‹ Discours de Danton. Edition critiqueChapitre 277 sur 459 · SUR L'ÉRECTION DU COMITÉ DE SALUT PUBLIC EN GOUVERNEMENT PROVISOIRE · texte numérisé non relu

SUR L'ÉRECTION DU COMITÉ DE SALUT PUBLIC EN GOUVERNEMENT PROVISOIRE

D'après le Moniteur.

(Convention, jeudi soir 1<" août 1793, 5 heures.)

[Couthon à la tribune dit : « Le gouvernement anglais nous fait une guerre d'assassins, il ne faut pas nous lasser de le dire, afin que le peuple connaisse bien toute l'atrocité des rois. Ce gouvernement a déclaré traître à la patrie tout Anglais qui placerait ses fonds en France. Eh bien, payonsle de réciprocité, décrétez que tout Français (jui placera des fonds sur les banques des pajs avec lesquels nous sommes en guerre, sera déclaré traître à la patrie ; décrétez en outre

(i) J. de la Montagne. : «... il s'agissait de faire passer ... »

(2) Ibid. : «' ... 300.000 hommes, enfin, après le 10 août, se lèvent, se répandent... «

(3) Âdd. Républicain : « Danton, après avoir exposé le nouvel état de crise qui menace la liberté et prouvé par là les nouveaux coups que la masse nationale aura à porter sur les tyrans et leurs satellites, propose une adresse à toute la République pour donner l'impulsion qui doit les ensevelir à jamais. — Cette adresse est arrêtée; il en sera le rédacteur conjointement avec Dufourny et N...»

que tout Français qui a des fonds sur ces t)an([ues sera tenu, dans le délai d'un mois, de le déclarer sous peine d'une amende é^ale à la somme placée, et sera comme suspect mis en état d'arrestation. »]

Danton. — J'appuie d'autant plus ces propositions que le moment est arrivé d'être politique (1).

Sans doute, un peuple républicain ne fait pas la guerre à ses ennemis par la corruption, l'assassinat et le poison. (2) Mais le vaisseau de la raison doit avoir son gouvernail : c'est la saine politique. (3) Nous n'aurons de succès que lorsque la Convention, se rappelant que l'établissement du Comité de salut public est une des conquêtes de la liberté, donnera à cette institution l'énergie et le développement dont elle peut être susceptible. — Il a en effet rendu assez de services pour qu'elle perfectionne ce genre de gouvernement. (4)

(5) N'en doutez pas; ce Cobourg qui s'avance sur votre

(i) Rép. fr. : « Nous sommes arrivés au moment d'être politiques. » Ai&. Rép. fr., J .des Débats :'(...; maisilne faut pas l'être à la manière des tyrans. »

(2) Rép. fr., J. des Débats : « ...; c'est-à-dire, il ne faut pas l'être [politique] par le poison, les poignards et l'incendie. »

Ceci fait allusion à ce qu'on appelait la conjuration anglaise. Cette conjuration, qui venait d'être dénoncée à la Convention, avait été découverte grâce à une lettre interceptée. Cette lettre (qu'on trouvera traduite dans le Républicain français, pp. 1060 et 1061) donnait toute l'organisation secrète des agents anglais en France; elle tarifiait certaines consciences, indiquait les mesures à prendre pour incendier les fourrages, le même jour, dans la France entière, au moyen de mèches phosphoriques, pour augmenter la dépréciation des assignats, accaparer les objets de première nécessité, empoisonner l'opinion publique, espionner l'armée, confier « le poignard qu'on aiguise dans l'ombre aux mains des femmes et des prêtres réfractaires ...»

(3) Rép. fr., J. des Débats : « Le vaisseau de la République doit avoir pour gouvernail l'immortelle raison. Add. Pourquoi n'avons-nous pas encore de gouvernement provisoire? — Il est temps que la Convention se rappelle les services rendus par le Comité de salut public... »

(4) Add. Rép. fr., J. des Débats : « Il est absurde, dans une révolution, de laisser le gouvernement divisé. Il faut un centre d'unité, il faut un centre de puissance ne fût-il que provisoire. (Il faut une confiance, fûtelle provisoire.) »

(5) Add. Rép. fr.,J. des Débats : « Si vous savez mettre à profit l'énergie qui va se manifester, les tyrans se repentiront encore d'avoir souillé (touché) le territoire français. »

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territoire rend le plus grand service à la République. Les mêmes circonstances que l'année dernière se reproduisent aujourd'hui; les mêmes dangers nous menacent... (1) Mais le peuple n'est point usé, puisqu'il a accepté la Constitution : j'en jure par l'enthousiasme sublime quelle vient de produire. Il a, par cette acceptation, contracté l'engagement de se déborder tout entier contre ses ennemis ! (On applaudit.)

Eh bien, soyons terribles; faisons la guerre en lions. Pourquoi n'établissons-nous pas un gouvernement provisoire qui seconde par de puissantes mesures l'énergie nationale?

Je le déclare, je n'entrerai dans aucun comité responsable. Je conserverai ma pensée toute entière, et la faculté de stimuler sans cesse ceux qui gouvernent; mais je vous donne un conseil, j'espère que vous en profiterez: il nous faut les mêmes moyens qu'emploie Pitt, à l'exception de ceux du crime.

Si vous eussiez, il y a deux mois, éclairé les départements sur la situation de Paris, si vous eussiez répandu partout le tableau fidèle de votre conduite, si le ministre de l'intérieur (2) se fût montré grand et ferme, et qu'il eût fait pour la Révolution ce que Roland a fait contre elle, (3) le fédéralisme et l'intrigue n'auraient pas excité de mouvement dans les départements (4). — Mais rien ne se fait; le gouvernement ne dispose d'aucun moyen politique.

Il faut donc, en attendant que la Constitution soit en activité, et pour qu'elle puisse l'être, que votre Comité de salut public soit érigé en gouvernement provisoire; que les ministres ne soient que les premiers agents (5) de ce Comité de gouvernement.

(i) Points de suspension dans le texte.

{2)Add. Rép. fr., J . des Débats :« ..., dont je suis loin d'accuser les intentions,;.. »

(3) Rép. fr., J. des Débats : « Si le ministre de l'intérieur... avait fait pour la République ce que Roland faisait pour son coupable système,... Cf. discours précédent, p. 513.

(4) Add. Rép. fr., J. des Débats n ... ; la raison eût inondé la France, et la liberté n'aurait plus d'ennemis. ».

(5) Rép. fr., J. des Débats : « ... ses premiers commis. » Merc. un. : « Vous devez lui donner un pouvoir tel, que les ministres ne soient que les premiers commis de ses voloiités. »

Je sais qu'on objectera que des membres de la Convention ne doivent pas être responsables. (1) — J'ai déjà dit que vous êtes responsables (2) de la liberté, et que si vous la sauvez, et alors seulement, vous obtiendrez les bénédictions du peuple.

Il doit être mis à la disposition de ce Comité de gouvernement les fonds nécessaires pour les dépenses politiques auxquelles nous obligent les perfidies de nos ennemis. La raison peut être servie à moindres frais que la perfidie.

Ce Comité pourra enfin mettre à exécution des mesures provisoires fortes, avant leur publicité. (3)

N'arrachons point en ce moment aux travaux de la campagne, les bras nécessaires à la récolte. Prenons une première mesure : c'est de faire un inventaire rigoureux de tous les grains. (4) Pitt n'a pas seulement joué sur nos finances; il a accaparé, il a exporté nos denrées. Il faudrait avant tout assurer tous les Français que, si le ciel et la terre nous ont si bien servis (5), nous n'aurons plus à craindre la disette factice dans une année d'abondance.

(6) Il faudra, après la récolte, que chaque commune fournisse un contingent d'hommes qui s'enrôleront d'autant plus volontiers que le terme de la campagne approche (7).

Chez un peuple qui veut être libre, il faut que la Nation entière marche quand sa liberté est menacée. — L'ennemi n'a encore vu que l' avant-garde nationale. Qu'il sente enfin

(i) Rép. fr., J. des Débats : « Je sais que l'on dira que la Convention nationale ne peut se rendre responsable... »

(2) Ibid. : M ... qu'elle était responsable... »

(3) Add. Rép. fr., J. des Débats : « Il faut adopter ces mesures si vous voulez avoir une grande action sur vos ennemis. »

(4) Rép. fr., J. des Débats :« Laissons consommer la récolte, faire un inventaire de nos grains et de nos armées, et proclamer ensuite un appel au peuple. » J. des Débats : « Il faut laisser consommer la récolte, faire un inventaire de nos grains... »

(5) La récolte de l'année 1793 s'annonçait comme particulièrement abondante.

(^>) Add. Merc. un. : « Il faut faire un appel à toutes les communes, petites ou grandes, dés après la moisson. »

(7) Add. Rép. fr., J. des Débats : « ..., et le faire suivre d'un contingent de subsistances et d'armes. »

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le poids (1) des efforts réunis de cette superbe nation.

Nous donnons au monde un exemple qu'aucun peuple n'a donné encore, La nation française aura voulu individuellement et par écrit, le gouvernement qu'elle a adopté; (2) et périsse un peuple qui ne saurait pas défendre un gouvernement aussi solennellement juré ! (3)

Remarquez que, dans la Vendée, on fait la guerre avec plus d'énergie que nous. On fait marcher de force les indifférents. Nous, qui stipulons pour les générations futures, nous que l'univers contemple, nous qui, même en périssant tous, laisserions des noms illustres, comment se fait-il que nous envisagions dans une froide inaction les dangers qui nous menacent? Comment n'avons-nous pas déjà entraîné sur les frontières, une masse immense de citoyens?

Déjà dans plusieurs départements, le peuple s'est indigné de cette mollesse et a demandé que le tocsin du réveil général fût sonné. Le peuple a plus d'énergie que vous. La liberté est toujours partie de la base. Si vous vous montrez dignes de lui (4), il vous suivra, et vos ennemis seront exterminés. (5) (On applaudit.)

Je demande que la Convention érige en gouvernement provisoire son Comité de salut public; que les ministres ne soient que les premiers commis (6) de ce gouvernement provisoire; qu'il soit mis cinquante millions à la disposition de ce gouvernement qui en rendra compte à la fin de sa session, mais qui aura la faculté de les employer tous en un jour, s'il le juge utile.

(7) Une immense prodigalité pour la cause de la liberté

(i) Add. Rép. fr., J. des Débais : « ... entier... »

(2) Rép. fr.. J. des Débats : «... un gouvernement républicain. »

(3) Add. Rép. fr., J. des Débats : « Périsse le peuple qui ne voudrait pas sceller sa volonté de tout son sang ! »

(4) Add. Rép. fr., J. des Débats :«..., si vous lui donnez le signal... »

(5) Rép. fr. : « ... bientôt tous ses ennemis disparaîtront. » /. des Débats : «... bientôt tous ses ennemis seront exterminés. »

(6) Rép. fr., J. des Débats : «... agents... »

(7) Add. Merc. un. : « Ne négligez rien ; voyez les prodigalités que fait Pitt pour le despotisme ! Rép. fr., J. des Débats Pitt prodigue des trésors pour vous asservir, prodiguez aussi des trésors pour conserver la liberté. »

est un placement à usure. (1) Soyons donc grands et politiques partout. Nous avons dans la France une foule de traîtres à découvrir et à déjouer. (2) Eh bien un gouvernement adroit aurait une foule d'agents; (3) et remarquez que c'est par ce moyen que vous avez découvert plusieurs correspondances précieuses (4). Ajoutez à la force des armes, au développement de la force nationale, tous les moyens additionnels que des bons esprits peuvent vous suggérer. (5) Il ne faut pas que l'orgueilleux ministre d'un despote surpasse en génie et en moyens ceux qui sont chargés de régénérer le monde. (6)

Je demande au nom de la postérité, car si vous ne tenez pas d'une main ferme les rênes du gouvernement, vous affaiblissez plusieurs générations par l'épuisement de la population, enfin vous les condamneriez à la servitude et à la misère, je demande, dis-je, que vous adoptiez sans délai ma proposition. (7)

Après, vous prendrez une mesure pour inventorier toutes les moissons. Vous ferez surveiller les transports afin que rien ne puisse s'écouler par les ports ni par les frontières. Vous ferez faire aussi l'inventaire des armes. A partir d'aujourd'hui, vous mettrez à la disposition du gouvernement cent millions pour fondre des canons, faire des fusils et des piques. Dans toutes les villes un peu considérables, l'enclume ne doit être frappée que pour la fabrication du fer que vous devez tourner contre vos ennemis. (8)

(i) Rép. fr., J. des Débats :«...; comme on vous l'a dit, les prodiguer pour elle [les trésors], c'est prêter à usure. »

(2) Merc. un. : « Il faut déjouer les émissaires de nos ennemis. »

(3) Rép. fr., J . des Débats : «... a des agents partout. »

(4) Allusions à la « conjuration anglaise. «

{5) Rép. fr., J. des Débais : « Il faut que nos ennemis sachent que nous savons ajouter à la force nationale des moyens additionnels. »

(6) Ibtd. : «... que les agents des rois surpassent en génie et en moyens les hommes destinés à régénérer le monde. »

(7) Add. Merc. un. : « Je demande donc au nom de l'intérêt national un gouvernement provisoire qui puisse, en un jour, mouvoir toute la masse des Français... »

(8) Merc. un. « Il faut dépenser 100 millions; l'enclume ne doit résonner que pour frapper le fer qui doit forger nos armes;... »

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