SUR LA DÉPORTATION DES PRÊTRES RÉFRACTAIRES
naturelle : jettez-les sur les États de la domination du Saint- Père, sur quelque plage d'Italie. (1)
[Mallarmé insiste pour qu'on adopte le décret préseùté par le Comité.]
Danton. — J'adopterais volontiers le projet de décret présenté (2) si on nous eût donné (3) quelque raison déterminante; mais je n'en ai vu aucune qui démontrât l'utilité de choisir la Guyane pour lieu de la déportation.
D'ailleurs, on n'a point encore observé que nos ports sont bloqués, que des flottes ennemies couvrent la Méditerranée et l'Océan, que nos vaisseaux ne pourraient se rendre à la Guyane sans danger d'être pris, au lieu qu'il ne leur serait pas si difficile de jeter les déportés sur une cote d'Italie. (4)
On ne peut craindre leur retour. S'ils remettent le pied sur le sol de la liberté, ils périssent; s'ils marchent contre la France, sous les drapeaux du cardinal Maury, on verra s'ils sont redoutables. (5)
Je renouvelle ma proposition.
[Après discussion, le projet est renvoyé au Comité.]
(i) /. des Débats : « Jetez-les sur les plages d'Italie; c'est la patrie du fanatisme. » Républicain. : « Déposons-les sur quelques plages d'Italie. Je ne vois pas de repaire qui leur convienne mieux que le royaume du Saint-Père. » Merc. un. : « Il faut les embarquer et les jeter sur une des plages d'Italie, dans les états du Saint-Père, comme on le fit des Jésuites. Add. C'est là qu'il faut reléguer tout le poison du fanatisme. »
(2) /. des Débats : « ... le projet du Comité... »
(3) Add. Ibid. : « ..., pour le soutenir,... »
(4) /. des Débats : «... aborderaient facilement les côtes d'Italie. » Add. « C'est dans cet empire du Saint-Père, qu'il faut concentrer ce méphitisme sacerdotal; il y fera sans doute explosion, et se détruira luimême. »
(5) /• des Débats ; « On craint le retour furtif de ces fanatiques; mais s'ils osaient rentrer il faudrait les considérer comme bannis, sous peine de mort. Ainsi, qu'ils aillent grossir la cour du cardinal Maury et s'ils retouchent ce territoire français, qu'ils meurent. » Merc. un. : « Il faut nous débarrasser du méphitisme, du fanatisme religieux; envoyons-les composer une armée sous le général Maury, et nous verrons s'ils seront redoutables. S'ils rentrent sur les terres de France, on tirera dessus. {Applaudissements des tribunes.) » Républicain : «... Qu'ils se rallient s'ils le veulent sous les drapeaux du cardinal Maury, mais s'ils tentent de souiller de nouveau le sol de la liberté, tirons dessus. *»
D'après le Moniteur (i).
(Convention, mercredi 31 juillet 1793.)
[Chabot annonce ([ue les assignats c à face du tyran » gagnent 10 pour cent chez les « Messieurs » de Lyon, Bordeaux, Marseille, Paris. Il propose de décider qu'à partir de ce jour, les assignats royaux de 50 livres et plus ne seront reçus qu'en payement de biens nationaux, et qu'au mois de janvier suivant, tous seront annulés. — Cambon demande que l'on décrète que les assignats royaux de 100 livres et plus ne seront reçus ([u'en payement des biens nationaux, des contributions arriérées, et pour l'emprunt forcé. « Puisque l'on a agité la question, ajoute-t-il, il faut prendre une mesure. Si vous démonnayez dès aujourd'hui les assignats de 50 livres, vous allez occasionner une secousse; mais je ne vois pas de danger à démonnayer ceux d'une valeur audessus de 100 livres. » — On demande à aller aux voix sur la pro])osition de Cambon. — Plusieurs membres demandent l'ajournement.]
Danton (2). — Je demande à parler contre l'ajournement.
[Basire veut qu'en principe les questions concernant les linances et le crédit public ne soient jamais décidées en une
(i) Les textes du Moniteur, et du Républicain /raMpazs, sont de valeur égale pour ce discours, et se complètent l'un l'autre. Nous aurions pu, tout aussi bien, prendre le texte du Républicain français, et le compléter par celui du Moniteur, Nous avons préféré ce dernier parce que nous l'employons plus souvent comme texte courant dans cet ouvrage.
(2) Le Républicain dit : « Danton quitte alors le fauteuil et prend la parole contre l'ajournement invoqué. » Il avait été élu président (contre Bréard et Cambon) dans la séance extraordinaire du jeudi soir 25 juillet.
seule séance, et demande la question préalable sur la proposition de Canibon. — On insiste pour l'ajournement.]
Danton. — (1) Je combats la question préalable demandée par Basire. (2) Ilyaplusde six mois que j'ai dit ici qu'il y avait trop de signes représentatifs en circulation; (3) il faut que ceux qui possèdent immensément payent la dette nationale (4).
Quels sont ceux qui supportent la misère publique, qui versent leur sang pour la liberté, qui combattent l'aristocratie financière et bourgeoise? — Ce sont ceux qui n'ont pas en leur pouvoir un assignat royal de cent livres. (5)
(i) Add. /. des Débats : « J'adopte volontiers en principe général la proposition de Basire, mais... » — Var. Rép. fr. : « J'adopte les principes de Basire sur ces sortes de matières... »
(2) Add. Rép. fr. : « Si je me reporte à la question actuelle, je vois que cette opinion n'est pas née d'aujourd'hui... » — Var. /. des Débats : « Si je me reporte à la question actuelle, Ivous verrez que mon opinion n'est pas créée d'aujourd'hui. »
(3) Rép. fr. : « ... j'ai dit : trop de signes représentatifs roulent dans la circulation Add. ; il faudra en retirer ou ... »
(4) Add. Rép. frl : «... pour que le peuple ne meure pas de faim. (On applaudit.) » — Var. /. des Débats : «... ou que ceux qui possèdent d'immenses fortunes payent la dette nationale, pour que le peuple cesse enfin de souffrir. »
Add. Rép. fr. : « Qu'avez-vous à faire? — La Révolution. — Par quoi est-elle entravée? — Par le trop grand poids du papier sur tous les objets de nécessité Républicain, par ce trop grand nombre de signes représentatifs de numéraire. Rép. fr. Eh bien, sans vous arrêter aux réclamations de l'agiotage pour les propriétés de quelques individus, ne voyez que la nécessité de dégorger la circulation. /. des Débats Adoptez donc un projet qui la dégage et la puisse faire marcher.
Remarquez que si on vous a parlé de la violation des propriétés, on n'a considéré que quelques individus, et jamais les grands intérêts de la République. Il faut retirer les assignats de la circulation. Je défie à tous les calculateurs, à tous ces hommes à chiffres et à zéros, de nier cette vérité, de m'en nier l'existence.
Rép. fr. Est-il vrai maintenant que 1.700 millions d'assignats, retirés de cette circulation feront diminuer le prix des denrées? Républicain Songez que les assignats de forte valeur ne sont que dans les mains des gros propriétaires et que c'est là une des principales causes du renchérissement des denrées parce qu'ils ont fait de grands accaparements. » .
(5) Républicain : « Ce sont des hommes qui n'ont pas 100 livres dans leur p>oche. »
(I) Frappez; que vous importent les clameurs des aristocrates? (2) Lorsque le bien sort en masse de la mesure que vous prenez, vous obtenez la bénédiction nationale. (3) (O/i applaudit.)
On a dit que cette loi aurait un eflet rétroactif ; (4) c'est ici une loi politique, et toutes les lois politiques (5) qui ont rasé le despotisme n'ont-elles pas eu (6) un elïet rétroactif? Qui de vous peut les blâmer?
(7) On a dit que celui qui n'a qu'un assignat de cent livres sera grevé parce qu'il sera obligé de vendre son assignat. (8) Je réponds qu'il y gagnera, (9) car les denrées baisseront. D'ailleurs, ce ne sont pas les hommes de la Révolution qui ont des assignats. (10)
(II) Soyez comme la nature: elle voit la conservation de
(i) Add. Rép. fr. Il n'est point de loi politique qui n'occasionne un grand frottement parmi les individus, mais... »
(2) Add. /. des Débats : « Si vous obtenez ce grand résultat de votre opération, vous avez tout fait pour le peuple. »
(3) Rép. fr. : « Si ce grand résultat est acquis, vous... mais dès que le bien en sort en masse, le législateur ne doit pas hésiter à la porter. » /. des Débats : «... le législateur doit la prononcer. » Merc. un. : « Eh bien, si cela est, votre opération est bonne ; quelques banquiers se plaindront... »
(4) Rép. fr. : « Des hommes à vues étroites vous ont dit : mais votre loi aura un effet rétroactif ! »
(5) Add. Rép.fr. : «....'"celle qui déracine la féodalité, celles qui établissent le divorce, l'adoption,... »
(6) Rép. fr. : «... ont eu, Add. pour le bonheur du peuple,... »
(7) Add. Rép. fr. : « On s'est étayé de misérables considérations. »
(8) Rép. fr. : « Tel homme, vous a-t-on dit, qui ne possède qu'un assignat de 500 livres à face royale, va donc voir périr dans ses mains le fruit de son travail et de son économie. Add. Eh bien, quand même, ce qui n'est pas, il devrait essuyer cette perte... >>
(9) Add. Rép. fr. : «... il en sera plus que dédommagé par la baisse des denrées dont il est obligé de faire usage,... »
(10) Add. Ibid. : « Loin de tuer votre crédit par cette loi, ainsi qu'on a voulu vous le faire entendre, vous le relevez partout, même chez l'étranger. Les puissances qui vous environnent cherchent partout des valeurs ; tous les moyens d'emprunter leur sont bons. Vous, au contraire, vous employez à votre plus grand bien la meilleure hypothèque qui puisse exister. »
(11) Add. Républicain : « Qu'on ne nous effraye donc pas de quelques froissements qui résulteront de cette loi; oui, sans doute, il y aura des maux particuliers, mais c'est la Nation qu'il faut considérer. »
l'espèce; ne regardez pas les individus. (1) (Applaudissements.) Si le despotisme triomphait, il ferait disparaître tous les signes (2) de la liberté. Eh bien ! ne souillez pas les yeux des amis de la République de l'image du tyran dont la tête est tombée sous le glaive de la loi. (3) — (4) Les despotes de l'Europe diront : quelle est cette nation puissante qui, par un seul décret, (5) améliore la fortune publique, (6) soulage le peuple, (7) fait revivre le crédit national, et prépare de nouveaux moyens de combattre les ennemis? (8)
Cette mesure n'est pas nouvelle; Cambon l'a longtemps méditée. (9) Il est de votre devoir de l'adopter; si vous ne l'adoptez pas, la discussion qui vient d'avoir lieu, produira les inconvénients qui peuvent être attachés à la loi, et n'en présentera aucun avantage. (10)
Je ne me connais pas grandement en finances, mais je suis savant dans le bonheur de mon pays. Les riches fré-
(i) /. des Débats : «... elle voit la conservation des espèces et jamais celle des individus. » Merc. un. : « Mais, citoyens, soyez grands comme la nature : elle ne voit que l'espèce en masse, elle ne s'occupe pas des individus. »
(2) Rép. : «... emblèmes... »
(3) Merc. un. : « Et qui, d'ailleurs, pourrait être républicain et avoir les yeux souillés d'une effigie royale ? » Républicain : « Pouvez- vous d'ailleurs conserver encore un papier qui souille les regards des républicains, et leur rappelle leur ancien esclavage ? »
(4) Add. Rép.fr. : « Cette démarche hardie va étonner vos ennemis. »
(5) Add. i?^^. fr., J.des Débats: «... au milieu des orages d'une révolution,... »
(6) Add. Rép. fr. : « ... se soulage elle-même,... »
(7) Add. Ibid. : «... satisfait à ses intérêts, retire 1700 millions de la circulation,... »
(8) Rép. fr. : « Quelle est donc, dira le cabinet de Saint-James, et les puissances coalisées, quelle est donc cette nation qui, par un seul décret,... et se donne les moyens de nous combattre éternellement? » /. des Débats : « Rendez le décret qui fera trembler vos ennemis. Savezvous ce que diront les rois confédérés? Ils s'étonneront qu'une nation,... au milieu des convulsions qui l'agitent, se soulage elle-même et qu'un seul décret lui donne... » Républicain. : « Adoptez donc une proposition qui ne tend qu'à consolider le crédit public, à soulager le peuple, et qui nous ménage des ressources pour combattre les puissances liguées contre nous. »
(9) Add. Rép. fr. : « Rendez donc ce décret, tout vous y invite. »
(10) /. des Débats : mais sans avoir ses avantages inappréciables. »
missent de ce décret; mais je sais que ce qui est funeste à ces gens est avantageux pour le peuple. (1) (On applaudit.) Le renchérissement des denrées vient de la trop grande masse d'assignats en circulation; que l'éponge nationale épuise cette grande masse; l'équilibre se rétablira.
Je demande que la proposition de Cambon soit adoptée. (2)