LE COMITE DE SALUT PUBLIC GOUVERNEMENT PROVISOIRE
Dès que la moisson sera finie, vous prendrez dans chaque commune une force additionnelle, et vous verrez que rien n'est désespéré. (1)
Au moins, à présent, vous êtes purgés des intrigants, vous n'êtes plus gênés dans votre marche, vous n'êtes plus tiraillés par les factions; et nos ennemis ne peuvent plus se vantei*, comme Dumouriez, d'être maîtres d'une partie de la Convention.
Le peuple a confiance en vous : soyez grands et dignes de lui; car si votre faiblesse vous empêchait de le sauver, il se sauverait sans vous, et l'opprobre vous resterait. (2) (// s'élève de nombreux applaudissements.)
[Jeanbon Saint -André et Cambon font des objections. — Barère déclare que peu d'hommes voudraient faire partie d'un Comité qui aurait les finances à sa disposition, et que pour hii, il donnerait sa démission. Il demande une demimesure: qu'on laisse au Comité son organisation actuelle, qu'on ne lui donne aucun fonds, mais qu'on supprime les ministres.]
(i) Add- Merc. un. : « Nos ennemis, quels qu'ils soient, ne peuvent plus se flatter de réussir. »
(2) Merc. un. : « La Convention maintenant a la majorité. Sauvez le peuple, ou, si vous ne savez pas le sauver, il saura bien se sauver luimême. »
Voici un extrait de l'article que le Républicain consacre au discours de Danton : « C'est lorsque la foudre gronde et que la tempête a soulevé les mâts que le pilote doit tenir d'une main ferme le gouvernail du vaisseau. Les orages s'amoncellent au-dessus du berceau de la République; il faut les conjurer, et ce n'est qu'en donnant au gouvernail une action plus hardie, plus rapide, que l'Assemblée peut y parvenir. Trop d'inertie a paralysé jusqu'ici la marche révolutionnaire, et cette inertie résultait nécessairement de l'absence d'un gouvernement; car depuis le renversement du trône, la France n'en a point. Ce sont ces vérités que Danton a développées avec l'énergie qui le caractérise en demandant que la Convention apportât remède au mal. » — On sent que tout cet article n'est qu'une longue paraphrase d'un passage du discours; c'est une des formes de l'influence de Danton sur ses auditeurs, un exemple de la manière dont certaines feuilles rendent compte de ses discours : elles retiennent une image qui a particulièrement frappé et la développent très abondamment, ou bien (et le cas est très fréquent) elles reprennent à leur tour l'idée de l'orateur, imitent, presque textuellement la forme de sa parole, ses déclarations nettes, ses conclusions décisives, souvent même ses phrases entières, et cela souvent sans en avoir un sentiment bien net.
CONVENTION, I^r AOUT 1793 521
Danton. — (1) Ce n'est pas être homme public que de craindre la calomnie !
Lorsque, Tannée dernière, dans le Conseil exécutif, (2) je pris seul sur ma responsabilité les moyens nécessaires pour donner la grande impulsion, pour faire marcher la Nation sur les frontières; je me dis : qu'on me calomnie, je le prévois — il ne m'importe; dût mon nom être flétri, je sauverai la liberté ! (3)
Aujourd'hui, la question est de savoir s'il est bon que le Comité de gouvernement ait des moyens de finances, des agents, etc.. (4) — Je demande qu'il ait à sa disposition cinquante millions, avec cet amendement, que les fonds resteront à la Trésorerie nationale, et n'en seront tirés que sur des arrêtés du Comité. (5)
[Robespierre demande rajournement. — Couthon se range à l'opinion de Barère et ne veut pas être caissier même « de cinq sous ». — Delacroix appuie Danton. — Tliuriot demande le renvoi de la proposition de Danton au Comité de salut public]
Danton. — Je déclare que puisqu'on a laissé à moi seul le poids de la proposition, (6) que je n'ai faite qu'après avoir eu l'avis de plusieurs de mes collègues, même de membres du Comité de salut public, je déclare, comme étant un de ceux qui ont toujours été les plus calomniés, que je n'accepterai jamais de fonctions dans ce Comité. J'en jure par la liberté de ma patrie ! (7)
(i) Add. Rép. fr., J . des Débats : « Je combats cette modification. »
(2) Add. Ibid. : « ... je luttai contre Roland,... »
(3) Rép. fr., J. des Débats : « Quand je fus membre du Conseil,... je pris sur moi tous les moyens révolutionnaires, et je dis dès lors : Périsse mon nom et que la liberté triomphe ! »
(4) Points de suspension dans le texte.
(5) Add. Rép. fr., J. des Débats : « Le Gouvernement provisoire a besoin du secret et doit avoir la disponibilité des fonds.
Que vous puissiez dire en sortant de votre carrière : la liberté est fondée, et vous emporterez des applaudissements universels ! »
(6) Rép. fr., J . des Débats : « ... le soin d'énoncer cette idée,... »
(7) Add. Rép. fr., J. des Débats : « Tous les membres du Comité avec qui j'ai vécu, sont convenus que c'était une institution amphibie. Je