SUR LE CHOIX DES MINISTRES ET LA DÉMISSION DE BEURNONVILLE
D'après le Moniteur.
(Convention, lundi matin 11 mars 1793, 11 h. 1/2.)
[On lit à la tribune la lettre de démission du ministre de la guerre, Beurnonville (1), qui demande un commandement à la frontière. — On réclame la discussion immédiate sur l'organisation du ministère. — r Carra demande comment il se fait qu'un ministre « qui a donné des preuves de son zèle et de son activité, un ministre qui, pendant qu'il était général, a battu plus de cent fois les ennemis, un ministre contre lequel on a porté aucune espèce d'accusation, donne au bout d'un mois sa démission et demande à retourner à l'armée ». Il veut qu'on aille lui demander quels sont les motifs réels de sa retraite. — Danton monte à la tribune :]
Danton. — Avant de rendre au ministre de la guerre (2) la justice que lui doit tout Français qui aime son pays, et qui sait apprécier ceux qui ont combattu vaillamment pour lui, (3) je dois cette déclaration positive de mes principes et de mes sentiments : que s'il est dans mes opinions que la nature des choses et des circonstances exigent que la Convention se réserve la faculté de prendre partout, et
(i) Pierre de Riel de Beurnonville, avait été sous les 'ordres de Suffren aux Indes. Colonel au début de la Révolution, lieutenant-général, il commanda l'armée de la Mosellle, et fut nommé ministre de la guerre le 4 février 1793. Sa démission fut acceptée, on l'envoya surveiller Dumouriez qui le livra aux Autrichiens.
(2) Add. Rép. fr. : « ... Beurnonville... »
(3) Add. P. du Jour : « ... avant de payer à son activité et à son courage dans soixante et douze combats, soutenus pour la cause de la liberté le tribut d'éloge qu'il mérite, et que tous les bons citoyens qui ont su apprécier ses succès ne lui contesteront pas,... »
même dans son sein des ministres, (1) je déclare en même temps et je le jure par la patrie, que moi, je n'accepterai jamais une place dans le ministère, tant que j'aurai l'honneur d'être membre de la Convention nationale. (2) (Un très grand nombre de voix simultanément : Ni aucun de nous î)
Je le déclare, dis-je, sans fausse modestie; car, je l'avoue, je crois valoir un autre citoyen français. Je le déclare avec le désir ardent que mon opinion individuelle ne devienne pas celle de mes collègues; (3) car je tiens pour incontestable que vous feriez une chose funeste à la chose publique, si vous ne vous réserviez pas cette faculté. (4)
Après un tel aveu, je vous somme tous, citoyens, de descendre dans le fond de votre conscience (5). — ■ Quel est celui d'entre vous qui ne sent pas la nécessité d'une grande cohésion, de rapports plus directs, d'un rapprochement plus immédiat, plus quotidien (6) entre les agents du pouvoir exécutif révolutionnaire chargé de défendre la liberté contre toute l'Europe, et vous qui êtes chargés de la direction suprême de la législation civile et de la défense extérieure de la République?
Vous avez la Nation (7) à votre disposition, vous êtes une Convention nationale (8), vous n'êtes pas un corps cons-
(i) Rép. fr. : «... la nécessité des choses et la force des circonstances, exigent impérieusement que le ministère soit composé d'hommes pris dans le sein de la Convention nationale. »
Add. Merc. un. : « Lidon. — Voilà le mot, citoyens ! P. du Jour {On murmure dans le côté gauche.) »
(a) Rép. fr., J . des Débats : « ... d'être représentant du peuple. »
(3) /■ d^^ Débats : «... que ma résolution individuelle ne soit pas la résolution de tous. » Rép. fr. : u ... ne devienne pas commune à tous... »
(4) /. des Débats . « ... car je crois que vous feriez une chose nuisible à la patrie si vous choisissiez les ministres ailleurs que dans votre sein. » Rép. fr. : «... car je crois que vous feriez une chose nuisible à la République... » Logotach. : «... si vous ne vous ménagez la faculté de choisir même dans votre sein. »
(5) Logotach. : «... dans vos cœurs... » Rép. fr. : «... dans le fond de vos cœurs. » Add. P. du Jour : «... et de scruter vos âmes. »
(6) Add. Rép. fr. : « ... plus habituel, Logotach., J. des Débats: plus absolu,... »
(7) Rép. fr., Logotach. : « ... toute la Nation... »
(8) Add. Rép. fr. : « .... je le répète,,.. »
titué, mais un corps chargé de constituer tous les pouvoirs, de fonder tous les principes de notre République. Vous n'en violerez donc aucun, rien ne sera renversé si, exerçant toute la latitude de vos pouvoirs, vous prenez le talent partout où il existe, (1) pour le placer partout où il peut être utile. (2)
Si je me récuse dans les choix que vous pourrez faire, c'est que, dans mon poste, je me crois encore utile à pousser, à faire marcher la Révolution; c'est que je me réserve encore (3) la faculté (4) de dénoncer les ministres qui, par malveillance ou par impéritie, trahiraient notre confiance.
Aussi, mettons-nous donc bien tous dans la tête, que presque tous, que tous, nous voulons le salut public (5). — ■ {De vifs applaudissements s'élèvent de toutes les parties de la salle.) (6) Que les défiances particulières ne nous arrêtent pas dans notre marche, puisque nous avons un but commun.
Quant à moi, je ne calomnierai jamais personne; je suis sans fiel, non par vertu, mais par tempérament. La haine est étrangère à mon caractère (7). — Je n'en ai pas besoin. Ainsi je ne puis être suspect, même à ceux qui ont fait profession de me haïr. (8) • Je vous rappelle (9) à l'infinité de vos devoirs (10). — Je
(i) Logotach. : « Vous ne renverserez aucun pouvoir en prenant le talent partout ou il sera. »
(2) P. du Jour: « ...pour remplir les pénibles et honorables fonctions du ministère. »
(3) Add. Rép. fr. : « ... le droit précieux de surveiller moi-même les ministres... »
(4) Add. Ibid. : « ... de dénoncer leurs prévarications s'ils en commettent,... »
{5) Logotach. : « ... que nous voulons tous, presque tous le salut de la patrie. » /. des Débats : «... que nous voulons presque tous, que nous voulons tous... » Rép. fr. : « que nous voulons tous... «P. du Jour: « Nous voulons tous, je crois, le bien de la République. »
(6) Add. /. des Débats : « (Oui ! oui ! disent plusieurs membres.) ■»
(7) Add. Rép. fr. : « ..., inconnue à mon cœur.»
(8) Rép. fr. : « Ainsi je ne dois être suspect à personne, pas même à ceux qui ont jugé devoir me détester. «
(9) Add. Rép. fr. : « ... donc... »
(10) Aàà.Rép. fr. :« ..., à la nécessité de prendre des ministres dans votre sein. »
n'entends pas désorganiser le ministère (1); je ne parle pas de la nécessité de prendre des ministres dans votre sein, mais de la nécessité de vous en réserver la faculté. (2)
J'arrive à la discussion particulière qui s'est élevée sur la lettre de démission envoyée par le ministre de la gueire.
On veut lui demander les motifs de sa démission? (3) — • Certes, jamais on ne pourra dire que c'est par faiblesse (4). (5) Celui qui a combattu si bien les ennemis, braverait l'erreur populaire avec le même courage ; il mourrait à son poste sans sourciller. Tel est Beurnonville, (6) tel nous devons le proclamer (7).
Mais la nature, variée dans ses faveurs, distribue aux hommes différents genres de talents. (8) Tel est capable de commander une armée, d'échauffer le soldat, de maintenir la discipline, qui n'a pas les formes populaires conciliatrices, nécessaires dans les circonstances critiques et orageuses, quand on veut le bien. (9)
(i) Rép. fr. : « Je n'entends rien désorganiser; Add. mais je désire porter partout l'amélioration et la réforme; et pour parvenir à ce but je soutiens que vous ne devez pas vous interdire la faculté de choisir les ministres parmi vous. »
(2) Add. P. du Jour : « Je ne demande point que tous les ministres soient pris dans le sein de la Convention, mais je vous déclare : il nous faut un ministère révolutionnaire; il faut que vous preniez en vous un agent dont la correspondance immédiate, quotidienne, intime, donne aux affaires une impulsion telle que rien ne l'entrave. »
(3) Rép. fr. : « J'ai entendu faire la proposition de demander au ministre Beurnonville, les causes de la démission qu'il vous donne. Add. Certes, Beurnonville ne les fera jamais connaître... {Plusieurs voix : On a voulu l'assassiner!)... »
(4) Add. /. des Débats : «... par pusillanimité. » — Var. Logotach.: « Certes, jamais le ministre ne vous dira qu.'il ait été déterminé par aucune crainte, par aucun sentiment de faiblesse. »
(5) Add. Rép. fr. : « La pusillanimité est étrangère à Beurnonville. Celui qui, tant de fois, a affronté la mort pour la cause du peuple,...»
(6) Logotach. : « Tel est le caractère de Beurnonville. »
(7) Add. Logotach. :« ...; tel doivent le proclamer, devant le peuple lui-même, ceux qui savent l'apprécier. »
(8) Rép. fr. : « ... distribue à chacun une proportion plus ou moins grande de talents. »/. des Débats « ...distribue à chaque individu une portion... » Logotach. : « La nature varie dans la distribution différente qu'elle fait dans les talents. »
(9) Logotach. : « Tel homme est capable de conduire les armées, qui
Celui qui donne sa démission a dû se consulter sous ces différents rapports (1); il ne serait pas même de la dignité de la Convention de lui faire les questions qu'on propose. (2) Beurnonville a su se juger; il peut encore vaincre nos ennemis sur le champ de bataille; mais il n'a pas les formes familières qui, dans les places administratives, appellent la confiance des hommes peu éclairés; car le peuple est ombrageux, et l'expérience de nos révolutions lui a bien acquis le droit de craindre pour sa liberté. (3)
(4) Je ne doute pas que Beurnonville n'ait géré en bon citoyen (5) : il doit être excepté de la rigueur de la loi qui
ne vaut rien au ministère; tel homme entretient bien la discipline, qui n'a pas cette fermeté conciliatrice et populaire, nécessaire dans les grandes circonstances, où tout un peuple craignant pour la liberté, est très difficile à diriger. « Rép. fr., J . des Débats : « Tel homme échauffe bien le soldat, qui ne vaut rien à la tête d'une administration; tel conduira bien une armée, qui n'a pas ces formes populaires sans lesquelles il est impossible à nos ministres de faire le bien. « Ad.d..Logotach. : «Voilà quels sont les motifs de Beurnonville; ils sont puisés dans le cœur humain et dans son caractère; ainsi proclamons tous que nous lui rendons justice et n'allons pas lui demander les motifs de sa démission, car nous ne devons pas le faire. » — Var. /. des Débats : «...; ainsi n'en cherchons point d'autres, et proclamons... »
(i) Logotach. : « Celui qui donne sa démission a dû se consulter auparavant avec lui-même ; Add. il ne se conduit pas sans raisonner. «
(2) Logotach. :«..., il serait même indigne de la Convention nationale de faire de pareilles questions. Add. Tout est éclairci sur Beurnonville ; ainsi il peut encore conduire nos troupes contre les Autrichiens.» — Var. Rép. fr. : « Beurnonville peut encore conduire les Français devant l'ennemi; qu'il retourne vaincre à leur tête. » /. des Débats : « Beurnonville peut encore guider les braves Frgnçais devant les Autrichiens. »
(3) Logotach. : « Mais Beurnonville s'est jugé; il se croit peu propre à une fonction qui exige non seulement des talents législatifs, mais cette attitude populaire qui doit encore s'augmenter dans un moment où le peuple est vraiment difficile; car le peuple a le droit d'être difficile et ombrageux lorsqu'il craint tout pour sa liberté. y>Rép.fr., J .des Débats : « Lui-même sait se rendre justice; il se juge; il reconnaît qu'il est peu propre à une place, où il faut non seulement le talent administratif, mais encore ces formes populaires, si nécessaires dans un temps où des circonstances difficiles, rendent le peuple d'autant plus difficile luimême, qu'il craint sans cesse d'être trompé. »
(4) Add. Logotach. : « Je dis donc que nous devons nous borner à renvoyer les comptes de Beurnonville au Comité d'examen, sans nommer des commissaires particuliers, parce que... »
(5) Logotach. : «... je ne doute point qu'il n'ait bien géré nos affaires, Add., et en homme bien intentionné. «
défend à tout ministre de quitter Paris avant d'avoir rendu ses comptes; et nous ne perdrons pas l'espérance de voir Beurnonville allant aux armées, y conduisant des renforts, remporter avec elles de nouveaux triomphes. (On applaudiL){l)
D'après le Logotachigraphe.
(Convention, mercredi 27 mars 1793.)
[Albitte se plaint des lenteurs qui retardent l'installation du Tribunal criminel extraordinaire. — Ducos (2), demande que le ministre de la guerre soumette à l'Assemblée le tableau de toutes les promotions qu'il a faites, et un état des recommandations reçues, pour qu'on puisse vérifier si les députés ont obéi à la loi qui leurdéfend de solliciter auprès des ministres en faveur de leurs parents ou amis. — Il y aurait là une source d'accusations mesquines et oiseuses. L'Assemblée a mieux à faire. — Danton le déclare de sa place.]
Danton. — Je déclare que nul ne peut forcer l'intention du ministre.
Je déclare que j'ai recommandé moi-même au ministre
(i) Logotach. : « Nous avons encore l'espérance que Beurnonville, réuni bientôt à nos armées, y conduisant de nouveaux renforts, nous ramènera bientôt à de nouveaux succès. Add. Je demande qu'on passe à l'ordre du jour sur les propositions des préopinants. »
L'Assemblée passe à l'ordre du jour sur la demande faite par Beurnonville de deux commissaires pour examiner ses comptes, motivée sur ce que les comptes des ministres doivent être envoyés au Comité d'examen des comptes. » — Beurnonville avait dit dans sa lettre de démission : « Il me reste encore une grâce à demander à la Convention nationale; c'est de vouloir bien nommer des commissaires pour examiner mes comptes et ma correspondance avec les généraux. »
(2) Jean-François Ducos, député de la Gironde à l'Assemblée législative et à la Convention.
d'excellents patriotes (1), qui serviront bien la République dans les postes qui leur seront confiés. (2)
La Convention est (3) un corps révolutionnaire; elle doit être peuple comme le peuple lui-même (4).
Il est temps que nous déclarions la guerre à nos ennemis intérieurs (5).
Quoi, citoyens, la guerre civile éclate partout (6) et la Convention nationale (7) reste (8) immobile !... (9) Oui, citoyens, partout l'ancienne aristocratie relève insolemment la tête. — Vous avez décrété un tribunal pour faire tomber la tête des coupables, et votre tribunal n'est pas encore organisé ! (10)
Que dira donc le peuple, car il est prêt à se lever en masse? — {De toutes les parties de la salle on répète : Oui, oui, oui ! Applaudissements. — Oui, oui !) — Que dira donc le peuple, car
(i) Add. Mon. : « ... d'excellents révolutionnaires,... »
(2) Add. /. des Débats, Rép. fr. : « Il n'y a pas de loi qui puisse ôter la pensée aux législateurs ; si elle existait, notre Révolution l'aurait abolie. Et d'ailleurs existerait-elle pour nous? Non. — Var. Mon. : « Il n'y a aucune loi qui puisse ôter à un représentant du peuple sa pensée. La loi ancienne qu'on veut rappeler était absurde; elle a été révoquée par la Révolution. » Merc. un. : « Il ne faut pas s'en rapporter à cette loi, elle est insuffisante ; un législateur doit avoir la libre faculté de développer ses pensées. »
(3) Rép. fr., J. des Débats : «... doit être... »
(4) Mon. : « Il faut enfin que la Convention nationale soit un corps révolutionnaire; il faut qu'elle soit peuple. » Add. Rép. fr., J. des Débats : « ..., si elle veut sauver le peuple. »
(5) Mon. : «... il est temps qu'elle déclare la guerre aux ennemis intérieurs;... » Add. Aud. nat. . «... ce sera le prélude de la campagne que nous allons recommencer. »
(6) Mon., Merc. un. : «... est allumée de toutes parts,... »
(7) Add. Rép. fr., J. des Débats : « ... divisée par de misérables passions,... »
(8) Rép. fr., J. des Débats : « ... paraît... »
(9) Points de suspension dans le texte.
(10) Rép. fr., J. des Débats : « Quoi, partout l'ancienne aristocratie relève la tête, et le tribunal révolutionnaire institué pour la punir n'est point encore organisé! » Aud. nat. : « Vous avez décrété un tribunal révolutionnaire. — Où est-il donc? Il n'existe pas encore...» Mon., Républicain :« Un tribunal révolutionnaire (extraordinaire) a été créé qui devait punir (faire tomber la tête) de tous les conspirateurs, et ce tribunal n'est pas encore en activité ! » Add. Aud. nat. : « ... et l'aristocratie propose des capitulations à nos villes ! »
il le voit et il le sent? (1) — (0/1 me: —Oui! oui!) — (2) Des passions misérables agitent ses représentants, tandis qu'ils devraient diriger leur énergie, et contre l'ennemi de l'intérieur, et contre les ennemis du dehors (3).
Citoyens, il faut (4) dire la vérité (5). Qu'importent toutes les déclamations que l'on peut répandre sur le compte d'un homme assez fort pour ne rien craindre ! (6) — Oui, vous ne faites pas votre devoir. (7) Vous dites (8) que le peuple est égaré? (9) — Oui, sans doute, il y a des hommes assez coupables pour l'égarer; mais si, quand vous n'êtes pas dans vos fonctions, si vous vous répandiez par tout Paris, ce
(i) Rép. fr., J. des Déhais : « Que dira donc ce peuple qui est prêt encore à se lever en masse? {De vifs applaudissements que les tribunes réitèrent interrompent Danton : il court à la tribune) . . . Que dira donc ce peuple qui est prêt à se lever en masse, qui le doit, qui le sent? {Les applaudissements recommencent)...)) La version du Moniteur est à peu près semblable. Ce journal ajoute que les applaudissements eurent lieu dans une partie de l'Assemblée et que des murmures s'élevèrent. 'L'Auditeur national, le Républicain confirment le Moniteur.
(2) Add. Rép. fr., J. des Débats, Aud, nat., etc. : « Il dira : ...»
'^'' (3) Rép. fr., J. des Débats : « Il devrait diriger sa force contre ses ennemis du dehors et de l'intérieur. » Aud. nat. : « Des passions misérables agitent ses représentants. Add. Mon. : « ... et cependant les contrerévolutionnaires tuent la liberté. Aud. nat. et la patrie est sur le bord de l'abîme. Rép. fr., J. des Débats II dira que vous ne faites point votre devoir; il le dit déjà, et moi je vous le répète. Merc. un. Qu'est-ce donc que ces passions qui ont ici tout dominé au lieu que de ne s'occuper que de l'intérêt du peuple? Il est temps qu'elles cessent enfin. Aud. nat. Oui, je vous le dis avec franchise, vous ne faites point votre devoir ! »
(4) Mon. : «... je dois enfin vous dire... »
(5) Add. Mon. : « ...; je vous la dirai sans mélange. »
(6) Rép. fr., J. des Débats : « Peu m'importent les calomnies dont on accable un homme qui ose vous dire la vérité. » Add. Mon. : « Que m'importent toutes les chimères que l'on peut répandre contre moi, pourvu que je puisse servir la patrie ! »
(7) Add. Aud. nat. : « Mille périls nous environnent, et vous délibérez ! et vous prenez des demi-mesures ! Emparez- vous donc de ce pouvoir révolutionnaire qui peut seul écraser tous nos ennemis; soyez peuple si vous voulez que ce peuple agisse par vous et avec vous. Vous vous plaignez que des agitateurs l' égarent, l'entraînent à des excès?... »
(8) Add. Rép. fr. : « ... sans cesse... »
(9) Add. Ibid. : «...Vous prenez des moyens de le punir... » — Var. Aud. nat.(( ... de l'épuiser. »
même peuple entendrait la raison; (1) car, remarquez -le bien, la Révolution ne peut être consommée que par le peuple lui-même : il en est l'instrument, et c'est à vous à diriger cet instrument. (2)
(3) En vain direz-vous que les sociétés populaires fourmillent de citoyens qui dénoncent, d'une manière absurde, d'une manière atroce. (4) Eh bien ! que n'y allez-vous (5) pour les rappeler de leur égarement? — Croyez- vous le faire en peignant le patriote exagéré comme un fou? (6) Les révolutions animent toutes les passions. Une grande nation en révolution est comme le métal qui bouillonne dans la fournaise : la statue de la liberté n'est pas fondue, le métal est en fusion; si vous ne savez pas conduire le fourneau, vous en serez tous dévorés. (Applaudissements réitérés.) (7)
(i) Rép. fr., J. des Débats : «... et si, quand vous n'êtes plus à vos fonctions ; vous vous répandiez au milieu de lui, vous parviendriez facilement à le faire revenir de son égarement. » Mon. : «... mais pourquoi vous éloignez-vous de ce peuple? Rapprochez- vous ' de lui... « Républicain : « En vain direz-vous ques des agitateurs, des anarchistes égarent le peuple? Que ne vous rapprochez-vous de lui pour le détromper? »
(2) Mon. : « La Révolution ne peut marcher, ne peut être consolidée qu'avec le peuple. Le peuple en est l'instrument; c'est à vous de vous en servir. »
(3) Add. Rép. fr., J . des Débats : « Pourquoi crier sans relâche contre les sociétés populaires? »
(4) Mon., Républicain :« ... de dénonciateurs absurdes, de dénonciateurs atroces...»
(5) Add. Républicain. : «... quand vos fonctions ne vous retiennent plus ici,... »
(6) k^à.Aud.nat. : « Répandez-vous dans les assemblées, vous imposerez silence aux incendiaires, vous seconderez, vous utiliserez tousses mouvements, en dirigeant la chaleur brûlante de l'amour de la patrie. » Rép. fr., J. des Débats : « Rendez-vous y tous, et vous parviendrez à calmer ces patriotes brûlants qui y dominent, et vous les rendrez utiles malgré tous leurs défauts. »
(7) Rép. fr., J. des Débats : « Citoyens, une grande nation... est comme un métal bouillonnant... la statue de la liberté n'est point encore coulée ; la matière bouillonne; le fourneau est ardent, et si vous ne savez le diriger, vous en serez tous consumés! [Les applaudissements les plus vifs se font entendre.) » Merc. un. : « Prenons garde, la statue de la liberté n'est pas fondue ! Prenons garde, le fourneau de la liberté brûle et si nous ne le surveillons, il se brisera et nous serons frappés ! « Républicain « Les grandes nations sont dans les temps de révolution comme le métal dans le fourneau; elles bouillonnent, la liberté est en fusion.
(1) Comment se peut-il que VOUS ne sentiez pas que c'est aujourd'hui même qu'il faut rendre un décret qui fasse trembler tous les ennemis de la Nation ! Il faut déclarer que dans toute municipalité, il sera donné à tous les citoyens aux frais du riche qui payera une contribution (et il faut qu'il la paye, les propriétés ne seront pas violées), il faut, dis-je, décréter que tout citoyen ait une pique payée par la Nation. (2)
Remarquez bien qu'à Orléans, s'il y eût eu des piques, vos commissaires n'auraient pas été assassinés. (3) On vous a dit (le rapport l'atteste), qu'il n'y avait pas vingt hommes du peuple armés, pour repousser ceux qui ont attenté à la vie de Bourdon. (4)
Eh bien ! citoyens, il faut, comme je viens de le dire, que chaque citoyen ait une pique.
Il faut, dans les villes, dans les départements où la révolte s'est manifestée déclarer que quiconque aura l'audace d'appeler la contre-révolution, de manifester des opinions perverses, d'appeler tous les malheurs sur sa patrie, est hors la loi. (Applaudissements.) (5)
mais elle n'est pas encore coulée, et si vous ne savez pas conduire le fourneau, vous en serez brûlés. »
(i) Add. Aud. naî. : « Que cette vérité terrible remplisse tous les cœurs ! Vos commissaires sont insultés, menacés, assassinés [Qu'attendez- vous encore pour apprécier l'audace de nos ennemis ? Si les amis de la liberté ne sont pas respectés, si la représentation nationale, si les enfants du peuple (car nous sommes ses enfants et non ses pères) ne sont pas entourés de la confiance nationale, la liberté chancelle et la patrie n'est plus. »
(2) Rép. fr., J . des Débats : « ... qu'aujourd'hui, vous devez décréter que le citoyen le plus pauvre sera armé d'une pique, dont le riche payera les frais en vertu d'une loi, afin de ne pas porter atteinte à la propriété. » Mon. : a Comment se fait-il que vous ne sentiez pas que c'est aujourd'hui qu'il faut que la Convention décrète que tout homme du peuple aura une pique aux frais de la Nation ? Les riches la payeront ; ils la payeront en vertu d'une loi; les propriétés ne seront pas violées. »
(3) Rép. fr., J. des Débats : « Citoyens, si le peuple d'Orléans eût eu le fer à la main, vos commissaires n'eussent point été assassinés. »
(4) Voir, au sujet de cette agression, la lettre des commissaires de recrutement de l'Assemblée à Orléans et celle de Bourdon, lues dans la séance du 18 mars, à 11 heures du matin. »
(5) Rép. fr., J. des Débats : « Aujourd'hui même il faut décréter que
A Rome (et à cette époque, la République n'était pas dans des dangers plus grands que les nôtres), (1) Valérius Publicola eut le courage de faire porter une loi, qui permettait à tout citoyen romain de punir de mort quiconque proposerait de rétablir la tyrannie. (2)
Je déclare moi, puisque publiquement on propose la contre-révolution, on insulte les bons citoyens, puisque dans toutes les villes on prêche la contre-révolution, et qu'on applaudit à tout ce qui annonce les malheurs de la République (3), je déclare, dis-je, que quiconque aura l'audace de manifester devant moi le vœu d'amener la contre-révolution, et de provoquer, comme on l'a fait, ceux qui ont de l'énergie, il le payera de ma main, et après, que ma tête tombe. ..,(4) au moins j'aurais donné un grand exemple à la postérité. (Applaudissements universels). (5)
Je demande que l'on passe à l'ordre du jour sur la motion
quiconque prêchera la destruction de sa patrie, sera hors la loi. {Les applaudissements redoublent. Quelques murmures se font entendre.) » Mon . : « Il faut décréter encore que dans les départements où la [contre-] révolution s'est manifestée, quiconque a l'audace d'appeler cette contre-révolution sera mis hors la loi... «
(i) /. des Débats :« ...dans un temps où les dangers étaient bien audessous de ceux qui nous environnent... « Rép. fr. : « ... et la République était loin, alors, d'éprouver les malheurs qui nous accablent et d'être environnée des mêmes dangers que nous. »
(2) Mon. : « Qui portait peine de mort contre quiconque appellerait la tyrannie. » Add. Merc. un. : « Eh bien? pourquoi ne porterions-nous pas une telle loi? — Je ne connaîtrai pas de mesures assez vigoureuses contre quiconque voudra attenter à la souveraineté du peuple. »
(3) Add. Mon. : « ..., puisque dans les rues, dans les places publiques, les patriotes sont insultés ; puisque dans les spectacles on applaudit avec fureur aux applications qui se rapportent avec les malheurs de la patrie, Rép. fr., J. des Débats puisque dans Paris, dans les lieux publics... on le propose hautement, puisqu'on propose la honte au peuple français,...»
(4) Points de suspension dans le texte.
(5)Mo«..-«Je déclare, dis-je, que quiconque oserait appeler la destruction de la liberté, ne périra que de ma main, dussé-je après porter ma tête sur l'échafaud, heureux d'avoir donné un exemple de vertu à ma patrie. (Om applaudit.) » Rép. fr.,J. des Débats : « ... je le déclare, quiconque aura l'audace d'exprimer devant moi, son vœu pour la destruction de mon pays, ne périra que de ma main ! Que ma tête tombe ensuite, peu m'importe; j'aurai donné un grand exemple aux amis de la liberté. » Aud. nat. : « ... j'aurai du moins donné un grand exemple à ma patrie. »
qui a donné lieu au discours incident que je fais, (1) et que tout citoyen, tout individu peu favorisé de la fortune, sera armé d'une pique aux dépens de la Nation. (2)
Je demande que le tribunal établi pour frapper les contrerévolutionnaires, soit, sans délai, mis en pleine activité.
Je demande que la Convention déclare à l'univers entier, au peuple français, qu'elle est (3) révolutionnaire, qu'elle maintiendra (4) la liberté, (5) qu'elle a résolu d'étouffer tous les serpents qui déchirent son sein (6), d'écraser tous les monstres, en vertu d'une loi extrêmement révolutionnaire, si cela est nécessaire. (7)
Je demande que ce ne soit pas une adresse peu signifiante, mais une déclaration faite par des hommes qui sentent vivement la mission dont le peuple les a chargés. (8) — Déclarez vous-mêmes la guerre à tous les aristocrates; dites que le salut public exige des lois, hors de toutes les mesures ordinaires. — Montrez-vous terribles, montrez-vous peuple, et vous le sauverez. (9)
(10) Alors il n'y aura rien de perdu; car, ne vous y trompez pas, citoyens, les nations qui veulent être véritablement grandes, doivent être, comme les individus, élevées
(i) Mon. : «... qui m'a donné lieu de parler. » Rép. fr., J. des Débats : «... qui m'a incidemment donné lieu... »
(2) Rép. fr., J. des Débats : «... que tout citoyen français sera armé au moins d'une pique. » Mon. : « ... que, dans toute la République, tout citoyen ait une pique aux frais de la Nation. »
(3) Add. Mon., Rép. fr., J. des Débats, Aud.nat.,etc. :« ... un corps...»
(4) Mon. : « ... qu'elle est résolue à maintenir... »
(5) Add. Rép. fr., J. des Débats, etc. : « ... par tous les moyens possibles...»
(6) Mon. : «... le sein de la patrie... »
(7) Rép. fr., J. des Débats : « ... et que les lois les plus terribles seront portées contre les ennemis du peuple. »
(8) Rép. fr. : a ... non pas dans une de ces adresses peu signifiantes, mais avec les expressions d'hommes qui sentent l'importance de leur mission... »
(9) Rép. fr., J. des Débats : « Montrez-vous peuple et vos ennemis seront vaincus. » Mon. : « Montrez-vous révolutionnaires, montrezvous peuple, et alors la liberté n'est plus en péril. » Merc. un. : « Il est temps de vous montrer terribles, de vous montrer peuple. »
(10) Add Rép.fr,, J . des Débats : «... Le peuple agira avec vous, et... »
à l'école de l'infortune. (1) Sans doute, nous avons eu des revers; (2) mais, prenez-y garde, lorsque tout était combiné en Europe, pour vous perdre, lorsque l'ancien despotisme se servait du peuple lui-même pour retarder les instants de sa chute, si l'on vous eût dit : (3) le tyran va périr sous le glaive de la loi, les ennemis vont être chassés, vous aurez 100.000 hommes à Mayence, vous occuperez une partie du territoire ennemi, vous serez encore à Tournay, tout Français aurait vu notre liberté triomphante. — Eh bien ! malgré nos échecs, voilà encore notre position. (4)
Jugez maintenant de nos ressources ! — Mais, nos ressources,... (5) c'est à nous de les diriger. (6) Vous avez perdu un temps précieux en vains débats; vous vous êtes laissés égarer par un bien cruel système. (7) On vous a dit que la Révolution était finie, qu'il n'y avait plus que des désorganisateurs et des factieux. — Eh bien ! ce sont ces mêmes factieux qui tombent sous les coups des assassins. (8)
(i) Mon. : «... les nations qui veulent être grandes doivent, comme les héros, être élevées à l'école du malheur. » Rép. fr., J. des Débats, Aud. nat., etc. : « Les nations sont comme les hommes, elles s'instruisent à l'école du malheur. »
(2) Add. Aud. nat. : « ... nous avons éprouvé un échec qui nous force à rétrograder ; ... »
(3) Rép. fr., J. des Débats, Aud. nat.. etc. :« Si, à l'époque de septembre, lorsque tout paraissait désespéré, quelqu'un vous eût dit Add. dans un mois... »
(4) Rép. fr., J. des Débats : «... dans un mois la tête du tyran sera tombée sous le glaive de la loi, les ennemis seront chassés de notre territoire, 100.000 hommes seront dans Mayence, vos armées, occupant le territoire ennemi, seront en possession de Mons, Tournay, Namur ; qui n'eût cru voir la liberté de la France à jamais assurée par des succès aussi rapides? — Eh bien, malgré nos pertes, voilà qu'elle est encore notre position. Add. Est-elle désespérée? »
(5) Points de suspension dans le texte.
(6) Merc. un. : « Vos ressources sont encore immenses; il ne s'agit que d'en bien disposer. »
(7) Ibid. : «Vous avez perdu un temps précieux en vains débats; trop longtemps vous avez suivi un faux système. » Rép. fr., J. des Débats : «... mais il faut nous hâter de réparer le temps que nous avons perdu en vains débats. Vous avez été égarés par un système faux. »
(8) Rép. fr., J. des Débats, Aud. nat., etc.. : « On vous a sans cesse parlé de factieux... » Mon. : « On a cru que la Révolution était faite; on a crié aux factieux. Eh bien, ce sont ces factieux qui tombent sous
Et toi, Peletier, (1) tu étais aussi un factieux; on t'avait peint aussi comme tel, et les monstres t'ont percé le flanc. (2)
Voilà ce qui nous a perdus. Un système, pire que l'aristocratie, a présenté à la France entière tout homme qui avait eu du caractère, comme un monstre, comme un scélérat. La France a été immobile. Elle n'a su, sur quels individus, sur quelles idées elle devait se fixer (3). Heureusement, la lumière se répand (4) parmi tous les hommes! (5) Marseille sait que Paris veut la liberté, et qu'il n'a jamais voulu l'anarchie comme on veut le faire croire. Marseille s'est dite la Montagne de la République. (6) Elle se gonflera, cette Montagne, et elle roulera (7) les rochers de la liberté sur tous les monstres qui veulent la tyrannie et l'oppression. (8) {Applaudissements universels.) (9)
Je ne veux pas reproduire de scènes, (10) je ne veux pas faire l'historique des persécutions qu'on a fait souffrir aux patriotes, (11) car, s'il était dans mon caractère d'entrer dans
le poignard des assassins. y>Merc. un. : « On vous a dit que la Révolution était faite, qu'il ne fallait plus combattre que les factieux et les anarchistes, et ce sont ces factieux qu'on égorge. Et toi aussi, Peletier...»
(i) Add. Mon. : « ... quand tu périssais victime de ta haine pour les tyrans, on criait aussi que... »
(2) Rép. fr., J. des Débats : «... et l'aristocratie perfide, te perça le flanc. » Merc. un. : « ... et tu es tombé sous les coups des contre-révolutionnaires. »
(3) Add. Mon. : « Il faut sortir de cette léthargie politique. »
(4) Rép. fr., J. des Débats : « ... les lumières se répandent... »
(5) Add. Ibid. : « On va se connaître bientôt d'un bout de la République à l'autre. Aud. nat. Unissons-nous, serrons-nous, contre les ennemis du dedans et du dehors ! »
(6) Aud. nat. : « Marseille... a invoqué la Montagne comme le saviveur de la République. « Merc. un. : « Déjà Marseille s'est déclarée pour la Montagne. « Add. Aud. nat. : « Le patriotisme s'est peut-être porté trop loin; mais par notre union... »
(7) Add. Rép. fr., J. des Débats : « ... avec fracas... »
(8) Rép. fr., J. des Débats : «... sur ceux qui conspirent contre elle. {On applaudit vivement.) »
(9) Add. Merc. un. : « {Trépignements des tribunes.) »
(10) Add. Rép. fr., J. des Débats :« ...je ne veux point rappeler de fâcheux débats, je ne veux point rallumer des haines particulières...»
(11) Add. Aud. nat. : « Nous avons des torts réciproques... Rép. fr., J. des Débats Je ne vous citerai qu'un fait et je vous prie même de l'ou-
les détails, je vous dirais, moi, qu'un (1) général qu'on a tant loué, (2) a été ensuite entraîné vers sa ruine (3), et on lui a fait perdre sa popularité en l'excitant contre le peuple lui-même.
(4) Roland (je ne vous citerai qu'un seul fait, et après je vous prie de l'oublier), (5) — Roland écrivait à Dumouriez qui l'a montré à moi et à [De] lacroix (6) : il faut vous liguer avec nous pour écraser ce parti de Paris et surtout ce Danton. (Mouvements d'indignation (7).)
Jugez, citoyens, si de pareils exemples, jugez si une imagination frappée au point de produire de telles opinions, si un homme placé au centre de la République, a dû avoir une influence funeste; mais passons et tirons le rideau sur ces objets (8).
(9) Je vous somme de former une ligue sacrée pour sauver
blier aussitôt. » — Var. Aud. nat. : « Nous avons des torts réciproques et je vais en citer un sur lequel vous jetterez comme moi le voile de l'oubli. » Républicain : « Ici, Danton fait sentir la nécessité de déjouer le système des modérés par une marche ferme et énergique, et pour dévoiler, l'hypocrisie et la perfidie du ministre Roland, je n'en citerai dit-il, qu'un trait. »
(i) Rép. fr., J . des Débats : « ... que ce... «
(2) Add. Rép. fr., J . des Débats : « ... dont on a fait manquer les plans,... »
(3) Rép. fr., J. des Débats : « ... a été conduit à sa perte Add. par des insinuations perfides... »
(4) Add. Merc. un. : « Mais jugez combien on a porté atteinte à la liberté et combien nous avons d'ennemis. »
(5) Merc. un. : « ... et je cite ce trait et vous prie de l'oublier ensuite,... »
(6) Rép. fr., J. des Débats, Aud. nat., etc. : «... qui nous a montré sa lettre à [De] lacroix et à moi, et lui disait : liguez- vous avec nous... » Mon. : «... (et c'est ce général qui nous a montré la lettre à [De] lacroix et à moi) : « Il faut vous liguer avec nous pour écraser ce parti de Paris, et surtout ce Danton ». {On murmure.) »
(7) Add. Merc. un. : « {Cris des tribunes.) »
(8) Merc. un. : « Jugez d'après de pareils écarts ce qu'a pu causer de mal une imagination aussi ardente placée au centre de la République. Mais passons sur cet objet... « Aud. nat. : « ...' Vous l'avez entendu; tirons un épais rideau sur toutes ces personnalités si funestes à la République. » Mon. : « Jugez si une imagination frappée au point de tracer de pareils tableaux, a dû avoir une grande influence sur toute la République. Mais tirons le rideau sur le passé. » Add. Rép. fr., J. des Débats : « ... ; songeons au bonheur de la France. »
(9) Add. Aud. nat. : « Laissons-là toutes nos haines. Mon. Il faut
la liberté. Elle devrait être la nôtre, elle devrait être avec toute la France. (1)
Eh bien! étouffons nos divisions; je ne demande pas de baisers partiels, les antipathies particulières sont indestructibles (2) mais (3) il y va de notre salut, et je suis si convaincu que c'est un forfait atroce de porter atteinte à la représentation nationale, que je fais serment de mourir pour défendre mon plus cruel ennemi. (4)
Je demande que ce sentiment sacré enflamme toutes les âmes, que pour soi-même au moins, ou pour son salut, chaque membre de l'Assemblée pense, qu'avant tout, il nous faut tuer l'ennemi de l'intérieur (5), car nous devons être victimes ou de nos passions, ou de notre ignorance, si nous ne sauvons pas la République. (7)
Que dis-je ! — La République est immortelle. L'ennemi pourrait bien faire (7) quelques progrès, il pourrait bien encore saisir (8) quelques-unes de nos places, mais il se consumerait dans l'intérieur de la France. (9)
nous réunir. C'est cette réunion qui devrait établir la liberté d'un pôle à l'autre, aux deux tropiques et sur la ligne de la Convention. M etc. un. Les despotes pendant nos débats se sont resserrés, ils ont eu des triomphes; eh bien... réunissons-nous... »
(i) Cette phrase paraît inexplicable, parce qu'elle est tronquée, et que la phrase qui la précédait probablement, manque. Je ne crois pas en effet que la nôtre se rapporte aux mots liberté ou ligue. Peut-être conviendrait-il de lire : « [Telle est la conduite qu'il faudrait suivre;] elle devrait être la nôtre, elle devrait être [suivie] avec toute la France » ?
(2) Rép. fr., J . des Débats : « ... abjurons, non pas ces haines personnelles, ces antipathies que fait naître le caractère, mais tout esprit de parti. »
(3) Add. Rép. fr., J . des Débats : « ... secourons-nous mutuellement,.. »
(4) Rép. fr. : «... que je jure de mourir, en défendant ici, le plus cruel de mes ennemis.» ?Aon. : « Quant à moi, je fais serment de mourir pour défendre mon plus cruel ennemi. »
(5) Mon. : « Il faut tuer les ennemis intérieurs ... Add. pour triompher des ennemis extérieurs... «
(6) Mon. « Vous deviendrez victimes de vos passions ou de votre ignorance, si vous ne sauvez la République. »
(7) Add. Mon. : « ... encore... »
(8) Mon. : «... prendre... »
(9) Rép. fr. : « ... sur notre territoire. » Mon. :« ... mais il s'y consumerait lui-même. »
J'ai vu les nouveaux renforts (1) qui se portent aux frontières; ce sont de vrais (2) enfants de la liberté. Dans les départements que j'ai parcourus, j'ai trouvé ce dévouement qui est d'un présage terrible pour nos ennemis. (3) Ils ont eu du succès; tandis que nous délibérions, leurs despotes ont resserré leurs forces et nous ont fait reculer. (4) Mais (5) qu'en reculant, et rentrant sur la terre de son pays, le Français, comme le géant de la Fable, reprenne une nouvelle force (6) ! (Applaudissements.)
(7) Je vous demande, citoyens, cette loi que je vous ai proposée. Mais j'insiste sur ce qui est plus qu'une loi (8) : il faut que vous soyez peuple ; il faut que tout homme à qui il reste quelque étincelle de patriotisme, que tout homme qui souhaite encore se montrer français, ne s'éloigne pas du peuple; (9) c'est le peuple qui nous à produit; nous ne sommes pas ses pères, mais nous sommes ses enfants ! (10) (Applaudissements.)
Eh bien, ce père s'égare-t-il, nous lui devons la lumière,
(i) Add. Rép. fr. : « ... qui nous arrivent de toutes parts [et]...»
(2) Rép. fr. : « ... dignes... »
(3) Ibid. : « Les départements que j'ai parcourus sont animés du plus ardent courage. »
(4) Ibid. : « ... ils ont repoussé les Français.»
(5) Add. Mon. : «... que nos échecs tournent à notre avantage ! »
(6) Mon. :«... que le Français, en touchant la terre de son pays, comme le géant de la Fable, reprenne de nouvelles forces ! » Rép. fr., J. des Débats : « Mais les Français en touchant le sol de leur pays natal, semblables à ce géant de la Fable, reprendront de nouvelles forces, Add. et chasseront pour jamais les ennemis de la patrie ! »
(7) Add. Ibid. : « ... Quant à nous, nous ferons des lois pour son bonheur. »
(8) Add. Mon. : « ... sur ce que la nécessité vous commande... »
(g) Add. Rép. fr. : « ...agissons parle peuple;...»
(10) Rép. fr. : « ... mais j'insiste sur ce qui vaut mieux que des lois; sur la nécessité d'éclairer le peuple. Que l'homme qui conserve encore dans ^on âme quelque étincelle du feu sacré de la liberté ne s'éloigne pas du peuple. Soyons peuple nous-mêmes, agissons par le peuple; nous ne sommes pas ses pères car c'est lui qui nous a créés. » Mon.: «... Que tout homme qui porte encore dans son cœur une étincelle de liberté ne s'éloigne pas du peuple; nous ne sommes pas ses pères, nous sommes ses enfants. »
nos affections et nos soins. (1) Exposons-lui ce que nous voulons, nos moyens de défense, nos ressources; (2) disonslui (non pas pour le flatter) qu'il sera invincible s'il veut être uni. (3)
(4) A cet égard, je citerai un seul fait : qu'on se rappelle la terrible révolution du 10 août. (5) — Alors tout Paris était en feu; toutes les passions se croisaient; Paris ne voulait pas sortir de ses murs; les excellents patriotes redoutaient d'abandonner leurs foyers, parce qu'ils craignaient l'ennemi et les conspirations intérieures (6). Tout semblait présager un déchirement. (7)
J'ai moi-même (car il faut bien se citer quelque fois), j'ai, dis-je, amené le Conseil exécutif, les conseils de section, la municipalité, les membres de la Commune, les membres des Comités de l'Assemblée législative, à se réunir fraternellement à la Mairie, (8) Nous étions là une assemblée très nombreuse. Nous y avons combiné, de concert, les mesures qu'il fallait prendre; chaque commissaire de section les a apportées au peuple; (9) le peuple les a applaudies, nous a secondés et nous avons vaincu. (10)
Citoyens, communiquons nous nos lumières, ne nous écartons pas de nos devoirs, ne nous haïssons pas, confon-
(i) Rép. fr. : « ... et quand ce père égaré pourait nous méconnaître, nous lui devons...»
(2) Mon. : « Exposons-lui nos besoins et ses ressources;...»
(3) Rép. fr. : « ... qu'il est invincible s'il reste uni. » Mon. : « ... qu'il sera inviolable s'il veut être uni. »
(4) Add. Rép. fr. : « Concertons des mesures; faisons-les lui exécuter, et cela n'est pas si difficile que l'on affecte de le croire»
(5) Mon. : « Qu'on se rappelle l'époque mémorable et terrible du' mois d'août... » Rép. fr. : « Qu'on se rappelle à cet égard... »
(6) Add. Rép. fr. :« ...; les passions étaient échauffées; les haines se manifestaient avec une violence extrême. »
(7) Rép. fr. : « Paris ne voulait pas marcher : il craignait les ennemis intérieurs; ... tout présageait un déchirement prochain, »
(8) Rép. fr. : «... à se réunir, à se rapprocher, rassemblés à l'Hôtel commun. »
(9) Ibid. : «... dans les assemblées du peuple;... »
(10) Ibid. : «... il les approuva, les exécuta et nos ennemis furent bientôt vaincus. » Mon. : «... le peuple vit notre réunion, il la seconda et l'ennemi a été vaincu. »
dons nos sentiments avec ceux du peuple ! !... (1) Si on se rapprochait de lui, si on aimait les sociétés populaires, malgré ce qui peut y être de défectueux (car rien n'est parfait dans l'humanité) (2), eh bien! il en résulterait un concert de forces, d'actions, de soutien contre l'ennemi, qui assurerait à la Nation de nouveaux triomphes et de nouveaux succès.
J'insiste donc sur la nécessité de cette mesure, et toutes les erreurs et les passions mises à l'écart, pour venir à ce but salutaire. La France reprendra sa force, la France reviendra victorieuse et bientôt les despotes auront regret de nous avoir repoussés, car une défaite plus complète et plus terrible pour eux les attend. (3)
Je demande qu'on mette aux voix ma proposition qui est d'armer tous les Français, au moins d'une pique; de mettre en activité le Tribunal révolutionnaire, et que vous fassiez une déclaration manifeste, qui sera envoyée à tous les départements, par laquelle vous annoncerez au peuple français que vous serez aussi terribles que lui, que vous ferez toutes les lois nécessaires pour anéantir à jamais l'esclavage, et qu'il n'y a plus ni paix, ni trêve entre vous et les ennemis de l'intérieur. (Vifs applaudissements.)
La proposition de Danton est à l'instant décrétée au milieu des applaudissements universels.
(i) Points de suspension dans le texte. Add. Rép. fr., J. des Débats : « Que chacun de nous voie donc le peuple de près, lui parle, lui communique nos mesures, les lui fasse approuver. »
t (2) Mon. : « Si on se réunit, si on aime les sociétés populaires, si on y assiste malgré ce qu'il peut y avoir en elles de défectueux, car il n'y a rien de parfait sur la terre,...» Add. Rép. fr. : « ...qu'au lieu de déchirer les sociétés populaires, on les rende utiles à la patrie en y opérant la réunion des bons citoyens... »
(3) Rép. fr. : «... et les despotes regretteront bientôt leur triomphe éphémère, en éprouvant une défaite totale. » Mon. :. « La France reprendra sa force, redeviendra victorieuse, et bientôt les despotes se repentiront de ces triomphes éphémères qui n'auront été que plus funestes pour eux. »