale. »

(2) Add. Mon, : «...je croyais qu'il était d'autres objets qui doivent nous occuper que la comédie {Quelques voix : Il s'agit de la liberté !) — Oui, il s'agit de la liberté : il s'agit de la tragédie que vous ... «

(3) Mon. : «... il s'agit de la tragédie que vous devez donner aux nations. «

(4) Add. Mon. : «... sous la hache des lois ... »

(5) Add. Ibid. : «... (On murmure) ... »

(6) Mon. : « Mais puisque vous cassez un arrêt du conseil exécutif qui défendait de jouer des pièces dangereuses à la tranquillité publique, je soutiens que la conséquence nécessaire de votre décret est, que la responsabilité ne puisse peser sur la municipalité. Je demande donc que la municipalité soit déchargée de sa responsabiHté. »

(7) François Lamarque, député de la Dordogne à l'Assemblée législative et à la Convention siégea sur la Montagne.

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