‹ Discours de Danton. Edition critiqueChapitre 260 sur 459 · ÉLOGE DE L'INSURRECTION DU 31 MAI · texte numérisé non relu

ÉLOGE DE L'INSURRECTION DU 31 MAI

D'après le Moniteur.

(Convention, jeudi 13 juin 1793.)

[Delacroix à la tribune annonce que les administrateurs du Calvados viennent d'arrêter deux des commissaires envoyés par la Convention, et les gardent en otage. Il demande que les députés du département subissent le même sort puisque « Doulcet (ci-devant marquis), lui a dit à ce bureau, qu'au moindre acte arbitraire de leur part il écrirait qu'on les arrêtât et peut-être qu'onles égorgeât». — « Doulcet, qui depuis une heure méditait sa réponse au reproche que lui avait fait Lacroix, dit le Républicain, l'a faite enfin et n'ayant pu en trouver une évasive, confesse qu'il a véritablement dit qu'il écrivait pour qu'on arrêtât les commissaires et s'abandonne ensuite à des calomnies contre Paris, calomnies, si souvent répétées jusqu'ici, mais qui sans doute ne se reproduiront plus après la vigoureuse sortie de Danton contre les vils détracteurs de cette superbe cité. « Cet « orateur, a dit avec vérité Camille Desmoulins, ressemble au < Nil ; il n'est jamais si beau que dans ses débordements » et l'on en a eu une nouvelle preuve aujourd'hui. »]

Danton. — Je demande la parole (2).

[Doulcet dit qu'on n'asservira pas son opinion.]

raison nationale, qu'elle soit celui de chaque individu, alors elle sera le livre pathétique du monde entier. «

(i) D'après le Républicain.

(2) Add. Réf>. fr. : « ... po^ir répondre. »

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Danton. — Je vais vous répondre.

[Doulcet demande que le Comité de salut public fasse un rapport pour rendre justice à tout le monde.]

Danton. — (1) Nous touchons au moment de fonder véritablement la liberté française, (2) en donnant à la France une Constitution républicaine. (3)

(4) C'est au moment d'une grande production que les corps politiques, comme les corps physiques, paraissent toujours menacés d'une destruction prochaine. (5) Nous sommes entourés d'orages; la foudre gronde. Eh bien ! c'est du milieu de ses éclats que sortira l'ouvrage qui immortalisera la nation française. (6)

(7) Rappelez-vous, citoyens, ce qui s'est passé du temps de la conspiration de la La Fayette. (8) Nous semblions être dans la position dans laquelle nous nous trouvons aujourd'hui. Rappelez-vous ce qu'était alors Paris : (9) les patriotes étaient opprimés, procrits partout; (10) nous étions menacés

(i) Add. Rép. fr. : « Citoyens,... »

(2) /. des Débais • «... de fonder enfin la liberté en France. »

(3) Add. Rép. fr. : « Nous touchons au moment d'asseoir la République sur ses véritables bases. »

(4) Add. Républicain. Les troubles et les agitations semblent se multiplier autour de vous depuis que vous commencez à élever l'édifice de la Constitution. — Rép. fr. Souvenez-vous qu'il arrive en morale ce qu'il arrive en physique. »

(5) Républicain : « ... mais rappelez-vous qu'il arrive en politique comme en physique que les grandes créations sont toujours accompagnées de grands mouvements. » Aài.Rép.fr. : « C'est au milieu des dangers et des orages qui semblent prêts à l'anéantir que la liberté s'élève comme c'est dans les grandes productions que la nature semble se dissoudre. »

(6) Add. Rép. fr. : « Le peuple va recevoir de vous une constitution : c'est le point auquel il se ralliera pour braver les intrigues qui l'entourent. »

(7) Add. Ibid. : « Et que sont donc devenus ces intrigues et leurs machinateurs ? — »

(8) Républicain : « Rappelez-vous ce qui arriva à l'époque de la pétition de La Fayette. »

(9) Add. Républicain : «... alors régnait une consternation générale; Paris ressemblait à un tombeau;... »

(10) Add. Ibid.-.iK.. les patriotes n'osaient plus se montrer, on courait sus;... »

des plus grands malheurs. (1) C'est aujourd'hui la même position : il semble qu'il n'y ait de péril que pour ceux qui ont créé la liberté. — La Fayette et sa faction furent bientôt démasqués : (2) aujourd'hui, les nouveaux ennemis du peuple se sont trahis eux-mêmes; (3) ils ont fui, (4) ils ont changé de noms, de qualités, ils ont pris defauxpasseports. (5) (On applaudit.) Ce Brissot, ce coryphée de la secte impie qui va être étouffée, cet homme qui vantait son courage et son indigence (6) en m'accusant d'être couvert d'or, (7) n'est plus qu'un misérable (8) qui ne peut échapper au glaive des lois, et dont le peuple a déjà fait justice en l'arrêtant comme un conspirateur.

On dit que l'insurrection de Paris cause des mouvements dans les départements. (9)

( i) Add. Ibid.: « Mais l'horizon s'éclaircit peu à peu, et bientôt les républicains triomphèrent. »

(2) Add. Ibid. : « Eh bien ! le voile se déchirera de même aujourd'hui : la lumière commence à se répandre. Merc. un. : C'est lorsqu'un grand orateur se prépare, que la foudre semble menacer, que tout s'éclaircit. Républicain. Ces vils fauteurs du modérantisme qui vous auraient conduits au despotisme, se sont conduits en lâches. «

(3) Add. Républicain. : « Après avoir si fièrement juré de mourir à leur poste,... « (Dans la séance du 31 mai, peu de temps avant le discours de Danton, toute la droite, sur la proposition de Vergniaud, avait juré de mourir à son poste.)

(4) Add. Rép. fr. : « ,... ils ont fui comme des lâches, et leur ouvrage s'est dissipé comme une vapeur,... »

(5) Républicain : « Ils se sont honteusement enfuis sous un nom supposé avec de faux passeports; Add. ils sentaient donc qu'ils voyageaient avec le crime, et que la vengeance devait les suivre ! — Aussi lésa- t-elle déjà atteints et ce qui vous prouve que le peuple vous restera fidèle, c'est qu'à une grande distance de Paris, des citoyens qu'on ne peut dire influencés, ont arrêté le fuyard Brissot et ont promis de vous l'envoyer. »

(6) Add. Rép. fr. : «... pour tromper le peuple... »

(7) Add. Ibid. : «... ce Brissot, le chef du parti liber ticide... »

(8) Add. Ibid. :« ... obligé de fuir sous un nom suppose pour cacher aux citoyens que c'est un être criminel qui passe parmi eux... »

(9) Add. /. des Débats : « Que nous importe que des administrateurs conspirent? Que nous importe que des représentants du peuple fuyent et aillent prêcher la guerre civile sous des noms supposés ; les uns et les autres sont des lâches sans caractère, sans moyens, que la vengeance nationale poursuit, qu'elle saisit au milieu de leur route. Républicain. Ranimez donc vos espérances ; Merc. un. ranimez votre courage, et nous ferons rentrer dans le néant les conspirateurs qui nous menacent. »

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(1) Je le déclare à la face de l'univers, ces événements feront la gloire de cette superbe cité. (2)

(3) Je le proclame à la face de la France, sans les canons du 31 mai, sans l'insurrection, les conspirateurs triomphaient, ils nous donnaient la loi. (4) (On applaudit à plusieurs reprises dans une très grande partie de V Assemblée et dans les tribunes.)

(5) Que le crime de cette insurrection retombe sur nous (6). Je l'ai appelée, moi, cette insurrection, lorsque j'ai dit que s'il y avait cent hommes dans la Convention qui me ressemblassent, (7) nous résisterions à l'oppression, nous fonderions la liberté sur des bases inébranlables. (8)

Rappelez- vous qu'on a dit que l'agitation qui règne dans les départements ne s'était manifestée que depuis les événements qui se sont passés ici. Eh bien (9) il y a des pièces qui

(i) Add. /. des Débats : « On vous a parlé des derniers événements qui se sont passés à Paris. »

(2) /. des Débats : «... n'en doutez pas, ils feront la gloire de cette superbe ville Add. et sont un titre de plus pour elle à la reconnaissance de la République entière. »

(3) Add. Rép. fr. : « Mais quoi ! une indignation générale se manifeste de toutes parts Contre les ennemis du peuple; les citoyens de Paris se sont mis en insurrection. Aud. nat. La foudre gronde : le peuple de Paris a fait un grand effort pour sauver l'unité et l'indivisibilité de la République ; mille complots vont enfin se dénoncer. »

(4) Add. Aud. nat. :« Hommes de la Montagne, vous qui alliez tomber sous le joug des conspirateurs, sans cet élan sublime de ce peuple tant calomnié, donnez un grand exemple, dites à la France que le 31 mai a offert le touchant spectacle d'une insurrection sainte qui a piévenu la mort de la République ! »

(5) Add. Rép. fr. : « On n'a point attenté à la sûreté d'aucun membre de la Convention. Il la fallait cette sainte insurrection; ... »

(6) Add. Ibid. : «... car nous l'avons provoquée nous-mêmes. »

(7) Rép. fr. : « ... le jour où je vous dis que s'il se trouvait dans la Convention une centaine d'hommes d'un caractère aussi ferme que le mien, Add. nous viendrions à bout de déjouer les complots des modérés et des intrigants. »

(8) Cf. discours du 27 mai, pp. 445-448.

(9) Add. Républicain : « .... ce qui tlessillera les yeux qu'on pourrait égarer, c'est qu'il est authentiquement prouvé que les arrêtés que l'on colporte aujourd'hui dans les départements sont d'une date antérieure aux événements de Paris. On trouvera qu'ils sont faits par les mêmes administrations, par les mêmes hommes qui en faisaient au mois de

constatent qu'avant le 31 mai les départements avaient envoyé une circulaire pour faire une fédération et se coaliser. (1) (Un grand nombre de voix. — C'est vrai !) [...] (2)

Que nous reste-t-il à faire? — A nous identifier avec le peuple de Paris, avec tous les bons citoyens; à faire le récit de tout ce qui s'est passé.

On sait que moi, plus que tout autre, j'ai été menacé des baïonnettes, qu'on les appuyées sur ma poitrine; on sait que nous avons couvert de nos corps ceux qui se croyaient en danger. (3) — Non, les habitants de Paris n'en voulaient pas à la liberté d'aucun représentant du peuple. Ils ont pris l'attitude qui leur convenait: ils se' sont mis en insurrection.

(4) Que les adresses envoyées des départements pour calomnier Paris, ne vous épouvantent pas; (5) elles sont l'ouvrage de quelques intrigants, et non celui des citoyens des départements. Rappelez-vous qu'il en est venu de semblables contre Paris en faveur du tyran. (On applaudit). (6)

juin 1792, et que tous ces arrêtés séditieux d'administrateurs indignes de l'être, sont antérieurs au 2 juin et n'ont pu avoir pour prétexte les événements de cette journée. »

(i) Add. Merc. un. : « Oui, des administrateurs de départements avaient pris des arrêtés pour faire une fédération et marcher sur Paris. {Une voix. — La preuve?) »

(2) Add. /. des Débats : « Remarquez que les départements qui osent attenter à la souveraineté nationale sont précisément les mêmes qui réclamaient en faveur du tyran, relativement au 20 juin. »

(3) Merc. un. : « Oui, c'est nous qui vous avons couvert de notre corps, lorsque nous avons eu des baïonnettes sur la poitrine. »

(4) Add. /. des Débats : « Enfin, peut-être on n'est fort contre vous que des victoires partielles que remportent nos ennemis. — Citoyens, ne vous en alarmez pas. »

(5) Add. Républicain : « Qu'on examine d'ailleurs les adresses dans lesquelles on calomnie cette ville : ... »

(6) Add. Aud. nat. : « Je ne vous propose pas un effort ordinaire, mais imitez le peuple dans son dévouement : soyez grands comme lui. — Au milieu de ces mouvements rétrogrades et convulsifs, beaucoup de coupables seront à punir : vous distinguerez le faible qu'on égare et le conspirateur qui séduit. En pardonnant à l'un, vous ferez ressortir d'avantage le crime de l'autre.

Je sais que de grands dangers menacent la patrie; mais de tous les points de la République, je vois partir des rayons de feu. Républicain. Loin de nous l'idée d'un avenir orageux. » — Var. Rép. fr. : «... au milieu des agitations qui nous entourent, je vois partout les cléments

484 ÉLOGE DE l'insurrection DU 31 MAI

. Paris est le centre où tout vient aboutir; Paris sera le foyer qui recevra tous les rayons du patriotisme français et en brûlera tous ses ennemis. (1)

Je demande que vous vous expliquiez loyalement sur l'insurrection qui a eu de si heureux résultats. (2)

(3) Le peuple voit que ces hommes (4) qu'on avait accusés de vouloir se gorger du sang du peuple, ont plus fait depuis huit jours pour le bonheur du peuple que la Convention, tourmentée par des intrigants, n'en avait pu faire depuis son existence (5). (Applaudissements.)... (6) Voilà le résultat qu'il faut

de la République; partout les rayons de la liberté perœnt à travers les nuages du modérantisme. » Républicain : « Je vois partout la liberté triomphante, je vois partout le républicanisme jeter des rayons de feu... »

Il importe de bien saisir la suite de la comparaison, dont les éléments divers se trouvent dispersés dans une dizaine de journaux : Danton repousse loin de lui l'idée d'un avenir orageux puisque les rayons de la liberté percent à travers les nuages du modérantisme. Ces rayons qui partent de tous les points de la France viendront converger, dans le miroir ardent qu'est Paris et la Convention, et ce miroir les unira, les grossira et les dirigera vers un même but...

(i) Aud. nat. : « Soyez le miroir qui les rassemble tous et brûlez vos ennemis. » /. des Débats : « Je vois beaucoup de traits de feu sur mille points divers de la République ; soyez le verre convexe qui doit réunir ces feux et brûlez tous vos ennemis. » Merc. un. : « Je vois encore des rayons de feu dans la France; soyons le verre convexe qui les réunit... » Républicain : « ... soyez le verre convexe, le verre ardent qui les réunit... »

(2) Add. Rép. fr. : « Oui, il la fallait, je le déclare, cette insurrection ! Sans elle les conspirateurs triomphaient ici et le patriotisme était écrasé. Que la Convention le déclare franchement à la France qu'elle en proclame les heureux résultats. »

(3) Add. /. des Débats : « De tous les moyens qui vous ont été proposés pour ramener le peuple égaré à son devoir, je ne vois que ce moyen : parlez-lui de vous, de lui; dites-lui, la vérité; qu'il sache le motif, mais le vrai motif, de l'insurrection du 31..., et vous verrez avec quelle force ce peuple trompé réagira contre ses véritables ennemis. — Merc. un. Mais vous venez de faire une constitution. »

(4) Add. Ibid. : « ... tant calomniés de vouloir le partage des biens... »

(5) Républicain : « Montrez au peuple que vous serez toujours ces mêmes hommes qui ont plus fait en dix jours que la Convention depuis l'ouverture de ses séances... » Rép.fr. : «... qui ont plus fait depuis quelques jours que l'on n'avait tenté depuis le commencement de la session. » Merc. un. : « ... que la Convention tout entière en six mois.» Add. Républicain : « ..., parce que vous l'avez purgée de ceux qui ne cessaient d'enrayer sa marche. »

(6) Points de suspension dans le texte. j

présenter au peuple des départements. Il est bon; il applaudira à vos sages mesures. Les hommes criminels qui ont fui ont répandu des terreurs partout sur leur passage; ils ont tout exagéré, tout amplifié; mais le peuple détrompé réagira plus fortement et se vengera sur ceux qui l'ont trompé.

Quant à la question qui nous occupe, je crois qu'il faut prendre des mesures générales pour tous les départements. Il faut qu'il soit accordé vingt-quatre heures aux administrateurs qui auraient pu être égarés, sans cependant donner une amnistie aux agitateurs. (1) Il faut que, dans les départements où les communes patriotes luttent contre les administrateurs aristocrates, ces administrateurs soient destitués et remplacés par de vrais républicains. (2) Je demande enfin que la Convention déclare que, sans l'insurrection du 31 mai, il n'y aurait plus de liberté. (On applaudit.)

Citoyens, pas de faiblesse; faites cette déclaration solennelle au peuple français; dites -lui qu'on veut encore le retour des nobles; dites-lui que la horde scélérate vient de prouver qu'elle ne voulait pas de constitution; dites-lui de prononcer entre la Montagne et cette faction; dites aux citoyens français : rentrez dans vos droits imprescriptibles; serrez-vous autour de la Convention; préparez-vous à accepter la Constitution qu'elle va vous présenter; (3) cette Constitution qui, comme je l'ai déjà dit, est une batterie qui fait un feu à mitraille contre les ennemis de la liberté et qui les écrasera tous; (4) préparez une force armée, mais que ce soit contre les ennemis de la Vendée. (On applaudit.) Étouffez la rébellion dans cette partie de la France et vous aurez la paix.

Le peuple, instruit sur cette dernière époque de la Révo-

(i) Merc. un. : « Il faut leur accorder le moyen de revenir à la liberté dans 24 heures, sans cependant laisser impunis les conspirateurs. »

(2) Add. Merc. un. : « Il faudra prendre des mesures locales contre les départements qui ont fait arrêter vos collègues. »

(3) Add. Rép. fr. : « Après avoir distrait de la Convention les éléments qui entravaient sa marche, il faut s'occuper sans relâche de la Constitution,... »

(4) Add. Ibid. : « Donnez la Constitution au peuple ; qu'il s'apprête à la recevoir et que se réunissant pour la recevoir, il porte des forces à vos armées. »

486 DANTON s'excuse DE MANQUER AUX SÉANCES

lution, ne se laissera plus surprendre. (1) On n'entendra plus de calomnies contre une ville qui a créé la liberté, qui ne périra pas avec elle, mais qui triomphera avec la liberté, et passera avec elle à l'immortalité. (2) ( Vifs applaudissements.)

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