‹ Discours de Danton. Edition critiqueChapitre 219 sur 459 · ETABLISSEMENT DU TRIBUNAL RÉVOLUTIONNAIRE · texte numérisé non relu

ETABLISSEMENT DU TRIBUNAL RÉVOLUTIONNAIRE

Eh bien, le moment en est arrivé ; soyons prodigues d'hommes et d'argent; déployons tous les moyens de la puissance nationale, mais ne mettons la direction de ces moyens qu'entre les mains d'hommes dont le contact nécessaire et habituel avec vous, vous assure l'ensemble et l'exécution des mesures que vous aurez (1) combinées pour le salut public. (2)

Vous n'êtes pas un corps constitué, car vous pouvez tout constituer vous-mêmes. (3) Prenez-y garde, citoyens, vous répondez au peuple de ses (4) armées, de son sang, de ses assignats; car si ses défaites atténuaient tellement la valeur de cette monnaie, que les moyens d'existence fussent anéantis dans ses mains, qui pourrait arrêter les effets de son ressentiment et de sa vengeance? — Si, dès le moment que je vous l'ai demandé, vous eussiez fait le développement de forces nécessaires, aujourd'hui l'ennemi serait déjà repoussé (5) loin de vos frontières.

Je demande donc que le tribunal révolutionnaire soit organisé séance tenante, que le pouvoir exécutif, dans la nouvelle organisation, reçoive les moyens d'action et d'énergie qui lui sont nécessaires. Je ne demande pas que rien soit désorganisé, je ne propose que des moyens d'amélioration... (6)

Une voix. — Tu agis comme un roi !

Danton. — Je dis que tu parles comme un lâche ! (On demande que V interrupteur soit rappelé à V ordre.)

Danton continue. — Je demande que la Convention juge mes raisonnements et méprise les qualifications injurieuses et flétrissantes qu'on ose me donner.

Je demande qu'aussitôt que les mesures de sûreté générale seront prises, vos commissaires partent à l'instant,

(i) Mon. : « ... avez... »

(2) Mon. : «... pour le salut de la République. »

(3) Voir le discours suivant p. 295-296.

(4) Mon. : « ... nos armées... »

(5) Mon. : «... serait repoussé... »

(6) Points de suspension dans le texte.

qu'on ne reproduise plusl'objection qu'ils siègent dans tel ou tel côté de cette salle. Qu'ils se répandent dans les départements, qu'ils y échaufîent les citoyens, qu'ils y raniment l'amour de la liberté, et que, s'ils ont regret de ne pas participer à des décrets utiles, ou de ne pouvoir s'opposer à des décrets mauvais, ils se souviennent que leur absence a été le salut de la patrie.

Je me résume donc : ce soir, organisation du tribunal, organisation du pouvoir exécutif; demain; mouvement, militaire. Que demain vos commissaires soient partis, que la France entière se lève, coure aux armes, marche à l'ennemi ! Que la Hollande soit envahie; que la Belgique soit libre; que le commerce d'Angleterre soit ruiné; que les amis de la liberté triomphent de cette contrée; que nos armes, partout victorieuses apportent aux peuples la délivrance et le bonheur, et (1) que le monde soit vengé !

(Danton descend de la tribune couvert des plus vifs applaudissements). (2)

[Sur la proposition de Mallarmé (3), l'Assemblée se sépare et décrète que dans une heure elle sera réunie.

La séance est suspendue à 7 heures.

Dans la séance extraordinaire du dimanche soir, le décret instituant le tribunal révolutionnaire et réglant son organisation fut rendu. Dans la séance du lundi, on s'occupa de la réorganisation du ministère.]

(i) Dans le compte rendu du Moniteur, « et » est supprimé.

(2) Add. Mon. : « L'Assemblée ajourne ses différentes propositions. »

(3) François-René-Auguste Mallarmé, de Nancy, député de la Meurthe à l'Assemblée législative et à la Convention.

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