LES SOURCES XLI
contient souvent des indications importantes qu'on ne trouve nulle part ailleurs. Quant au Républicain français (1), journal remarquable dont nous aurons l'occasion de reparler plus loin, il mérite une mention particulière. Lorsqu'on examine les comptes rendus qu'il nous fournit, on est frappé de leur ressemblance avec ceux du Journal de la Montagne; mais, il arrive souvent, et c'est par exemple le cas pour le grand discours de Danton du 5 janvier 1794(2), que le Républicain français soit beaucoup plus complet, beaucoup plus correct, beaucoup plus logique, que son confrère. Or le Journal de la Montagne, étant officiel, ses rédacteurs ont dû avoir sous les yeux les procès-verbaux manuscrits aujourd'hui perdus; et comme le texte de ce journal, quoique moins complet, présente des ressemblances formelles avec le Républicain français, je serais assez porté à croire que certains comptes rendus de cette dernière feuille, ne sont que les procès-verbaux eux-mêmes ou tout au moins des extraits de ces procès-verbaux. Cette hypothèse expliquerait les ressemblances que constatait déjà M. Aulard entre certains passages du Moniteur, du Républicain français et du Journal de la Montagne (3). En résumé, les sources essentielles des discours prononcés par Danton aux Jacobins sont le Courrier extraordinaire, le Journal de la Révolution, le Journal des Jacobins, le Moniteur, le Républicain français et les procès-verbaux imprimés; les autres feuilles nous donnent d'intéressantes variantes, et, de-ci de-là, un compte rendu plus détaillé.
(i) Le Républicain français, 13 novembre 1792-15 pluviôse an VI (3 février 1798) , in-fol. Les numéros 1-1239 portent comme titre le Républicain universel. Sur les relations de Guiraut et de Charles His, cf. Tourneux, op. cit., t. II, n» 10843; Hatin, p. 236; Bibl. Nat., Le V752-
(2) Cf. ci-dessous, p. 632.
(3) Cf. Société des Jacobins, t. I, p. cxxi, note i.
XLII INTRODUCTION
L'Assemblée Législative et la Convention. — Danton fut élu ministre de la justice (1) le 10 août 1792; il prêta serment le lendemain; c'est donc du 11 août que datent ses premières paroles à l'Asseniblée. Le 6 septembre, il était nommé par les électeurs de Paris second représentant à la Convention nationale; le 31 mars 1794, on l'arrêtait. Les discours qu'il a prononcés dans les deux assemblées, entre les dates que nous venons d'indiquer, forment de beaucoup la partie la plus importante de cette édition.
Il convient tout d'abord de classer à part les textes oratoires malheureusement trop peu nombreux qui nous sont parvenus intacts. Appartiennent à cette catégorie, outre les requêtes aux Conseils et le discours du substitut du procureur (2) :
' (i) Comme ministre, Danton assista deux fois à la conférence des juges qui se tenait hebdomadairement à l'hôtel du département de la justice. Les procès-verbaux de ces conférences existent aux Archives nationales et ont été publiés par M. Douar che dans son ouvrage sur les tribunaux civils révolutionnaires.
(2) On devrait classer dans cette catégorie des lettres de Danton, qui sont de véritables œuvres oratoires. Voici par exemple des extraits d'une lettre écrite par lui, le 22 septembre 1792, aux ofi&ciers municipaux de Charleville : Il déclare qu'il a reçu une expédition du procès-verbal qu'ils ont dressé à l'occasion de la mort de l'inspecteur de la manufacture d'armes de Charleville et il leur promet que les inquiétudes qu'inspire ce malheur se calmeront d'elles-mêmes s'ils prennent soin d'éloigner tout ce qui ranime les défiances du peuple. « Le temps n'est plus, Messieurs, de gouverner par d'autres armes que celles de la raison. Les Français en ont éprouvé l'irrésistible impulsion..., et si quelques fois ils sont encore susceptibles d'erreurs passagères, je ne sais pas si le reproche n'en doit pas tomber presque toujours sur des administrateurs faibles ou inexpérimentés... Des magistrats, au lieu de tout sacrifier à l'intérêt commun forment des plaintes continuelles contre l'insubordination de leurs concitoyens, et provoquent eux-mêmes des défiances et des divisions... Écartons, Messieurs, toute idée étrangère au salut public... La défense de la patrie, la cause de l'humanité tout entière, ne doit laisser de place dans nos âmes qu'aux sentiments élevés, au dévouement généreux, à toutes les vertus. C'est par là que nous triompherons des despotes et de leurs esclaves et que nous rétablirons à
LES SOURCES XLIH
La circulaire aux tribunaux (1);
La proclamation du 25 août 1792 (2);
Le rapport général lu à la Convention le 29 mai 1793 ^3). L'orateur, qui improvise, emploie fréquemment les mêmes termes, les mêmes tournures de phrases. Danton affectionne un certain nombre d'expressions, qui lui viennent naturellement aux lèvres lorsqu'il parle; ces textes nous permettent de bien discerner celles qui lui sont personnelles de celles que pourraient lui prêter périodiquement les journalistes de l'Assemblée, et grâce à eux, ultérieurement, nous pourrons faire un choix plus sûr entre les paroles que ces journalistes lui attribueront (4).
Tous les autres discours ne nous sont connus que des comptes rendus de la presse. Les journaux, d'inégale valeur, d'inégale importance peuvent être classés en trois séries.
P^ Série. • — Moniteur, Journal des Débats, Républicain français.
2^^ Série. — Mercure universel, Logotachigraphe.
S"^^ Série. — A) Abréviateur universel. Auditeur national. Courrier des 83 départements. Feuille du salut public.
Journal de Perlet, Journal du Soir, Patriote Français, Point du jour. Républicain, Thermomètre du jour.
jamais parmi nous le véritable règne de la loi, qui, trop longtemps aussi, ne fut qu'un instrument dans la main du despotisme..» Cf. Catalogue d'une importante collection de documents autographes... vente dii 17 novembre 1862 et jours suivants, Paris, Charavay, 1862. (i) Cf. ci-dessous, p. 154.
(2) Cf. ci-dessous, p. 164.
(3) Cf. ci-dessous, p. 472.
(4) Ce serait sortir du cadre restreint de cette introduction, et faire une étude sur l'éloquence de Danton que de dresser un tableau de ses expressions et de ses tournures favorites. J'ai tenu à donner dans la note précédente un extrait assez considérable de sa lettre du 22 septembre. On peut dire, sans exagération, que tous les mots, que toutes les phrases qui la composent, se retrouveront à chaque instant dans les discours de cette édition.
XLIV INTRODUCTION
B) Mercure français, Courrier français, Révolutions de
Paris (1), etc..
Le principe de cette classification est le suivant :
La valeur d'un recueil de comptes rendus de discours
croît en raison directe :
a) de l'espace de temps embrassé par ce recueil;
b) du nombre de « meilleurs textes » (2) fournis;
c) du nombre et de la valeur des additions fournies aux textes supérieurs de recueils concurrents;
d) du nombre et de la valeur des variantes fournies aux textes supérieurs de recueils concurrents;
e) de l'ordre, de la logique, de la clarté des comptes rendus (3).
La combinaison de ces divers facteurs permet l'établissement des trois séries de textes précédentes. On pourra les désigner, comme on le fait pour les manuscrits d'auteurs anciens, sous les noms de série supérieure, série moyenne, série inférieure.
Série supérieure. — Le Monî7e«r constitue évidemment l'élément le plus important de cette série. Il embrasse sans une lacune tout l'espace de temps où Danton parle; il nous fournit plus d'un tiers des « meilleurs textes»; ses additions, ses variantes doivent être fréquemment retenues; l'ordre, la logique, la clarté de ses comptes rendus sont presque toujours suffisants. — M. Aulard, au début de ses Orateurs de la Législative et de la Convention, a étudié et jugé le Moniteur comme source de l'histoire de l'éloquence parlementaire. Il n'y a pas à revenir sur cette partie de son
(i) Cf. Tourneux, op. cit., t. II, nP 10191 et suiv., 10220, 1024g; Hatin, pp. 24, 117, 147.
(2) Nous appelons meilleur texte celui qui réunit au plus haut degré les qualités d'étendue, d'exactitude et de clarté. (Cf. ci-dessous, p. Lvii.)
(3) C'est ce dernier facteur, à l'exclusion presque de tous les autres, qui fait par exemple l'importance de la Chronique de Paris.