LES SOURCES XLV
ouvrage et nous y renvoyons (1). Le seul point essentiel à retenir c'est « que le Moniteur fut girondin jusqu'au 2 juin 1793, puis robespierriste jusqu'au 9 thermidor». Là est l'explication des nombreuses lacunes qu'on sent volontaires, et du texte défiguré de plus d'une harangue de Danton.
Le Journal des Débats et des Décrets (2) embrasse la même période que le Moniteur; il nous fournira moitié moins de « meilleurs textes » que son concurrent, ses additions et ses variantes seront ordinairement d'égale valeur, mais il lui sera souvent supérieur par l'ordre, la logique, la clarté des comptes rendus. Souvent une discussion, un texte même, obscurs dans le Moniteur, ne deviendront clairs que par une variante, une explication du Journal des Débats ou du Républicain français. — Comme pour le Moniteur nous renvoyons au chapitre des Orateurs de la Législative et de la Convention, où M. Aulard signale les qualités qui font sa valeur et les taches qui le déparent (3). Nous retiendrons seulement que, du 10 août 1792 au 9 mars 1793, le journal fut dirigé par Louvet, qu'il est permis en conséquence de suspecter son caractère d'impartialité, que, d'une manière générale cependant, il est plus indépendant que le Moniteur, et qu'enfin les indications relatives à l'effet d'un discours sur les auditeurs, incidents de séances, qui donnent la vie à un compte rendu, y sont mieux et plus souvent rapportés.
(i) Cf. Aulard, Les Orateurs de la Législative et de la Convention, livre I, chap. ler. Du texte des discours.
(2) Journal des Débats et des Décrets (2g août 1789-30 floréal an V 19 mai 1797), Tourneux, o/j.a/., t. II, n» 10312; Hatin, pp. 130 et 633; Bibl. Nat., Le Vi47- Cf. sur cette feuille : les livres de Nettement, et celui de Francisque Mège, Les fondateurs du Journal des Débats en 178g, Paris 1865, in-80, 32 pp.;Tourneux, op. cit., t. II, nos 10116-10119.
(3) Aulard, Orateurs de la Législative et de la Convention, liv. I, chap. 1^'. Du texte des discours.
XLVI INTRODUCTION
Le Républicain français semble avoir été moins apprécié des contemporains que les deux feuilles précédentes. Aujourd'hui les historiens ignorent encore tout le parti qu'ils en pourraient tirer. Nous avons déjà eu l'occasion de voir, à propos des Jacobins, quels précieux renseignements enfermaient ses longues colonnes; son rôle dans le compte rendu des débats de la Convention est presque aussi considérable.
Il n'a commencé de paraître que bien après le Moniteur et le Journal des Débats. Charles His, son directeur, rédacteur «chassé» du Moniteur, comme nous l'apprend une lettre de Thuau-Grandville à Robespierre, fit son possible pour se maintenir à la hauteur de ses rivaux. Le Républicain universel, tête du Républicain français qui le remplaça le 24 décembre, parut le 13 novembre 1792. Il ne pourra donc rien nous apprendre des paroles prononcées par Danton à la fin de la Législative ou au début de la Convention. Malgré ce retard, il nous fournit cependant presque autant de « meilleurs textes» que le Journal des Débats; les additions et les variantes qu'on y peut recueillir sont de tout premier ordre; l'ordre et la clarté de ses comptes rendus sont presque parfaits.
Ces trois recueils constituent le fond de notre édition.
Série moyenne. — Le Logotachigraphe est la résultante curieuse d'une série d'efforts malheureux pour donner des débats des assemblées révolutionnaires un compte rendu sténographique. Après l'échec du Logographe de Lehodey de Saultchevreuil, et l'éphémère apparition du Journal logotachigraphique de la Société des Amis de la Constitution, le citoyenJ.-E.Guiraut, confiant en la valeur de ses procédés, et dans sa force de résistance physique, entreprit sous la forme d'un in-4o à deux colonnes, la publication