DANTON S'EXCUSE DE MANQUER AUX SÉANCES
D'après le Républicain français, le Journal des Jacobins, VAbréviateur universel.
(Club des Jacobins, vendredi 14 juin 1793.)
[Danton obtient la parole. (Applaudi.) — Le Président, (Bourdon de l'Oise), lui adresse ces mots : « Danton, tu as sauvé hier la République dans la Convention; monte à la tribune ! » (3)]
Danton. — Frères et amis, généreux fondateurs de la République, vous qui, dans tous les grands périls avez été le point de ralliement du peuple, je ne vous entretiendrai point des mesures de salut public; mes collègues ont vu que j'avais donné hier le maximum de ma force et de ma pensée, — Je suis actuellement anéanti.
(i) Add. Ibid.\ «Alors vous verrez les rois, avant la fin de la belle saison, vous demander la paix. »
(2) Rép. fr.: «... et Paris, cette cité tant calomniée, parviendra à la prospérité qu'elle mérite, jusqu'aux siècles les plus reculés. » Add. Merc^ un. : « Ralliez-vous; précipitez vos ennemis. C'est un combat à mort; il faut les précipiter, et vous direz au peuple : Voyez. où sont vos vieux ennemis !
Rép. fr. Je demande qu'on mande à la barre les administrateurs du Calvados et de l'Eure, et qu'on fasse une adresse au peuple sur les événements du 31 mai. »
(3) /• de la Montagne, P. du Jour : « Danton monte à la tribune, parle avec son énergie ordinaire et déclare que s'il ne vient pas plus souvent aux séances de la Société (à la Société), c'est qu'il est occupé dans les Comités, à la Convention où il y a des intrigants à combattre. »
Si je ne viens pas parmi vous aussi souvent que je le désirerais, c'est que je suis occupé dans les Comités et à la Convention. (1) — Sachez (2) que je vous égalerai en génie, en audace révolutionnaire, et que je mourrai jacobin.
Souvent je suis obligé d'employer des ménagements pour ramener des esprits faibles, mais d'ailleurs excellents; (3) mais (4) le bonheur public est toujours l'objet de mes (5) travaux, et je vous présage à l'avance que nous serons vainqueurs.
Ne redoutez point les efforts de la faction; il n'y a rien de commun (6) entre le peuple et les administrateurs; je suis instruit de bonne part (7) que le peuple se dispose à faire justice : (8) On fera encore un exemple terrible des contre-révolutionnaires. (Applaudi.)
(i) Danton s'occupait alors très activement de négociations diplomatiques en vue de la paix. Le 2g juin il fit partie de la section de la guerre en même temps que de celle de la diplomatie au Comité de salut public. Voir Aulard, Recueil des actes du Comité de salut public, t. V, p. 1 19. Aulard, La diplomatie du premier Comité de salut public, dans la revue La Révolution française, t. XVIII. [Soc. des Jacobins, t. V, p. 253).
(2) Rép. fr., Abrev. un. : « Songez...»
(3) /• d^ ^^ Montagne, P. du Jour. : « Si quelquefois je suis obligé d'user de certains ménagements pour ramener des esprits faibles mais d'ailleurs excellents... «
(4) Add. /. de la Montagne, P. du Jour : « Soyez persuadés que mon énergie n'en est pas moindre;... »
(5) Rép. fr. : « ... nos... »
(6) /. de la Montagne., P. du Jour : « Les convulsions d'une faction expirante ne doivent pas vous intimider; il n'existe rien de commun... «
(7) En italique dans V Abréviateur universel.
(8) Add. /. de la Montagne, P. du Jour : « Soyez assurés qu'... »
D'après le Moniteur.
(Convention, dimanche 16 juin 1793.)
[On discute le chapitre X du projet de Constitution sur les « Fonctions du Corps législatif ». L'article l^r est ainsi conçu : « Le Corps législatif propose les lois et rend les décrets. » L'art II est une énumération des actes du Corps législatif compris sous le nom de lois. — Cambacérès trouve rénumération incomplète. — Azéma(l) demande que ladéclararation de guerre soit rangée au nombre des lois. — Ducos soutient l'opinion contraire. Le peuple français a décidé de ne jamais faire de guerre offensive. II serait ridicule d'attendre le vœu du peuple pour repousser l'ennemi. — Thuriot veut qu'on établisse dans la Constitution une différence entre la guerre offensive et la guerre défensive. Quand la France attaque il faut que le peuple prononce; quand elle se défend, le Corps législatif doit avoir le droit de résister aux premières attaques de l'ennemi.]
Danton. — Le système du Comité remplit parfaitement l'objet de Thuriot lui-même. (2) Il n'a pas assez considéré que le peuple français ne peut jamais faire la guerre offensive (3). Mais quand le gouvernement verra que des puissances voisines font des préparatifs sur nos frontières, quand il aura la conviction que ces préparatifs sont dirigés contre nous, ne doit-il pas tâcher de les prévenir?
(i) Michel Azéma, député de l'Aude à l'Assemblée législative et à la Convention.
(2) Rép. fr., J. des Débats : « L'article du Comité remplit parfaitement le but, (l'objet) que Thuriot se propose. »
(3) Ibid. : « Le peuple français ne fera jamais la guerre offensive, Add. quand bien même il attaquerait le premier. Merc. un. Le peuple français a déclaré qu'il ne se mêlerait jamais des gouvernements des peuples voisins. »
CONVENTION, l6 JUIN I793 489-
(1) En théorie, en raison et en justice, l'agression, là, n'est pas une guerre offensive, (2) Quand je vois un ennemi qui me couche en joue, je tire sur lui le premier, si je peux, et je ne fais en cela que me défendre, (3) — Voilà donc un genre de guerre que les puissances ennemies caractériseront peutêtre de guerre offensive, mais qui ne sera que purement défensive, et que le Corps législatif doit pouvoir déclarer.
Une guerre offensive serait celle où, sans aucune provocation, nous combinerions des attaques inopinées et injustes dans des vues d'agrandissement de notre territoire. Le Corps législatif ne serait jamais secondé dans une telle entreprise.
Sans doute (4), si des puissances ennemies nous ont suscité une guerre injuste, si elles nous ont entraînés à des dépenses énormes (5), nous pourrons séquestrer momentanément une portion de leur territoire pour nous indemniser(6); mais c'est encore au Corps législatif à veiller à cet égard aux intérêts de la Nation. Une espèce de séquestre sera une chose tellement juste et simple, qu'il n'y aura aucune nécessité de convoquer le peuple pour le faire. (7)
[Thuriot dit qu'il est d'accord avec Danton sur les principes qu'il vient de dévelopjîer, mais qu'il en tire une autre conséquence. Il faut consulter la Nation après les premières mesures de défense prises, et soumettre à sa ratification la déclaration de guerre.]
(i) Add. Merc. un. : « Mais nous devons nous défendre. » (a) Add. Rép. fr., J . des Débats : « Ce n'est pas faire une guerre offensive que de prévenir le coup qu'on va vous porter. »
(3) Rép. fr., J. des Débats : « ... et ce n'est pas là, l'avoir attaqué. »
(4) Add. Ibid. : « ...il est aussi un droit d'indemnité... »
(5) Add. Ibid. : « ... bien que nous ne voulions pas faire de conquêtes... »
(6) Rép. fr., J. des Débats : « ... nous pourrons séquestrer une partie du territoire ennemi, jusqu'à ce que nous soyons indemnisés. »
(7) Add. Ibid. : « Nous avons dit à l'univers que nous ne nous immiscerions pas dans le gouvernement des autres nations, et c'est assez leur dire que nous n'entreprendrons point de guerre offensive. Mais si l'on nous provoque, nous trouverons des forces en nous-mêmes; nous frapperons nos ennemis et l'univers dira : Ils ne sont pas les agresseurs.
Merc. un. Je demande donc la question préalable sur la proposition de Thuriot. »
Danton. — Je demande à expliquer ma pensée et à proposer un moyen conciliatoire.
[Amar (1) combat la proposition deThuriot et demande que le Corps législatif puisse prendre avec la plus grande célérité toutes les mesures de défense, même celles qui entraînent et nécessitent une déclaration de guerre.]
Danton. — S'il est possible de combiner la manière de retarder le fléau de la guerre et la rigueur des principes avec la nécessité d'une défense, ce moyen doit s'appliquer à la guerre défensive; car si la guerre offensive est toujours injuste, celle-ci peut quelquefois s'éviter par quelques sacrifices, et ces sacrifices, il n'appartient qu'au peuple de les faire.
Supposez que le Corps législatif voie dans l'attitude de l'Europe une apparence de guerre, il faut qu'il soit autorisé à faire immédiatement tous les préparatifs de défense; il faut même, si la sûreté de l'État l'exige, qu'il puisse porter les premiers coups à l'ennemi, ce que j'appelle un acte de légitime défense contre un ennemi déclaré. Mais ces préparatifs, et même ce commencement d'hostilités, n'empêchent pas que le peuple ne soit ensuite convoqué pour délibérer sur la nécessité de terminer ou de provoquer la guerre.
Je me réserve donc à demander que la déclaration soit soumise à une ratification populaire dont le mode sera fixé, et que le Comité de salut public soit chargé de présenter la rédaction de ce principe. (2)
[L'Assemblée décrète que la déclaration de guerre sera placée au nombre des lois, conformément au i)rincipe posé par Danton et par Génissieu (3), et elle renvoie au Comité de salut public pour la rédaction.]
(i) Jean-Pierre-André Amar, député de l'Isère à la Convention.
(2) Rép. fr., J. des Débats : « Il est un moyen de remplir le but de Thuriot, celui du peuple, et de cimenter la liberté : laissons au gouvernement le droit de faire des préparatifs de guerre et même de commencer une agression, si la sûreté de l'État l'exige; mais qu'aussitôt le peuple s'assemble et soit consulté ; que ce soit lui qui juge de la nécessité de déclarer la guerre. Je demande le renvoi au Comité pour préparer la rédaction de cette idée. »
(3) Charles-François- Jean-Joseph- Victor Génissieu, député de l'Isère à la Convention.
A PROPOS DE DEUX BATAILLONS DE LA GIRONDE QUI DEMANDAIENT A QUITTER L'ARMÉE
D'après le Moniteur.
(Convention, samedi 6 juillet 1793.)
[Levasseur monte à la tribune et dit : « Voici une lettre du général Biron qui annonce que deux bataillons de la Gironde qui sont à l'armée de la Vendée veulent retourner dans leur pays(l). 11 faut prendre des mesures. — Je demande que ceux qui quitteront l'armée soient déclarés traîtres à la patrie. »
Delacroix. — Je demande qu'ils soient désarmés auparavant. ]
Danton. — Il est impossible de rendre un pareil décret (2).
Ce ne sont point les bataillons qui sont coupables, ce sont quelques scélérats qui sèment la division dans les armées; et, à cet égard, je demande que le ministre de la guerre prenne des renseignements sur les malveillants et vous en rende compte. (3) — Mais il ne faut point calomnier les bataillons (4) ; comme il ne faut point dire non plus que
(i) Le Républicain dit à ce sujet : « Un nouveau fait qui prouvera combien sont coupables les hommes pervers qui sous le prétexte de venger la représentation nationale, ne cherchent qu'à satisfaire leurs vengeances personnelles, c'est que deux bataillons de la Gironde, égarés par leurs perfides suggestions, veulent abandonner l'armée de Vendée... »
(2) Add. Rép. fr. : « ... sans avoir des renseignements certains.... »
(3) Rép. fr. : « Il est possible qu'un certain nombre de mauvais sujets agite les armées, et je demande que sur cela le ministre de la guerre fasse un rapport. » /. des Débats : « Quelques mauvais sujets peut-être tentent d'agiter les armées... »
(4) Add. Rép. fr. : « ..., on ne peut accuser que quelques fripons qui sont à leur tête... »