‹ Discours de Danton. Edition critiqueChapitre 244 sur 459 · CONTRE L'ARRESTATION DE CHAUMETTE · texte numérisé non relu

CONTRE L'ARRESTATION DE CHAUMETTE

D'après le Mercure universel (i).

(Convention, 18 mai 1793.)

[Une femme veut empêcher un citoyen d'entrer dans une tribune. — Violent tumulte. — Isnard, Président, ordonne son arrestation. — Marat court à la tribune, injurie le Président qui lui dit qu'il n'a pas la parole, et qui ajoute, en s'adressant au côté droit de l'Assemblée : « Voulez-vous savoir pourquoi il vous appelle les hommes d'état? »]

Danton interrompt et veut une motion d'ordre, il demande que le Président descende du fauteuil pour exprimer ce fait.

[Marat parle, — Guadet lui répond au milieu du tumulte, et propose de décréter que toutes les autorités de Paris soient cassées. (Cris violents dans la tribune de gauche.)]

Danton s'écrie qu'il veut répondre à Guadet. (Applaudissements des tribunes.)

[Barère déclare à son tour qu'on arme dans Paris, qu'on prépare un mouvement contre la Convention. - Gambon demande la nomination d'une Gommission extraordinaire. — Plusieurs membres demandent que la discussion soit fermée.]

Danton réclame la parole pour une motion d'ordre.

(i) Cette séance très tumultueuse est particulièrement maltraitée dans les comptes rendus. Le Moniteur n'enregistre que la demande de parole formulée par Danton. Le Républicain français, attribue par erreur à Cambon le discours- de Danton, mais l'ordre de son compte rendu est plus logique que celui du Mercure universel, dont le texte, par contre, est supérieur. Nous avons suivi l'ordre du Républicain français.

432 CONTRE l'arrestation DE CHAUMETTE

[Un grand nombre de membres demandent qu'on mette aux voix la proposition de Cambon. — Masuyer (1) demande que Chaumette soit arrêté sur-le-champ. (2)]

Danton. — Je m'y oppose; il n'y a point de faits.

Comment pourriez-vous mettre en arrestation un fonctionnaire public lorsque vous avez fait mettre en liberté un citoyen sur des raisons vagues? (3) Et si l'Assemblée peut (4) se rendre digne de sa mission, qu'elle voie les images des grands hommes qui nous sont représentées. (5) Lycurgue (6) dans une sédition fut frappé par un homme du peuple (7), il en perdit un œil. Eh bien, il donna sa maison pour asile à celui qui l'avait frappé (8).

Soyez aussi grands que lui. Pour sauver la République nous n'avons que deux serments à faire : l'un de secourir nos collègues, l'autre de ne pas nous séparer sans avoir fait la Constitution. (9)

(i) Claude-Louis Masuyer, député de Saône-et- Loire à la Convention, appartenait au parti girondin.

(2) Barère avait annoncé à la Convention qu'un nommé Droland, armurier de la section J.-J. Rousseau, racontait qu'onlui avaitdemandé des fusils pour armer un bataillon de la part de Chaumette. Barère avait rappelé que Chaumette était un ancien moine, et qu'il devait par conséquent être banni de l'administration.

(3) Add. Rép. fr. : « Si l'on veut décréter les propositions de Cambon, je n'ai rien à dire; mais citoyens, montez enfin au niveau de vos fonctions !» — Le contexte n'indique pas à quel citoyen, Danton fait ici allusion. Peut-être s'agit-il deJosephMiaczinski, ou Mionczynski, général de division, condamné à mort, à l'exécution duquel la Convention vient de surseoir parce qu'il a déclaré avoir d'importantes révélations à faire.

(4) Lire probablement veut.

(5) Aud. nat. : « Si vous voulez atteindre au grand objet de votre mission, imitez la sagesse des grands hommes'dont les images ornent cette enceinte. »

(6) Rép. fr. : « Lycurgue dont je vois l'image... »

(7) Add. Ibid. : «... pour avoir porté une loi trop populaire... »

(8) Rép. fr. : «... à l'imprudent qui l'avait blessé. » Aud. nat. : « Songez que Lycurgue ayant été blessé dans une sédition, pour avoir fait une loi trop populaire, offrit son logement pour refuge à celui qui lui avait crevé un œil, Add. et ne chercha pas à le faire punir. »

(9) Rép. fr. : « Il ne nous reste plus que deux serments à faire pour sauver la République : jurer de mourir ensemble si l'on vous attaque

Je demande qu'il y ait un jour dans la semaine pour les futilités personnelles et qu'il y en ait six réservés au salut public.

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