SUR LES NOBLES ET LES PRÊTRES
la tète des armées, une mesure à leur égard presse moins. — On réclame l'ordre du jour. — Danton monte à la tribune.]
Danton. — C'est à vous, jusqu'ici, que la France entière a dû sa révolution, sa Constitution et sa liberté ; vous ne resterez point en chemin (1) puisqu'il est encore des services à rendre à la patrie. C'est encore aux Jacobins, c'est encore à vous, qu'il appartient de sauver la République.
Il n'est plus temps d'écouter la voix de l'humanité qui nous criait d'épargner ceux qu'on égare. Nous ne devons plus composer avec les ennemis de la Révolution; ne voyons en eux que des traîtres. Le fer doit venir à l'appui de la raison; le fer dans la main des patriotes fera triompher leur cause, et la Constitution française doit être signifiée aux potentats de l'Europe à coups de canon. (2)
Il est dans les principes de la raison éternelle de ne point confier le soin d'une chose à ceux qui ont intérêt à la perdre. — Ce n'est donc point aux nobles que vous devez remettre la garde de votre liberté.
Mais n'en est-il aucun qui doive échapper à l'anathème? N'est-il point un moyen de gagner parmi eux quelques enfants zélés de la patrie? (3)
Quand à Rome on voulut (4) briguer le tribunat, si le candidat était de famille patricienne, il était obligé de se faire adopter par un plébéien, et, perdant alors tous ses droits aux prérogatives de son ordre, il demeurait éternellement parmi le peuple, et lui était totalement acquis.
Pourquoi n'userions-nous pas.de» cet exemple envers quelques-uns de ceux qui ont tant de droits à être comptés parmi nous? — Par exemple, auriez-vous à regretter que cet homme vertueux, ce citoyen patriote qui a succombé sous le fer des assassins, qui vota la mort du tyran, (5) à qui vous devez cet éternel monument de la sagesse humaine,
(i) /. de la Montagne : «... enchaînés... »
(2) Ihid. : « ... et c'est à coups de canon, que la Constitution française doit être signifiée aux potentats de l'Europe. »
(3) Ihid. :«... quelque enfant zélé de la patrie?» {4) Ibid. : «... on voulait... »
(5) Add. J. de la Montagne : « ... ce législateur... »
ce plan d'instruction publique (1) que vota (2) à runaiiiniilé la Convention (3), que Le Peletier (4) fût de votre famille? — Eh bien, son adoption par un citoyen l'aurait rendu notre frère.
Quant aux prêtres, puisque vous avez senti, d'après Hébert, que le temps n'était pas venu de les détruire radicalement, puisqu'il en faut quelques-uns encore, quoique l'espèce n'en soit pas moins détestable, quoique tous sentent combien ils se mentent à eux-mêmes quand ils prêchent au peuple de prétendues vérités qu'ils auraient honte de s'afTirmer entre eux, à la bonne heure, soufïrez-les encore (5) et empêchez seulement le plus gros (6) du mal.
Qu'on surveille (7) les ministres; ces ministres (8) que nous avons appelés là, qui y ont été conduits par la voix publique, se paralysent aussitôt qu'ils sont en fonctions. La négligence, l'apathie la plus dangereuse, si ce n'est une raison plus condamnable encore, (9) saisit à l'entrée du Conseil exécutif.
Par exemple, Garât à qui nous devons beaucoup d'éloges pour une conduite quelque fois ferme, patriotique et vraiment révolutionnaire, (10) Garât s'est (11) refusé, malgrémes instances, mes sommations, à faire la chose (12) la plus utile qu'on pût faire en ce moment, le seul moyen d'éclairer le peuple. Ce que Roland faisait pour son parti. Garât ne l'a point voulu (13) faire pour la République: c'était de faire
(i) Ce plan est imprimé dans J. Guillaume, op. cit., t. II, p. 34 sq.
(2) Lire probablement votera; aucun vote n'avait encore eu lieu à la Convention sur cette question.
(3) Add. Ibid. : «... nationale... »
(4) Add. Ibid. : «... enfin... »
(5) Add. Ibid. : « ..., surveillez-les..., »
(6) /. de la Montagne : «... l'excès... »
(7) Ibid. : « Surveillez. Add. également... »
(8) Ibid. : «... ces hommes... »
(9) Add. ./. de la Montagne : «... les... »
(10) Add. Ibid. : « ... Garât qui a rendu service à la chose publique à l'époque du 31 mai,,.. »
(11) Add- Ibid. : « ... constamment... » (i.j) ./. de la Montagne : « ... à la mesure... » (13) Ibid. : « ...a refusé de le... »