SUR L ACQUITTEMENT DE MARAT
Français, (1) de voir que les citoyens de Paris portent un tel respect à la Convention (2) que ça a été pour eux un jour de fête que celui où un député inculpé a été rétabli dans son sein. (3) (On applaudit.)
La Convention a du applaudir à de pareils sentiments : elle l'a fait. Elle a décrété que les citoyens qui venaient lui manifester ici leur satisfaction de ce que la représentation nationale est restée intacte, défileraient dans cette salle. (4) Eh bien ! que ce décret s'exécute. (5) Nous avons \ti leur satisfaction, nous avons partagé leurs sentiments : maiatenant, il faut que les citoyens défilent, qu'ils évacuent le lieu de nos délibérations, et que nous reprenions nos travaux. (6) (On applaudit). (7)
(i) Merc. un. : « ... pour les législateurs français ...»
(2) /. des Débats : « ... pour la Convention nationale... » Rép. fr. : «... pour les représentants du peuple... »
(3) Merc. un. : «... un de ses membres inculpé, est resté intact, et que la représentation nationale n'a pas été entamée. « /. des Débats : «... ça été un jour de fête que celui de la justification d'une représentant du peuple inculpé. « Rép. fr. : « ... où un représentant du peuple inculpé a été rendu à ses fonctions. »
(4) Merc. un. : « Nous avons pris part à la joie des citoyens de Paris. Nous avons décrété qu'ils défileraient dans votre sein. » /. des Débats, « Elle a décrété... que les citoyens défileraient devant elle; » Rép. fr. : «... dans son sein... »
(5) Add. Rép. fr. : « L'objet de leur vœu est rempli. » — Var. /. des Débats : «... leur vœu est accompli. »
(6) Merc. un. : « Il faut que le décret s'exécute et que nous reprenions nos travaux. /. des Débats, Rép. fr. : « Je demande, en exécution du décret, que les citoyens (les pétitionnaires) quittent les places qu'ils occupent, défilent dans la salle, et que nous reprenions nos travaux (nos fonctions) . {Les citoyens défilent et se retirent paisiblement.) »
(7) Marat reconnaissant, écrivait quelques jours plus tard dans l'Ami du Peuple : « Je regrette de n'avoir pas le temps de rapporter ici le discours de Danton; j'observerai qu'il est de main de maître et d'autant plus précieux qu'il contient l'engagement solennel qu'a pris Danton de combattre désormais avec un courage indomptable. Or on doit beaucoup attendre des moyens de ce patriote célèbre ; le peuple a les yeux sur lui et l'attend dans le champ de l'honneur. »
D'après le Logotachigraphe.
(Convention, samedi 27 avril 1793.)
[Le département de l'Hérault propose de faire une levée départementale, et, pour subvenir aux dépenses de cette force armée, de constituer entre les mains du receveur du district, au chef-lieu, un fonds extraordinaire de 5 millions. Cette somme qui serait fournie au besoin par un emprunt forcé souscrit obligatoirement par les riches, servirait également à accorder des secours à la classe pauvre (1). — L'Assemblée décrète la mention honorable.]
Danton, — Vous venez de décréter la mention honorable de ce que vient de faire le département de l'Hérault. (2) Ce décret regarde littéralement la République entière à laquelle vous devez rendre ces mesures (3). Je sais qu'on les taxera d'exaltation. Certes, il faut de l'exaltation pour fonder les républiques. (4) Honneur aux agitateurs qui tournent la fureur du peuple contre ses ennemis ! (5) Il faut le répéter sans cesse, fondons à tout prix, fondons la Répu-
(i) Cf. Bomarel, Cambon et la Révolution française, p. 256 sqq.
(2) /. des Débats : « Vous venez de décréter la mention honorable de l'arrêté qu'a cru devoir prendre pour le salut public lé département de l'Hérault. » Mon. : « ... de ce qu'a cru faire pour le salut public, le département de l'Hérault. »
(3) Add. Mon. :«...; ce décret autorise la République entière à adopter les mêmes mesures, car votre décret ratifie celles qu'on vient de vous faire connaître. (0« applaudit. )Si partout les mêmes mesures sont adoptées, la République est enfin sauvée. /. des Débats. {On applaudit.) »
(4) Add. Mon. : « On ne traitera plus d'agitateurs et d'anarchistes les amis ardents de la liberté, ceux qui mettent la Nation en mouvement, et l'on dira :... »
(5) Add. Mon. : « {On applaudit.) »
blique française. Quand le temple de la liberté sera affermi (1) le peuple saura (2) le décorer. Périsse plutôt le sol de la France, que de retourner dans l'esclavage. (3) (Applaudissements.)
Mais qu'on ne croie pas que nous voulons devenir des barbares. Après l'avoir fondée, cette liberté, nous saurons l'embellir. (4) Les despotes nous envieront eux-mêmes (5) les beautés dont cette liberté sera ornée; mais tant que le vaisseau de l'État est en péril, (6) ce que possède chacun appartient à tous, pour la conservation de la société entière. (7)
Eh ! qu'on ne parle plus, dans la République, de lois agraires : (8) lé peuple est juste; le peuple en masse a plus d'instinct et de génie en révolution que ceux (9) qui se croient des grands hommes. Il n'y a pas de grands hommes dans une nation, comme on trouve de grands arbres dans une vaste forêt. (10)
Je dis donc que, puisque vous devez tout attendre de la raison publique, vous ne devez jamais être inquiets sur vos ressources.
Dans les départements, on a cru que le peuple voulait en venir à la loi agraire; et ici on pourra empoisonner ce qu'a fait le département de l'Hérault : (11) on dira qu'on
(i) Mon. : « ... assis... «
(2) Add. Mon. : « ... bien... »
(3) Mon. : « ... sous un dur esclavage !»
(4) Mon. : « Mais qu'on ne croie pas que nous devenions barbares après avoir fondé la liberté, nous l'embellirons. »
(5)/. des Débats :«...; les despotes eux-mêmes nous porteront envie... »
(6) Mon. : «... battu par la tempête... »
(7) Add. Mon. : « {Applaudissements.) »
(8) Mon. : « On ne parle plus de lois agraires. Add. Le peuple est plus sage que ses calomniateurs ne le prétendent. »
(9) Mon. : « ... que beaucoup... »
(10) Mon. : « Dans un peuple on ne compte pas plus les grands hommes que les grands arbres dans une vaste forêt. » /. des Débats : « Chez un peuple libre ; on ne compte pas plus les grands hommes que les grands arbres dans les forêts antiques. »
(11) Mon. : « Cette idée pourrait faire naître des soupçons sur les mesures adoptées par le département de l'Hérault, sans doute on empoisonnera ses intentions et ses arrêtés. »
a violé les propriétés en imposant le riche. Le riche I c'est le servir que de l'imposer : c'est une grande économie (1) pour le grand propriétaire, pour le gros capitaliste, que de faire un sacrifice considérable, afin que l'ennemi ne vienne point envahir notre territoire; et comme on l'observe très bien, plus le sacrifice sera grand sur l'usufruit (2), plus la propriété sera respectée et consacrée. (Applaudissements.) C'est un appel fait à tout homme qui a dans sa main de grands moyens pour s'occuper du salut public, s'il tient au principe créateur et régénérateur du génie français (3). Eh. bien ! ce qu'a fait le département de l'Hérault, la France entière va le faire; Paris va répondre au département de l'Hérault, et la . France entière fera écho et répétera le même cri. (4)
Voyez la ressource immense que tout à coup la France se procure. (5) Paris a (6) des richesses incalculables (7) : eh bien ! par un décret que vous avez rendu, cette éponge va être pressée. (Applaudissements.) (8) Il va se trouver que le peuple fera la révolution aux dépens de ses ennemis intérieurs ; et en ce sens, il les sei'vira encore, car il leur apprendra à jouir de leur liberté.
Assez d'avantages restent à celui qui est favorisé de la fortune et quand il verra que cette liberté n'est pas ce qu'on lui annonce, qu'elle n'est point ennemie de la jouissance, que l'homme du peuple qui veut la République et qui est né avec du talent, a le droit de jouir aussi, alors le riche, n'ayant plus à craindre pour sa propriété, s'attachera nécessairement à la Révolution. La perfection de la
(i) Add. Mon. : « ..., c'est un véritable avantage,... »
(2) Add. Mon., J. des Débats : « ... plus le fonds de la propriété est garanti contre l'envahissement des ennemis ...»
(3) Add. Ibid. : « ...; cet appel est juste... »
(4) Add. Ibid. : « {On applaudit.) »
(5) Add. Merc. un. : « D'après votre décret, tous les départements vont imiter le département de l'Hérault. — Des voix : Tous ! Tous ! — Paris, regorge de luxe. »
(6) Add. Mon. : «... un luxe et ... »
(7) Mon. : «... considérables ... »
(8) Add. Mon., J. des Débats : « Et, par une singularité satisfaisante, ...»
société est de combiner l'énergie de la liberté avec les principes de la raison.
Le département de Paris développera de nouvelles forces militaires; il fournira un nouveau contingent. (1) C'est de ce contingent que je veux demander la direction (2). Il nous faut étouffer, à quelque prix que ce soit, les troubles de la Vendée et des Deux-Sèvres (3). (Oui /Oui/) [...]
Nous sommes loin d'être dans une situation désespérée; la contenance fière de nos gardes nationales dans les départements du nord a déjà dit à nos ennemis qu'ils ne pouvaient pas s'en emparer; (4) et vous saurez avant peu que cette ligue de rois tend à sa dissolution, (5) car (6) ils n'ont point oublié leurs vieilles haines et leurs anciennes rivalités (7); et si votre Conseil exécutif avait eu une certaine latitude (8) dans ses moyens de négociations, déjà peut-être cette ligue serait dissoute.
Je dis qu'il faut diriger l'emploi de la force que Paris va fournir contre les ennemis de l'intérieur. Je demande que la Convention décrète que les troupes que Paris devait fournir pour l'armée de réserve seront envoyées dans le département de la Vendée. (9) Cette armée de réserve qu'on voulait établir ne sera plus essentielle; et avant tout, comme nous devons établir la tranquillité dans nous l'intérieur de la
(i) Mon., J. des Débats : « Paris en faisant appel aux capitalistes, fournira son contingent. »
(2) Add. Ibid.: « ... : il nous donnera les moyens d'étouffer les troubles de la Vendée. »
(3) Add.] Ibid. : « ...; à cela seul tient notre tranquillité extérieure. »
(4) Mon. : <( Déjà les départements du nord ont appris aux despotes coalisés que votre territoire ne pouvait être entamé ; ... »
(5) Mon. : « ... et bientôt peut-être vous apprendrez la dissolution de cette ligue formidable de rois; ... »
(6) Add. Mon. : « ..., en s'unissant contre vous, ...»
(7) Add. Ibid. : «... et leurs prétentions respectives. »
(8) Mon. : « ... et peut-être si le Conseil exécutif eut eu plus de latitude... »
(9) /. des Débats : « Il faut donc diriger Paris sur la Vendée: il faut y faire marcher les hommes qui devaient former le camp de réserve. », Mon. : « Il faut donc diriger Paris sur la Vendée : il faut que les hommes requis dans cette ville pour former le camp de réserve, se portent sur la Vendée. »
République, ce ne sera point vous écarter de votre but, que de diriger ces mêmes forces dans les départements où il y a des insurrections. (1)
Je demande donc qu'il soit décrété qu'il sera pris sur les différentes forces que voteront les départements, de quoi former une armée de 20.000 hommes, que le ministre de la guerre sera chargé de diriger où les insurrections se seront manifestées. (2)
[La proposition de Danton est décrétée à l'unanimité.]